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Rêve d’Écriture / Sueño de Escritura, Letizia Moréteau, éditions bilingue fr./esp. Les Poètes Français, 2018 ; dépôt légal 4e trimestre 2020 ; 55 pages ; ISBN : 978-2-84529-260-4 ; 15 euros.

Chronique de Rome Deguergue

Rêve d’Écriture / Sueño de Escritura, Letizia Moréteau, éditions bilingue fr./esp. Les Poètes Français, 2018 ; dépôt légal 4e trimestre 2020 ; 55 pages ; ISBN : 978-2-84529-260-4 ; 15 euros.


La photo de couverture du recueil poétique réalisée par Letizia Moréteau représente un détail de la statue / sculpture de Daphné Du Barry, ornant le bassin de la piscine du Château du Tertre à Arsac, Médoc, terroir que notre poète connaît bien, pour y avoir vécu, exercé l’un de ses moult métiers.

En incipit à ce recueil, page 7, il est noté que Daphné Du Barry (…) a la science des belles proportions, du contour des corps et de l’expression transcendée (…). Ainsi, pourrait-on qualifier l’œuvre poétique de Letizia Moréteau dessinant le contour – ici – des cœurs par une expression mêmement transcendée, via une vision humaine, trop humaine, à hauteur de femme, femme-soeur dont l’amitié lui est indispensable, et la dédicace de la page 9 en atteste ainsi : à la femme entière / à toutes les femmes de ma vie.

Née dans la province de Mendoza au pied de la Cordillère des Andes, entre vignobles et montagnes, Letizia Moréteau y développe cet imaginaire / rêve d’écriture embryonnaire grâce à la « nature puissante », environnante et l’appel lancinant de la France où vécut son aïeul, grand-père paternel, ingénieur français parti en Argentine en 1895 ; double pré-textes reconnus comme « clés » de son inspiration poétique, mais pas que, puisqu’enfant Letizia Moréteau affirmait : « quand je serai grande, j’habiterai en France ». Ce qu’elle fit à partir de 1979 y développant son goût pour la langue française, ainsi que le métier d’art-thérapeute interrogeant les rapports entre « littérature, poésie et médecine ».

Ici donc, à un moment donné de son parcours, reviennent en boucle les thématiques inspirantes de son rêve éveillé d’écriture, notamment dédié à Mère Nature, au voyage, au passage, à une transition portée par une – proménadologie réflexive – mesurant le chemin parcouru, les souffrances endurées pour arriver jusqu’au lieu du vivre pleinement, en frange d’ondes mêlées :

D’où, sinon de Mère Nature,

Me vient ce rêve d’écriture ?

(…)

Echouée sur la rive, j’attends…

Le bruit de l’eau berce et suspend

Un temps la douleur de vivre

A moi-même mourir !

Mourir pour revivre…   (p. 13)                    

Ainsi cette renaissance assumée, reconnue comme initiation obligée à tout parcours humain fera-t-elle l’objet des cinq poèmes suivants : Initiation I II III IV V : manière d’apprivoiser les maux passés par les mots déclinés au présent de tous les présents…

(…)

Avide de connaissance,

Je palpai les contours de la désespérance

Humble, je voulus connaître mes frontières,

Explorer le revers de la lumière.

(…)

Apprivoiser la douleur et comprendre  (p.15)

(…)

Au sein d’une nouvelle contrée

Je cherche aujourd’hui ma patrie.

(…)

Je pose le fardeau de ma vie passée

(…)

je suis un point qui voyage

dans un instant qui n’est que passage

vers un ailleurs qui ne sait se nommer  (p.16)

Après la phase consacrée aux souvenirs revisités, ainsi que l’évocation du doute et des interrogations formulées, cette quête / reconnaissance de ce qui est : – attitude méditative – portant des fruits quiétistes tels des récompenses improbables se manifestent, in fine, en dehors de la notion espace-temps, se profilant aux chapitres III et IV et prend la forme résiliente et enjouée advenue :

Qu’il est doux de se laisser porter

Par l’indicible joie d’aimer !

(…)

Quelle surprise de me voir ainsi

Petite habitante d’un lieu différent

où désormais

tout ce qui est m’attend.    (p. 17)

Puis, chemin faisant, la nature est personnifiée, amie, alliée, la poète converse avec elle, humblement, elle conserve un morceau de forêt au creux de la main, tel dans un conte, au centre de ce fameux rêve d’écriture éveillée ; le crayon parle à la bruyère / les arbres dans un doux balancement de branches murmurent les histoires de la Terre. 

La manière de transcender l’enfance laissée en jachère dans un ailleurs traversier protégé par un Ange Gardien, conjugué à cette prise de TERRE, intuitive / intuitée par le grand dehors autant que par cette conscience aiguë d’être au monde du vivant & des choses lave des anciennes misères (p.22) amène la poète à considérer sa vie désormais telle que 

La vie m’apparaît

Une

Neuve

Si vaste

A jamais multipliée

Et moi ici

si petite

Pour l’honorer.   (p.23)

(…)

Ainsi, pour un rêve d’écriture

Je suis partie à l’aventure, à l’aventure…  (p.32).

Et nous lecteurs, avec…


Arcachon, le 10 mai 2021

Rome DEGUERGUE ©

Site : http://romedeguergue.wordpress.com