Rome Deguergue, À bout de rouge, Fasano – Paris, Schena – Alain Baudry et Cie, 2014, « Biblioteca della Ricerca », section « Écritures »

  • Rome Deguergue, À bout de rouge, Fasano – Paris, Schena – Alain Baudry et Cie, 2014, « Biblioteca della Ricerca », section « Écritures », n. 8, 2014, 40 p.

a bout de rouge

À bout de rouge, autant dire à bout portant ! Ce titre est-il une énigme à résoudre ? Polysémique, il renverrait au peintre russe Nikifor évoqué dans le texte et qui peindrait, à bout de rouge. Doit-on entendre d’un communisme moribond ? Ou bien encore comme une manière de remettre en scène « la parole rouge » via la voix off ou bien encore via celle du personnage central, ce M. Loyal improbable qui délie la puissance sibylline de mots utiles à stigmatiser les maux issus de plus grandes folies humaines, trop humaines...

Quatre relectures plus tard, nous nous mettons à rentrer ou tout du moins penser être un peu rentré dans ce texte œuf brouillé et pelote de laine, empreint de dérision, de dérisoire. Was ist DADA ? On fait l’effort de penser dada, donc ce qui équivaut à ne pas penser du tout et se laisser porter par un texte baroque, véhiculé par des personnages clownesques, hors jeu, hors norme, hors temps, hors tout.

Les personnages principaux forment le trio « RYX » en vraie / fausse recherche, plutôt pommé sous « l’arbre de la connaissance » qui se dresse sur la scène, une balançoire accrochée à l’une de ses branches, et nous rappellent que les mots sont mensongers, qu’il faut se méfier du langage qui peut tuer. Ainsi en est-il après l’indigestion de mots, éprouvée par le personnage « R ». Pas simple ce trio (triangle) : « R » sorte de M. Loyal évanescent, omniscient, peut-être plus abruti que les deux autres « Y » et « X ». Grotesques ces deux-là, mais comme les fous ou bouffons régaliens, très lucides et pertinents, malgré les apparences.

Nous nous prenons encore à réfléchir nos pensées en Marcel Duchamp, Tristan Tzara, Franz Kafka, Max Ernst etc. Mais nous butons encore sur ce texte. Et ne parvenons pas à trouver l’unité, un sens logique. Tout simplement parce qu’il n’y a aucune logique, aucun sens réel, sinon celui de souligner une fois de plus l’absurde de notre monde en errance et perdition via le regard élargi et la volonté de l’auteure. Regard donc dématérialisé, voire intemporel. Ironie, jeux de mots inappropriés ou justement appropriés jalonnent ce texte pressenti pour être joué sur scène.

Tout ici souligne le ridicule, la vanité de notre société capitaliste, libérale, réactionnaire, bobo, bourgeoise, conditionnée, formatée, aseptisée. Et Rome Deguergue – mine de rien, vient mettre un grand coup de pied dans cette fourmilière d’individus asservis et moralisateurs telle une dénonciation mais aussi une consolation face à la noirceur des âmes humaines.

L’irruption de la peinture, la danse, l’écriture, la poésie, bref les arts pluriels, ainsi que certaines paroles de compagnons de route et autres littérateurs, stigmatisent sans doute ici quelque tentative destinée à faire rempart à la bêtise, l’égoïsme, la cruauté ambiantes. Dérision de l’uniforme, des médailles en chocolat, des illusions grotesques, apologie de la bêtise. Rien n’y manque.

Pourtant, au fil de la énième lecture nous sommes toujours bousculés, désaxés, décalés, en marge, sans être forcément marginalisés. Nous subissons une purge et nous nous trouvons en pleine incohérence destructive. En rupture de ban. Et l’on aime certaines tirades comme celle-ci : « Je rêve d’une musique d’ameublement pour HABITER le présent & les espaces vides de Giorgio de CHIRICO ». Ou bien encore celle-ci, qu’en pleine réflexion / travail, il vaut mieux : « Ne pas faire l’amour. Épuisant pour les neurones ! Dévastateur ! ». On se prend à hocher la tête, car la Thora qui dit le contraire via ses scribes nous raconte souvent des inepties comme la majorité des religions et heureusement, tel que le rapporte le poète grec, Odysseus Elitys, que : « La poésie corrige les erreurs de dieu ». Ou bien encore pour ironiser un peu que « Dieu est l’asile de l’ignorance ». Merci, Spinoza !

Alors, afin de visualiser l’aspect scénique et dramaturgique, dont on n’a pas toujours le mode d’emploi, malgré les deux proposés par le personnage « R », nous nous mettons en mode absurde et là tout semble se décomplexifier. Nous discernons mieux à quoi peuvent servir les ruptures de rythmes, la musicalité dissonante, les jeux de l’inversion, les expressions déjantées, les dialogues farfelus et l’acidité espiègle en matière de mise en scène et en espace.

Nous pouvons ainsi reconnaitre dans ce livret, comme une invitation, une carte blanche possible à l’adresse de l’éventuel (elle) metteur en scène qui oserait prendre le risque de créer la pièce. Un pari osé, n’ayons pas peur de le dire, mais un pari qui peut être transformé, si le dit, la dite, metteur en scène joue d’une sorte de supra absurde avec virtuosité et nonchalance à la fois. À contre-courant des arcanes sociétaux. Société aliénante / aliénée qui se prend tellement au sérieux et plonge lamentablement vers un échec programmé, ce qui rend les efforts en quête de points de repères et de véritables valeurs – encore plus pathétiques.

Pourrait-on classer ce livret dans une expression d’écriture « intuitiste » ?

©Michel Bénard.

Lauréat de l’Académie française.

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Jacques Viesvil, l’homme qui souffle sur les braises.

    Jacques Viesvil, l’homme qui souffle sur les braises.

  • Jacques Viesvil, l’homme qui souffle sur les braises.

«  Quand tu reconnaîtras ce souffle, tu ne feras qu’un avec la vie. » J.V

S’il est un homme qui souffle sur les braises pour réveiller les consciences endormies, voire conditionnées, formatées aux exigences stériles d’un siècle lobotomisé aux normes d’une pensée unique, c’est bien le poète et visionnaire Jacques Viesvil.

Jacques Viesvil est un poète au sens premier et étymologique du terme.

Au sens où les grecs anciens l’entendaient, c’est-à-dire « faire, créer », le poète est ainsi assimilé au créateur, au premier architecte.

Notre poète est aussi un sage quelque peu nuancé de prophétie qui construit :

« Des cathédrales, toutes blanches dans le soleil pour élever ta conscience. »

Il est bien celui qui pressent, décrypte avant les autres les prédications du souffle universel.

En lisant ce remarquable ouvrage : « L’Homme qui souffle sur les braises » je ne peux situer Jacques Viesvil que sur un plan similaire à celui d’un Novalis, d’un Khalil Gibran, d’un Rabindranath Tagore, etc. Poètes aux voix à la portée universelle.

Pour être des plus poétiques et paré de merveilleuses images et métaphores, le Verbe de notre ami se veut aussi initiatique et symbolique

Il est le reflet d’une profonde expérience intérieure, forte et fragile à la fois, tout en demeurant aux sources de l’étonnement. Quête éternelle de l’unité et de l’harmonie, dans l’infiniment grand et l’infiniment petit.

« Mets la transparence à l’intérieur de tes intentions. »

Mais la question demeure en suspend, l’homme ne serait-il pas un exilé permanent ?

Nous cheminons entre la force et la vulnérabilité de l’amour.

Pour Jacques Viesvil chacun de nous, porte en lui tout l’amour du monde, le défit étant de savoir le partager et lui permettre de transcender.

L’acte d’écriture génère ici le principe de transmission.

Tout en prenant conscience et en demeurant dans la prudence des mots, Jacques Viesvil sait que pour combattre les haines ou fanatismes aveugles il faut faire en sorte de les ignorer et de croire encore en la sagesse de l’amour. Pas aussi simple cependant ! La bête humaine retrouve trop souvent ses instincts primaires et morbides.

Et pour reprendre les propos de notre poète, il souligne que :

« Nous sommes faits ainsi d’oppositions. De noir et de blanc. De plein et de vide. D’égoïsme et de générosité. Les colères, la jalousie, la brutalité font partie de l’ombre. La paix, la compassion, l’amour sont dans la lumière. »

Mais une chose est certaine, Jacques Viesvil à conscience que la poésie est peut-être encore l’ultime voie d’espérance offerte à l’homme. Utopie allez-vous rétorquer ! Alors n’oubliez pas que ce sont sur des utopies que l’on érige les plus beaux édifices de la vie.

Michel Bénard.

Lauréat de l’Académie française.

Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

Ouvrage : « L’Homme qui souffle sur les braises. » collection spiritualité – éditions ABM.

« Prix Roland le Cordier » au poète belge Jacques Viesvil

Société des Poètes français 2014.

« Prix Roland le Cordier » au poète belge Jacques Viesvil.

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Le plaisir est grand et la joie immense pour le comité directeur de la société des Poètes français de se retrouver sur la terre de Belgique, véritable ferment et matrice d’éminents poètes, sous l’initiative et les actions démultipliées au service de la poésie de notre amie Véronique Flabat Piot.

Cette reconnaissance, si besoin était, que la société des Poètes français décerne à JacquesViesvil me va droit au cœur.

Non seulement pour l’amitié que je porte à l’homme, mais également pour ma réelle admiration du grand poète qu’il est, tout effacé qu’il soit derrière sa modestie.

Et à qui, mieux qu’à Jacques Viesvil, pouvait revenir le Prix Roland le Cordier, qui lui aussi fut toute sa vie durant un militant humaniste et humble, mais très talentueux serviteur de la poésie. Qui se demandait, mais :

« Que sont-ils devenus les faiseurs d’idéal,

Les chantres de l’amour, les aèdes, les aigles

Qui repensaient le siècle ? » (1)

Ainsi dans cet esprit des penseurs du siècle des Lumières, Roland le Cordier et Jacques Viesvil ne pouvaient un jour que faire fusion par cette rencontre informelle et par leurs engagements de vie toujours liés à l’humain et leurs passions communes pour l’acte de poésie restituant de la hauteur et de la dignité à l’homme.

La poésie de Jacques Viesvil est une semence pour le champ des consciences.

Pour notre poète, l’homme est bien cette graine qui peut encore contenir une promesse d’espoir !

Large étendard arc- en- ciel déployé à la face du monde, avec cette volonté humaniste qui a toujours flotté sur l’œuvre globale de Jacques Viesvil. Poésie, essai, théâtre, roman, sans oublier de nombreuses chansons interprétées entre autres par Paul Louka. .

Notre poète est au sens propre, un éveilleur de conscience, un passeur d’âme, un orfèvre de la rêverie.

L’aspect prophétique de l’œuvre de Jacques Viesvil fonde sur l’homme les plus hauts degrés d’espérance, malgré les terres arides de l’incertitude que la société désorientée nous fait traverser actuellement.

Il est à espérer justement que ce cri prophétique de Jacques Viesvil soit écouté du plus grand nombre et qu’il ne reste pas braise éteinte !

Autre drame évoqué par Jacques Viesvil, l’asservissement de l’homme par l’homme et son anéantissement par ses propres techniques, par l’aliénation de ses propres lois, par son besoin de pouvoir et avidité possessive, par sa propension à la guerre et à la destruction.

L’homme s’enchaine lui-même à ses inventions diaboliques, à ses systèmes, ses jeux prohibés et ironie du sort, il ose prétendre défendre la liberté, alors qu’il s’est déjà auto-crucifié sur la porte de la cupidité moutonnière.

Oui les mots clés pour situer la poésie de Jacques Viesvil sont bien «  humanisme & espérance » A l’instar de Munch, c’est un grand cri, mais un grand cri d’amour !

Car malgré les déviances, les ignorances, les cruautés aveugles et les retours préoccupants vers des obscurantistes moyenâgeux dont sont capables les hommes, notre poète demeure dans la confiance, tout en se disant quand même, que ces hommes ont besoin de réapprendre à vivre !

Les nuances d’écriture de Jacques Viesvil sont d’une rare puissance expressive, elles pénètrent directement le cœur par la force et la beauté mêlées à la dramaturgie de certaines de ses images.

« …/… sois le convoyeur de lumière

le passeur de plénitude. »

Toute son œuvre est incrustée de notes poétiques aux précieuses sonorités imagées laissant transparaître d’insolites ambiances se donnant pour mission d’élargir le champ des consciences, en rappelant aux hommes qu’il ne faut pas prendre le risque de laisser égorger l’espérance.

Jacques Viesvil porte en lui cette passion de la vie et de la poésie à son plus noble degré et nous invite à marcher sur le feu de l’esprit.

Grand amateur d’art, les peintres et sculpteurs furent toujours présents dans son œuvre et collaborèrent régulièrement aux illustrations de ses livres, je ne citerai que les plus renommés, Charles Delporte, Jean-Joseph Cherdon, Christian Hoquet, Roger Somville, Lysiane Ketsman, Salvatore Gucciardo, que les autres me pardonnent.

Ce grand poète que nous honorons bien trop modestement et humblement aujourd’hui sur ses terres noires, a toujours soutenu que la poésie est l’art premier, l’art suprême qui nous rapproche le plus à la fois de l’humaine révélation et de l’éternelle interrogation spirituelle.

Entre « l’Homme éveillé » et «  l’Homme qui souffle sur les braises »Jacques Viesvil fut toujours l’homme du renouveau et de la renaissance.

«  Si tu peux abandonner ton vieux manteau, celui des idées toutes faites, celui de la facilité. Si tu peux abandonner ton vieux manteau et mourir à ton passé, sans t’accrocher à rien, alors tu renais à toi-même. » (2)

©Michel Bénard.

  1. Roland le Cordier – D’un cœur l’autre – Nouvelle pléiade – 1991

  2. Jacques Viesvil – L’Homme qui souffle sur les braises- éditions ABM-spiritualité. 2009.

Nadine K « Un amour un cri » Editions les Poètes Français

 Amiel Nadine

  • Nadine K.« Un amour un cri » Editions les Poètes Français – 2013 –(51 pages) .

Ce nouvel ouvrage de Nadine K (alias Nadine Amiel) nous invite déjà par une jolie illustration de l’auteur(e) où une jeune rêveuse n’a de regard que celui de l’intérieur, celui de la couleur mauve du reflet des songes.

« Et vous verrez vos rêves en arabesques

Enrubannés de couleurs tendres…/… »

Nadine K, est-ce là la clé d’une énigme, d’un mystère de plume ? Non, nullement, l’auteur(e) nous est déjà particulièrement bien connue, car nous savons d’elle ses qualités de romancière ainsi que ces talents de plasticienne.

« Sur le chevalet la toile s’achemine

Mes pinceaux de joie s’illuminent…/… »

Aujourd’hui, voici qu’elle nous révèle sous son aspect le plus intime, le plus personnel un ouvrage de poésie. Touche transcendante de l’esprit et de l’âme.

« Toi qui inspire les poètes

Ces âmes sensibles et secrètes

Nous diras-tu, femme, ton mystère ? »

« Un cri un amour » diffuse une extrême sensibilité, une vibration à fleur de peau, une révélation secrète. Il est parfois des périodes de vie où l’on éprouve le besoin impérieux de se retrouver seul (e), afin de mieux pouvoir cautériser les anciennes plaies, de mettre du baume et de se soustraire à la pesanteur du quotidien.

« Ils ont quitté nos ciels pluvieux

Ils s’en sont allés vers d’autres cieux

Ils ont quitté ce monde qui recule…/…

………………………………………

Nous chanterons en harmonie

Pour que revienne la vie ! »

Tout simplement cette nécessité d’oublier les confusions et paradoxes de notre tour de Babel contemporaine.

Tel est le droit de croire aux «  miracles » ! Et si par le Verbe se manifestait la « renaissance » ?

Il faut bien tenter de se substituer aux traumatismes de la destinée.

« Au lieu de nous battre pour des chimères

Unissons-nous pour donner du bonheur. »

Par ce modeste recueil : « Un amour un cri » Nadine K traduit par la poésie ce que silencieusement sécrète son cœur.

©Chronique de Michel Bénard

Barnabé LAYE« Par temps de doute et d’immobile silence » – 2013 – Acoria éditions. (71 pages.) Epigraphe de Charles Sauvage.

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  • Barnabé LAYE«  Par temps de doute et d’immobile silence » – 2013 – Acoria éditions. (71 pages.) Epigraphe de Charles Sauvage.

Ce nouveau recueil du poète béninois, Barnabé LAYE, récemment publié aux éditions Acoria, côtoie le réel, mais ouvre également toutes les portes sur l’imaginaire, l’onirisme, l’approche de toutes légendes.

Cet ensemble à la fois mythologique et poétique est la confidence d’une rencontre, mieux d’une véritable entité, communion, passion entre le fleuve et le poète.

Nous célébrons ici le fusionnel !

« Ce soir je viens vers toi fleuve

Baigner dans tes entrailles pour renaître…/… »

Barnabé LAYE pose le regard sur son fleuve le Nil, de la même manière que s’il admirait son semblable, son prochain, tout particulièrement une femme maternelle où l’homme fragilisé par la traversée du désert, des épreuves de la vie, viendrait se ressourcer au bord de ses lèvres et se revitaliser à son énergie.

Nous abordons parfaitement le thème du pèlerinage, du retour aux sources, de la restauration de la mémoire du fleuve, du décryptage du secret de ses eaux amniotiques.

« Je viens vers toi…/…

Pour me noyer au plus profond de ton ventre

Ô Nil »

Pour Barnabé LAYE, c’est toute l’Afrique qui vient se désaltérer et se reposer sur les rêves limoneux du Nil.

L’absence volontaire de ponctuation attribue aux textes un élan supplémentaire de liberté.

Tout comme les oiseaux qui calligraphient le ciel de signes et d’idéogrammes informels.

« Dieu du Savoir et de l’Ecriture

Garde mémoire et parchemin des heures à venir »

Le fleuve transporte encore les millénaires de l’histoire et du destin de l’humanité. Il préserve dans ses eaux le devenir des hommes !

Mais pourquoi l’ont-ils mutilé en sa source, pourquoi l’ont-ils profané ?

Il faut retrouver les ondes primordiales, le souffle mystique des pierres érodées et des colonnes calcinées.

Barnabé LAYE développe ici avec son verbe, son style poétique, sa passion et érudition égyptologique.

Il entretient un authentique dialogue avec le fleuve.

« Que veux-tu me dire fleuve-mère

Laisse-moi le jour pour habiter le message

Découvrir la force et la signification »

Par la révélation du Nil le poète se protège à l’ombre des «  dieux ». Mais si le fleuve initie le scribe-poète, il ne lui épargne pas pour autant les épreuves et passages des degrés karmiques.

Il faut prendre le temps de trouver la mesure, la signification du message codé.

Par ce parcours initiatique nous sommes comme je l’ai déjà souligné, bien au cœur même d’une sorte de pèlerinage aux sources, qui n’est pas sans nous rappeler Lanza del Vasto.

Le poète-pèlerin doit retrouver les clés de l’origine. Ankh, la clé de vie, ouvrirait-elle aussi la porte des connaissances ?

Tout au long des siècles, sur les bords du Nil comme ailleurs, nous retrouvons toujours le mépris, l’arrogance des envahisseurs, des profanateurs, vainqueurs aujourd’hui, mais détrônés demain. Et l’histoire recommence !

« Sans égard ni respect sans retenue

L’orgueil de leurs machines à vif dans mon ventre

Creusait un gouffre immense et aveugle »

Profanateurs du fleuve Divin ?

Dans le cas présent les profanateurs sont venus de l’Est, plus précisément de l’Oural pour mutiler stupidement sans en mesurer les conséquences ce joyau aquatique, guidés par de seuls et inacceptables profits.

Ils ont blessé presque à mort le fleuve, qui tôt ou tard reprendra ses droits.

Mais Barnabé LAYE, le scribe-poète, n’en perd pas pour autant le cours de ses rêves qu’il fixe dans les grands granits roses, tout en se laissant glisser jusqu’aux portes du Delta.

Il s’approprie l’identité du fleuve, se confond à ses eaux fertiles.

La musique occupe une place importante dans la poésie de Barnabé LAYE, au sens propre par son rythme, sa cadence d’écriture et au sens figuré par la révélation colorée des métaphores imagées.

« Une musique lointaine caresse le dos de la nuit

Avec des notes tressées sur le ventre des cithares »

Néanmoins, ici je refermerai l’ouvrage afin que vous puissiez mieux le découvrir.

Je vous laisse savourer l’apothéose d’une magnificence : là où le Nil devient femme, une femme féconde.

« On dirait le vent dénudant une odalisque

On dirait …

Une FEMME

Et maintenant va à sa rencontre va !

Une vraie rencontre est un destin. »

©Chronique de Michel Bénard