Tous les articles taggés : Paul MATHIEU

Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe

Une chronique de Paul Mathieu Éric Brogniet, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe Avec une bibliographie riche de plusieurs dizaines de recueils abondamment salués par la critique, le poète belge Éric Brogniet s‘est souvent penché sur des thèmes en relation avec les failles – si nombreuses – de notre temps, qu’il s’agisse, notamment, de dérives scientifiques (Radical machines) ou de catastrophes industrielles (Tutti cadaveri). Dans un recueil précédent, Nos lèvres sont politiques, le poète s’était déjà arrêté à deux figures féminines emblématiques de la fin du siècle passé : Semira Adamu, une jeune ressortissante nigériane étouffée par des policiers belges dans l’avion qui devait la reconduire de Bruxelles à Lomé, et Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison Blanche à l’époque de Bill Clinton. Son nouveau recueil, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, s’attache cette fois à une des plus grandes légendes du cinéma américain. Une robe qui se soulève, du strass, du gloss, des paillettes, Happy birthday Mister President… autant de flashes qui résument Norma Jeane à une caricature, à une poupée de celluloïd …

Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.)

Chronique de Xavier Bordes Paul Mathieu – D’abord un peu de jour – (Ed. Estuaires – Hors-série n° 8 – 94 pp.) Un recueil de poèmes qui frappe par sa qualité de papier, et d’impression, avant de surprendre par le contenu poétique, une longue et intéressante méditation, dans une écriture qui doit tout à l’oralité « prosodique ». L’auteur s’y donne sur le ton du « on », s’y anonymise, afin d’être tout près du quotidien, et de détecter dans son cheminement des éclairs de poésie, pareils à ces lueurs dont les flaques d’eau, après une averse qui aurait rénové notre sensation du paysage, balisent une tranquille promenade. Il s’ensuit pour le lecteur une sensation où fusionnent sérénité et intimité. Aux détours du discours poétisant, surgissent à foison de simples trouvailles d’expression, qui chaque fois incitent à la réflexion, au constat songeur : « Tiens, Paul Mathieu me fait apercevoir ceci, je n’y aurais pas pensé… » Si bien que l’on avance de page en page comme vers un but profilé, toujours à venir, mais qui durant le trajet nous dispense des …

Un chêne s’est abattu

Un chêne s’est abattu Francis Chenot i. m. (Petitvoir 6 mars 1942 – Huy 13 juillet 2020) Dans le profond de la forêt d’Ardenne, un chêne s’est abattu qui a laissé une grande clairière de vide et de lumière. Il avait pour nom Francis Chenot. Marquée par l’évidence et l’effacement, tissue de silence et issue de solitude, toute son œuvre s’est accomplie dans le cheminement discret de ceux qui arpentent les mots en profondeur, mais pour qui, un comble pour un taiseux, écrire est d’abord cri. Au gré d’une vingtaine de recueils, toujours à arpenter ses Chemins de doutes, Francis Chenot dans sa perpétuelle errance n’avait cesse de Bûcheronner le silence. Il tenait bien de ces bois obscurs où Verlaine voyait briller les yeux des loups dans l’ombre. On en revient toujours à ses lieux d’enfance et de fougères, écrivait-il dans le Post-scriptum au principe de solitude. Du coup, le poète se référait volontiers à l’Ardenne, ce pays qui sait le prix du pain. Il se voulait rivé au minéral, arrimé au schiste et au sol …

Un bateau s’en va

Chronique de Paul Mathieu Un bateau s’en va En mémoire de Luis SEPÚLVEDA llanuras levantadas por las olas,forman la piel desnuda del planeta Pablo NERUDA, Canto general Au milieu des brouillards du Pacifique sud, du côté de l’île de la Désolation, un bateau a pris le large. Il s’appelait Luis Sepúlveda. Emporté par l’épidémie de coronavirus, il s’en est allé dans des conditions étranges comme un autre grand Chilien, Pablo Neruda, en septembre 1973, s’en était allé dans d’autres circonstances hallucinées, celles du coup d’état de Pinochet.  Que l’on ouvre cet hommage par une métaphore de bateau n’est pas le fruit du hasard quand, dans ce trajet, la mer joue un rôle essentiel : J’ai grandi au Chili, un pays avec cinq mille kilomètres de côtes. J’ai du mal à vivre sans avoir le murmure de la mer dans les oreilles. La mer c’est comme une invitation à embarquer, à changer d’horizon. Amoureux du large, l’écrivain aimait à souligner qu’entre Valparaiso et Hambourg, où il a vécu pendant quatorze ans, existait un lien très fort puisque …