Une chronique de Claude Luezior
Sonia Elvireanu, La voix de la lumière / La voce della luce, Traduction en italien : Giuliano Ladolfi, Editions Ladolfi, 170 pages, Version bilingue, 2025, ISBN : 978-88-6644-765-8.
Le titre enchante, de même que l’œuvre picturale de la première de couverture. Comme d’habitude, la langue italienne semble être du français en couleurs ! La préface bilingue de Giuliano Ladolfi est tout à la fois sensible et savamment ciselée. En fin de volume, on découvre une bibliographie impressionnante de l’autrice roumaine bien connue Sonia Elvireanu, de même que celle du poète-éditeur et traducteur G. Ladolfi.
Les thèmes des poèmes sont en prise directe avec la nature : La mouette / Le peuplier / Comme une feuille /Le sentier / Pavots / Crépuscule / Le thé / Ciel, mer, rivage / La flamme etc.
Le chant d’un oiseau scintille
dans les ombres du crépuscule
l’infini bleu frémit
comme la lumière
qui m’enveloppe
Caractérisé par ses touches douces, le style fluide nous fait penser aux Nymphéas de Claude Monet. La nature est passerelle (japonaise ?) vers l’invisible…
On est en phase avec le titre du livre : la lumière, voix surtout intérieure, chuchote, fait ses confidences aux choses, les transmute en êtres familiers.
À cela se greffe avec élégance et discrétion une touche mystérieuse en relation étroite avec un au-delà propre au poète:
je me tiens sur l’épaule d’un mot
qui ouvre ses volets
le rayon traverse le poème
comme la trace de l’amour
qui se glisse dans cet instant
La petite parole, flamme discrète, se fait prière :
Sur la crête d’une montagne,
un autel, autrefois,
un ermite sur le mont chauve,
au-dessus de l’abîme,
sous le ciel brouillé
On retrouvera cet ermite, homme de Dieu et compagnon de route, tout à la fin de ce livre, sous l’infini du ciel… Spiritualité discrète et amour sont vivaces au travers d’une dimension omniprésente de la nature en effervescence.
elle (la pleine lune) s’amincit jusqu’à devenir un arc
sur lequel grandit l’amour sans fin,
sa lumière te décompose avec dévotion,
comme une révérence aux saints.
Pas de vers mielleux mais concentré d’affection, d’humble tendresse et de bienveillance.
Les pavots enflamment la terre
comme les flammes du soleil levant,
minces et fragiles, ils jaillissent
de la terre comme une source,
leur soie,
brûlure sur brûlure,
les noces de la vie,
le sang coule dans l’air
avec la vie marchant sur la mort.
(Il sangue scorre nell’aria
Con la vita che cammina sulla morte.)
Hymne bilingue à la vie. Les poèmes de Sonia Elvireanu traduits et publiés par Giuliano Ladolfi se dégustent tel un élixir rare en français et dans la langue des anges.
Avec délices, avec respect.

