Sylvie Vauclair, Claude-Samuel Lévine, La Nouvelle Musique des Sphères, À l’écoute des étoiles, Odile Jacob, 2013, 179 p, 22,90€

Chronique de Lieven Callant

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Sylvie Vauclair, Claude-Samuel Lévine, La Nouvelle Musique des Sphères, À l’écoute des étoiles, Odile Jacob, 2013, 179 p, 22,90€


Sylvie Vauclair, astrophysicienne à l’institut de recherche en astrophysique et en planétologie à Toulouse, commence par retracer l’histoire et l’évolution des connaissances en astrophysique depuis l’antiquité jusqu’à aujourd’hui, en marquant quelques étapes importantes.

Les philosophes de l’antiquité ne connaissaient du ciel étoilé et de l’espace que ce qu’on pouvait observer à l’œil nu. Pour les anciens grecs, le monde céleste ne semblait comporter que des sphères. La terre était fixe et au centre du monde, sept planètes tournaient autour d’elle et compte tenu de leur distance à la terre étaient rangées dans l’ordre suivant: Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne ( ordre repris pour les sept jours de la semaine).

La musique englobait tous les arts des muses ainsi que les sciences et avait donc un sens bien plus large qu’aujourd’hui.
« Tout était unifié. L’art des sons et l’harmonie céleste pouvaient se comprendre et s’interpréter ensemble, en symbiose d’une manière mathématique.  Une étude approfondie des intervalles musicaux permettait de les classer d’une manière particulière selon un schéma parallèle à l’ordre des astres qui tournaient autour de la terre. C’était magique! Il suffisait d’attribuer à chacune des sphères célestes une note de musique et le ciel devenait le siège d’un concert perpétuel dans l’harmonie du monde. La musique des sphères étaient née et s’est enracinée, à un tel point que toute perfection est devenue un dogme chez de nombreux philosophes. » p9

« La musique et le cosmos représentaient conjointement l’élévation de l’âme humaine, dans un monde réglé de manière parfaite par l’arithmétique et la théorie des nombres » p40

« La tradition ancienne de musique des sphères avait pour but la description de la perfection du monde. Perfection du cosmos, selon un ordre immuable et harmonieux, et perfection de la musique, selon l’organisation des sons fondamentaux le long du corde vibrante. Cette perfection s’organisait selon la théorie des nombres, élaborée par Pythagore et les pythagoriciens supposée rendre compte de l’univers. » p41

La réalité se moque bien du souci de perfection des hommes. Cela n’avait sans doute pas échappé aux anciens grecs.

Nous savons que la musique n’est pas un phénomène mathématique comme le pensaient les anciens grecs, la musique est un phénomène physique, c’est une onde qui contrairement à la lumière ne peut se déplacer dans le vide.

Par conséquent, aucun son provenant des astres ne peut nous atteindre. Pourtant, nous savons que les étoiles vibrent et sont de véritables caisses de résonance. Les astronomes n’écoutent pas le ciel, ils observent les ondes électromagnétiques qui arrivent des étoiles ou des autres objets célestes. Ce sont des ondes qui voyagent à la vitesse de la lumière et n’ont donc rien à voir avec les ondes sonores.

« Il n’y a donc aucune relation entre cette vraie  musique des sphères et celle bien connue de l’Antiquité, généralement attribuée aux pythagoriciens, et reprise ensuite par de nombreux philosophes. » P22.

« La grosse sphère gazeuse que nous appelons « Soleil » est soumise à des ondes acoustiques internes, c-à-d des ondes sonores exactement comme les caisses de résonances de nos instruments de musique. Les ondes sonores ne peuvent se propager et restent donc piégées à l’intérieur de la sphère en se réfléchissant sur la limite de leur zone de propagation. Cette limite, qui correspond à l’atmosphère solaire subit en conséquence des oscillations régulières que les astronomes ont la possibilité d’observer en utilisant des techniques appropriées. » P112

« La résonance individuelle des grosses sphères gazeuses est une réalité physique. Il s’agit pour les astrophysiciens, d’une dimension nouvelle dans l’étude des étoiles, donnant accès à une très grande précision sur leur masse, leur âge, leur composition chimique, etc. (…) Il est tout à fait possible de transposer les harmoniques stellaires observées pour composer de la musique audible. c’est ainsi, par transposition rigoureuse utilisant un nombres d’octaves suffisant que nous pouvons reconnaître la résonance en sol dièse de notre soleil ». p 23.

Voilà, brièvement expliqué tout le propos de ce livre qui nous plonge au centre de recherches et d’observations passionnantes concernant les astres.

L’intérêt de ce livre est qu’il donne matière aux rêves que je ne peux m’empêcher de faire lorsque comme mes ancêtres j’observe le ciel étoilé à l’œil nu. Il rappelle les théories qui ont effleurées l’esprit humain pour tenter d’expliquer le cosmos et chercher une réponse à cette question: Quelle est ma place au sein d’un univers qui n’a pas de centre et qui est en continuelle expansion?

La découverte et l’étude récente des exoplanètes confirment qu’il existe une infinité de planètes semblables à la nôtre. Depuis toujours l’observation du ciel permet à l’homme de remettre en question le poids de son existence, d’élaborer des théories qui répondent à ses besoins et l’invitent continuellement à entrevoir les sources incontrôlables qui ont donné naissance à la poésie.

Entreprendre ce voyage à la fois musical, et scientifique ne peut être que bénéfique à ceux qui questionnent les arts, leurs propres pratiques poétiques. Les natures changeantes et les conceptions esthétisantes ne se basent pas forcément sur la réalité physique du monde dans lequel les œuvres prennent pieds. Entre cette réalité et celle que notre imagination forge,on devine qu’il reste une faille. On devine que toujours quelque chose nous échappe, n’est pas perçu, n’est pas encore découvert. La nature réelle n’a rien de parfait. Pourtant, les désirs de l’homme tendent inévitablement vers la perfection. Mais quelle est-elle cette perfection?
Écrire n’est peut-être finalement qu’une exploration au cœur même de l’imperfection et de la réalité? Cet impossible statut que je confère à la poésie en lui attribuant des lois, des fonctions ne serait là que pour me rassurer et penser que ma quête n’est pas qu’absurde et inutile.
Parfois je me dis que non seulement pour pouvoir continuer à écrire, il me faut lire ce que d’autres poètes écrivent mais il est tout aussi indispensable que je me tienne au courant des découvertes majeures de la science afin de pouvoir construire une réalité poétique qui puisse jouir d’une quelconque légitimité. Serais-je ainsi plus juste, plus lucide?

Heureusement, il existe des chercheurs et des artistes qui rendent compte avec précision et clarté des travaux parfois très complexes à la pointe des connaissances scientifiques actuelles. Sylvie Vauclair et Claude-Samuel Lévine font partie de ceux là.

On peut podcaster l’émission de France Culture consacré à ce thème ici

©Lieven Callant

Si je reviens sans cesse, Thierry Radière, paroles de poètes, Jacques Flament Éditions, 2014, 87 pages, 12€.

Chronique de Lieven Callant

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Si je reviens sans cesse, Thierry Radière, paroles de poètes, Jacques Flament Éditions, 2014, 87 pages, 12€.

« Si je reviens sans cesse » est à la fois la réponse et la question que posent dans ce recueil les poèmes de Thierry Radière. En effet, écrire n’est-ce pas continuellement revenir sur ses pas, recueillir les souvenirs les plus récurrents qui construisent un homme depuis sa plus petite enfance jusqu’à la minute qu’il vient à peine de vivre? N’est-ce pas revivre au travers des mots? N’est-ce pas toujours intercaler entre les phrases les fantômes qui nous hantent perpétuellement afin de réinventer l’instant présent?
« Si je reviens sans cesse » titre et début du poème qui partage le livre en deux parties précise au lecteur que sa lecture n’est pas qu’un cheminement de page en page mais également une progression dans les temps que l’auteur tente de partager avec lui. Souvenirs communs, Idées fantomatiques qui habitent le quotidien et finissent par le façonner en poèmes. Le poète, l’homme jouent en permanence sur les mots, avec les objets qu’ils désignent, avec les métaphores que les phrases voyagent d’un espace à un autre.
« Si je reviens sans cesse » évoque aussi le tour de manège que la vie opère avec nous. Elle nous étourdit et nous transporte loin de nous-même mais c’est toujours autour du même axe que nous tournons. Aurions-nous fait du surplace? Nos voyages nous emmènent-ils vraiment au large, à la découverte de l’autre et de son autre monde?
« Si je reviens sans cesse » est sans doute pour me rappeler que le poète est un sisyphe, un homme qu’un même travail apparemment inutile obsède, un travail impossible à parfaire et que pourtant quotidiennement il recommence avec les mêmes élans, les mêmes espoirs, la même naïveté enfantine.
Les textes de Thierry Radière sont une plongée dans l’écriture au quotidien comme un rite salvateur qui fait de chaque jour qui naît l’occasion d’en réveiller un autre plus lumineux ou plus sombre, plus lointain ou plus proche. C’est aussi la prise de conscience que notre vie n’est rien de plus qu’une ritournelle, qu’un refrain ramène toujours à son point de départ.

« le voyage est un simulacre
intérieur de départ:
il me ramène à la même
majuscule écrite dans une
vie antérieure où mes nerfs
s’accrochaient aux branches
pour faire de la balançoire
à mon impatience raide
comme une morte »

Thierry Radière est un auteur de Traversées. Vous pouvez aussi le lire sur son blog et suivre ses actualités sur sa page Facebook.

Poèmes extraits d’un recueil inédit

©Lieven Callant

 

Thierry Radière, Poèmes géographiques, Le pédalo ivre, collection poésie, octobre 2015, 98 pages, 10€.

Thierry Radière, Poèmes géographiques, Le pédalo ivre, collection poésie, octobre 2015, 98 pages, 10€.

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Poèmes géographiques, au pluriel. Pourtant ma lecture m’a laissé l’impression d’un unique et long poème se lisant dans un seul et même puissant élan. Aucune virgule, seuls quelques points ponctuent le rythme de l’histoire, des histoires, vies qui se nouent et se dénouent entre les Ardennes et les Landes, entre passés et présents.

Thierry Radière grâce à la fluidité de ses textes, au naturel et à la sincérité de son style partage avec son lecteur ses géographies, ces endroits où le souvenir s’arrête pour interpeller parfois de questions insolubles la personne qu’incessamment nous tentons de construire.

Au fur et à mesure, à la manière des flux et des ondes qui font et défont une rivière, les phrases inventent leurs propres temps de pause. Nids dans lesquels la vie couve notre âme, points de repères nécessaires à la progression. Au milieu de la phrase, entre les mots liés les uns aux autres surgit un temps d’arrêt infime. Là où on ne l’attend pas, la respiration du poète et celle du lecteur s’installent le temps d’une étincelle. Subtilement, le poème instaure les lieux de vérité. Le poème se démultiplie sous l’effet des voyages dans le temps, dans l’espace que rendent toujours possible nos facultés aux rêves, à l’écriture.

Penser c’est voyager, c’est visiter ces lieux multiples qui finissent par ne plus exister que dans nos souvenirs, dans notre esprit avec la même ferveur qu’une réalité tangible et quotidienne. Les poèmes géographiques comme autant d’étapes intermédiaires dans une vie permettent la progression. L’écriture de notre vie ne passe pas que par l’abandon et l’oubli bien au contraire elle se construit grâce à la belle et sensible acceptation de ce qui nous arrive. La poésie en ses multiples lieux et aussi ceux de nos enfances, grâce à ses géographies, ses différents visages nous permet d’exister. D’être là quelque part finalement pas si loin que ça de l’enfant, de l’adolescent que nous n’avons peut-être jamais cessé d’être.

Voici quelques fragments choisis au fil de ma lecture, je ne résiste pas au plaisir de les partager afin susciter d’autres lectures des Poèmes géographiques de Thierry Radière.

« Un jour quand ils seront partis

ou que le temps aura effacé

les routes du passé dans ton coeur

alors tu pourras y revenir

sans craindre de tomber nez à nez

avec les monstres bien pensants. »

·

« nous nous reconnaissons

dans les mêmes mots qui nous vont si bien »

·

« Nous sentions notre existence

sortir de la terre et s’exposer

au soleil(…) »

·

« nos coeurs comme des chatons

abandonnés donnaient de gentils

coups de pattes au moindre

mouvement de feuille devant leurs yeux.

Dans les Landes on aurait envie

de revenir avec la mer dans son lit

et de laisser les vagues faire leur travail

avec nos rêves juste le temps d’une soirée. »

·

Thierry Radière fait partie des auteurs de Traversées puisque ses textes paraîtront dans le numéro de décembre.

Le pédalo ivre, collection poésie, Maison d’édition.

©Lieven Callant

Le Sans Père À Plume, Xavier Bordes, préface de Michel Deguy, Recours au Poème éditeurs, 2015, livre numérique.

Chronique de Lieven Callant

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Le Sans Père À Plume, Xavier Bordes, préface de Michel Deguy, Recours au Poème éditeurs, 2015, livre numérique.

C’est avec impatience que j’attendais la réédition de ces premiers poèmes de Xavier Bordes car si la poésie de Xavier Bordes ouvre, comme nous le rappelle si justement Michel Deguy dans la préface, une voie de montagne qui atteint de belles hauteurs, rarement égalées, elle est aussi celle qui revient toujours nouvelle, nue, brillante de pureté et de noblesse sur les premiers sentiers de ses naissances.

Elle revient vers l’homme, elle se fait danse nuptiale autour de la langue qui explore les espaces que l’esprit invente et construit pour l’amour, par l’amour. À ce titre le poème est un rite magique, divinatoire. Bien plus que la forme qui le traduit : musiques, images, mirages. Le poème est un astre solaire, dans les lueurs lunaires c’est lui, son reflet, ses ombres et ses contours flous que l’on apprend à reconnaître.

Au-delà du jeu de correspondances auquel se livre l’auteur en invitant ses lecteurs, se déroule en profondeur un autre jeu constitué d’une infinité de parties réglées par les heureux hasards, par une harmonie chiffrée indéchiffrable, le poème applique les règles et combinaisons, les proportions magistrales qui sont celles de la Beauté. De la Beauté mais surtout de l’Idée de cette Beauté pièce maîtresse de la pensée occidentale. Parties d’un tout qu’avec la même patience, la même insolence le poète rejoue éternellement.

Ici, j’en viens à m’interroger sur le titre de ce délicieux recueil, le Sans Père est avant tout un enfant et pas n’importe lequel, il est celui dont la naissance reste secrète, est remise en doute. Il est l’enfant de nulle part et de partout. Celui qui n’a pas de paternité reconnue et qui par conséquent peut se prétendre être l’enfant de tous. N’y-a-t-il pas de plus émouvant questionnement sur les origines du poète ? Sur son geste de traducteur ou de passeur de rêves ? De qui est-il le fils, le frère puisqu’il est sans père ?

Est-il l’enfant de son écriture puisqu’il possède cette plume qu’il partage avec Quetzalcoatl, serpent à plumes, protagoniste du mythe la création de l’homme ? Le poète serait donc amené à ramper sur terre, à partager la matière humaine avec le plus de lucidité car il partage aussi la faculté de se défaire de l’existence terrestre, concrète, dure et sévère en se servant de sa plume. Cette plume ne lui est confiée, comme celles qui ont permis à Icare de s’enfuir du labyrinthe, que parce qu’on sait qu’il s’approchera trop du soleil sans en ignorer absolument toutes les conséquences.

Une fatalité semble traverser la poésie de Bordes, la même fatalité qu’on lit sur les visages des habitants des Andes, fatalité qu’on ressent au travers des voix musicales andines. Cette fatalité se démarque sensiblement de toute morale défaitiste, elle assure une liberté qui ne tombe plus dans aucun piège. Elle se libère des jougs du jugement, elle répond par un silence impérial et divin. Silence, élégance, discrétion sont des qualités que se partagent également le poète et le jaguar.

La poésie de Xavier Bordes comporte en elle tous ces questionnements et bien d’autres, ces jeux aux quels l’esprit se livre avec infiniment de plaisir pourtant il ne faut pas oublier que la poésie pour Xavier Bordes est loin d’être une parure, un ornement qui ne réconforterait que l’intelligence intellectualiste rigoureusement réservée à une élite. Elle est un raffinement poétique qui comme l’annoncent joyeusement les éditeurs Recours au Poème peut se lire par tout le monde. D’ailleurs le poète n’est guère frileux d’un conseil, d’un encouragement, nombre de ses poèmes actuels se lisent librement. C’est un exemple que j’aimerais voir plus souvent suivi par les poètes actuels car l’exigence qu’ils imposent à la qualité de leurs productions n’est pas proportionnelle aux efforts qu’il faut commettre pour les lire.

Avec chacun de ses poèmes, Xavier Bordes renoue avec l’innocence et la pureté des premiers. Avec joie, le lecteur redécouvre une volupté du poème comme si sa matière était chair solaire, autrement dit comme si chaque poème était le fruit d’un partage amoureux entre le poète et la matière qui le traverse comme un rayon de soleil.

©Lieven Callant

Acheter et télécharger un livre sur le site de Recours Au Poème se fait très facilement et en toute sécurité, cela est expliqué très clairement ici.

Félicité, Katherine Mansfield, traduction de l’anglais et postface de Bernard Hoepffner, éditions Mille et une Nuits, 1994, 47 pages.

 

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Félicité, Katherine Mansfield, traduction de l’anglais et postface de Bernard Hoepffner, éditions Mille et une Nuits, 1994, 47 pages.

Au plaisir de partir à la recherche d’un petit trésor enfui dans une multitude d’autres trésors moins secrets, s’ajoute souvent celui bien plus intense de le trouver et de pouvoir se l’offrir pour deux fois rien. C’est pour cette raison mais aussi par amour de la volupté des différents papiers aux parfums chargés de petites vies, que j’adore passer les après-midi pluvieux et gris à l’abri dans un de ces magasins où les livres retrouvent après en avoir perdu parfois un nombre incalculable le nouveau lecteur qu’ils pourront ravir.

Les éditions Mille et Une Nuits proposent en de petits formats de grands, de très grands auteurs. Le principe épuré propose une œuvre majeure, brève, une postface de qualité qui prolonge avec intelligence les réflexions de la lecture et pour faire connaissance avec l’auteur, biographie et bibliographie. De quoi alléger l’existence sans l’alourdir tout en proposant de profondes visions au lecteur, à n’importe quel lecteur, même celui sans bagage.

La nouvelle proposée ici, construite par Mansfield, taillée comme un diamant révèle un style attaché à de simples petits détails, la peau de soie jaune d’une poire, le dialogue intérieur d’une femme, une épouse ravie, les mœurs d’un groupe de bourgeois du début du XXème siècle assistant à un diner délicieux au sein d’une noble demeure entourée d’un somptueux jardin. Cette réalité lumineuse et heureuse semble se déployer par la révélation d’une myriade de détails en apparence anodins tel le poirier évoqué par le texte qui ne semble pas avoir de versant plongé dans l’ombre, comme une vérité qu’on plonge dans le mensonge.

« Il (le mince arbre fleuri) était absolument immobile, et pourtant il paraissait, comme la flamme d’une bougie, vouloir s’étirer, s’aiguiser, vibrer dans l’air limpide, grandir et grandir devant les yeux – jusqu’à presque toucher le bord de la lune ronde, argentée. »

Dans la poitrine du personnage de Bertha, un poirier, une braise attise un invincible désir de vivre. Cet amour de la vie dans ce qu’elle a de plus poétique donc de plus essentiel tout en étant ce qu’il y a de plus insaisissable n’occulte pas la réalité telle qu’elle est lorsqu’on la dénude des sentiments. Au contraire, elle l’éclaire, comme si elle n’était qu’un morceau du cristal.

©Lieven Callant