Archives des étiquettes : Le temps appris

Patrick Devaux, Le temps appris ; préface et aquarelles de Catherine Berael; Mont-Saint-Guibert : Editions Le Coudrier, 2021

Une chronique de Pierre Schroven

Patrick Devaux, Le temps appris ; préface et aquarelles de Catherine Berael; Mont-Saint-Guibert : Editions Le Coudrier, 2021

Dans ce livre, Patrick Devaux vient nous dire subtilement qu’apprendre le temps consiste d’abord à le vivre pleinement, dans l’instant. Et si le poète aborde le thème de la mort, c’est pour mieux nous dire combien celle-ci constitue avant toute chose un appel à vivre et à saisir tous les petits moments de grâce qui jalonnent l’existence.

Ici, la langue ne nomme pas mais est une louange ; ici, le poète laisse la nature venir à lui et pose sur elle un regard qui n’interprète pas mais accueille ; ici, le poète célèbre la vie dans toutes ses dimensions et nous invite, au détour de chaque page, à demeurer attentif au chant du monde qui nous embrasse. Bref, on est en présence d’une poésie qui ne parle que le langage du coeur, remonte vers la lumière, éveille le réel et laisse la vie, autrement plus vaste que nous-mêmes, prendre la parole.

On est en présence d’une poésie qui transforme l’instant en caresse, l’heure en braise, s’agrippe au moindre dé de lumière en suspension dans l’espace et se noue à l’infini d’un temps tournant dans la beauté de l’énigme que contient chaque jour. En définitive, le temps appris est un livre qui nous apprend que la plus grande chose que nous ayons à vivre est l’amour.

Je n’ai rien oublié
de cette main qui
doucement clôt
les volets du temps
alors que la
lumière insensée
d’une encre neuve
pénètre

©Pierre Schroven

Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.

Chronique de Jeanne Champel-Grenier

Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.


                      Préfacé et illustré de trois belles aquarelles de Catherine Bérael, ce recueil de poèmes intitulé : LE TEMPS APPRIS, même écrit par un poète discret, profond et solitaire, me rappelle la conjugaison des verbes ; la vie n’est-elle pas conjugaison entre soi et soi, entre soi et les autres ? S’agit-il ici des temps passés que l’on nomme simple, composé, imparfait, plus que parfait, voire passé antérieur ? Il y a de la pureté des apprentissages d’enfance dans ce recueil puisqu’il s’agit de se situer par rapport aux êtres aimés disparus, dont la place demeure réservée, jonglant entre présent et passé. Il y a la conjugaison de la parole et du silence. Il faut aussitôt noter l’écriture verticale aérée, une écriture ascensionnelle… Volonté de ne pas s’appitoyer ? Ouvrir un lien direct, rapide, un envol de la pensée entre terre et cieux ? Le choix est bienvenu, tout en justesse et pudeur des mots.

                      Ccomment interpréter l’absence dans la durée? Le poète n’a pour salut que le questionnement perpétuel dans l’écriture.

: « il est tard mais je la sais vivante entre les mots du sommeil » p.8

Présence rassérénante, ou bien douloureuse ? Ici, il ne s’agit pas  »d’un au-delà facile » car  »depuis si longtemps elle passe sans se retourner »p.11

Le seul pouvoir qui reste au poète c’est :’‘défier l’infini dans l’acte d’écrire’‘ p.21, chercher la légèreté de l’oiseau, d’une aile, d’un geste providentiel ( en ciel ) et l’aube lui est un soutien : »l’aube porte conseil aux phrases, elles sont mon perchoir » p.27

                     L’essentiel désormais prend naissance sous la plume comme autant de mystères qui  »tremblent à l’idée d’effleurer l’éternité » p.43. Passé et présent vont de concert, concert de silence où les chutes se font sur un mot qui vous projette vers une autre lumière : »le poète est cet accident qui bute sur un mot et rebondit sur les aurores » p.44

                     Ainsi LE TEMPS APPRIS demeure apprentissage. Il est cette attente, cette quête perpétuelle de bonheur, en souvenir de cet instant  »où avec un seul regard tout peut basculer » p.56

Aérien et solide à la fois, LE TEMPS APPRIS remet nos pendules de certitude affective à l’heure, à l’heure universelle. L’amour survit au-delà de la mort mais qu’en est-il de l’être aimé ? C’est la question en perpétuel suspens et c’est tout ce qui poursuit le poète, être sensible talonné par le mystère, alors que fait-il ?  »il continue son œuvre jusqu’à ce que cendres éparpillées aux lèvres la parole soit transmise » p.54 

                      Et je dirais que par ce très beau recueil illustré d’aquarelles sensibles de paysages profonds, légers et lumineux, de Catherine Bérael, l’auteur nous donne une vision personnelle, élevée et attachante du questionnement sur l’absence ressentie sur la durée.

                                                                                             ©  Jeanne CHAMPEL GRENIER


Le temps partagé -16euros -Editions Le coudrier

Patrick DEVAUX – 33 rue du monastère -1330 – Rixensart-Belgique

Oeuvres récentes de l’auteur :

Ed. Le coudrier :

  • Tant de bonheur à rendre aux fleurs ( poésie) 2016- Réédité en 2019
  • Partage de la nuit (poésie) -2017 
  • De porcelaine ( récit)- 2018
  • Ed.Carnet du dessert de lune :
  • Les mouettes d’Ostende ( roman)-2011
  • Dorures légères sur l’estran ( roman)-2015