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Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.

Chronique de Jeanne Champel-Grenier

Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.


                      Préfacé et illustré de trois belles aquarelles de Catherine Bérael, ce recueil de poèmes intitulé : LE TEMPS APPRIS, même écrit par un poète discret, profond et solitaire, me rappelle la conjugaison des verbes ; la vie n’est-elle pas conjugaison entre soi et soi, entre soi et les autres ? S’agit-il ici des temps passés que l’on nomme simple, composé, imparfait, plus que parfait, voire passé antérieur ? Il y a de la pureté des apprentissages d’enfance dans ce recueil puisqu’il s’agit de se situer par rapport aux êtres aimés disparus, dont la place demeure réservée, jonglant entre présent et passé. Il y a la conjugaison de la parole et du silence. Il faut aussitôt noter l’écriture verticale aérée, une écriture ascensionnelle… Volonté de ne pas s’appitoyer ? Ouvrir un lien direct, rapide, un envol de la pensée entre terre et cieux ? Le choix est bienvenu, tout en justesse et pudeur des mots.

                      Ccomment interpréter l’absence dans la durée? Le poète n’a pour salut que le questionnement perpétuel dans l’écriture.

: « il est tard mais je la sais vivante entre les mots du sommeil » p.8

Présence rassérénante, ou bien douloureuse ? Ici, il ne s’agit pas  »d’un au-delà facile » car  »depuis si longtemps elle passe sans se retourner »p.11

Le seul pouvoir qui reste au poète c’est :’‘défier l’infini dans l’acte d’écrire’‘ p.21, chercher la légèreté de l’oiseau, d’une aile, d’un geste providentiel ( en ciel ) et l’aube lui est un soutien : »l’aube porte conseil aux phrases, elles sont mon perchoir » p.27

                     L’essentiel désormais prend naissance sous la plume comme autant de mystères qui  »tremblent à l’idée d’effleurer l’éternité » p.43. Passé et présent vont de concert, concert de silence où les chutes se font sur un mot qui vous projette vers une autre lumière : »le poète est cet accident qui bute sur un mot et rebondit sur les aurores » p.44

                     Ainsi LE TEMPS APPRIS demeure apprentissage. Il est cette attente, cette quête perpétuelle de bonheur, en souvenir de cet instant  »où avec un seul regard tout peut basculer » p.56

Aérien et solide à la fois, LE TEMPS APPRIS remet nos pendules de certitude affective à l’heure, à l’heure universelle. L’amour survit au-delà de la mort mais qu’en est-il de l’être aimé ? C’est la question en perpétuel suspens et c’est tout ce qui poursuit le poète, être sensible talonné par le mystère, alors que fait-il ?  »il continue son œuvre jusqu’à ce que cendres éparpillées aux lèvres la parole soit transmise » p.54 

                      Et je dirais que par ce très beau recueil illustré d’aquarelles sensibles de paysages profonds, légers et lumineux, de Catherine Bérael, l’auteur nous donne une vision personnelle, élevée et attachante du questionnement sur l’absence ressentie sur la durée.

                                                                                             ©  Jeanne CHAMPEL GRENIER


Le temps partagé -16euros -Editions Le coudrier

Patrick DEVAUX – 33 rue du monastère -1330 – Rixensart-Belgique

Oeuvres récentes de l’auteur :

Ed. Le coudrier :

  • Tant de bonheur à rendre aux fleurs ( poésie) 2016- Réédité en 2019
  • Partage de la nuit (poésie) -2017 
  • De porcelaine ( récit)- 2018
  • Ed.Carnet du dessert de lune :
  • Les mouettes d’Ostende ( roman)-2011
  • Dorures légères sur l’estran ( roman)-2015

Grains de fables de mon sablier de Jean-François Mathé, illustrations de Charlotte Berghman – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, novembre 2014. 78 pages, 10 €.

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  • Grains de fables de mon sablier de Jean-François Mathé, illustrations de Charlotte Berghman – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, novembre 2014. 78 pages, 10 €.

Petit format à glisser dans la poche, beau papier, belles illustrations colorées et de la poésie tout plein, pour les enfants jusqu’à 103 ans.

En poésie, on voyagera, « Nos rêves sont les seuls voiliers/Que le tour du monde désire » on voguera sur le Nil, même si c’est « sur un lit, /Moitié face, moitié profil, /Bloqué par un torticolis. » On appréciera le petit déjeuner servi par l’hôtesse de l’air « Un croissant de lune/Dans un bol de thé. /Et si l’on est sage, /Avec notre thé/ On aura du lait, / mais juste un nuage. ».

On ne manquera pas de comprendre l’étonnement du chien à qui on ne donne jamais sa langue et

qui ne voudra pas avoir pour copain le rouge-gorge qui « n’aide à rien, il fait le beau/ Et quand je l’ignore, il babille. ».

Ces grains de fables s‘écoulent au fil des pages, tantôt moelleux, tantôt croquants, souvent drôles et portés par des courants d’air de joyeuse impertinence, car le vent ne renonce pas «  à enseigner la liberté/À tout ce que l’on tient en cage », mais également mêlés de quelques pointes de cruauté, quand par exemple sous la dent, le grain cachait un petit ami : trop tard on l’a avalé !

On croisera toute une faune d’animaux et d’humains, on se moquera bien volontiers du général vertical qui est mort alité, on aura un brin de tristesse pour le petit garçon qui ayant peur de perdre sa maman qui embrasse un nouveau papa, tandis qu’il tourne sur le manège, voudrait qu’elle ait Toujours à son bras/Un seul papa d’bois. D’ailleurs la jalousie est un vilain défaut et dans le poème en pot la victime n’a pas de pot. Et en parlant de pot, vous en apprendrez aussi sur le triste mariage de la poule au pot.

On saura de même qu’il ne faut même pas confier ses secrets à l’ombre, « Elle est l’intérieur d’une oreille » mais on pourra cependant déplorer qu’il soit encore question de découverte de l’Amérique avec Christophe Colomb, car qu’en pensent donc les « découverts » ? Alors que l’auteur ne manque pas de dire pourtant dans un autre poème, à propos d’un autre sujet, que « Tout ça c’est l’Histoire,/Ses sombres saisons, /Ses fers, ses prisons,/Ceux qui s’en font gloire. »

©Cathy Garcia

Jean-François Mathé

Jean-François Mathé

Jean-François Mathé est né dans l’Indre en 1950. Professeur agrégé de lettres modernes en lycée, il a partagé son temps entre la passion pour son métier, la passion de la poésie, celle du dessin d’humour et celle de la chanson. Marié, une fille et deux petites-filles. Il a pris sa retraite en 2010 et vit dans un village du Poitou. Il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.

 

 

05-05-2011 16;59;3132Charlotte Berghman a fait ses études à l’Institut Saint-Luc à Bruxelles, option illustration. Sa formation complétée d’un C.A.P lui permet d’enseigner l’art plastique. Actuellement, elle travaille comme animatrice artistique à mi-temps dans une maison de quartier. Elle reste ouverte à d’autres lieux comme maisons de jeunes, C.E.C,… Pour elle, l’illustration et l’animation sont intimement liées. On peut suivre son travail sur http://cha-berghman.blogspot.be/

Contes de la Terre Mère, Rolande Causse, Nane et Jean-Luc Vézinet – Illustrations d’Amélie Fontaine – Gallimard jeunesse, Hors Série collection giboulées, avril 2013. 42 pages, 14,50 €.

  • contes terre mereContes de la Terre Mère, Rolande Causse, Nane et Jean-Luc Vézinet – Illustrations d’Amélie Fontaine – Gallimard jeunesse, Hors Série collection giboulées, avril 2013. 42 pages, 14,50 €.

Neuf contes pour faire le tour de notre Terre Mère, notre belle planète si précieuse que nous devrions aimer et protéger, comme elle aussi prend soin de nous. Neuf contes plein de sagesse, qui s’achèvent chacun sur un petit poème de trois-quatre lignes qui en concentre l’essentiel. Neuf contes qui ouvrent l’esprit, parlent à notre cœur et chacun d’eux a un secret à nous confier.

Le secret du colibri, qui a insufflé à Pierre Rabhi le nom d’un mouvement écologique et citoyen, résonne encore au plus profond de l’Amazonie. Peu importe que l’on soit grand ou petit, ce qui importe c’est de participer à sa mesure au bien de tous, de faire sa part, ne serait-ce que d’apporter Une goutte d’eau pour éteindre un grand incendie.

Des Indes, le conte Maléfique ou bénéfique, nous apprend que l’équilibre est essentiel et que croyant bien faire, on peut commettre parfois de fatales erreurs. Chaque chose a sa raison d’être et même parfois celles que l’on juge mauvaises.

Branche abattue

Équilibre rompu

L’arbre en mourut

Un conte aborigène australien, La montagne aux fleurs, montre que foi, persévérance et courage sont récompensés et que les vieilles légendes contiennent un noyau de vérité qu’il est bon de rechercher.

Du Venezuela, Calebasse, sarbacane et crécelle, un conte arekuna, prouve que générosité et respect apporte abondance alors que l’avidité et la concupiscence conduisent au désastre. La Terre Mère nous offre généreusement ses fruits, mais pour en bénéficier longtemps, nous devons être respectueux de ses limites et ne pas prendre plus qu’il n’en faut, même si nous avons la magie (ou la science) avec nous, sous peine de rompre un équilibre essentiel à notre propre survie. C’est le secret que nous confie ce conte.

Le grand déluge, est un conte amérindien de la vallée de Yellowstone, aux États-Unis. Il raconte la naissance du premier arc-en-ciel, en commençant par la création du monde par le Grand Esprit, et puis l’arrivée des hommes qui ne respectaient pas la Terre Mère, s’appropriaient les terres, coupaient les arbres, massacraient les bisons et les autres animaux… Alors le Grand Esprit, empli de tristesse devant toute cette désolation sur la Terre Mère « fit tomber une pluie diluvienne pour laver ses plaies et la débarrasser de la présence des hommes. » mais grâce à la sagesse du chef Ours Tacheté et d’un grand bison blanc, sa tribu fut sauvée. Pour savoir comment, il faut lire le conte.

Puis nous faisons un tour en France, en Picardie, avec un conte rigolo, La malice des animaux, destiné aux chasseurs.

L’arbre à pluie, un conte colombien du désert de la Guajira, nous apprend que l’eau est une précieuse source de vie, et qu’il faut, pour le bien de tous, savoir en prendre soin et la partager équitablement.

Les trois frères et l’héritage nous emmène aux îles du Cap-Vert, et comme le conte vénézuélien, il montre comment malhonnêteté, avidité et concupiscence conduisent à la perte.

N’est point enviable

Le sort des insatiables

Si elle les juge coupable

Dame nature est redoutable

Et enfin, nous partons au Yémen, rejoindre Le vieil homme et le verger, un vieil homme sage et éclairé, qui plante des arbres fruitiers. Un conte qui nous apprend que prendre soin de la Terre Mère c’est aussi songer à ceux qui viendront après nous et que tout comme nous bénéficions des fruits de nos ancêtres, nous devons aussi planter pour ceux qui viendront après nous.

Voilà donc en quelques contes, une belle leçon d’écologie, une belle leçon de vie puisque au fond, c’est ça l’écologie, c’est le choix de la vie. Une vie en harmonie sur une planète en bonne santé, pour le bien de tous ceux qui sont là, aussi bien nous, humains, que les animaux et les plantes et pour le bien de tous ceux qui suivront. On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, espérons-le.

Les illustrations d’Amélie Fontaine, dans des tons utilisant simplement les trois couleurs primaires et le noir donnent un cachet supplémentaire à ce bel album. On regrette simplement l’absence d’un conte chinois ou japonais, empreint de sagesse taoïste ou bouddhiste, qui aurait judicieusement complété l’ensemble.

©Cathy Garcia

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Rolande Causse est née en 1937. Elle a deux grandes passions dans la vie : l’écriture et la lecture. Elle écrit des romans et des poèmes pour la jeunesse et aussi des livrets d’opéra. Elle a créé des ateliers de Lecture-Écriture, en 1975, et le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, en 1984. Rolande Causse a enseigné également la littérature dans le cadre de la formation permanente. Son association La Scribure regroupe des écrivains autour de la promotion de la littérature. Son roman Rouge Braise évoque un lointain souvenir et voudrait être un témoignage contre la guerre, et toutes les souffrances qu’elle engendre. Nane et Jean-Luc Vézinet, auteurs et conteurs, ont cosigné avec elle Contes de la Terre-Mère.

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Amélie Fontaine, illustratrice : http://www.ameliefontaine.fr/

Décharge, Revue poèsie

La revue Décharge

DECHARGE

C’est en 2011, avec un hors-série hors-normes de 128 pages que Décharge a marqué le passage des 30 ans et du 150ème numéro. Animée par un triumvirat composé d’Alain Kewès, de Claude Vercey et du maître d’œuvre, Jacques Morin, la revue est passée par plusieurs paliers, de la période ronéo à la célèbre couverture kraft, à la période où elle fut épaulée par les éditions du Dé Bleu, enfin à la période actuelle de complète autonomie.

Avec des livraisons qui touchent désormais aux 150 pages, la revue propose un large éventail de lectures. Le dosage s’équilibre entre les dossiers consacrés à un poète, les voix nouvelles (Le choix de Décharge), les chroniques régulières d’une poignée de critiques, et enfin le Diaphragme (familièrement : les Dias) dans lequel Morin détaille ses bonheurs de lecture. Il est inutile de vouloir citer ici des noms de poètes publiés (ils sont plus de 1200 !) ou d’évoquer des dossiers qui ont fait date. De plus, illustrations et photos viennent aérer cet ensemble copieux. Disons pour conclure que cette publication tire au mieux parti de la longue expérience des revuistes qui le dirigent.

En complément à la « revue-papier », Décharge propose un site dense et varié (www.dechargelarevue.com ) dans lequel on peut effectuer de belles découvertes en empruntant par exemple les Itinéraires de délestage (les I.D) de Claude Vercey, ou bien en lisant des chroniques complémentaires à ce que l’on aura pu découvrir dans les 4 numéros annuels.

Chaque numéro ne coûte que 6 euros, et 22 euros, à l’ordre des Palefreniers du rêve, l’abonnement annuel aux 4 livraisons. Un abonnement spécial couplant la revue et les 4 plaquettes de la collection Polder est aussi possible pour la somme de 42 euros. Abonnements et courrier : Jacques Morin, 4 rue de la Boucherie, 89240 Egleny

©Georges Cathalo & Jean-Pierre Bonnange