JEANNE CHAMPEL GRENIER, CLAP3, Éditions France Libris, 2019

Une chronique de Nicole Hardouin

 JEANNE CHAMPEL GRENIER, CLAP3, Éditions France Libris, 2019

Ouvrir Clap 3 c’est déboucher une bouteille de champagne, non même pas, un jéroboam dont les bulles s’échappent en farandoles incontrôlables.

Les syllabes courent après les consonnes, s’emmêlent, se démêlent pour former des mots à l’endroit, à l’envers, prime ôtée pour primauté, les phrases qui ne veulent pas être en reste galopent derrière en une sarabande effrénée, elles en perdent leur langue naturelle pour, dans un volte-face, finir dans un franglais, malheureusement si courant, sorte de sabir carambouille, et autres carambistouilles, qui se roulent, sautent, s’étourdissent my love, j’ai mal au heart. : et comme le tournis gagne la page, les rideaux, les plumes déboulent comme vent de sable sur une plaine pour je vais bomir, n’est-ce pas plus bo que vomir ? Là, même les bulles de champagne rentrent dans la bouteille, le lecteur éternue au j’ai régurgité l’époisse sur le Larousse, le vin n’est pas arrivé à maturité.

Jeanne Champel Grenier qui a toutes les audaces ne se gêne pas pour anoblir un manant qui devient sieur Cafouille, seigneur Rocambouille. Il est vrai que là, l’auteur se retrouve en asile psychiatrique où elle peint des champs pleins de corbeaux qui attendent Gauguin. Curieusement, c’est dans cet hôpital que l’on se retrouve dans la normalité, enfin presque car à force de voir les étoiles au fond des puits, on se noie dans les déferlements du mot-bulle, draperies rouges sur les rides des phrases. 

Entre ouragan et foehn, mirages et marées, les chemins s’enfuient ; escortés de chiens le long de berges en peau d’iris, lorsque J. Champel vide sa gibecière, surtout  quand il lui a déclaré «  j’ai cassé le bol breton » ! Aïe aïe, ce sont les grandes marées, les rouleaux d’écume s’enfuient sans savoir où ils vont. Bordées de velours et de soupirs ,  les mouches blêmes se confessent aux araignées, la pendule fait des bulles et le chat a le hoquet, pensez donc c’était le bol de Quimper, le plus beau des bols à soupe, il venait de ma mère qui l’avait de de son grand père, toute une vie d corsaire,  l’homme se ratatine,  les flots montent, montent, les songes s’éparpillent dans des bruits de crécelles, la mer se sauve sur une plage à roulettes, et la vengeance  s’abat, nous la laissons découvrir au lecteur, assommé le manège à côté tourne à l’envers et dans les gares les salles plient leur attente, débordement !

Il est à remarquer que, souvent, lorsque’un couple est mis en scène, l’homme  a rarement le beau rôle, soit il fait profil bas comme dans le bol breton soit lorsque moi, Frédo, gros costaud des biscoteaux, je me fâche, le vocabulaire a des toux rauques, des accents qui passent mal, et le Frédo il se casse, ici le champagne, peut-être, a pris le goût de bouchon, quoique ce «  il se casse » permet à l’auteur d’aborder une chute inattendue.

Peut-être est-il aussi de bon ton à l’heure actuelle d’être féministe et de laisser le mâle de côté, chargé de toutes les turpitudes : c’est pour cela que dans les rues les maisons bâillent en dressant leurs oripeaux contre le vent du large et les harangues féminines.

Tout ceci n’empêche pas l’auteur d’aller se perdre en  pèlerinage en terre sainte, dans une sorte de périple ini-sciatique et, sur sa lancée, nous avons droit aux soins des brûlures par le feu, aux soins du bégaiement, et même à une recette pour la boulabe. Puis, J. Champel Grenier herborise et donne des recettes de plantes utilisées en Sibérie centrale pour se débarrasser des contestataires et des  belles-mères  invasives !

Ce recueil permet de laisser glisser l’esquif entre chaos et terrain plat, il ensemence l’hiver, hisse les souvenirs, devant les flammes de l’âtre.

Clap 3: silence. L’auteur assemble images, fantaisies et  grains de folie, donc d’hellébore, encore appelés roses de Noël, floraison d’humour dans la brûlure hivernale, à déposer au pied du sapin.

© Nicole Hardouin

CLAP 2 – Nouvelles ( 28 Bobines) de Jeanne CHAMPEL GRENIER – 170 pages- 12 euros- Editions France Libris

                                                                CLAP 2-  28 Nouvelles

                                                  Jeanne CHAMPEL GRENIER


par Béatrice GAUDY

Ce nouvel ouvrage, CLAP 2, offre une autre facette de l’écriture de Jeanne CHAMPEL GRENIER.

Sous le sien collage qui orne la couverture, ont été réunies 28 nouvelles, qui pour la plupart ont été primées. Les thèmes de ces récits sont vraiment les plus diversifiés qui soient  : moments marquants de l’enfance, subtilité de l’éducation que les parents donnent à leurs enfants, relations au sein des couples, rapports pleins d’affection ou au contraire cyniques entre parents très âgés et enfants adultes, amitié d’une grande finesse de cœur ou au contraire bien superficielle, comportements très discourtois d’inconnus, par exemple des automobilistes  : un très large éventail des relations humaines est dépeint au long de situations très représentatives de notre société  ; citons en quelques uns  : passage en caisse dans un magasin, jeux vidéo pour enfants sur Internet, séance de gymnastique amaigrissante, affaires sur Leboncoin,  »Pique-nique en famille », vernissage, etc. Toutes ces courtes histoires sont d’autant plus prenantes qu’elles sont pour la plupart empreintes d’humour. Le lecteur, parfois, éclate même franchement de rire, d’un rire pourtant sans méchanceté, par exemple en lisant  »Les bottes ça m’botte ». Il arrive toutefois que dans une nouvelle domine l’émotion, comme dans  »Mariska », ou bien le fantastique, littérairement voulu dans  »Sommeil de porcelaine », parfois involontairement éprouvé dans  »La positive attitude », ou bien quand des aspects méconnus de notre environnement, par exemple le sous-sol d’un hôpital, s’avèrent par trop étranges, quand ce ne sont pas des circonstances troublantes qui paraissent soudain ouvrir un autre espace-temps  : »3h30 »  ! Et puis, il est des situations si inattendues, la plus forte étant  »Finitions in extrémis », qu’elles font penser qu’elles pourraient bien s’être réellement produites  ; il suffit d’avoir l’oeil vif et la plume alerte, la vie n’est-elle pas d’une incroyable inventivité  ?

Nombre des nouvelles de CLAP 2 sont écrites à la première personne du singulier, de sorte que le lecteur se perçoit presque comme un interlocuteur à qui l’autrice fait confidence de tranches de vie, même lorsque le narrateur est en fait un homme.

Les dialogues sont nombreux, par cette volonté de proximité des textes avec des scénarios, volonté affichée dans le titre du recueil ( CLAP 28 Bobines), les échanges sont retranscrits d’une façon particulièrement vivante, fidèle à la réalité. Si Jeanne CHAMPEL GRENIER possède un vocabulaire français nettement plus riche et sensible que la norme, ce qui est manifeste dans ses poèmes, elle est aussi on ne peut plus attentive à la façon de s’exprimer des autres et, jouant sur l’orthographe, elle restitue avec beaucoup de réalisme amusé, tant les fautes et hésitations des jeunes enfants que, au besoin, l’accent d’un étranger( voir  :  »L’échafaudage  » vendu par un Sicilien !)

CLAP 2 est aussi pour le lecteur l’occasion d’avoir une indication élargie sur les connaissances linguistiques de Jeanne CHAMPEL GRENIER. Si la lecture de  »Souvenirs d’enfance » lui avait appris que Jeanne, enfant, a baigné dans le catalan autant que dans le français,  »CLAP 2 », dans certaines nouvelles, laisse flotter, ouvertement ou allusivement, le souvenir de l’accent de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet ( » Mystère au mas de Galibert  »,  »Alphonse et le coup de chaleur » ), cela nous amène à penser que l’univers dans lequel a grandi l’auteur fut en fait trilingue : français, catalan notamment familial, et occitan qui perdure dans le patois de l’Ardèche ) ce qui ajoute des racines à l’ancrage de ses histoires et à leur vérité  ; chatier le langage au point de le rendre d’une rigueur académique impersonnelle n’est pas le sport favori de l’autrice. En réalité, ce qui se perçoit à travers les diverses veines littéraires de Jeanne CHAMPEL GRENIER, c’est le plaisir de la langue, des langues, tant orales que soutenues et ceci dans un grand souci de vérité et de proximité, sans oublier l’humour, cet esprit de liberté créatif toujours prêt à surgir. Un grand accent de vérité, de bienveillance amusée. Un travail attentif et fidèle, d’une belle richesse inventive où la poésie garde une place de choix.

Le lecteur l’aura compris  : on ne s’ennuie pas un instant à lire  »CLAP 2 ». Il est toutefois à préciser que si les nouvelles qui sont réunies dans ce recueil sont divertissantes, elles n’en possèdent pas moins une portée supplémentaire. Sans y paraître, sans donner de leçon, tout en nous amusant, ces nouvelles nous invitent à la réflexion, sur nous mêmes, sur certains travers individuels, parfois personnels, sur la société, ce qui nous invite à comprendre plus profondément les autres.

Particulièrement brillante est la nouvelle qui ouvre le recueil   :  »Vous avez dit contemporain  ? », il faut bien se rappeler que Jeanne CHAMPEL GRENIER est peintre, le récit de la visite d’une exposition d’art contemporain donne au lecteur, s’il est de ceux qui n’hésitent pas à faire travailler leurs neurones, l’occasion de réfléchir à cet art promu dans des sites prestigieux, art soutenu par les firmes à dollars qui prennent les visiteurs pour ce qu’ils sont parfois  : des gens incultes abusés par la mise en scène de l’argent tout puissant.

 Notons que l’occasion est donnée dans ce texte humoristique, d’alerter tout un chacun qui se croit anonyme, de la montée en action des vidéo – surveillance, devenues de plus en plus nombreuses et inquisitrices, texte donc qui nous amuse mais qui ne manque pas de nourrir la réflexion.

Ainsi, en nous divertissant, mine de rien, la nouvelliste, jeanne CHAMPEL GRENIER, nous distrait mais comme tout écrivain qui se préoccupe de la question humaine, éveille aussi nos consciences.  

CLAP 2 – Nouvelles ( 28 Bobines) de Jeanne CHAMPEL GRENIER – 170 pages- 12 euros-
Editions France Libris

Adresse de l’auteur  :
Jeanne CHAMPEL GRENIER
99 Impasse de Larzalier
07800 Saint laurent du pape
FRANCE