Jean-Jacques Didier, Mauvais temps, Gros Textes Éditions, 76 pages, format 14X10 cm, ISBN : 2-35082-625-6, 8€.

Jean-Jacques Didier, Mauvais temps, Gros Textes Éditions, 76 pages, format 14X10 cm, ISBN : 2-35082-625-6, 8€.


Par quelque bout qu’on l’aborde, ce petit livre (où se répondent, comme d’une chambre à l’autre, dans une irrécusable cohabitation, textes brefs et aphorismes rehaussés de collages de Mother Cuttin’) semble à première vue une anatomie de la dislocation et du désenchantement, lequel ne réussit toutefois pas, quoi qu’en dise l’auteur, à se survivre dans le détachement.

Mauvais temps sans contredit pour l’optimisme béat et ses adeptes : Jean-Jacques Didier, dans son dernier recueil, nous administre une piqûre (de rappel ?) : il n’est pas inutile d’envisager, de dévisager la face noire des choses – Pompéi et Auschwitz au joli mois de mai (et vous, lecteur où en est donc votre joli « moi de mai » ?), le « futur foutu tas d’os » que nous sommes, piqûre que l’auteur s’inflige en priorité à lui-même, sans luxe d’aménité. L’auteur pleut sa lamentation par giboulées : tempétueux l’échec dès l’origine – « nés d’une purée » –, celui de la vie, de préférence imaginée (tout de même, « voyage intéressant »), celui de la fin programmée – « les dates de péremption nous précèdent » ; lumineuses les petites ébriétés « d’ajouter de nouvelles questions aux réponses ».

L’auteur ne se prive pas de pimenter le tout d’une pincée d’ironie sardonique par laquelle, sous couvert de jouer astucieusement avec les mots, instruments par excellence pour passer à côté de tout, il soufflette nos indifférences désormais mondialisées, ce qui est à coup sûr d’un effet roboratif. Un livre coup de poing parce qu’il nous donne (avec quelle assertivité, quelle foi ferons-nous face ?) l’envie de ne pas être d’accord avec lui. Un livre caresse parce qu’il nous dit, qu’à l’instar de l’enfant qui joue « la paille dans la crèche vivante », « demain peut-être nous retrouverons notre âme. »