M©Dĕm.Murielle Compère-DEMarcy a lu et commenté pour vous:

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  • Minute  Papillon de Jean-Pierre LESIEUR, éd. Comme en poésie, 51 p. ; 2012 [10 euros]

[Pour une petite minute de détente & de poésie—] (1)

Il est des minutes que l’on compte, que l’on décompte ; d’autres qui se comptent comme ces minutes emportées dans la ronde des heures de la vie journalière

& celles qui comptent comme cette MINUTE.PAPILLON saisie au vif dans son vol au 1/60ème de ronde par le poète pour un moment passé hors du temps dans le bonheur d’une traversée toute en poésie.

C’est le livre d’une Minute Papillon qu’offre ce recueil du poète-revuiste Jean-Pierre LESIEUR, accompagné au “pinceau” par la peintre de Capbreton, FLAM, dont les merveilleux et enchanteurs croquis rehaussent la beauté des mots & des choses.

Scénario original que de mettre en poèmes la vie rondement menée d’une minute… (sous-titre figurant sur la page de garde, avec frontispice).

Écrits en vers libres les courts poèmes déclinent dans leur cadre la vie rondement menée de cette minute qui s’envole du carcan de la mécanique du Temps –pour nous transporter dans les rouages, les coulisses & les fantasmes de ses échappées de lépidoptère.

La petite minute

se désolait

dans sa tanière de rouages

Bougeant

ses menottes rouges

dans tous les sens

Elle donnait la main

à ses soixante sœurs

Pour faire vivre

la famille

de la ronde de l’heure.

N.B. – 60 sœurs –ou 59 ? La Minute Papillon vit donc ici un supplément d’existence à part…

échappée de sa vie sociale de minute parmi les 59 autres minutes faisant l’heure à son tempo

échappée au quart de quarteron de tour pour une course à revers de la montre

des ailes accrochées au fox-trotté de sa ronde, pour nous emporter dans une danse à contre-temps ou à plein régime d’un temps d’éternité

La minute danse ici dans une ronde drôle & aux battements d’ailes “tintinnabulées” d’humour. Ainsi dans le déroulé poétique de la marmaille des minutes ou dans cette entreprise de

La mère minute

qui s’y connaissait

dans les appareils du temps

(et qui) fit visiter à ses filles

la clepsydre

de leur arrière-grand-mère

leur recommandant bien

de ne rien dire

à l’horloge parlante

ni aux horlogers

du changement d’heure

qui officient

chaque nouvelle année

quand on en perd une.

La Minute Papillon joue avec le Temps comme le poète, dans des tours de passe-passe menés par la baguette anachronique du poème.

L’histoire de l’Heure se conte et se compte jusqu’à bousculer la mesure du Temps et à en mêler d’une façon ludique les fuseaux dans une petite révolution poétique du cours des horaires.

Le lecteur s’amuse avec cette Minute Papillon malicieuse entourée de sœurs non moins espiègles posant des questions sur le temps – le temps qui se compte, se conte, raconte des histoires de temps –du temps qui se mesure – à en perdre parfois son heure—

Elle fut stupéfaite

d’entendre la maline

parler de

cocotte-minute.

Était-ce une minute déguisée

Une minute dégrisée

Une minute qui durait

Le temps d’une cocotte

Ou d’un chant du coq

Était-ce un appareil

(suite à dé-couvrir…)

Bien sûr les instruments d e mesure du temps participent à la ronde eux aussi : le sablier, la clepsydre, l’horloge,… mis en scène par le poète.

À lire ce petit livre amusant d’une Minute.Papillon au Pays des Muses

À lire & retrouver les rives minutes de l’enfance

À lire ce beau recueil empli de poésie et dont les croquis de FLAM embrasent les minutes d’eau, de verve & de sable

-vous en aimerez la route de ses petites minutes de poésie—

©M©Dĕm.Murielle Compère-DEMarcy

 

Minute  Papillon de J.-P. LESIEUR,

A commander à Comme en poésie

2149 avenue du tour du lac

40150 HOSSEGOR

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous : Le poète Jacques DARRAS

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous :

Jacques Darras

Le poète Jacques DARRAS (1)

Le poète Jacques DARRAS déroule les pages du quotidien au rythme de son Verbe qu’il a tonique / tonifiant / roboratif / convaincant / salutaire (le “Verbe” non entendu ici dans sa connotation religieuse, mais dans la désignation de l’utilisation de l’outil-poème comme formateur & fondateur, participant dans sa totalité du langage-à-l’œuvre à l’écriture du Corpus).

Jacques Darras est un poète du Langage et de la Vie entremêlés, dont les mots martelés font rythme & sens / dans un discours cursif d’appui & de Souffle / dans la trame de nos vies journalières & littéraires.

Lisez Tout à coup je ne suis plus seul (roman / chanté / compté) éd. Gallimard, coll. L’Arbalète, 2006 –et vous trouverez d’emblée le ton, le style du poète dans le ryhtme éperdu et bien pesé/pensé de sa prose crusive-discursive, dans sa tonalité (re)vivifiante & chatoyante, dans le déroulé encouru de son énergie énergisante (cf. à ce propos et dans le sens littéral et littéraire L’ode au champagne in Tout à coup je ne suis plus seul : quoique à chanter / à boire / à écouter lue de la propre voix vive de l’auteur, c’est mieux !).

Le dernier livre demeure dans le rythme darrasien. Roman familial ou national, livre d’hommage rendu à son père par le poète et à sa propre lignée, Je sors enfin du Bois de la Gruerie (éd. Arfuyen, Anne & Gérard Pfister éditeurs ; in Les Cahiers d’Arfuyen, volume 214 de la collection ; Paris-Orbey, 2014) reprend tout, dans le contexte, à 1914 et est défini par l’auteur comme un Poème cursif / discursif.

Roman / chanté / compté pour tout à coup je ne suis plus seul,

Poème / cursif / discursif pour Je sors enfin du Bois de la Gruerie

On comprend ici l’importance accordée au rythme du Verbe dans l’œuvre du poète.

Il faut lire l’œuvre de Jacques Darras à voix haute.

Mieux, en “marchant le Poème”.

En le martelant au rythme de nos humeurs et de nos pas de lecteur, posé sur la route de notre quotidien, ici rehaussé par la vision poétique de Jacques Darras. Posé sur la bande roulante de nos aventures sans aventurisme de découvertes en curiosités reconduites, incessamment comme l’est l’étonnement poétique proche des étonnements frais de l’enfance. Beatnik cartésien ; voyageur sentimental ? En route sans cesse sur la road-movie des émotions et des visons levées par une écriture en marche.

Une vision poétique, dans toute l’acception du terme poétique : une vision créative & créatrice parce que révélatrice de nouveaux regards posés sur le monde ; une vision politique au sens grec du terme, une vision des faits de notre vie citoyenne ; une vision éthique.

J’inscris Jacques Darras dans la lignée de ces poètes transmetteurs, passeurs, décrypteurs, déchiffreus et traducteurs, guides dans les univers pluriels aux cheminements parfois confus suivis par nos existences citoyennes trop préoccupées par l’inessentiel, -existences en perpétuel mouvement et dont les errances naviguent trop au milieu des ombres, rarement vers la lumière, entre lucidité & compromissions, -errances aux vertus éthiques hélas souvent assombries et dénaturées par l’ignorance, la bêtise ou des ambitions d’intérêts éloignées des projets souhaitables à hauteur d’humanité (ndlr).

Poète optimiste, Européen convaincu, pacifiste, courant et discourant vite en poète / poète du roman –Jacques Darras est ce poète attachant qui nous donne à (re)trouver nos racines et nous guident vers l’à-venir de nos voyages en cours.

A lire :

Tout à coup je ne suis plus seul, roman/chanté/compté éd. Gallimard, coll. L’Arbalète, 2006

Je sors enfin du Bois de la Gruerie tout reprendre à 1914, poème cursif / discursif, éd. Arfuyen, 2014

M©Dĕm.

(Murielle Compère-DEMarcy)

Cathy GARCIA, Ailleurs simple, illustrations Jean-Louis MILLET. Éditions Nouveaux Délits, décembre 2012.

Dĕm. a lu et commenté pour vous :

 

  • Cathy GARCIA, Ailleurs simple, illustrations Jean-Louis MILLET. Éditions Nouveaux Délits, décembre 2012.

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«A tous les voyageurs mobiles ou immobiles» avec, de ses propres mots : «un peu de rêve, d’étrange et d’étranger même». Cathy Garcia signe avec Ailleurs simple un recueil de poèmes à siroter avec succulence, en vers libres et selon son rythme, en suivant ou non le fil anachronique des pages. La couverture couleur d’argile annonce si j’ose écrire, la couleur des textes, leurs paysages et leur style. On est en effet dans une poésie comme brute, animale, végétale, minérale, parcourue dans le sens inattendu du poil comme l’est souvent le contre-courant suivi par l’éditrice de la revue et du blog Nouveaux Délits. Une poésie sauvage.

Sans digue

Ni barrage

Torrents

Montés du ventre

Les chants

De terre et d’eau

Corps peints

Menez la danse

Tambours

Sauvages

On soulève et l’on heurte sur les chemins du désert et de terres rouges – «cuites au bleu de ciel» – des racines rebelles qui font lever le pied, le nez ; qui font s’arrêter, pour s’interroger, regarder. Le temps d’un arrêt d’instantané, transe montante.

L’animal

La boue

Les feux

Les transes

Pour repartir aussi vite. Pour

Marcher

Marcher sans fin

Rejoindre le départ

Le point de nulle part

Ensablé de beauté

La poésie de Cathy Garcia prend corps au sein même de la nature –ici ce sont des contrées africaines, les terres du sud que révèlent les mots et les images de cet Ailleurs simple, & l’invitation au voyage vaut le coup d’œil. On «panthère avec la mort» (pour reprendre cette belle construction verbale de l’auteur à retrouver dans Fugitive, son tout nouveau recueilà paraître c/o Cardère en mars 2014), on panthère avec la frousse et l’envie d’avancer au milieu d’une brousse sauvage où les félins passent, entre autres, et où la poésie s’aère au gré des déserts, des savanes, des feulements lancés ici et là. En tant que voyageur immobile le lecteur a cette impression que procure la force évocatrice des mots, a l’impression que les forces élémentaires et la faune et le végétal le touchent au corps et au cœur de son voyage. Des images passent comme des caravanes traçant et éclairant le désert, ainsi ce «soleil de chevrotine», comme des signes légendaires ainsi ce chien mangeur d’étoiles, l’homme des collines, ces carcasses /Os de lune… – dans ce grand poèmed’argileoù la nuit s’ancre/ Au port aride.

Des esprits aymaras

Soufflent doucement

Sur ses paupières.

Des esprits soufflent en cet Ailleurs simple, doucement sur les étendues d’or et rouges des poèmes…

 M©Dĕm.