Alain DUAULT – LES SEPT PRENOMS DU VENT ; Collection Blanche, Gallimard.====Chronique de Nicole Hardouin

Chronique de Nicole Hardouin

9782070138821,0-1553458

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  • Alain DUAULTLES SEPT PRENOMS DU VENT ; Collection Blanche, Gallimard.

Démiurge d’une nouvelle Genèse, Alain DUAULT allume ses hymnes aux sept branches d’un chandelier et : ce fut bon. Sa voix prend corps dans une beauté et un lyrisme poignants. Chaque rose a sa terre noire, chaque cœur son pal. Toutes les gammes de ses muqueuses sont miroir de nos tensions. De l’ascétisme à l’ivresse, il déchiquette les marges biseautées du grand Tout pour laisser place à la nuit lumineuse, nuit lente qui descend vers les questions interdites, celle qui donne le jardin et la promesse du fruit. Le poète, glaneur du vivre, fait surgir le gond vibratoire des mots : mots-errants, mots-orants, mots-couleur, sang du vent, cantiques de sable mêlés à des cadastres d’éclairs. Quartier de pomme pour Eve. Dans ses réceptacles de vie, ondes d’écume tissées par Aphrodite, s’originent des houles qui donnent des épices au regard.

Les couleurs, mangues ouvertes telles des cuisses, il les boit jusqu’à la brûlure extrême : celles de la cicatrice, celles du cri de Munch, celles de l’aimée : visage de l’amour enclos entre ses mains et dessiné à la craie d’étoiles.

Alain Duault hisse ses rêves dans les charrettes hurlantes du vent, complices des dieux. Il les secoue, les retourne, les casse. Bousculées, les ombres gisantes, grisantes, décombres qu’on embrasse, lui renvoient les traces âpres de cendre, celles de la dernière marée, quand les rochers sortent des fenêtres et qu’on est seul avec l’ardoise effacée.

Avec ses images-vitrail, gerbes de feu où les pétales des lys sont cernés de plomb, il trace, tel l’oiseau au ailes miroirs, les danses barbares de l’amour et de la folie. Il enroule son souffle dans les pervenches pour guetter l’aube lorsque le matin dénoue les cils et que l’aurore est un Botticelli. Il égrène un chapelet de ténèbres et la furie prisonnière du feu râpe la source des étoiles jusqu’à l’ultime fulgurance de la brisure. Dans le lierre qui ne consolide plus les fresques du vivre, il hurle son je veux mourir les yeux ouverts, lorsqu’il ne reste plus qu’à épeler les prénoms de ma solitude.

Quand Alain Duault enlace l’ombre des loups et laisse glisser ses mains dans les failles du soir, il est oiseleur d’utopie. Lorsque l’érotisme déchire ses ronces il ose aimer jusqu’à ce que la nuit en silence recule. Alors éclate sa sensualité comme la pente de l’eau jusqu’à ses reins ce vin salé et ces raisins écrasés sous les hanches solaires. Cela ne l’empêche pas de se soustraire aux mirages pour faire des trouées dans le réel. Il bat alors la mesure de la partition d’un chasseur de mémoire pour ne pas laisser l’espoir comme quand on va se pendre.

En lui se confondent la tristesse de Déméter, car les ombres ne partent jamais seules, et l’audace de la vague par temps d’équinoxe.

Alain Duault allume des flambeaux aux étoiles dans le ciel des villes. Il fouille le terreau de leur silence, il chuchote avant que la rumeur soit au jusant. De Paris à Vienne, dans une danse de couleurs, de sons, il attend pour voir les cils roses du jour débarbouiller San Giorgio Maggiore et faire chanter les hanches musiciennes de celles qui à Séville mettent au supplice les hommes en jachère.

Il y a dans les Sept Prénoms du Vent, de sulfureuses offrandes et des voiles de moniales, des caresses qui étourdissent et mordent. Le poète va au-delà du Seuil, là où veille le dragon. Quand il démâte la tristesse l’esquif du cri glisse jusqu’au rire de l’océan. Le poète laboure la forêt du temps, cherche la racine de la rose, le pourquoi de l’épine. Puis soudain, la mer, le ciel ont des visages pour rivages et les bras ont des lits voyageurs. L’amour fait la roue dans l’assaut torrentueux des marées et pourtant le Renard nous dit que si l’on bâtissait la maison du bonheur la plus grande pièce serait la salle d’attente.

Dans les Sept Prénoms du Vent, comme dans tous les recueils d’Alain Duault, il y a toujours un ange pour répondre aux miroirs du ciel.

©Nicole Hardouin

JEAN LOUIS BERNARD ET LA PAROLE S’EST FAITE NUIT Editions de l’Atlantique

  • JEAN LOUIS BERNARD ET LA PAROLE S’EST FAITE NUIT Editions de l’Atlantique

 

Au cœur de l’opacité bousculée, dans la brutalité de l’advenu Jean Louis Bernard fouaille l’inadvenu, réceptacle de la démesure du passé ; dans la Parole, il recueille la criée des silences.

Comme l’alchimiste délivrant l’âme de la matière, dans la lente blancheur du surgissement accolé à la nuit de pierre,il perçoit son éclatement dans une errante immobilité, dans l’athanor de sa page déjà imprégné de tremblements, les nœuds de rupture cherchent à retrouver leur point d’attache dans le creuset du Signe.

Jean Louis Bernard est ce ceux, rares qui, dans l’ultime limaille de lumière, savent et peuvent aller au-delà du puits sans fond, sans faire saigner les parois, il franchit les herses du temporel pour recueillir le souffle, impalpable sève d’un arbre perdu, enfoui dans la quiétude de l’oubli.

Jean Louis Bernard est dans une marche lente ; immobile, il avance entre soufre, souffle, entre cendre et flamme. Prenant le pouls de la nuit, il s’origine dans l’ombre d’une île stellaire, à l’instar de Rilke, il écoute le souffle de l’espace, le message incessant qui est fait de silence.

Il chemine sur nulle piste sauf, celle du feu, ancre de mémoire sauf, celle du vent desserrant les plissés du temps pour laisser couler les torrents où se perdent les racines du bleu initial, ce bleu d’avant naître. Le poète s’abreuve alors aux rives fondatrices, afin de renouer avec l’alliance perdue, afin de réconcilier l’eau primordiale avec le feu des météores, ce feu frémissant de toutes les confidences d’une genèse enfouie, cette eau, palpitante au sein du désir, parole mouillée à peine perceptible dans la notion de pluie / mais juste assez peut-être / pour enter dans le sanctuaire du souffle.

Jean Louis Bernard est à l’écoute d’un paradis entrevu car perdu, il est, à l’instar de Michaux,

le passager de son propre infini.

Dans la salive du temps, rosée du premier matin, il nous entraîne au-delà du seuil, là où veille le dragon. Alors, face à l’Orient, dans la patience de la poussière, dans une éblouissante cécité, le vent réinvente l’alphabet.

Jean louis Bernard, poète-alchimiste, nous donne les clés de l’absence, il suffit de lire les syllabes du sable sur l’améthyste du ressac, là où frémit le sillage de braise.

Dans ce recueil, bréviaire de la nuit, nous psalmodions la Parole retrouvée et resplendit la soie de nos brûlures.

©Nicole Hardouin

 

Nicole Hardouin, Prométhée, nuits et chimères

  • Nicole Hardouin, Prométhée, nuits et chimères, Editions de l’Atlantique (tirage de luxe). (Collection Phoibos) 67 pages.

Nicole Hardouin déplace l’ordre du temps, elle détient cette éclectique prévoyance d’ériger une passerelle reliant le mythologique au mystique.

Elle livre ici un recueil né d’une larme d’argile et d’une pincée de sable où l’âme assoiffée se désaltère au nombre d’or de l’Amour.

Nous nous laissons envelopper, en nuances transparentes, par des brumes aux ambiances singulières : chats des chemins creux, vigies errant entre tours de cristal et clairières sacrées, nous partageons de fugitives apparitions inquiétantes : en larmes, les chrysanthèmes écoutent la conférence des squelettes, voire sulfureuses : des caresses s’inventent dans l’échancrure des patenôtres.

Les jeux charnels qui sommeillent en nos cavernes se réveillent : Eros et Thanatos rôdent autour des racines du ciel.

Nicole Hardouin nous invite à ouvrir les portes du songe, à franchir l’épreuve des ténèbres en compagnie de Prométhée.

Ce recueil, don d’absolu, est une oraison où le verbe, parfaitement maîtrisé, se charge d’atomes mémoriels.

Il s’avère donc nécessaire d’avancer sur la pointe des pieds pour ne pas trahir les confidences.

◊Michel Bénard