Jean-Pierre Roque – RÉDEMPTION – L’enfance adamantine – (Ed. L’Harmattan).

Chronique de Xavier Bordes

9782343091563r

Jean-Pierre Roque – RÉDEMPTION – L’enfance adamantine – (Ed. L’Harmattan). Couverture : « La mariée de Louviers », du peintre Jean Trousselle.


Jean-Pierre ROQUE est un écrivain, et poète, singulier. Un croyant à la foi passablement mystique, difficile à cerner. Il s’ensuit que ses écrits ont de multiples caractéristiques : à la fois ils adoptent le ton de la prophétie, de l’adage de la Sophia, le ton du symbolisme mais aussi de la référence à un réel manifeste côtoyant un réel occulte. L’éventail de ses intérêts et de son questionnement est largement ouvert. De Joe Bousquet à Elytis, en passant par mille autres références culturelles, sa curiosité laboure les œuvres de poètes. Ce dont témoigne le présent livre, sorte de concentré de mémoire poétique où les sentiments naturels et simples liés à l’enfance voisinent avec les visions liées à l’avenir et les considérations éthiques. Dans l’acception la plus humaniste que « l’éthikos » peut afficher.

Chaque poème en regard est accompagné de plusieurs brefs commentaires, en prose poétique ou méditative, à portée souvent éthique, ou introspective, faisant de brefs bilans du contenu plus ou moins implicite du poème auquel ils répondent, ou scolies prolongeant tel thème, ou initiant telle réflexion cosmique…

Ce recueil condensé se compose ainsi de tons et de voix variés, allant des souvenirs réalistes (les plus prosaïques parfois), à des autoconsignes que se donne l’auteur, à des recommandations de lecture, tout cela ordonné, entretissé au long de quatre sections ramassées, où l’allusion va toujours à l’essentiel, dans une perspective spirituelle. Mais cette perspective n’oublie jamais la matière, l’ici-bas, le corps, la chair, les êtres vivants, les choses. Elle vise essentiellement à les saisir comme objets de questionnement et de sens, non pas mesquins mais pleins d’altitude métaphysique. Un livre de poète-philosophe au quotidien qui, si élevées que soient ses songeries, ne laisse jamais d’être avant tout humain parmi les humains, et de travailler à comprendre mieux sa place dans l’univers.

(Je note en passant que Jean Trousselle, un peintre fameux et bien trop méconnu encore, a assumé l’image de couverture, splendidement picturale et poétique, du livre, dont on regrette seulement la petite taille inévitable…)

Le livre Rédemption de Jean-Pierre Roque est décidément un livre d’une teneur spécifique, intrigante et surprenante, et son originalité rencontrera sans doute un public qui aime accéder facilement aux pensées les plus exigeantes, pour peu qu’elles soient exprimées avec force, clarté et simplicité.

©Xavier Bordes



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Jean-Pierre ROQUE – JE SUIS (poèmes) – Ed. De Loess. (78 pp.)

je suis

Ce plus récent recueil de Jean-Pierre Roque, qui jadis édita la revue de poésie LOESS, ainsi que quelques volumes d’auteurs divers, est tout à fait dans la ligne de l’univers mystique de ce poète. C’est un témoignage de foi inaltérable en la vie, et d’union avec le monde où nous vivons, à travers la conscience de l’être comme universalité et dépassement des limites humaines. Le catalyseur de cette démarche mentale étant, si l’on en juge par les romans du même auteur, la fusion androgynique, un amour qui à travers la parole se veut capable de tout investir et de donner du sens, comme on dit aujourd’hui, au déroulement de notre séjour terrestre.

Cette série de poèmes graves autour d’un « je suis » qui n’est qu’un constat sans prétention, médité sous diverses facettes, témoigne d’une foi, une conviction de « croyant », encore que la croyance en cet « être qui serait en nous suprême » ne se range pas forcément aux canons d’une religion spécifique. Le divin hante les poèmes de Roque, évolue au large de la langue classique qu’il utilise, un peu comme si l’esprit du poète était un squale qui est attiré à travers les eaux verbales par une secrète odeur de sang. Témoin un passage comme celui-ci :

ainsi

nous arpenterons les sentes de lumières

portés par l’énergie arborescente du cœur

ouvrant les bras en signe d’allégeance

pour nous abandonner à la volonté divine

une bonne foi pour toutes

Il faudrait au demeurant citer tout le livre, certainement le plus abouti de son auteur, car chaque poème est lesté d’une simplicité et d’une force impressionnantes, même si le lecteur n’est pas une personne croyante. Cette adresse au Divin Inconnu est d’un ton constamment fort et juste, et donne à méditer dans maint passage. Il ne s’agit pas des énoncés niais d’un auteur qui aurait la foi du charbonnier et qui serait enveloppé dans les certitudes de dogmes appris, mais de l’expérience mystique, frôlant parfois une inspiration panthéiste, d’un homme qui a tiré des expériences de sa vie une forme d’optimisme sans illusions. Ses certitudes ressemblent à celles d’un plongeur qui, après avoir longtemps dérivé à travers un ténébreux abîme, a enfin trouvé le véritable fond contre lequel donner du talon pour regagner la surface ensoleillée. Ce recueil a quelque chose de roboratif, dans les certitudes modestes et les humbles constats d’une philosophie qui affiche une spiritualité sans forfanterie. Il arrive ainsi qu’à un certain âge, à travers une langue équilibrée, un homme arrive enfin à transmettre le bilan de sa pensée et de sa vie avec le ton et l’économie de mots qu’il fallait pour qu’un lecteur, sceptique ou non, s’y sente accueilli et enrichi. J’ai aimé ce recueil.

©Xavier Bordes, Paris, nov. 2014.