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Christian Malaplate – « Feuilles de route sur la chevelure des vagues. » Editions les Poètes français. » – 2016 – format 15×21- 83 pages.

Chronique de Michel Bénard

Christian Malaplate

Christian Malaplate

Christian Malaplate – « Feuilles de route sur la chevelure des vagues. » Éditions les Poètes français. – 2016 – format 15×21- 83 pages.


Indéniablement il s’avère nécessaire d’aborder l’ouvrage de Christian Malaplate « Feuilles de route sur la chevelure des vagues » comme un long carnet de voyage où déferlent les images et émotions noyées de brume et d’écume.

C’est un livre de bord consignant les phases de vie et d’expérience.

Christian Malaplate joue sur la force et l’agencement des mots dont la trame révèle une richesse extrême.

Le verbe est ciselé comme un bijou d’Ispahan. L’écriture impose sa couleur, le langage est presque d’un autre temps. Nous voguons entre poésie, légendes et narration. Ce besoin de conter, cette volonté narrative en arrivent parfois à faire que la poésie se retrouve au second plan.

Environné des poèmes et textes de Christian Malaplate, je me sens dans la bibliothèque d’un érudit, d’un philosophe ou d’un moine copiste environné de parchemin enluminés.

L’allégorie même de l’esprit d’un lettré de haute connaissance.

« …/…parmi les enluminures et les sombres cloîtres. »

« Où s’agglutinent les tableaux familiers dans une bibliothèque pleine d’anticipation. »

Notre poète joue avec l’étrange, le mystère, les ambiances insolites en rendant hommage à la mémoire.

« Il y a des fleurs maladives qui chantent des poèmes d’amour mystiques. »

Le voyage se poursuit dans un univers fantastique, irréel ou l’on ne discerne plus la part du réel et celle de l’imaginaire. Nous côtoyons un mysticisme latent, la formule alchimique n’est jamais très loin.

« Parmi les teinturiers de la lune et leur étrange alchimie. »

Christian Malaplate sait souligner les aspects fragiles de la vie, les humbles instants de bonheur et de plaisir, le souffle léger de la femme aimée sur l’épaule dénudée, le jus parfumé des fruits de l’amour.

L’amour recèle ici des effets de magiques métamorphoses.

« L’amour, dans nos moments intimes, modelait nos corps. »

Une poésie nourrit de réflexion qui nous transporte haut et loin. Sorte de panthéisme latent, la proximité avec la nature est évidente, je dirais même incontournable, car que serait l’homme sans elle, sans cette fabuleuse fusion universelle ?

Rien ! Il n’existerait même pas.

Cependant son orgueil et sa suffisance aveugles font qu’il a tendance à oublier l’enjeu, sciant dans son acte irresponsable la branche sur laquelle il est assis, tout en piétinant le jardin qui le nourrit.

Il est fréquent chez Christian Malaplate d’écrire sur les traces du rêve, de nourrir son encre de symboles universels, des sèves de la nature, il tente de fixer l’éphémère en quelques vers.

Il demeure attentif aux chuchotements de la nuit, aux chants des étoiles et aux murmures des arbres séculiers. Il s’exile tel un poète ermite dans ses grands espaces de paix et de solitude intérieure:

« Je pars en suivant les empreintes de la terre et le baiser du vent…/… »

« Pour retrouver la confiance du monde extérieur. »

La nuit occupe une place prépondérante dans la poésie de Christian Malaplate, elle est révélation, se fait vectrice d’images indéfinies, le noir devient lumière, éclat d’écume et sel légendaire. Par la poésie ce dernier retour à la substance mère, il y poursuit sa voie initiatique, une quête conviant à l’harmonie.

Bien au-delà des religions, des dogmes infantiles, des semons aliénants, il caresse la philosophie, la sagesse indienne afin de se préserver au mieux des apparences et du paraître.

Christian Malaplate côtoie les interrogations métaphysiques, interroge l’universel et les lois cosmiques.

Sans oublier la question suprême et incontournable de la création, du mystère de l’humanité.

Est-ce « Dieu » qui créa l’homme ou plutôt l’homme qui s’inventa des « dieux » ou un « Dieu » ? Par nécessité de référence à des forces supérieures.

L’interrogation demeure en suspens ! Qui en possède la clé ? Les poètes peut-être par instinct ou intuition.

Avec humilité Christian Malaplate ouvre une voie, qu’importe la finalité, il chemine. Le carnet de route à la main avec l’extrême conscience de notre fragilité humaine. L’interrogation oscille entre le Taj Mahal une des merveilles universelles et l’ombre d’une grande âme indienne Rabindranath Tagore rôde, la symbolique ésotérique du Khajurâho interroge, ainsi que le mystère sacré de Bénarès qui nous ouvre les portes du nirvana.

Retour aux sources de la sagesse, du bon sens des philosophies indiennes. Force est de constater que pour l’heure depuis Ghandi, Tagore, Aurobindo, Krisnamurti, notre siècle est en perte de valeurs, d’idéaux et de repères identitaires dont nous aurions de plus en plus besoin.

Devenu porteur de mémoire Christian Malaplate cherche le vrai « dieu » d’amour, l’espoir demeure il porte en lui un futur à construire, mais pourra-t-il réellement l’ériger ?

En ce temps d’éveil et d’interrogation, une réponse possible se trouve-t-elle peut-être dans le symbole eucharistique.

En mémoire de son grand père ayant perdu toute certitude en l’homme après un passage en enfer de quatre ans 1914-1918 sur le tristement célèbre « Chemin des Dames » que je connais très bien et où l’herbe un siècle plus tard n’a pas toujours repoussé partout.

« J’ai surtout perdu mes certitudes en l’homme et je cherche toujours un dieu d’amour. »

Mais confiant en l’acte de poésie notre porteur de mémoire, Christian Malaplate poursuit ses rêves et chimères.

L’œuvre continue, le meilleur restant à venir et nous l’attendons !

©Michel Bénard

Rome Deguergue et Michel Bénard, Androgyne, Paris, Éditions Les Poètes Français, 2013, 63 p.

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  • Rome Deguergue et Michel Bénard, Androgyne, Paris, Éditions Les Poètes Français, 2013, 63 p.

Conçu à deux voix et quatre mains, ce recueil poétique se compose de quarante-sept poèmes, dont treize écrits par Michel Bénard et trente-quatre par Rome Deguergue, précédés par le poème intitulé L’Androgynat spirituel de Rome Deguergue et de Michel Bénard de Jacques Viesvil. L’illustration de Paul Maulpoix, présentée sur la première de couverture, et les vers de Jacques Viesvil1, reportés sur la quatrième de couverture, ‘‘accompagnent’’ le titre et ‘‘introduisent’’ le fil rouge des poèmes publiés dans cet ouvrage.

Être double, dont la duplicité semble aboutir plus vers la totalité et l’intégrité que vers l’ambiguïté, Androgyne symbolise, dans ces poèmes, la recherche de l’autre, le besoin d’autrui, la tentative de parvenir à l’harmonisation, voire à la coïncidence des altérités et même des opposés, pour retrouver l’unité et pour ne pas éteindre la lumière de l’existence.

Les vers de Michel Bénard résident sur un travail avec la matière, les couleurs, les sons et, qui plus est, avec le silence. Doué d’un pinceau capable de voir au-delà du visible et d’entendre même ce qui est inaudible, le « je » dépasse le temps et l’espace : pas de distinction entre passé, présent et futur, et pas de séparation entre la sphère du réel et celle de l’imaginaire. Tout réside dans l’instant vibratoire et tout n’est qu’un fragment de sensations, sentiments et rêves. L’imagination, la passion, la volupté ainsi que le besoin de beauté, d’amour, d’équité, et d’élévation d’âme traversent et dominent tous ses poèmes.

Concomitance de poésie, musique et peinture, les vers de Bénard fournissent une alternance constante entre la vision d’une étreinte amoureuse suggérant l’activité du peintre et la perception de l’art du peintre comme un acte d’amour. Il s’agit d’un amour passionnel, charnel et spirituel qui chante la magie de l’existence, les arcanes de la naissance, la nécessité de la rencontre je-tu : une rencontre entre νήρ (andròs – homme) et γυνή (gyné – femme). Engendré par l’homme et la femme, l’être humain naît de la femme : une fois fécondée, ce n’est qu’au travers d’elle que la Vie se renouvelle. C’est justement cette « incantation » homme/femme, cet apport indispensable réciproque qui alimente l’arbre de la vie : celui-ci croît suite à une « vibration », il fixe à jamais un instant, il révèle l’importance de l’autre. L’homme se forme dans la femme et, à son tour, il est indispensable à la femme pour qu’elle puisse être ‘mère’ – ‘matrice’ de vie.

Tissage de voix, sons et regards, tous ces vers de Bénard tracent des visages, des corps et des ‘mouvements’ matériels et spirituels qui permettront au lecteur d’envisager le rapport je-tu, entre autres, dans un cadre ontologique, comme source de vie, et, par conséquent, ils lui feront goûter « des rêves en poésie jusqu’à tutoyer l’extase » et jusqu’à poursuivre ses propres chimères et à trouver ses propres vertiges.

En harmonie avec les poèmes de Bénard, les poèmes de Rome Deguergue portent sur le mystère de la vie et sur la figure de la femme en tant que matrice vitale.

Tantôt source d’émerveillement, voire de fascination, tantôt de terreur, tout au long de ces vers, l’« entremêlement des sexes » engendre différents types de rapports je-tu ; d’où une multiplicité de variétés de ‘liaisons’ : l’amour charnel, l’amour spirituel, l’amour maternel, l’amour romantique, l’amour volé, l’amour libre, l’amour-aventure, la sexualité tarifée.

De vers en vers, le je-poète incarne et interroge plusieurs images féminines : de la « femme arlequine » à la « femme torero », de celle qui est dévorée par les blessures d’amour à celle qui est renversée par le taureau. Ange, amante, proie, prostituée, victime humiliée, ‘objet’ de fantaisies érotiques, la femme de ces poèmes passe des rires aux larmes, des sensations de jouissance et d’allégresse aux sentiments de nostalgie et de regret, sans jamais ‘se rendre’ au désespoir total : même lorsqu’elle se donne physiquement malgré elle ou qu’elle est prise par la force, son âme ne s’est pas rendue, elle lutte et s’envole vers un « éternel sur-humain ». Aussi, aimée, désirée, exploitée, abandonnée, cette femme symbolise-t-elle tous les ‘émigrants de la terre’ qui vivent l’exil et/ou l’exode de l’intériorité et qui ont besoin de passer du chaos d’une société déshumanisée offrant des « paradis artificiels » à l’ordre de l’unité.

Par ces poèmes, le je-poète sollicite le respect des différences et réclame la « capacité de voir » – comme suggéré par le poète Rainer Maria Rilke – ainsi que de cultiver un certain contentement à être au monde, malgré tout ce qui fâche et révolte (voir géo-poésie).

Recueil écrit « en communion » et où les mots « se sont mis en écho » tout en gardant leurs différences, Androgyne offre un ‘‘jumelage’’ de corps et d’âmes. Il peint les noces de l’unité avec l’absolu : l’arbre de vie qui marie l’eau et le feu, le ciel et la terre et qui unit deux arbres sous la même écorce … ce sera au lecteur de colorer la suite.

©Chronique de Marcella Leopizzi – Université de Bari Aldo Moro

1 « Il est elle. / Elle est lui. / L’un et l’autre dans leur altérité. / Deux a n’en plus faire qu’un / pour couronner le sacrifice / de l’unité retrouvée. / Deux dans le même profil de l’Œuvre / le même battement de cœur inorganique / le même spasme d’en haut. / Le ciel tout proche / sous l’écorce ».

 

Nadine K « Un amour un cri » Editions les Poètes Français

 Amiel Nadine

  • Nadine K.« Un amour un cri » Editions les Poètes Français – 2013 –(51 pages) .

Ce nouvel ouvrage de Nadine K (alias Nadine Amiel) nous invite déjà par une jolie illustration de l’auteur(e) où une jeune rêveuse n’a de regard que celui de l’intérieur, celui de la couleur mauve du reflet des songes.

« Et vous verrez vos rêves en arabesques

Enrubannés de couleurs tendres…/… »

Nadine K, est-ce là la clé d’une énigme, d’un mystère de plume ? Non, nullement, l’auteur(e) nous est déjà particulièrement bien connue, car nous savons d’elle ses qualités de romancière ainsi que ces talents de plasticienne.

« Sur le chevalet la toile s’achemine

Mes pinceaux de joie s’illuminent…/… »

Aujourd’hui, voici qu’elle nous révèle sous son aspect le plus intime, le plus personnel un ouvrage de poésie. Touche transcendante de l’esprit et de l’âme.

« Toi qui inspire les poètes

Ces âmes sensibles et secrètes

Nous diras-tu, femme, ton mystère ? »

« Un cri un amour » diffuse une extrême sensibilité, une vibration à fleur de peau, une révélation secrète. Il est parfois des périodes de vie où l’on éprouve le besoin impérieux de se retrouver seul (e), afin de mieux pouvoir cautériser les anciennes plaies, de mettre du baume et de se soustraire à la pesanteur du quotidien.

« Ils ont quitté nos ciels pluvieux

Ils s’en sont allés vers d’autres cieux

Ils ont quitté ce monde qui recule…/…

………………………………………

Nous chanterons en harmonie

Pour que revienne la vie ! »

Tout simplement cette nécessité d’oublier les confusions et paradoxes de notre tour de Babel contemporaine.

Tel est le droit de croire aux «  miracles » ! Et si par le Verbe se manifestait la « renaissance » ?

Il faut bien tenter de se substituer aux traumatismes de la destinée.

« Au lieu de nous battre pour des chimères

Unissons-nous pour donner du bonheur. »

Par ce modeste recueil : « Un amour un cri » Nadine K traduit par la poésie ce que silencieusement sécrète son cœur.

©Chronique de Michel Bénard