CLAUDE RAUCY – Sans équipage – Dessins de Jean Morette (Bleu d’encre, ed.)

Chronique de Xavier Bordesraucy-sans-equipage

CLAUDE RAUCY – Sans équipage – Dessins de Jean Morette (Bleu d’encre, ed.)


Qu’on me pardonne, parmi beaucoup de poètes, le poète belge Claude Raucy m’était jusqu’à présent inconnu. Voici comblée une lacune, avec le petit recueil de cet authentique poète, à l’expression élégante, d’un sentiment subtil, à la fois délicat et profond.

Cette plaquette est un long thrène, une déploration sans apesantissement superflu dans l’émotion, sur la disparition (semble-t-il) d’un frère. Tout le livre a pour fil conducteur le rêve que Jean de La Ville de Mirmont formulait en disant : « J’ai de grands départs inassouvis en moi » ; cet imaginaire des « vaisseaux qu’on a aimés en pure perte », partis sans nous. C’est l’occasion pour le poète de nous faire revivre par petites touches sensibles les moments de complicité avec ce frère défunt, les aventures « corsaires » de l’enfance, les « cartes et estampes » des greniers baudelairiens.

Chaque vers est d’un ton juste, économe, qui parle des rêves de longs périples mais aussi, plus tard de la réalité de brefs voyages dans les pays voisins. Ce mince recueil de regrets est touchant, et parmi les derniers poèmes qui évoquent la personnalité de ce frère – aîné sans doute -, témoignant des rapports admiratifs de son cadet avec lui, je veux finir la présente petite note par celui-ci, sous-tendu par la métaphore du cercueil livré à la tempête qui emporte vers l’ailleurs :

tu aurais peur disais-tu

aurais-tu peur

seul avec moi dans les bourrasques

sur quelques planches de chêne rustre

aurais-tu peur

 

je n’entendrai plus ta grosse voix d’océan

la marée fait l’indifférente

comment veux-tu que je rame

sans toi

 

une femme myope

fait la sainte collecte

pour des orphelins

 

Dans son émouvant rôle de consolation-interrogation sur la vie, par le souvenir d’un être cher, un individu « particulier » réussit à exprimer grâce à la poésie une émotion où n’importe quel être humain « en général », se reconnaîtra. Claude Rancy dans son modeste livre se montre très poète, et cela méritait d’être souligné.

©Xavier Bordes