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Pierre Schroven, « Ici », éditions l’Arbre à paroles (10 euros ; 2021)

Une chronique de Patrick DEVAUX

Pierre Schroven, « Ici », éditions l’Arbre à paroles (10 euros ; 2021)


Dans « Ici », Pierre Schroven s’en réfère sans doute à des lieux de passage, celui de la pensée vers l’écrit et celui qui en partage les données : « On vit sa vie et pas seulement la sienne ».

A la recherche de sa vérité, le poète reconnait dans l’acte poétique une certaine part de mystère cosmologique tandis que s’opère un certain détachement ; « pour dire oui à tout ce qui l’emporte ».

En même temps qu’émane l’idée d’une certaine soumission à l’univers et de partage m’apparait cette délivrance « de l’obligation d’être quelqu’un », proche parfois des préoccupations bouddhistes.

Le poète serait-il pour autant parti de rien pour arriver nulle part ? Certes non car « Ici » fait la part belle à une présence assumée d’être dans et avec la Vie.

L’agissement des mots sur la page blanche nécessite, l’auteur le sait, autant une certaine grandeur qu’une certaine modestie.

Dans sa pause à observer, à sentir le monde au jour le jour, le poète semble subir un changement radical, une sorte de découverte de soi et des autres, se dégageant de tout tumulte : « Et dans la fuite glissante des choses/ J’oublie d’être quelqu’un/ Fais entrer dans ma bouche un long silence/ Puis j’attends dans le noir/ que ma vie bascule. Dans le chaos d’une extase ».

L’idée de cycle nous rappelle que « la vie n’est pas le néant » mais « l’absence de forme » tandis que Pierre veut « rendre compte de tout son (mon) amour » et « vivre d’une lumière pour qui demain n’existe pas ».

Se pose ainsi la conception même de la présence personnelle dans l’univers, l’action n’entrant pas ou peu en ligne de compte.

Avec « Ici » s’opère en quelque sorte un certain nettoyage de l’âme cher, notamment, aux « pratiquants » du jaïnisme (Inde).

« La vraie non-activité est quelque chose de spirituel » : cette citation n’est pas de l’auteur mais d’Albert Schweitzer dans « Les grands penseurs de l’Inde » (étude de philosophie comparée, éditions Payot de 1945).

On retrouve, en partie, cette idée dans « Ici », Pierre Schroven se servant d’une pensée éclair appuyée de brièveté là où le philosophe est particulièrement explicatif avec, en sus, une certaine jouissance à vivre pleinement le moment : « Une pensée me vient de loin/ Fait vaciller en moi l’image du monde/ Et dessine dans l’air les contours d’un silence/ Me rappelant que chaque jour reste à voir ». Avec la question, essentielle pour le poète, de savoir quel poème il pourrait écrire « pour qu’au-delà de lui (moi) la joie murisse », l’appel du pied au partage d’une joie comblée de mots se voulant insistant « non pas (à) raisonner mais résonner ».

Les mots du poète permettent un écho tels des ronds dans l’eau ne forcent en rien le paysage, se contentant des douces ondulations de l’existence suffisantes pour « méditer sur le destin d’un ruisseau ».

Sagesse bien ordonnée commence par soi-même.

©Patrick Devaux 

Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.

Chronique de Jeanne Champel-Grenier

Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.


                      Préfacé et illustré de trois belles aquarelles de Catherine Bérael, ce recueil de poèmes intitulé : LE TEMPS APPRIS, même écrit par un poète discret, profond et solitaire, me rappelle la conjugaison des verbes ; la vie n’est-elle pas conjugaison entre soi et soi, entre soi et les autres ? S’agit-il ici des temps passés que l’on nomme simple, composé, imparfait, plus que parfait, voire passé antérieur ? Il y a de la pureté des apprentissages d’enfance dans ce recueil puisqu’il s’agit de se situer par rapport aux êtres aimés disparus, dont la place demeure réservée, jonglant entre présent et passé. Il y a la conjugaison de la parole et du silence. Il faut aussitôt noter l’écriture verticale aérée, une écriture ascensionnelle… Volonté de ne pas s’appitoyer ? Ouvrir un lien direct, rapide, un envol de la pensée entre terre et cieux ? Le choix est bienvenu, tout en justesse et pudeur des mots.

                      Ccomment interpréter l’absence dans la durée? Le poète n’a pour salut que le questionnement perpétuel dans l’écriture.

: « il est tard mais je la sais vivante entre les mots du sommeil » p.8

Présence rassérénante, ou bien douloureuse ? Ici, il ne s’agit pas  »d’un au-delà facile » car  »depuis si longtemps elle passe sans se retourner »p.11

Le seul pouvoir qui reste au poète c’est :’‘défier l’infini dans l’acte d’écrire’‘ p.21, chercher la légèreté de l’oiseau, d’une aile, d’un geste providentiel ( en ciel ) et l’aube lui est un soutien : »l’aube porte conseil aux phrases, elles sont mon perchoir » p.27

                     L’essentiel désormais prend naissance sous la plume comme autant de mystères qui  »tremblent à l’idée d’effleurer l’éternité » p.43. Passé et présent vont de concert, concert de silence où les chutes se font sur un mot qui vous projette vers une autre lumière : »le poète est cet accident qui bute sur un mot et rebondit sur les aurores » p.44

                     Ainsi LE TEMPS APPRIS demeure apprentissage. Il est cette attente, cette quête perpétuelle de bonheur, en souvenir de cet instant  »où avec un seul regard tout peut basculer » p.56

Aérien et solide à la fois, LE TEMPS APPRIS remet nos pendules de certitude affective à l’heure, à l’heure universelle. L’amour survit au-delà de la mort mais qu’en est-il de l’être aimé ? C’est la question en perpétuel suspens et c’est tout ce qui poursuit le poète, être sensible talonné par le mystère, alors que fait-il ?  »il continue son œuvre jusqu’à ce que cendres éparpillées aux lèvres la parole soit transmise » p.54 

                      Et je dirais que par ce très beau recueil illustré d’aquarelles sensibles de paysages profonds, légers et lumineux, de Catherine Bérael, l’auteur nous donne une vision personnelle, élevée et attachante du questionnement sur l’absence ressentie sur la durée.

                                                                                             ©  Jeanne CHAMPEL GRENIER


Le temps partagé -16euros -Editions Le coudrier

Patrick DEVAUX – 33 rue du monastère -1330 – Rixensart-Belgique

Oeuvres récentes de l’auteur :

Ed. Le coudrier :

  • Tant de bonheur à rendre aux fleurs ( poésie) 2016- Réédité en 2019
  • Partage de la nuit (poésie) -2017 
  • De porcelaine ( récit)- 2018
  • Ed.Carnet du dessert de lune :
  • Les mouettes d’Ostende ( roman)-2011
  • Dorures légères sur l’estran ( roman)-2015

Barbara Auzou, Les mots peints, peintures de Niala (Alain Denefle), éd. Traversées

===> Article originellement écrit pour l’AREAW et publié ici


Barbara Auzou, Les mots peints, peintures de Niala (Alain Denefle), éd. Traversées

L’époque 2018

Il y a entre les deux artistes en titre, outre une évidente complicité, une symbiose qui dépasse les entendements habituels de relations d’artistes.

On ne sait qui répond ou suit l’autre dans sa démarche tant ils font œuvre commune.

Pressentis dans une époque déterminée, les textes ont pourtant une consonance universelle dans leur de compréhension d’autrui en commençant par l’alter égo qui les occupe dans leurs échanges respectifs.

Barbara accompagne le moindre geste du peintre : « Je te trouverai absorbé dans l’intervalle/entre le geste et son intention/entre la beauté et son interrogation/ au cœur d’une lumière différée ».

C’est que la voix de la poète se fait écho de la recherche d’Absolu du peintre duquel, de visu, on devine bien les références sans qu’elles ne soient clairement énoncées.

Il y a sans doute prise de conscience de la poète dans le geste commencé ou fini de l’œuvre globale de l’artiste mis picturalement en évidence et sans doute, pour elle, une profonde recherche de ses propres repères essentiels : « Dans le secret de ma solitude arasée/ j’offrais le perchoir de mon poignet » suscitant l’accompagnement dans le geste du peintre.

Il se dégage de l’ensemble une douce sensualité quand « Elle abrite ce qu’on ne retient pas/ Aux draps du quotidien blême », en opposant la « fière citadelle des corps ».

Une sorte d’érotisme mental se dégage de l’œuvre commune dégageant une sorte de bleu ressemblant beaucoup à ceux du grand Chagall : « nous dansons sous des ciels qui voyagent/dévêtus sans hâte au paravent des nuages/ et sans la moindre crainte/ nous tendons loin des mains travailleuses ».

La ténacité d’être se révèle entre oiseaux, mer, couples bleutés dans des « jardins suspendus », suscitant un univers au-delà du conventionnel de tout un chacun, où les deux artistes ont trouvé leur concert d’être au monde. Car, en effet, il pourrait aussi s’agir de musique, un genre de flûte traversière qui passerait d’un monde à l’autre de ces deux artistes, vivant ensemble, une sorte de profonde solitude accompagnée : « Au bleu pavot du matin/ nous avons mis en dépôt dans nos mains/ jointes/ l’oiseau chaud de nos poumons/ nous promettant que son vol n’emprunte/ jamais la triste artère du commun ».

Entre « Mots Peints » et peintures écrites, le lecteur ne choisira sans doute pas, trop content d’approcher une certaine intimité étalée en douces mais puissantes rêveries qui donnent au texte une beauté couplée et lancinante.

©Patrick Devaux

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