Francis Denis, Jardin(s), suivi de La femme trouée, La Route de la Soie, 2020, 159 pages.

Une chronique de Patrice Breno

Francis Denis, Jardin(s), suivi de La femme trouée, La Route de la Soie, 2020, 159 pages.

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Les jardins de Francis Denis ouvrent sur des jardins intérieurs, où le noir côtoie la monotonie et solitude de la vie, que chacun voudrait rompre, ne fut-ce qu’en passant à l’acte, comme ici notre héros, René. Ce dernier aménage son jardin et a une idée lumineuse : il veut construire une piscine verticale, et il réalise son souhait. Les voisins et les enfants des voisins sont invités à profiter de ce havre de confort et ils en usent et abusent volontiers.

Mais toute réalisation a un coût et voilà que l’entrepreneur, véreux en soi, vient réclamer ses honoraires. Celui-ci disparaît et René n’y est pas étranger, ce qui – si au départ – ne lui procure aucun remords, finit par le bousculer dans ses principes, depuis qu’il est tombé amoureux de Clotilde, une enseignante. Cet amour est réciproque !

Ce roman est mené tambour battant et se lit comme un thriller. Il est décliné comme une pièce de théâtre, où chaque nouvel acte ajoute un ou plusieurs éléments. Le crime parfait !

Humour et dérision de soi aussi, tout va parfois tellement vite !

La deuxième grande nouvelle, La Femme trouée, est tout aussi noire. La fille de Marthe est traumatisée depuis son enfance : un incendie dans un appartement où ils jouaient à trois, elle s’en sort mais ses deux compagnons sont décédés. Depuis, Marguerite ne parle plus et sa prise en charge devient chaque jour de plus en plus lourde pour sa mère.

Des phrases percutantes et des réflexions qui ne laissent pas indifférent :

« Les souvenirs, ça se cultive. Comme les légumes dans le potager, il faut en prendre soin, leur parler, apaiser leur soif, leur murmurer des mots gentils ou encore chantonner tout en remuant la terre tout autour pour qu’ils puissent respirer et s’épanouir en toute tranquillité. » p.113

et aussi :

« La nostalgie n’est pas forcément un bon remède quand les blessures restent enfouies au plus profond de nous-même. »

Philosophie, quand tu nous tiens ! Les personnages de Francis Denis sont attachants, même si leur comportement n’est pas toujours des plus moral.

Lu sur Babelio :

« Né en 1954, auteur et artiste peintre autodidacte , Francis DENIS réside à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, près de Saint-Omer, en France. Il a exercé la profession d’éducateur de 1973 à 2014.

Il fut le co-fondateur de la revue poétique Lieux-d’Être avec le poète Régis LOUCHAËRT puis co-organisateur du festival d’art sacré contemporain « Les Regardeurs de Lumière » en la cathédrale de Saint-Omer de 2008 à 2013. »

©Patrice Breno

Trois belles anthologies

Chroniques de Georges Cathalo

Trois belles anthologies

« Attention, chute de droits ! » (Corps Puce éd., 2018), 88 pages, 12 euros – 27, rue d’Antibes – 80090 Amiens

Jean Foucault s’est toujours fait connaître pour son engagement poétique et politique. Depuis longtemps, il coordonne des projets et des actions en faveur des personnes les plus défavorisées. En regroupant des militants de plusieurs associations, il a pu présenter ici une anthologie en soutien aux sans-papiers et aux réfugiés en accueillant les écrits de 21 auteurs. On peut relever quelques noms bien connus pour leur humanisme actif : Patrick Joquel, Françoise Coulmin, Anne Poiré, Christophe Forgeot,… Ici, pas de mélo mais des poèmes à vif qui se lisent comme de déchirants témoignages. Le point d’orgue de ce livre nous semble être le sublime poème de six pages intitulé « La carte de séjour » que propose Ramiro Oviedo, poète franco-équatorien. On appréciera également le « bio-bibliographie-minute » finale des 21 pionniers qui ont contribué à la réussite de cette belle entreprise.

« Un haïku pour le climat » (L’iroli éd., 2018), 148 pages, 13 euros – 10, place du Plouy-Saint-Lucien -60000 Beauvais

Le mérite des concepteurs de cette anthologie consiste à proposer anonymement des haïkus qui se lisent finalement dans une belle continuité. Si on le souhaite, il est possible de retrouver les noms des auteurs en fin d’ouvrage. Ce livre est une superbe recueil au format à l’italienne et se présente comme un parfait écrin pour cette poésie engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Fédérer des poètes citoyens » est une tâche difficile certes mais le haïku est une forme littéraire qui le permet et dans laquelle excellent des personnes comme Thierry Cazals, Danièle Duteil, Daniel Birnbaum, Chantal Couliou sans oublier Jean Antonini, Président de l’Association Française du Haïku ou l’éditrice Isabel Asunsolo. Il ne nous semble pas possible de citer des extraits de cet ensemble car tous les écrits témoignent d’une sensibilité aiguë aux phénomènes actuels. D’ailleurs, la diversité des approches dont celle de lycéens et d’anonymes rend cette entreprise encore plus émouvante. 

« Jardin(s) »  (Donner à Voir éd., 2019), 56 pages, 8 euros – 91, rue de Tripoli – 72000 Le Mans
Anthologie
dessins de Daniel MOREAU
Collection Singulier/Pluriels
56 pages, 8,00 

Les éditions Donner à Voir ont habitué les connaisseurs à des réalisations soignées sur du papier recyclé. C’est dans un format carré (14X14) qu’elles proposent régulièrement des anthologies thématiques : Voyages, Enfances, Soleils,… Le thème ici retenu est celui des Jardins avec la présence de 39 personnes toutes attachées au rôle capital que joue le jardin à la fois comme un refuge, un repaire mais encore un repère ou un sanctuaire. Les éléments vitaux (eau, terre, air) occupent une place importante aux côtés des végétaux bien sûr et des oiseaux (merles, mésanges, pies,…). La défense et l’illustration de la sagesse sont ici à l’œuvre à travers la philosophie du jardinier qui prend le temps de vivre et de regarder vivre. Les concepteurs de cette anthologie n’ont pas oublié de rendre hommage à Francis Krembel disparu en février 2109 et présent dans ce livre avec un poème intitulé « Obscure présence ».  

©Georges Cathalo – mai 2019