Archives des étiquettes : Paul MATHIEU

Virton en poésie!

Toutes et tous vous êtes les bienvenus!


Le samedi 19 mars 2022, à Virton, se tiendra à nouveau le Marché de la Poésie.


20 auteurs en lectures, 10 femmes et 10 hommes dans 5 lieux emblématiques:

  • Alexandra Anosova
  • Joëlle Aubevert
  • Malika El Maïzi
  • Laurence Fritsch
  • Cathy Jurado
  • Tara Leon
  • Florence Noël
  • Marcelle Pâques
  • Marie-Clothilde Rosse
  • Martine Rouhart
  • Jean-Michel Aubevert
  • Eric Brogniet
  • Guy Denis
  • Patrick Devaux
  • André Doms
  • Claude Donnay
  • Maarten Embrechts
  • Felix Katikakis
  • Paul Mathieu
  • Lysztéria Valner

Une table ronde auteurs-éditeurs animée par Guy Denis…

Des respirations musicales du collectif Balaclava, de Françoise Daoust.

La participation de classes de l’Athénée royal et du Collège Notre Dame du Bon Lieu de Virton

Une expo haïkus-peintures de Magali Durand

Une bourse aux recueils de poésie et revues littéraires.


Renseignements & Infos:

Patrice Breno

+ 32 497 44 25 60

traversees@hotmail.com


« Merci à toutes celles et ceux qui nous permettent de rêver encore et qui continuent d’être fidèles à Traversées. »

Patrice Breno

Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe

Une chronique de Paul Mathieu

Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe

Avec une bibliographie riche de plusieurs dizaines de recueils abondamment salués par la critique, le poète belge Éric Brogniet s‘est souvent penché sur des thèmes en relation avec les failles – si nombreuses – de notre temps, qu’il s’agisse, notamment, de dérives scientifiques (Radical machines) ou de catastrophes industrielles (Tutti cadaveri). Dans un recueil précédent, Nos lèvres sont politiques, le poète s’était déjà arrêté à deux figures féminines emblématiques de la fin du siècle passé : Semira Adamu, une jeune ressortissante nigériane étouffée par des policiers belges dans l’avion qui devait la reconduire de Bruxelles à Lomé, et Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison Blanche à l’époque de Bill Clinton.

Son nouveau recueil, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, s’attache cette fois à une des plus grandes légendes du cinéma américain. Une robe qui se soulève, du strass, du gloss, des paillettes, Happy birthday Mister President… autant de flashes qui résument Norma Jeane à une caricature, à une poupée de celluloïd postérisée pour la postérité en quelques clichés par le star system. Personnage sublime et tragique, tout à vivre scindée, Marylin incarne bien son époque et en constitue même le reflet implacablement exact : Votre beauté est comme un napalm sur fond d’azur.

Toutefois, parce qu’une vie ne se limite jamais à quelques représentations toutes faites, Éric Brogniet a repris le trajet de celle qui a été sacrifiée comme la Vierge moderne dans le brouhaha d’une médiatisation passée à côté de l’essentiel. Clairement, derrière son portrait glamour, la vedette de Certains l’aiment chaud était d’abord un être à la dérive, un être qui n’a cessé toute sa vie d’être partagé : Celle qui tente de vivre / Entre ce qui a manqué / Et ce qui, manquant encore/ Sera sublimé.

Avec un titre en référence à Élizabeth 1re et à Ernest Hemingway pour qui fut créé, dit-on, ce cocktail aux souvenirs d’hémoglobine, le texte pousse jusqu’à la prière adressée à une manière de sainte  – ou d’Eurydice – nouvelle : Je vous salue, Bloody Mary / Du fond des journées mornes / Et des seringues assoiffées. Ou encore : Je vous salue, ma sœur saccagée / Sous le couteau de l’absolu.

Souvent, le point de départ – une photo connue, une anecdote… – semble présent devant nous, mais revu à la lumière de tout ce qui le précède et de tout ce qui le suit. Au fond, tout tient peut-être dans cet Hollywood posé comme un Gold Gotha hanté par une trinité martyrisée : Marilyn, bien sûr, mais aussi Jean Harlow et Jane Mansfield, Messies des temps radieux de l’after world war / Crucifiées un peu avant ou un peu après leurs trente ans. Une sélection qui, sans problème, pourrait être multipliée.

Le choix de MM ne s’avère pas gratuit non plus sur le plan poétique. La comédienne n’a-t-elle pas souvent proclamé son amour pour Rimbaud, Joyce et Les Lettres à un jeune poète de Rilke, celui-là même qui, ailleurs, écrivait que tout ange est terrible ?

Au gré des poèmes d’Éric Brogniet, on suit ce parcours difficile depuis l’enfance inhospitalière auprès d’une mère absente, jusqu’au dénouement dramatique, Camée en son édifice en ruines, jusqu’au tiroir de la morgue où l’actrice n’est plus que cette torche de chair / Rendue atrocement / À la commune simplicité.

Portrait terrible, mais tout autant rédempteur, parce que la poésie est d’abord cela, ce fugace éclat qui nous sauve / Du massacre qu’on appelle la vie. Un éclair superbement amplifié encore par les illustrations en noir et blanc de l’artiste liégeois Thierry Wesel qui apporte une autre vision volontairement fragmentaire et complémentaire de cette traversée fracassée.

Éric BROGNIET, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2019 ; 100 pages, 14 €

©Paul Mathieu

Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.)

Chronique de Xavier Bordes

Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.)

Un recueil de poèmes qui frappe par sa qualité de papier, et d’impression, avant de surprendre par le contenu poétique, une longue et intéressante méditation, dans une écriture qui doit tout à l’oralité « prosodique ». L’auteur s’y donne sur le ton du « on », s’y anonymise, afin d’être tout près du quotidien, et de détecter dans son cheminement des éclairs de poésie, pareils à ces lueurs dont les flaques d’eau, après une averse qui aurait rénové notre sensation du paysage, balisent une tranquille promenade.

Il s’ensuit pour le lecteur une sensation où fusionnent sérénité et intimité. Aux détours du discours poétisant, surgissent à foison de simples trouvailles d’expression, qui chaque fois incitent à la réflexion, au constat songeur : « Tiens, Paul Mathieu me fait apercevoir ceci, je n’y aurais pas pensé… » Si bien que l’on avance de page en page comme vers un but profilé, toujours à venir, mais qui durant le trajet nous dispense des « échantillons » riches de profondeur secrète, comme pour régulièrement rénover le regard, en dénouer le rien de lassitude qui pourrait s’amorcer.

De là vient que ce livre se lit en continu, un peu comme un roman. On entre dans une sorte de poème unique, fait d’un peu de jour en effet, que je comparerais volontiers, sans les confondre du tout certes, avec « Dans le leurre du seuil » d’Yves Bonnefoy. Ce sont des livres-poèmes qui nous accueillent dans leur monde, nous y retiennent, nous en instruisent par mille façons de sentir et de scruter les détails ordinaires de la vie, de la « condition humains » dirais-je pompeusement, et l’on ne tient pas vraiment à en ressortir, tant on est heureux de lire comme si l’on ne l’avait encore jamais vu de près, un quotidien que nous connaissons tous.

J’avais d’abord pensé introduire des citations à l’appui de ces remarques, admiratives mais quelque peu abstraites et générales. Finalement je ne le ferai pas. Ce serait comme tailler un fragment dans l’élan continu d’une guirlande dont chaque instant n’a sa véritable valeur qu’en tant que suite de ce qui le précède et intuition de ce qui va le suivre. Toute découpe, si l’on me comprend, serait banalisante et ramènerait à une prose quelconque ce qui est une poésie qui n’a rien d’ordinaire. Lorsqu’on avance dans ce genre de cérémonial pensif, comment avoir l’idée d’en stopper un moment la mélodie liturgique, pour en extraire des phases (et des phrases) qui seraient privées de la cohorte indispensable d’échos, qui seule nous donne de ressentir la dimension de la nef invisible qu’elle fait exister, qu’elle élève autour du on (le « jeu » du « je » caché du poète) à mesure de notre progression de lecteur. Paul Mathieu, par ce « on », s’est organisé pour être à la fois proche, modeste, accessible, tout en ne lâchant jamais la main de ce/celle que jadis on appelait la Muse, figure que j’aime bien, aussi démodée qu’elle paraisse. Ce n’est pas au commentateur à démolir cette fine chorégraphie langagière, ce « pur travail de fins éclairs », comme dirait Valéry, sous prétexte d’en faire l’éloge. Le mieux que je puisse faire est de tenter de communiquer ma joie d’avoir lu ce poète, dont à ma grande honte je ne connais(sais) rien, pas même la personne, et qui de surcroît, collabore aux destinées de la revue Traversées, auxquelles je m’intéresse également. Merci Paul, pour ce beau livre dont tous ceux qui prêtent d’habitude un peu l’oreille à mes avis, j’en suis certain, se délecteront !

                                                                       ©Xavier Bordes. 24/08/2020

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