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Noël Herpe, Objet rejeté par la mer – Journal 2014-2015, L’arbalète, Gallimard, (191 pages – 19€)

Chronique de Nadine Doyen

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Noël Herpe, Objet rejeté par la mer – Journal 2014-2015, L’arbalète, Gallimard, (191 pages – 19€)


Noël Herpe offre un nouveau volet de son journal couvrant les années 2014 – 2015, articulé en quatre temps. Il se plaît à rapporter la définition de son patronyme, qui donne le titre à cet opus. Mais ne serait-il pas plutôt l’objet rejeté par la mère ? Cette mère qui a quitté le foyer et revient omniprésente dans ce recueil. Ne se considère-t-il pas « comme un objet inutile » dans la cour de l’Académie des beaux-arts ?

Dans le premier chapitre, intitulé « du passé », Noël Herpe plante le décor de son lieu d’écriture, disposition qu’ il a ensuite modifiée. Il ne nous fait pas faire le tour du propriétaire comme Thomas Clerc dans son Interieur. Toutefois, la description est très précise. En cinéphile averti, il réserve un mur blanc pour la projection de films.

Une vague de nostalgie déferle sur ces pages. Le narrateur a été marqué par « le marasme familial », le départ de la mère. Ce sont les photos qui ont cristallisé les rares moments de bonheur, entachés par la présence de ce « garçon baba cool ».

Il se remémore les voyages faits avec son père, en Bretagne, en Provence, « les nuits à la campagne », les odeurs, ses compagnons les chiens. Les soirées avec sa grand-mère quand le théâtre s’invitait dans les chaumières, grâce à Pierre Sabbagh.

Les sorties avec sa mère, il les filmait. Il évoque les émissions de radio (Le Masque et la plume) et de télévision qu’il écoutait avec son père, « dans une promiscuité un peu triste ». Comme l’affirme Haruki Murakami : « Certains souvenirs se refusent à sombrer dans l’oubli quel que soit le temps écoulé. Des souvenirs qui gardent toute leur intensité et restent en nous comme la clé de voûte de notre temple intérieur ».

Dans ce journal, Noël Herpe consigne ses travaux, séminaires, colloques et lectures. Il se remémore les stages qu’il a animés avec parfois la présence d’ « un emmerdeur » qui « cherche des poux aux intervenants », ce qui rappelle « la lectrice vipérine » dans L’écrivain national de Serge Joncour. Il évoque sa thèse, qualifiée par « le méchant du jury » de « rêverie d’un lecteur solitaire », sa situation précaire de pigiste, tel « un acrobate sur une corde raide ». Il a « l’impression de n’être fait que des textes fondateurs qui l’ont traversé ».

Le second volet nous présente Edouard, cet être « compliqué » dont l’auteur s’est entiché, malgré une tierce personne entre eux deux. Mais Noël Herpe avait besoin de « quelqu’un qui soit pris, comme lui, dans ce jeu de miroir avec la mère dont on ne guérit pas ». Il connaît les affres de l’attente, de la séparation, de la jalousie et redoute d ‘endosser, « comme son père, le rôle du cocu masochiste ». Y aurait-il un gène comme Erik Orsenna l’a démontré pour justifier les échecs amoureux de son père et lui-même ? Rares sont les effusions, les étreintes, par pudeur peut-être, pourtant Edouard sait le draper de tendresse, ce qui fait fondre l’amoureux.La phrase rituelle, entre eux, au réveil : « Vous êtes con » n’est pas particulièrement pétrie de bienveillance. Ses liens amoureux connaissent des hauts et des bas, surtout quand Noël Herpe doit accepter un triangle amoureux.Il dévoile sa conception de l’amour et la définition du verbe aimer : « Aimer quelqu’un, c’est peut-être cela : faire affleurer, en lui, ce qui se dérobe à la lumière ». Il trouve dans Beauvoir des « mots qui semblent écrits pour dire son histoire avec Edouard ».

Il y a Salah, son escort boy, toujours prêt à le suivre « jusqu’au bout du monde », mais qui lui fait faux bond parfois. Salah, addict à ses textos, indifférent à un film avec Jean Marais, ce que Noël Herpe comprend puisque lui non plus ne vibre plus.

Trois mots clés, récurrents, interpellent et résument assez bien les préoccupations de l’auteur : « fétichisme » (un coffre qui renferme son « double » féminin), « obsessions « et « rêverie » parfois « romantique ou sentimentale ».

Pour celui qui a lu les précédents journaux, on retrouve le narrateur aimant se travestir, porter une boucle d’oreille, des mains baguées et des bottes à talon.

Il confie également toutes ses peurs, ses frayeurs : phobie de l’avion, vertige (escalators, ascenseur de verre, étroites passerelles au-dessus du vide), des méduses. Ce qui n’est pas pour rendre le quotidien confortable.

Le portrait du narrateur se tisse aussi par la vision qu’en donnent ses amis, « celui d’un gamin éternellement impatient, inadapté ». On croise Arthur, qui n’est autre que l’auteur de Correspondance secrète qu’il a rédigée en duo avec Dominique Fernandez. Arthur qui se moque de sa « manie de planifier ».

Quant à sa mère, elle le prend pour un enfant « de six ans », « un fil de silence » recouvre sa « préférence pour les garçons ».

On suit le narrateur dans sa recherche d’un nouveau logement, ses diverses visites, avec l’oeil censeur de sa mère ou d’Edouard. Il rêve de pouvoir jouir de la compagnie d’un chat et de la présence d’Edouard. Cette quête d’un nouveau nid lui fait réaliser que « quelque chose en lui se refuse à quitter ces lieux qui portent l’empreinte du passé ».Noël Herpe montre bien comment les pièces meublées renvoient aux acheteurs potentiels les goûts et habitudes de ceux qui l’occupent. « Ce qu’ils visitent, c’est mon appartement, encombré de livres, de mon histoire… une espèce de grotte qui me ressemble ». C’est dans un studio du vingtième qu’il s’est replié en attendant de pouvoir emménager dans celui qu’il va acquérir. Il s’imprègne de l’atmosphère du quartier, s’étonne de voir un hôtel toujours complet, recherche les coins calmes, lui évoquant des lieux immortalisés par Doisneau, où il a « le sentiment de toucher le temps ». Les noms de rues à faire rêver d’aventures : Monte-Cristo, Dumas. « Le soleil est doux », comme les mains de sa mère.

La recherche d’un « sweet home » recommence à Rome pour Edouard qui s’y installe pour six mois et auprès duquel le narrateur pense rester quelques mois.

Les dîners entre amis sont l’occasion de parler littérature et de convoquer d’ illustres disparus. Noël Herpe avoue ne pas avoir lu Calet, mais il doit bien connaître la célèbre phrase : « Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes ». Ne serait-ce quand il est habité par la « tristesse du départ », à l’idée de quitter Edouard ?

Les cafés, le métro et la rue sont des postes d’observation d’où il s’émeut à la vue de beaux jeunes hommes. Il capte parfois leurs regards (« ses yeux ont accroché les miens »), détaille leurs visages, leurs corps. En un mot, fantasmant sur eux.

Les éphèbes de Florence au « visage pur » le déchirent. Les bateleurs de Beaubourg le fascinent, surtout « un grand dadais efféminé dont un collant noir moulait le sexe ». Des cheveux longs, un jean moulant suffisent à le troubler, le pétrifier.

Ou ce nouveau voisin, un « hipster » dont il admire « le dessin de ses bras, la finesse de sa chair ». Noël Herpe aurait-il constaté comme Arthur Dreyfus que « les très beaux ne recherchent pas (uniquement) de très beaux » ?! Un homme passe, et c’est une porte qui s’entrebâille vers un autre royaume.

En contemplatif, le lecteur surprend le narrateur attentif au spectacle qui se déroule sous ses yeux, dans un jardin public. « Au creux de ce trou », Noël Herpe prend conscience de « la permanence des choses et de son être ». Rien ne lui échappe et il restitue la scène dans les moindres détails. Mais supporte-t-il les enfants pour les désigner de « mioches » ? Le gêneraient-ils dans sa phase d’écriture ?

Et c’est dans un square que le narrateur aimerait s’évaporer, « n’être qu’une poussière sans pensée ». Aurait-il épuisé son « tas de secrets »? On le devine prêt à « s’évader de son théâtre intime pour regarder ailleurs », maintenant qu’il a raconté ses parents, son enfance, ses études, son parcours professionnel, ses goûts, ses fréquentations, ses amitiés et ses amours. Noël Herpe ne confesse-t-il pas à son psychanalyste se sentir « moins seul », plus serein, maintenant qu’il a « identifié ce qu’il l’aliène » ?

Le voilà attentif à « l’ instant présent », capable « d’éprouver la vie comme un don ».

On emboîte le pas de Noël Herpe, vrai arpenteur de Paris, mais aussi de Rome, avec d’autant plus de plaisir, qu’il sait offrir des pauses. On l’accompagne dans ses sorties, ses visites de musées. Lors d’une visite au musée Picasso, il est touchant de voir sa déférence envers sa mère, en fauteuil roulant, même si « la voir installée sur un élévateur, impérieuse, impavide » l’amuse. Grâce à elle, ils peuvent couper la file.

Dans ce volume, Noël Herpe poursuit son travail de diariste, à l’instar de Paul Nizon ou Léautaud, qu’il admire, mais aussi d’introspection. Il fait la part belle aux arts (théâtre,cinéma, peinture) et aux « jeunes gens en fleur » qui nourrissent son inspiration.


A découvrir « The Herpy horror picture show », deux courts métrages de l’auteur : « Au téléphone » et « Le système du docteur Goudron».

©Nadine Doyen

 

Marie Modiano – Upsilon Scorrpii – L’arbalète Gallimard – roman — Une chronique de Nadine Doyen

Chronique de Nadine Doyen

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  • Marie Modiano – Upsilon Scorrpii – L’arbalète Gallimard – roman ; (179 pages – 18,50€)

Pour son premier roman, Marie Modiano campe ses personnages dans un pays étrange où l’on paye en nimbes, où un permis est nécessaire pour se déplacer, ce qui ne manquera pas de déboussoler le lecteur. Quant au titre « Upsilon Scorpii », la narratrice l’a choisi dans livre sur les Constellations, pour sa sonorité.

L’auteur a recours au style du journal pour relater le parcours des deux protagonistes qui semblent former un couple en pointillé. L’auteur les observe et souligne la difficulté d’aimer, la crainte de s’engager : « Il est dangereux de dire le mot toujours ».

De Freddie, on apprend qu’il travaille dans un café où il a rencontré la narratrice.

Bien qu’ensemble, l’héroïne souffre de solitude. On les suit dans leurs journées de travail gratuit pour la nation (JGPN), dans leurs sorties, leurs déambulations en ville.

Marie Modiano multiplie les allers retours entre la vie réelle et les rêves, « seuls refuges », de son héroïne, ce qui n’est pas sans égarer le lecteur car la frontière de l’un à l’autre est parfois imperceptible. De plus les lieux décrits sont si précis qu’on serait tenté de les géolocaliser sur google.

Le récit prend un tournant quand la compagne de Freddie voit débarquer celui-ci avec Nadège, une rivale. Puis quand Freddie s’évanouit laissant à la narratrice une adresse.

La narratrice est taraudée par de multiples interrogations. Ses nuits sont traversées par ses fantômes, des hallucinations et des cauchemars récurrents. Elle voit ses disparus réincarnés « dans un brin d’herbe » ou des feuilles, et reconnaît « leurs voix à travers le murmure du vent ». On devine sa lassitude face à un quotidien sans relief et le besoin de panser des « blessures » et de « se vider de toutes sortes de pensées. »

Tout est mystère dans ce récit. La maladie non nommée de la narratrice. Le docteur Kressmann qui s’évapore. Un autre qui s’endort pendant sa consultation. Azur, « le vieil homme au dos courbé », le suiveur de la narratrice, censé éradiquer son mal. L’origine de la cicatrice de Freddie. La disparition du père Jouvier de sa ferme.

Marie Modiano installe une atmosphère oppressante pour la narratrice : « Je tourne en rond, dans une sorte de nuage blanc et opaque… ». On ressent son malaise à traverser des villages déserts, aux volets fermés, également quand elle séjourne à la ferme Coliope qui pour elle « n’est pas le genre d’endroit où l’on a envie de s’éterniser ». Pour s’en évader, elle ferme les yeux ou lit de la poésie. Les poètes n’empêchent-ils pas les étoiles de tomber ? Le ciel est omniprésent, la narratrice s’abimant souvent dans sa contemplation : « J’aime les journées d’hiver où le soleil brille et le bleu du ciel vous étourdit ». La toile de fond est une alternance d’obscurité et de luminosité : « La neige est comme luminescente dans cette obscurité sans fin ».

Marie Modiano glisse une parenthèse plus féérique avec la représentation du cirque au palais d’un prince africain.

Marie Modiano nous séduit par son écriture fluide, ses envolées poétiques, les titres attrayants des lectures de la narratrice : « Les cadenas de l’aube ». Elle joue avec les mots comme dans sa variation sur « Vagabond. Vague à bond… », résonnant comme le refrain d’une chanson. En filigrane, on retrouve les intérêts de Marie Modiano pour la musique et les textes en italiques pourraient être chantés. L’auteur excelle à dérouler le roman comme un film en travelling, les descriptions des personnages et des paysages sont décrits avec une telle précision que le lecteur a l’illusion de vivre les scènes en direct, d’être dans le mouvement.

On quitte la narratrice, grisée par l’altitude, en route vers Les Gardeuses, où Freddie l’attend. Mais y parviendra-t-elle ? Son espoir d’entrevoir la guérison, dans cet air pur, salutaire pour elle et Freddie est son viatique, son « issue de secours ».

Marie Modiano livre un roman pétri de poésie, de légèreté, susceptible de désorienter le lecteur, car le récit avance sur deux terrains : le présent et les songes qui ne cessent de se chevaucher, dans un univers souvent onirique.

© Nadine Doyen

Noël Herpe – Mes scènes primitives – Récit, L’arbalète Gallimard (19€- 145 pages).

Noël Herpe – Mes scènes primitives – Récit, L'arbalète Gallimard (19€- 145 pages).

 

  • Noël Herpe – Mes scènes primitives – Récit, L’arbalète Gallimard (19€- 145 pages).

Noël Herpe poursuit sa veine autobiographique. Dans Mes scènes primitives, il revisite des tranches de vie particulières. Le portrait en couverture préfigure d’autres tenues vestimentaires singulières. Il nous dévoile son goût pour le travestissement, né durant l’enfance. Par exemple il affectionna sa tenue de phoque pour « la douceur étouffante » et la soie moulante. Plus tard il fut attiré par les boucles d’oreille et les santiags à talons hauts, l’uniforme de hard rocker. Avec son regard d’adulte, il décrypte ce « mystère inépuisable: la féminité des hommes ».

N’est-ce pas sa passion du costume qui le conduisit à rêver d’incarner des rôles?

La tenue du troubadour le fit fantasmer et généra son penchant pour le port du collant qui « tenait le corps à distance » et « en faisait une statue, offerte à l’admiration et interdite au désir ». Il se remémore « un épisode merveilleux » où ils devaient porter des collants noirs et se souvient avoir été perturbé par l’émoi suscité chez ses copains. Il s’interroge sur sa frénésie à se vêtir d’atours féminins, du « justaucorps » volé à sa mère, son bonheur d’avoir son corps (qu’il méconnaît, qu’il évitait de regarder sous la douche) corseté dans un « carcan élastique ». Avait-il succombé au fétichisme? Était-il habité par une obsession érotique? A seize ans il déambulait dans le Marais arborant « une panoplie la plus provocante qui soit ».

Son « frisson pour le théâtre », il l’éprouva dès neuf ans, nourri aux « dramatiques de la Comédie-Française ». Sa première mise en scène, en accéléré, de Roméo et Juliette marqua « le début d’une obsession érotique ». Puis il s’impliqua avec ferveur dans le club théâtre de son lycée, avec un prédilection pour le rôle de « L’amoureux éconduit ». Son épanouissement se réalisait sur scène ou par les expositions programmées, rédaction d’un mémoire, déployant une énergie inépuisable.

Noël Herpe égrène un lacis de souvenirs, décline son admiration pour Gaby Morlay, son icône, ses fréquentations (« des rats de cinémathèque », les amis de Guitry…).

Il convoque les figures tutélaires qu’il mit en scène et détaille ce qui l’attira dans leurs œuvres. Comme Arnaud Cathrine dans Nos vies romancées, Noël Herpe a eu des affinités immédiates avec trois auteurs. Sa première révélation fut Mauriac. C’était comme un miroir tendu. Son osmose avec l’auteur était due à « une parenté tragique ». Il en était imprégné jusqu’à la moelle. Il montre comment il approfondit l’étude de ses écrits et réussit à saisir les méandres du désir chez Mauriac, et son « amour passionné de la beauté masculine ». Il y trouvait l’ineffable bien-être d’une lecture complice d’autant que faute d’encouragement familial, il devait se résoudre à des « séances solitaires ». Le magnétophone lui fut alors un compagnon magique, « un merveilleux outil de mise en scène ».

La solitude du narrateur traverse le récit, d’autant plus douloureuse que la mère avait quitté le domicile conjugal. Une famille éclatée dont Noël Herpe fit la trame de son Journal en ruines. Son adolescence fut chaotique, n’étant pas préparé à s’affranchir de son père. A dix-sept ans, il vivait mal son isolement, conscient que son « vaisseau fantôme était fragile ». D’un côté il recevait un « adoubement affectif » de la famille de Mauriac pour la représentation d’Asmodée, de l’autre il s’enfonçait dans l’échec.

Il résume sa période estudiantine à la Sorbonne à « un cimetière de rendez-vous manqués, d’occasions perdues », à « un désert », fuyant les autres, « rasant les murs ».

L’auteur revient sur ses expériences amoureuses, un vrai « nœud de souffrance », car tournant à l’échec. Il évoque l’inconnu repéré au lycée dont les « apparitions » tenaient du miracle, dont la voix le fascinait, mais qui restait indifférent à sa présence.

Il tombe sous le charme de Thierry, « cinéphile obsessionnel » comme lui, mais un geste équivoque mit fin à leur « complicité artistique ».

Sa déclaration d’amour épistolaire à un jeune premier reste lettre morte.

A Florence, il croise « des garçons inaccessibles ». Il repousse les « assauts répétés » d’Alain Feydeau tout en étant flatté d’être « un objet de désir ».

A vingt ans, il prend conscience de son homosexualité en lisant Moïra. Il répond aux sollicitations du Minitel et s’aventure dans des relations interlopes, sadomasochistes, (« bondage »). Il fait croire à une agression quand on le découvre « nu et ligoté ». Il se définit alors comme « un Don Quichotte froussard, flirtant avec le frisson de la transgression » et redoutant que son « double androgyne » soit démasqué.

Il multiplie les aventures fugaces sans concrétiser son « rêve d’amour fou ».

Il se plonge ensuite dans Green dont le « climat répondait » à ce qu’il vivait. Il y découvre un double auquel il peut s’identifier. Il adapte Sud qui défend « la cause des gays ». Il suit les cours de Rohmer, s’intéresse ensuite à Montherlant, retrouvant dans la Reine morte « labeauté du style renaissance avec ses pourpoints étranglés, ses collants… ». Le récit s’achève au monastère d’Alcobaça où l’auteur ressuscite Inès de Castro, « la reine morte », faite « jusque là que de phrases ».

Noël Herpe signe un récit constellé de références culturelles qui reflète une époustouflante érudition, et laisse deviner la vocation du futur critique de cinéma. Cette confession inattendue lève le voile sur ce qui a permis à l’auteur « de sublimer le désastre » et livre un portrait troublant de sincérité.

©Nadine DOYEN