Faux Partir de Patrice Maltaverne, Recueil de poèmes, éd. Le Manège du Cochon Seul [Nevers]. 2009 [60 p.] ; 9 €

Faux Partir de Patrice Maltaverne, Recueil de poèmes, éd. Le Manège du Cochon Seul [Nevers]. 2009 [60 p.] ; 9 €

A propos de l’auteur :

Patrice Maltaverne
Patrice Maltaverne

Patrice Maltaverne dirige le poézine Traction-Brabant depuis 2004 [Metz],

(Blog : http://www.traction-brabant.blogspot.com)

Auteur de poèmes publiés dans une vingtaine de revues, il a publié Lettre à l’absence en 2014 aux éditions de La Porte. (Cf. Article de Murielle Compère-Demarcy sur le site de La Cause Littéraire du 18/10/2014 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie).

A propos du recueil :

Les 8 premiers poèmes de Faux Partir sont parus dans les numéros 38 et 39 de la revue Le jardin ouvrier (octobre et décembre 2003) ; les poèmes n°5 et 6 A plusieurs reprises… ont été republiés dans l’anthologie Le jardin ouvrier publiée aux Éditions Flammarion (2008) ; les 8 poèmes suivants de Faux partir sont parus dans le numéro 11 de la revue Saltimbanques (novembre 2006).

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Rien ne sert de courir : il Faux Partir. A point, mais Partir.

Par quelles voies, par quels chemins ? Suivant quelles voix ?

Si un recueil de Patrice Maltaverne s’annonce comme une invitation à un voyager vrai (cf. Préface Pierre Bastide pour Faux Partir) c’est que l’on sait que ses poèmes sont bons compagnons de voyage. Et si Faux Partir résonne – avec son titre comme d’injonction – avec une poésie particulière, c’est que l’on sait que celle de Maltaverne tient la route et que le recueil ne manquera pas de dépaysements. Dépaysements salvateurs ou salutaires, avec bien des retours, de beaux arrêts sur images, moteur puissant en marche, et pour notre bel enthousiasme reconduit, le transport poétique garanti ! Grâce au poète passeur qui nous ouvre dans ce Faux Partir des chemins poursuivis en quatre quatre (suite de poèmes composés pour chacun de 4 quatrains), ouverts sur l’inconnu après que la voie droite a été perdue,

Au milieu du chemin de notre vie

Je me retrouvais dans une forêt obscure

Car la voie droite était perdue

des chemins entrouverts sur un inconnu familier pourtant, tel un rêve étrange & familier, en périphérie d’une ville déshumanisée où le sens se cherche, en quête d’un autre côté où le sens reste à chercher, autre versant de la vie & de soi-même jamais gagné, où le seul chemin à prendre revient toujours de naître. Cheminement -en plein cœur de la vie- poétique.

D’entrée, l’illusion d’optique jouée par le premier poème trouble l’effet de perspective. Premier poème du recueil qu’il faut lire en son intégralité pour en saisir la teneur et la profondeur. Pour saisir l’espace à déployer pour le lecteur et par lecteur, ici et tout au long du recueil :

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

Je cherche à le rattraper mort ou vif

Sur la route déjà rayée par la pluie

Aux frontières il est écrit qu’un pays

Doit naître pour annuler toutes les joies uniques

De cette vie toujours prête à être consommée

Sans changer de lit au milieu de rien

Tu parles quand bien même je serais debout

Je n’irai pas au-delà du panneau

Qui m’indique la fin de la ville

De tous nos instincts captifs sans le savoir

Mais de quoi diras-tu ne serait-ce

Pas de liberté qui m’inflige beaucoup

De ses grimaces au néant des jours ouvrables

Sous la vitre où témoigner de mes buées

Rythme entraîné, rythme parfois syncopé, rythme bousculé en sa linéarité, Rythme emporté parfois, comme l’est le rythme de notre lecture : le vers ne s’arrête pas, embraye sur d’autres contrées sans cesse remises, vers d’autres pages, d’autres poèmes, d’autres paysages – à des vitesses, selon des points de vue, avec des directives variables.

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

écrit le poète. Fini, il a fini par se coucher : après quel combat, est-ce là position de résigné, est-ce décision de sauvegarde – sauvegarder soi contre le milieu de rien (car à quoi bon mal vivre pour rien?), de l’autre côté du monde ordinaire ? Et le rêve s’éloigne comme l’horizon fuit devant la marche du chercheur en quête d’Inconnu et d’Ailleurs. Rêve – inaccessible ?

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

Je cherche à le rattraper mort ou vif

Maltaverne poète déroute nos attentes, surprend. Que cherche-t-il à rattraper mort ou vif : son rêve, enfui au loin, mais comment rattraper un rêve, et comment rattraper un rêve s’il est mort ? Rêve perdu ? Comme on sait que le temps perdu ne se rattrape guère ?

Maltaverne bouscule le rythme de nos déroutes, martèle le Faux Partir mais aussi les mots même qui façonnent et déroulent nos (faux?) départs. Et le «tu » interpelle comme il nous implique dans l’engagement du poème. Car la poésie de Maltaverne parle de nous et nous parle. Poèmes de quatre quatrains proches visuellement du sonnet mais sans ses contraintes (au niveau des rimes, des mètres), les textes de Faux Partir déroulent sans ambages ni préliminaires de présentation dans le décor ou les enjeux, des routes inédites passagères où passer, embuer nos dernières pensées vides, effacer les souvenirs, jusqu’à frôler cette folie où ni les aiguilles d’une montre ni les clés de lecture d’un univers effondré ou prêt de tomber ni les restes d’une ville morte sciée par l’autoroute ne peuvent poser de vestiges en ultimes bornes de nos escapades, perdus que nous sommes, égarés au milieu de rien

Quelle folie subite s’est emparée de moi

Lorsque j’ai voulu passer le dernier pont

Sur l’autoroute qui scie la ville morte

Encore une fois pour oublier tous les souvenirs

Le décor fantastique, expressionniste de la ville donne à voir des ouvertures de vertige, béance sur des instants d’angoisse et/ou de résistance

Je respire à peine dans ces mauvais pas

Qui abusent sans doute de ma personne

En attendant d’atteindre les principales

Broussailles pour me déshabiller l’âme

Ce décor fantastique, expressionniste de la ville donne à voir des ouvertures de vertige, en gueules béantes d’une plus haute humanité de marginaux en résistance, souffrant de leur mal vivre où contre rien Faux Partir, en résistance

Aujourd’hui lorsque j’y pense la loi

De la gravité urbaine venait d’être démontrée

Cette loi qui veut que nous disparaissions toujours

A l’intérieur des moteurs de nos solitudes

Nous avons tracé des routes réelles pour cela

Et tous les autres corps sont vite étouffés

Dans les années sombres du serpent de goudron

La plupart du temps au-dessus des cœurs

Villes de Solitudes, mais –

Cela ne m’empêche pas de sortir encore

Des mers monotones de l’asile de jour

Où nous avons été admis dès la naissance

Pour coopérer dans le silence quotidien des tortionnaires

Optimisme opiniâtre du poète Maltaverne, en vers & contre tout ? Résistance du poète comme dans cette Partie riante des affreux (recueil de Patrice Maltaverne co-écrit avec Fabrice Marzuolo, aux éditions Le Citron noir, en avril 2012) où la part des anges se partage dans l’arène et le silence quotidien des tortionnaires avec lesquels, pour coopérer nous sommes mis / jetés au monde – aux côtés de démons peut-être plus nombreux et comptant nos déboires à leur avantage (cf. plaquette Venge les anges in Mi(ni)crobe #40 c/o Éric Dejaeger, Belgique).

S’exprime toujours chez Maltaverne un regard sans concession sur le monde, avec le vers haut qui fait mouche / frappe là où ça fait mal / démange, à l’instar de ces coéquipiers du blog de libres chroniques poétiques Poésie chronique ta malle (http://poesiechroniquetamalle.centerblog.net/) où l’on côtoie poètes et revues d’une même lignée d’écriture, indépendants de toute servitude créatrice et signataires d’une belle créativité (parutions des éditions du Port d’Attache à Marseille dirigées par Jacques Lucchesi, Revue Microbes, Revue Les tas de mots, Paysages écrits, L’Assaut, …). Rôdent dans les parages du blog les présences de Cathy Garcia des Nouveaux Délits, de Vincent Motard-Avargues de la revue Ce qui reste, des auteurs de la revue Dissonances, Thierry Radière, Christophe Esnault, …

La poésie de Maltaverne en mettant le doigt dans les choses qui dérangent, bouleverse et remue, nous remet en question, questions reposées à chaque poème, à chaque retour sur poèmes, à chaque vers débordant parfois sur le prochain pour mieux dérouler le rythme éperdu/égaré où malgré nous nous sommes embarqués.

Faut-il résister ?

Faut-il plier ?

Aller comme les honnêtes gens là où

De l’autre côté la ville vit toujours

Sur le dos des honnêtes gens qui passent

Dans l’indifférence générale et finissent par ressembler

A des feux noirs emmanchés sur un poteau

Mais je ne veux pas être comme eux

(…) ?

Faut-il faire sécession ? Faire faux bond et choir dans un fossé plein de boue ?

J’ai suivi pendant des jours une ligne

De fuite à travers la ville en diagonale

Sans qu’il me soit possible d’enregistrer

De progrès dans ces murs qui s’emboîtent

(…)

J’ai suivi pendant des jours une ligne

Sur laquelle je n’ai cessé de me tenir

Pour garder l’équilibre car des vieux

M’avaient dit d’en rester là pour eux

Continuer comme un sous-marin qui progresse dans les eaux profondes, avant que la mort animale te gobe à sec ?

C’est à une traversée d’humanités que nous convie Patrice Maltaverne. Voyageurs intra ou extra-muros de la ville, travailleurs, gens honnêtes, paumés soumis à l’alcool blafard, … tous se confondent et se croisent dans la ville anonyme qui engouffre silhouettes et individualités. Tous confondus sur une même ligne d’où déraper – peut-être le faut-il pour ne pas perdre l’équilibre -, sur la même route et sur le bord, dans l’indifférence générale et

Je / Toi / le poète

Je reste sur le bord de la route

Laissé pour mort par les voitures qui tournent

Sur leur circuit automobile avec cette monotonie

répétitive

Qui caractérise les âmes ignorantes de leur mort

Maltaverne n’écrit pas de main morte ni de fausses notes sur la partition ici d’un voyager vrai (Pierre Bastide in Préface), plus que vrai s’il est vrai que la vraie vie est ailleurs ?

Je me dis soudain qu’il faut quitter

Cette route pour être un dieu aujourd’hui

Mais le soleil à force de nous ignorer

Prépare peut-être un nouveau coup d’état

Faut-il écouter les vieux poètes, mais leurs paroles ne sont-elles pas leurres / miroirs aux alouettes ?

Les vieux poètes pensent que l’on écrit

Des poèmes pour chacune des rues qui élèvent

Des hommes au singulier si bien qu’ils

Se réveillent avec une voix nouvelle pour vivre

Mais ce n’est pas vrai seule compte

La géométrie de ces espaces monotones à enchaîner

A notre silence qui n’est pas étourdi

Sur la terre comme dans une ruche pâle

Allez travailleurs ! Marchez dans des rues juste

parallèles !

Alignez-vous avec le goudron avec votre tête

Déjà réduite à de la bouillie sans blessure

Et qui compte ses morts dans une tombe

Pour l’ouvrir il faudrait ouvrir le ciel

Puis passer un laser à travers ces choses

Qui nous empêchent de voir la ville expier

Le mutisme de ses crimes d’oubli permanent

Faut-il / Faut-il… Resterait-il ne serait-ce qu’un faux leurre où se retenir où se sentir vivre ?

Car il faut bien vivre avant de mourir

Faut-il / Faut-il…

  • Faux partir !

©Murielle Compère-Demarcy

Alphabet de A à M, Philippe Jaffeux, Passage d’Encres/Trace(s)


  • Alphabet de A à M, Passage d’Encres/Trace(s), 2014, 350 pages, 30 €

    Ecrivain(s): Philippe Jaffeux

Un poète sur la place des nombres (2)

Étant davantage entrée dans le labyrinthe d’Alphabet, j’aimerais ici exprimer certaines impressions de lecture (« On s’exprime à partir de ce qui nous imprime », écrit Jean-Luc Godard).

Tout d’abord pourquoi ce titre ? Le poète ferait-il place davantage ici aux nombres, privilégiant ceux-ci par rapport aux lettres ? N’oublions pas que son outil de travail est l’ordinateur, pour lequel les lettres sont des nombres. Les 15 lettres d’Alphabet ont été construites grâce à un flux électrique. Lettres de conversion à partir de nombres créateurs d’un monde incréé, lettres plutôt que mots, produisant – comme le flux énergétique produit l’électricité- une écriture nouvelle, imprévisible.

S’ensuit de cette place incontournable occupée par les nombres comme une magie de cet alphabet de l’électricité. Alphabet d’avant l’écriture de « la lettre » puisque proposant par le flux électrique des lettres perçues avant tout comme des images et des nombres ; Alphabet cosmique puisque brassant le monde à hauteur d’une humanité débarrassée de son pesant d’ego, porté et traversé par la force d’une énergie telle qu’elle peut se diffuser dans des forces électromagnétiques, cosmiques, voire divines.

Comme l’écrit Jean-Paul Gavard-Perret : « la poésie touche (ici) à la matière même de l’écriture dont le rapport secret emprunte le moins possible aux accidents du biographique. “Elle est autant une science de la nature qu’expérimentation du langage” (…) ».

Or, une fois soulignés ces paramètres inhérents à la monstrueuse machination (au sens étymologique pour les deux acceptions) de l’écriture ici en cours, mise en mouvement par le moteur-ordinateur, de multiples paradoxes constructifs apparaissent, termes/fonctions apparemment antinomiques caractérisant essentiellement cet Alphabet et lui permettant même de fonctionner :

Créé et mû par un « processus de construction et d’associations mentales très RÉACTIF » (ndla), le monde d’Alphabet est tout à la fois porté par l’instantanéité de la démarche à la vitesse de l’énergie électrique et par la réflexivité dans le sens où sa signification émerge à la fois de représentations conceptuelles et de représentations perceptuelles aiguës. Les cinq sens du système nerveux ainsi que l’idéation, la pensée systémique à l’œuvre dans une telle démarche et le cerveau de l’ordinateur coopèrent à la construction de cet édifice. Ceci dans une fulgurance de l’instant conceptualisé par une mise en réflexion fulgurante.

Ce processus de construction intuitif et conceptuel, d’une signification perceptuelle aiguë, procède à une déconstruction textuelle du texte par l’ordinateur.

L’interactivité expérimentée par le lecteur dans sa connexion à ce monde le place simultanément dans une zone de liberté où le livre devient le sien mais où la possibilité d’une absence de fonctionnement dans le contrat signé avec l’auteur guette également son approche. La possibilité du lecteur se joue ici dans un cadre de création hors norme, hors consensus puisque l’écriture en est nouvelle : inédite. Si le contrat est bien signé avec l’auteur, l’entrée du lecteur dans Alphabet ouvre des champs d’appropriation et d’interprétation infinis que le lecteur peut explorer à l’envi. Libre, le lecteur fera comme sien cet alphabet, lequel exigera cependant la vigilance commandée par une littérature de contraintes. Nous connaissons ce que Baudelaire a majestueusement exprimé dans son petit poème en prose sur cadre d’un tableau : « la liberté (de l’Imagination) commence là où s’arrêtent les limites matérielles du tableau ».

Expérimentant un outil contemporain utilisé par le plus grand nombre (l’ordinateur mettant en œuvre les nouvelles technologies), Alphabet délivre ici un message inédit et singulier, hors espace-temps d’où sa monstruosité, transcendant cet espace-temps par la voie d’une littérature transposant/ transfigurant et sublimant son sujet.

Mais, ces tensions en jeu dans la mise en œuvre de cet Alphabet ne sont-elles pas celles en jeu d’une façon analogue dans les flux électriques parcourant notre monde, dans les forces électromagnétiques innervant nos systèmes de pensée et de fonctionnement, traversant la complexité d’une nature et d’un univers régis par le déterminisme et le « hasart » (distorsion orthographique voulue par l’auteur) ? Cet alphabet de l’électricité va/fonctionne comme le monde en ses lois et ses aléas empiriques, le transcendant en le traduisant sur nos pages de lecture par la voie de la création.

Alphabet ou l’odyssée d’un monde

Livre-Monde, Livre-« monstre », Alphabet pourrait ainsi se caractériser par sa qualité de livre hors normes.

Livre à la fabrication non moins « monstre » : Alphabet a été écrit sur du papier 100 g et sur un format 21×29,7 cm entraînant un poids des pages mesuré sur une impression en recto seul, ainsi que des mesures de longueur ne correspondant pas aux normes éditoriales officiellement pratiquées, habituellement appliquées. Livre-Défi donc.

Une page peut contenir, si l’on extrait pour exemple la page (non numérotée) U de D comme entretien ? 16 cm de mots en largeur, 25 cm en longueur avec pas moins de 52 lignes (ouvertes en l’occurrence par l’anaphore d’une tournure interrogative non ponctuée dans sa réponse par un point final – la ponctuation finale () n’étant utilisée que pour clôturer l’abécédaire structurant cet entretien et annoncer la lettre E. Exemples de signes particuliers : « La lettre D s’intitule “Entretien ?” car elle contient 676 questions classées dans l’ordre alphabétique » ; « la disparition des majuscules sur les deux dernières lignes de la page Z ».

Cette conception hors norme attire-t-elle une curiosité elle-même hors norme, ou cet alphabet peut-il attirer dans son flux électrique un lectorat plus large que celui regroupant des expérimentateurs d’un Langage ainsi mutant, à l’œuvre et en perpétuelle évolution ? Déjà les dispositifs visuels comme ceux de E (Zen…), de M (=17 576) pourront-ils attirer l’intérêt d’un nombre notable de curieux ?

Aussi, la lecture de la gestation et de l’accouchement d’une écriture actée et comme en images pourra-t-elle dessiller les yeux de ceux qui seraient tentés par nature de ne pas affronter cet alphabet ? Ainsi, extrait des vingt-six lignes composant la lettre A de l’abécédaire dansant de B (suite) :

Un océan d’octets dérive sous une île rectangulaire tandis qu’une encre flotte grâce au poids d’un papier vague (= 1 ligne)

un flot de cimes rouges surplombe une plage verte pour déployer la vision illisible de notre territoire chatoyant (= 1 ligne).

Livre-monstre en son poids et sa grandeur peu propices au transport, également. Lisible exclusivement (vœu de son auteur) sur support papier (dont la texture est particulièrement tangible), cet alphabet pèse son pesant de pages. Que les passionnés donc prévoient en cas de transport dudit livre : 1 kilo sept cent cinquante grammes de charge dans leur bagage !

Livre encyclopédique réunissant et entremêlant pour les enrichir savoirs et perceptions. Livre océanique brassant « un océan d’octets » et l’encre des pages en une navigation multi-voiles pour tracer les hautes lignes de notre « territoire chatoyant ». Odyssée alphabétique dérivant au gré des courants incontrôlables et contrôlés, condensé conceptuel et hyper-perceptuel d’une exploration vaste à hauteur d’humanité, actes de Langage, univers intégral immédiat traversé de contingences détraquées, Expérience Littéraire cosmique et mythologique – Alphabet est tout cela en sa totalité, en son unité globalisante transcendant par sa geste créative toute pensée systémique.

En guise de conclusion provisoire…

Cosmogonie ? Alphabet mythologique ? Nouvelle aire d’une écriture mutante ? L’écriture de Philippe Jaffeux instaure à coup sûr un nouvel espace sémiotique, épistémologique dans la perspective d’une ligne de fuite machinique mettant en œuvre un total champ poétique expérimental. A l’instar du modèle descriptif et épistémologique constitué par le rhizome dans la théorie philosophique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, dans lequel l’organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination hiérarchique mais où tout élément peut affecter ou influencer tout autre (Deleuze & Guattari 1980 13).

C’est pourquoi Alphabet s’inscrit dans le champ d’exploration à la fois du poétique, de la philosophie sociale, de la sémiotique, de l’épistémologie et de la théorie de la communication contemporaine. Il s’agit de ne pas en perdre mais d’en souligner au contraire la singularité.

  ©Murielle Compère-Demarcy.

A propos de l’écrivain

Philippe Jaffeux

imagesCARU7SFOAlphabet de A à M, Passage d’encres éd. Collection Traces ; N, L’E N IEME Passage d’encres éd. Collection Traces ; O L’AN/, Atelier de l’agneau ; courants blancs, Atelier de l’agneau ; À paraître (janvier 2015) : autres courants, Atelier de l’agneau

Murielle Compère-Demarcy

Murielle Compère-Demarcy
Murielle Compère-Demarcy

Publications en revue (Comme en poésie, Traction-Brabant, Mille et un poètes, rubrique « Trouvaille de Toile«  dans la revue Expression des Adex), Aéropage, Florilège, Libelle, Portique, Art & Poésie, Traversées, Poésie/Première, La Passe, Nouveaux Délits,— ; Décharge, Verso, Le Moulin des loups, Comme en poésie, Recours au poème, Traction-Brabant, Traversées… : publications en cours 2015).

Publications sites on line dédiés à la littérature en générale, à la poésie en particulier : chroniques, éditos, articles critiques/recensions sur sites en ligne (La Cause Littéraire, Traversées, Recours au Poème, Tas de mots, Ce qui reste, La Pierre et le Sel,—)

Recueils de poésie Atout-Cœur (éd. Flammes Vives, 2009) ; L’Eau-Vive des falaises (Michel Cosem éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches ; Avril 2014).

Recueil de nouvelles, La F—du Logis, septembre/octobre 2014.

Recueil de poésie dédié à Jacques Darras : Je marche— poème marché/compté à lire à voix haute (Michel Cosem éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches). Août 2014.

Publications en cours

-1 recueil de poésie aux éditions Le Citron Gare / Patrice MALTAVERNE éditeur (METZ) / Juin 2015. Didier MELIQUE aux illustrations ;

-1 recueil de poésie aux éditions La Porte / Yves PERRINE éditeur (LAON) / Printemps 2015 ;

-1 tiré-à-part pour Coupure d’électricité aux éditions du Port d’Attache / Jacques LUCCHESI (Marseille) / Mars 2015 (paru février 2015)

-1 numéro pour la Revue « Chiendents«  aux éditions du Petit Véhicule / Luc VIDAL (NANTES) [en cours d’écriture]

 

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous :

9782343022031r

Ainsi se parlent le ciel et la terre, de Michel COSEM -recueil de poésie de 89 p. paru aux éditions L’Harmattan , 12/2013 – [11,50 €]

Écrire être au monde en sachant comment se parlent le ciel et la terre, avec toute la sérénité d’un poète qui maîtrise sa langue et pose un regard paisible sinon rasséréné sur le monde, -ainsi nous parle / créé / voyage Michel Cosem.

Écrire : Ȇtre / Ȇtre au monde et l’ Écrire / Écrire & être au monde

Une même lettre initiale inaugure la geste créative, que transfigure l’acte poétique porté par le poème, d’un merveilleux quotidien. Geste créative / Quête existentielle.

Ainsi se parlent le ciel et la terre s’ouvre sur le Dire de cet acte inaugural « Écrire être au monde« , comme dans l’Aube de Rimbaud « la première entreprise fut une fleur qui (…) dit (au poète) son nom ».

Et le merveilleux quotidien, surgi de cette entreprise de langage entre le ciel et la terre mise en mots par le poète, transparaît d’emblée dans les interlignes de la page première.

Il s’agit d’ Écrire être au monde / Comme un carré de terre, mais, pas n’importe quel espace-temps ici s’instaure—

— puisqu’on l’y trouve semé d’orchidées mauves / et de plumes d’oiseaux

— puisque les interlignes

sont de ressource

inscrits dans la sève & dans les sources,

reconduits sans cesse / sans arrêt

renaissants /

sur la ligne de crête des souvenances

dans les lumières, dans les mémoires

— puisque s’y écrivent

les soleils et les océans,

les racines du monde

En plein ciel ou dessous

l’écorce

d’où se relisent / s’écrivent

se relient

l’histoire et l’imaginaire

les horizons pluriels /

l’Est du levant

l’Ouest du couchant /

Du cœur les crépuscules

ou

les hautes dunes d’or.

Nous sommes

dans Ainsi se parlent le ciel et la terre

À la limite

À la limite presque bleue presque blanche

à la limite reliant le règne du vivant au règne de l’imaginaire

Si les référents sont souvent de sources élémentaires (l’eau, le vent, le feu des soleils, le souffle de la terre), leur existence prend Encrage sur la ligne du cœur d’où écrit le poète Michel COSEM.

Jean Joubert dans la Préface évoque la concision des poèmes, l’expressivité des images et des métaphores qui s’y déploient, et parle, à propos des petits poèmes en prose qui remuent aussi les pages de ce recueil, de petits chefs-d’oeuvre de finesse et d’émotions discrètes.

Je pense que la puissance évocatrice et la force créatrice des poèmes constituant Ainsi se parlent le ciel et la terre se trouvent là : dans la simplicité et la profondeur des réalités qu’ils lèvent. Profondeur d’une observation fine et attentive du poète qui regarde et écrit le monde où il prend corps et chant ; simplicité des visions révélées, à portée de regard, de la synesthésie de tous les sens et des sentiments, dans une envergure et une altitude portées par l’écoute en veille ou active du monde, vue par le poète.

D’envergure et d’altitude il est question ici où se déploie l’incessant dialogue entre le ciel et la terre, d’autant que l’oiseau en signale abondamment les lignes de voyage, les lignes de partage et de contrées migratoires, les couleurs.

Le rossignol, hôte d’un même territoire que celui disputé à l’eau laissant venir à elle la feuille rousse ; la buse qui en plein midi noir / miaule ; tandis que roule le loriot / dans la forêt légère / Le nid tissé de frais / est plein d’illusions ; le chant discret de la sitelle où passe un papillon ; la hulotte toute tremblante annonce la nuit et les chemins de hasard, les rêves qui scintillent au bout des mots ; …

Sans doute rôde au-dessus d’Ainsi se parlent le ciel et la terre, L’ombre de l’oiseau de proie titre d’un recueil du même poète aux éditions de L’Amourier—

Oserais-je écrire que les poèmes de Michel Cosem ressemblent à des ortolans gagnant leur territoire sur l’arbre-de-poésie -l’ortolan recherché, l’ortolan rare à apprivoiser du regard et dans l’esprit ?

Mais le poète-éditeur est à l’écoute du monde animal et végétal dans son ensemble, en une multitude que l’acuité du regard seule signale (le grand cerf, les orchidées mauves, les feux d’herbes, le vieux chêne, les broussailles, le scarabée doré, le papillon aux ailes de rouille, l’abeille tournant sous le lilas…),

Car il s’agit bien de voir, écouter et regarder -tous les sens en éveil- pour VOIR ; VOIR et être au monde ; VOIR, Écrire être au monde

Entendrai-je encore longtemps

le chant des tourterelles

dans les platanes verts semés de ciel et

d’hirondelles

et de tranquilles idées ayant les habits du matin.

Entendrai-je encore longtemps parler la langue

verte du fleuve

portant des myriades de nouvelles d’aval ?

Ainsi se parlent le ciel et la terre éd, de l’Harmattan (12/2013) de Michel COSEM -nous écouterons

encore longtemps

résonner en nous

ses poèmes

Que nous prendrons

à chaque matin de

nouvelle rose /

Que je prendrai encore

à la nouvelle rose de

chaque matin.

Mais laissons,là, la vraie parole au poète :

Une nouvelle rose ce matin se balance et cherche à me ravir. Je la laisse un instant en attente. Elle me parle du vent d’été et de la forêt redevenue sombre et bruissante, des nuages clairs qui passent dessinant des fantasmes. Elle m’entoure d’une écharpe de laine fraîche car le fond de l’air est frais, tandis qu’alouettes et rossignols se répondent en paix.

M©Dĕm.(Murielle Compère-DEMarcy)

Murielle Compère-DEMarcy signe depuis peu du monogramme MCDem.

Publications en Revues

Comme en poésie, n°57, mars 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Traction-Brabant n°56, mars 2014 (P. Maltaverne, Metz)

Libellé, régulièrement (parutions les plus récentes : décembre 2013, mars 2014) (Michel Prades, Paris 20è)

-Chronique Trouvailles de Toile… (Expressions, Les Adex, 60800 Rouville)

Florilège n°154, mars 2014 (S. Blanchard, Dijon)

2000Regards, n° de mars 2014, n° d’avril 2014 (Y. Drevet-Ollier, Nevers)

-Mentionnée dans la rubrique “Le monde des revues poétiques” de Poésie sur Seine, revue d’actualité poétique (92) pour son éditorial dans l’AERO PAGE (UNIAC / Dijon)

– Mentionnée dans la rubrique Chroniques de LIBELLE, mensuel de poésie (Paris, 20ème) pour L’Eau-Vive des falaises aux éd. Encres Vives, mai 2014

Comme en poésie, n°58, juin 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Mille et un poètes, n°5, juin 2014 (éd. Corps Puce / association Lignes d’écritures / Jean Foucault / Amiens)

Publications Sites en ligne

Le capital des mots, site d’Eric Dubois, février 2014

Délits de poésie, site de Cathy Garcia (Nouveaux Délits), mars 2014

La Cause Littéraire, le 19/03/14 pour le Poème I ; le 29/03/14 pour les Poèmes II, III & IV ; le 07/05/14 Poèmes V, VI et VII

-Chroniques sur le site de Traversées / P. Breno (Belgique), depuis février 2014 (articles sur Ailleurs simple de Cathy Garcia, Pierre Reverdy l’enchanteur, La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, à hauteur d’ombre de M.-Fr. Ghesquier di Fraja, sur le poète Pierre Dhainault)

Les tribulations d’Eric Dubois. Blog de poésie. Poetry blog. Article signé MCDem sur Ce que dit un naufrage aux éd. encres Vives coll. Encres Blanches, 25/03/2014

-Recension / Articles critiques / Chroniques sur le site en ligne de La Cause littéraire (Ailleurs simple de Cathy Garcia, éd. Nouveaux Délits, le 07/04/14 ; La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, éd. Le citron Gare, le 04/05/14 ; Reverdy, l’Enchanteur, le 08/05/14 : A hauteur d’ombre de Marie-Françoise Ghesquier di Fraja, éd. Cardère, le 10/05/14

La Cause Littéraire, le 07/05/2014 pour Poèmes V, VI, VII

La Cause Littéraire, pour Les Fées penchées de Véronique Janzyk, éd. numérique ONLIT, le 13/05/2014

Traversées / P. Breno (Belgique), pour Les Fées penchées de Véronique Janzyk, éd. numérique ONLIT, le 18/05/2014

Dualed d’Elsie Chapman éd. LUMEN sur le site en ligne de La Cause littéraire (21/05/2014)

La solitude est sainte de William Hazlitt éd. La Table ronde sur le site en ligne de La Cause littéraire (01/06/2014)

Le crépuscule de la démocratie de Nicolas Grimaldi éd. Grasset sur le site en ligne de La Cause littéraire (06/06/2014)

– Sur le site en ligne des éditions LUMEN pour la publication de l’article sur Dualed, d’Elsie Chapman

-Mentionnée sur le blog dePierre Kobel La pierre et le Sel, revue d’actualité et d’histoire de la poésie pour son article sur Pierre Dhainaut (Juin 2014)

-Mentionnée sur le blog de Jacques Lucchesi éditeur du Port d’Attache (Marseille) pour article sur Missives du vent d’Henri-Michel Polvan (http://editionsduportdattache.over-blog.com )

-Mentionnée sur le blog de Valérie Debieux rédactrice-adjointe de La Cause Littéraire pour article sur Ainsi se parlent le ciel et la terre de l’éditeur-poète Michel Cosem (http://www.valeridebieux.over-blog.com) (Juin 2014)

-Répertoriée dans le site des auteurs de Traversées, revue de Patrice Breno (VIRTON, Belgique)

Publications Recueils

-Atout-Cœur éd. Flammes Vives / Claude Prouvost, 2009

L’Eau-vive des falaises c/o Michel Cosem éditeur, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, avril 2014

La F—du Logis, recueil de nouvelles, Été 2014 (à paraître)

Prix littéraires

-Prix catégorie Poésie dans le cadre du Concours international de littérature et de créations artistiques organisé par la Cité-Nature d’Arras

-Prix catégorie Fiction à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie dans le cadre du Concours Dis-moi dix mots organisé par la DRAC / Picardie, 2012

-Prix Le Poète du mois organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2013

-3ème Prix du Libraire pour une nouvelle littéraire, le 31/05/2014 dans le cadre du Concours international de littératures et de diaporamas organisé par l’association Regards (Nevers)

-3ème Prix Le Jardin des poètes pour le texte “L’Orchis-des-Fées” organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2014

Publications prévues

Verso / Alain Wexler (à paraître)

Microbes 85 / Eric Dejaeger –Été 2014

L’Ouvre-Boîte à Poèmes

Nouveaux Délits / Cathy Garcia –octobre 2014

– 4ème de couverture Poésie/première n° 59, juin 2014 (Emmanuel Hiriart //Jean-Paul Giraux / Martine Morillon-Carreau / Philippe Biget / Guy Chaty) : Poème de MCDem illustré par Didier, Mélique

La Passe / Tristan Felix-Philippe Blondeau, numéro d’octobre 2014

Décharge / Jacques Morin (à paraître fin 2014, courant 2015)

La F—du Logis, recueil de nouvelles, Été 2014

Liens

http://www.mcdem7.over-blog.com

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous : n° 49 de Traversées intitulé Pierre DHAINAUT

Traversées N°49
Traversées N°49

En remontant dans les archives de Traversées j’ai retrouvé un numéro de la revue consacré au poète Pierre DHAINAUT (n°49 / Hiver 2007-2008).

[Au passage, l’on se dit que l’Éditorial signé alors de Véronique DAINE (Belgique) et qui soulignait la nécessité et l’urgence de porter regard à cet Autre poussé et délaissé dans la Précarité dans tous ses éclats dévastateurs et ce, jusqu’aux derniers retranchements, jusqu’au renoncement –on se dit que cet Éditorial laisse à réfléchir au vu de sa continuelle actualité en… 2014…].

Revenant donc au 49 de Traversées intitulé Pierre DHAINAUT et alii –un exemplaire ravivant les tiroirs de la mémoire- je me suis longuement arrêtée sur les pages intitulées ‘Une école des rivages’ suivant l’expression du poète – j’ai voyagé dans ces pages pour y revenir et y revenir encore, et en noter par intermittences comme des impressions –des réflexions aussi peut-être- que m’inspirait la poésie de Pierre DHAINAUT. Si je devais choisir quelques mots évocateurs pour moi de la poésie de l’auteur de Mon sommeil est un verger d’embruns (1961) je choisirais ceux de mouvement, exigence, souffle, partage. Et c’est dans la mesure où ce sens de partage est particulièrement sensible dans l’univers et pour le poète Pierre DHAINAUT, que rebondir même timidement, en tout cas humblement sur la plage de son école des rivages, m’a semblé pouvoir être porté.

Non, nous n’initierons pas les enfants à la poésie, comme c’est devenu l’usage dans nos écoles, par l’intermédiaire des seuls jeux verbaux. Certes, le nombre de syllabes ou la reprise de quelques sonorités participent à la naissance, à l’expansion d’un poème, ils lui sont consubstantiels, mais en les isolant on en fait des procédés, on s’en tient au langage, et l’on oublie que l’exigence de l’écriture ne consiste pas en la fabrication d’un objet, elle est bien plus vaste. L’écriture, une école des rivages : le poème n’est si ardent, il n’est juste que s’il se porte et nous porte hors de lui. (Pierre Dhainaut)

 Pierre DHAINAUTL’auteur du recueil Le don des souffles (Mortemart, Rougerie ; 1990), s’il OUVRE le poème conçu tel un souffle dans un appel d’air lui-même ouvert par l’absence d’inscription sur la page (Une école des rivages)- OUVRE dans un même élan d’écritures (de la vie courante et de la vie écrite/sans cesse à écrire) une terre d’accueil et de recueil où le partage est un des maîtres-mots.

Le poème n’en est pas un, qui a la prétention de se suffire.

Rendre les mots moins lourds, moins opaques, et ne penser qu’à eux dans cette tâche, mais que serait le poème s’il les gardait pour lui, s’il ne nous rendait pas, auteurs ou lecteurs, un peu moins lourds, moins opaques, nous aussi.

Quête existentielle ici du poème, vitale pour le sujet qui l’instaure au centre de son expérience personnelle sociale à partager en terre de vie, de poésie –de poéVIE. La poésie ici n’est pas aux prises avec un horizon spéculatif mettant l’accent de façon emphatique sur sa vocation ontologique, ni enfermée dans une vision sacrale, logolâtrique l’instaurant gardienne d’un monde parallèle à l’intérieur d’une tour vide dont elle serait la seule instauratrice parce que non ouverte au Dehors, au rythme de la vie, à sa densité expérimentée chaque jour et sans cesse éprouvée, donc exposée à ce qui est autre qu’elle-même et dans les faits la nourrit. La poésie chez Pierre Dhainaut est poéthique, formant une existence à la fois lyrique et poétique –ce que Jean-Claude PINSON nomme : «l’habitation poétique».*

Plus que son auteur, le poème est un hôte : quand lui ressemblerons-nous ? questionne Pierre DHAINAUT dans Une école des rivages. Et pour cela, l’effacement de soi au service du poème est indissociable de sa genèse et de son accouchement ; par-delà de son expansion et de ses résonances ; de la pérennité vivante de sa parole et de l’immuable allié à l’éphémère qu’elle nous porte. C’est pourquoi Vers après vers, l’espoir se ravive, celui de renaître, renaître en éphémère. Poésie papillon du jour renaissant Phénix de ses ailes perpétuellement à éployer.

L’insistance de P. DHAINAUT à rappeler le nécessaire retrait de la personne de l’auteur, du nécessaire oubli du souci de soi au service du poème (On veut s’affirmer, puis on veut s’effacer, on s’accorde alors trop d’importance : ce qu’il convient de réduire, quelles que soient nos activités, le souci de soi) -ouvre ce dernier à la respiration dont l’espace se forme au rythme de ses propres pulsations. Ainsi les Entrouvertures (titre d’une série de septains publiés dans ce n°49 de Traversées) sont-elles assurées au sein d’un espace-temps où instant et durée donnent à vivre un temps vécu sans cesse à renaître (L’instant et la durée sont égaux, sont eux-mêmes, au présent du poème). Ces Entrouvertures ouvrent à cette passion de la patience. Entrouvertures également offertes à l’œuvre inachevée : Je m’étais dit : le jour où je serai certain d’avoir vraiment écrit, non pas un livre, mais une phrase, une seule, je pourrai m’arrêter, je n’aurai plus rien à prouver, je saurai mieux vivre. Bien sûr, ce jour n’est pas venu. Il ne pouvait venir. Il ne viendra jamais. A peine esquissée, une phrase en désire, en suscite une autre, encore une autre… Commencer à écrire, commencer sans cesse, entrer dans l’inachevable. Mais cet inachevable ne cède en rien à la stérilité d’une stagnation : le poème s’écrit, se transmue, se transmet dans la progression (poème qui progresse en essaimant).

On aura compris que ces pages de Pierre DHAINAUT dressent une sorte d’art poétique, indissociable d’un art de vivre ; mais elles expriment aussi la singularité de la poésie de DHAINAUT.

Je ne citerai pas davantage ces pages de L’école des rivages (on aura noté le pluriel des rivages, de mot en mot, le sens se libère, la résonance, tout se dit au pluriel) –je ne citerai pas davantage de ces bribes, sinon à prendre le risque de tout reproduire ici.

Tant le poète nous parle, tant il résonne –pour qui l’écoute, pour qui a gardé cette vertu d’accueil et cette force augurale vécues pleinement au pays de l’enfance livrée aux souffles pluriels des émotions, furtives mais fortes, passagères mais intensément immuables. Permanence de la parole du poème.

M©Dĕm.(Murielle Compère-DEMarcy)