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Frédéric Vitoux de l’Académie française L’Express de Bénarès – A la recherche d’Henry J.- M. Levet, récit, Fayard

Chronique de Nadine Doyen

 Frédéric Vitoux

                                      de l’Académie française

L’Express de Bénarès  

A la recherche d’Henry J.- M. Levet

                 récit, Fayard    Janvier 2018 ( 19 € – 2076 pages)

Qui connaît de nos jours Henry J.-M. Levet,(1) l’auteur des Cartes postales, exotiques,« sonnets torrides » autour des voyages ? « Insaisissable » il reste pour Fédéric Vitoux qui, pourtant, a consacré deux années à retrouver ses traces. Quête qui l’a mené de Paris (Rue Lepic, Montmartre) à Vichy (août 2015), puis à Montbrison (sa ville natale), dans les bibliothèques et jusqu’aux archives des Messageries Maritimes à Marseille.

Dans le premier chapitre intitulé « Un ami inoubliable », l’académicien explique sa rencontre foudroyante avec l’écriture de ce poète, à dix- sept ans. Les dix poèmes, regroupés à la fin de l’ouvrage, il les a appris par coeur au point de les « imprimer durablement dans la cire vierge de sa mémoire ». Grâce à la bibliothèque familiale débordant de milliers de livres, l’auteur a pu assouvir sa curiosité et se nourrir de classiques et de poésie. C’est dans une nouvelle édition de L’Anthologie de la poésie française de Kra qu’il a débusqué Levet dont les récits ont « ouvert les portes de son imagination ».

Quelle curieuse coïncidence de réaliser que son grand-père Georges Vitoux, à qui il dédie ce récit, a voyagé, comme lui, sur le même « paquebot-poste », « l’Armand Béhic ». Celui-ci avait été mandaté pour « une mission d’enquête médicale » en Chine, en 1903, juste un an après Levet, poète consulaire. Frédéric Vitoux va nous embarquer à bord de ce navire, à « la belle silhouette » pour suivre ce « poète maritime », qui le hante.

L’étudiant a fait escale à L’Étrave, la petite librairie de L’île Saint-Louis, tenue par Nicole, pas encore Madame Vitoux, afin de dénicher du Levet et de poursuivre l’exploration de ses poèmes, qu’il analyse ici avec subtilité.

Saluons le talent prescripteur de l’auteur, tout juste âgé de 18 ans, qui réussit à épuiser le stock de cette édition dirigée par Jean Paulhan.

Frédéric Vitoux est confronté de nouveau à une série de coïncidences au cours de ses recherches. Tout d’abord, tous deux ont écrit un opus intitulé Cartes postales.

Autre exemple, il trouve dans une brocante un ouvrage de Francis Jourdain dans lequel il note sa complicité avec Levet. Il étaye son portait grâce aux écrits de Fargue et Larbaud (qui avait consacré à Levet le Cahier 12 des Amis de Valery Larbaud), en guise de reconnaissance. Larbaud qui a donné son nom à la médiathèque de Vichy  qui détient ses archives et où l’auteur a reçu le Prix Larbaud.

Levet est connu pour ses « accoutrements légendaires », de vrais déguisements, « coiffé d’un fez » ou de casquettes.

Des photos, des portraits sont insérés ainsi que l’affiche de Vallotton, et celle de Villon le représentant au Grillon. On remarque son «  nez pointu, à nul autre pareil, son menton pointu, en galoche, dandy provocateur, esthète ».Un physique ingrat.

Tout en retraçant le parcours de Levet, compilant les informations glanées, le romancier décline sa généalogie, remontant jusqu’à son arrière-grand-père.

C’est en compulsant des articles parus dans Le courrier français (2) que l’auteur détective a mieux cerné sa personnalité (antimilitariste, un flegme britannique …).

Il y débusque « ses désirs refoulés, ses inclinations homosexuelles », mais il s’avère « difficile de saisir sa vie – son existence météorique aux mille facettes, aux mille secrets surtout ». L’homosexualité apparaît être un thème récurrent dans ses poèmes.

Frédéric Vitoux focalise notre attention sur les deux recueils de poésie, nous éclaire sur le sens caché de ces vers « incompréhensibles », « des rébus » pour Tardieu.

Le désir d’Orient est supposé dû à l’influence de Rimbaud. C’est en tant que publiciste qu’il s’embarque, en 1878, chargé d’une mission scientifique, « d’études de l’art khmer », poste décroché grâce à son père député. Sur cette expédition, l’auteur soulève « une forêt d’interrogations », s’étonnant de l’absence de traces.

En 1902, il sollicite un poste de vice-consul et le voilà nommé à Manille puis à Las Palmas, où le climat océanique ruinera sa santé. La maladie met un terme à sa carrière. Un destin tragique que cette mort à 32 ans.

Saluons la démarche de l’académicien auprès du maire de Montbrison. En effet, attristé de voir la tombe de Levet en ruine, il le presse par courrier, d’effectuer une restauration. Requête honorée en 2016. Rappelons aussi qu’il a oeuvré pour la sauvegarde de la maison de Colette.

On devine la frustration du narrateur quand au fil de son travail ardu, il confesse que :

« Plus je m’approche de lui et plus il se recule… ». Impossible de compter sur les parents de Levet, des notables respectables, ceux-ci n’ayant rien gardé de sa correspondance, de son manuscrit supposé, intitulé : « L’express de Bénarès ».

N’était-il qu’une mystification, un projet littéraire fantôme ?

Toutefois, par son pèlerinage, il aura contribué à nous faire connaître cet « insaisissable » poète et à nous faire « rêver de Levet ». Puisse cette rencontre aussi réchauffer et éclairer le lecteur comme ce fut le cas pour l’académicien.

On écrit pour témoigner, pour que l’on n’oublie pas, et Frédéric Vitoux, par ce récit très fouillé et enrichissant, ressuscite cette figure de Montbrison et le Montmartre bohème des années de la fin du XIXème siècle où l’on croise Morand, Toulet.

Il a le mérite de sauver de l’oubli le poète Levet, car il ne reste que quelques rares lettrés pour « continuer de chérir la mémoire de l’auteur des « cartes postales ».

Et l’écrivain enquêteur de fantasmer sur l’établissement d’« une anthologie des livres non écrits ou disparus », comme David Foenkinos avait imaginé la bibliothèque des livres refusés !

© Nadine Doyen

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(1) Henri Jean-Marie Levet (1874–1906), écrit parfois : Henry Levet et même  anglicisé en Levey.

(2) La bibliothèque Forney est l’une des seules à conserver les volumes reliés du Courrier français

Quelques extraits :

« Ni les attraits des plus aimables Argentines

 Ni les courses à cheval dans la pampa,

 N’ont le pouvoir de guérir de son spleen

 Le Consul général de France à La Plata ! »

«  L’Écosse s’est voilée de ses brumes classiques,

  Nos plages et nos lacs sont abandonnés ;

  Novembre, tribunal suprême des phtisiques,

 M’exile sur les bords de la Méditerranée… »

Frédéric Vitoux, de l’Académie Française, Au rendez-vous des Mariniers ; Fayard (20, 00€ – 310 pages)

Chronique de Nadine Doyen

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Frédéric Vitoux, de l’Académie Française, Au rendez-vous des Mariniers ; Fayard (20, 00€ – 310 pages)

Comme pour Grand hôtel Nelson, une photographie sert de déclencheur au récit.
Ici, c’est le cliché de Louis Foucherand représentant le bistrot-restaurant du quai d’Anjou, un lieu qui n’habite plus les souvenirs d’enfance de Frédéric Vitoux, alors qu’il passa devant de multiples fois.
A partir de cette photographie, exhumée par son épouse Nicole, à qui il dédie le roman, l’auteur remonte le temps et faire revivre Le Rendez-vous des Mariniers avec sa clientèle depuis son acquisition par la famille Lecomte en 1904, ses heures de gloire, de prospérité, puis avec ses deux successeurs jusqu’à sa fermeture en 1953.
L’auteur nous livre une description très détaillée de ce bistrot où l’on mange sur le marbre nu, et où l’addition est présentée sur une ardoise, et insère des photos.
Il rend compte de toutes ses innombrables recherches pour tenter de retrouver des descendants de ceux qui ont géré ce restaurant et également de ses lectures pour vérifier si tel auteur a bien fréquenté ce lieu mythique. La page de remerciements atteste de cette passionnante enquête menée à quatre mains.
Frédéric Vitoux nous confie ses intuitions, ses interrogations, par exemple savoir où a bien pu passer le livre d’or du restaurant. Curieuse coïncidence, Nicole, venant d’ouvrir sa libraire L’Étrave, en 1961, a exposé « ce talisman » dans sa vitrine, déjà constellée de signatures de célébrités, des dandys de la littérature.
Quand Frédéric Vitoux manque d’informations, il ne cherche pas à broder, fait parfois confiance à son intuition. Souhaitons que ce livre lui permette de retrouver des héritiers des Lecomte, le net permettant cet espoir.
L’auteur nous convie au rendez-vous de l’intelligentsia qu’il va faire défiler au fil des ans, comme dans un film. Ce lieu, d’abord prisé par les Américains, devient une vraie ruche, d’autant que l’île Saint-Louis se révèle détenir une concentration d’écrivains étonnante, sorte de « microcosme de la France », « un village », « un état d’âme » à l’unisson de « l’humeur ô combien diverse de ses habitants ». Le narrateur s’attarde sur les clients qui font de cette « gargote » leur refuge, leur havre de paix. Qui sont-ils ? « lavandières, ouvriers, artisans voisins, employés des compagnies fluviales… ». Ceux de « la génération perdue ». On voit les amitiés naître, puis se lézarder. L’ « effervescence culturelle » parmi cet aréopage montre que la course aux Prix (Fémina, Goncourt) débouchait déjà sur des scandales.
Parmi les sommités qui se délectèrent de la cuisine «  hors pair », renommée de Mme Lecomte, on croise Jean de La Ville de Mirmont, poète, fauché par la sale Grande Guerre qui inspira à Jérôme Garcin le magnifique roman Bleus horizons. De lui, il faut retenir ses poèmes, et aussi Les dimanches de Jean Dézert. L’atmosphère, on en trouve trace dans sa correspondance : « les ouvriers sont sympathiques, plus polis que les bourgeois. Là trônent de grosses lavandières. Nous échangeons de joyeuses plaisanteries ». Pas de barrière de classes. Il y trouvait « comme une consolation ».
S’y retrouvent  aussi «  l’insaisissable » Dos Passos et Hemingway, lors de leurs passages à Paris. Frédéric Vitoux nous plonge au coeur de leurs romans, tout en détaillant leurs tribulations et en glissant des remarques pour éclairer la quintessence.
Il développe sa vision de l’amour et l’amitié qui « vous ouvre le monde ».
Quant à Simenon, « forçat de la plume », qui s’amarra quai d’Anjou, en août 1931, l’auteur s’imposa de relire toute son oeuvre, persuadé y trouver une mention des Mariniers. Il ne cache pas son admiration pour ses romans exempts de politique.
On entend Tristan Tzara et ses compagnons crier Dada ! Dada !
Plus tard, on croise le trio Mauriac, Fernandez, Céline, lors du dîner du 23 mars 1933. L’auteur, en spécialiste de Céline, nous dévoile ses différentes facettes : d’une part «  sociable, encore fréquentable » puis, « aigri, misanthrope et désespéré ».
Il expose ce qui oppose Céline et son « délire ou fou rire le plus apocalyptique » à Mauriac, « chat patelin et griffu, tapi, aux aguets » concernant la foi et la chair.
Se sont aussi attablés des héros de roman, comme Aurélien du roman éponyme d’Aragon. A leur tour entrent en scène Cyril Connolly, écrivain et critique anglais et Bernard Frank, « l’un des meilleurs chroniqueurs, des plus personnels observateurs de la vie littéraire de son temps ». Leur lien commun ? Une femme : Barbara Skelton.
Blaise Cendrars, « poète, écrivain, globe-trotter » n’a-t-il pas mentionné cette enseigne des Mariniers et les quais de bouquinistes dans Bourlinguer ?
A vous de découvrir le nom de cet « homme qui a embrassé tout un siècle », par qui Fédéric Vitoux est heureux de « boucler sa liste ».
Le récit est ponctué de dates : 1924 : proclamation de l’indépendance de l’île, naissance du journal Le Sémaphore. Juin 1966 : organisation du festival de l’île, en hommage à Joris Ivens dont la compagne Marceline Loridan est revenue de l’enfer.
Au fil des pages, Frédéric Vitoux entremêle des faits relatifs à sa propre famille, dont il nous a déjà entretenus dans de précédents romans. Il brosse les portraits de ses grand-parents, « germanophobes ». Il pose un regard perplexe sur leur couple.
Il retrace le parcours de son père, « orphelin à 25 ans », qui s’est affranchi du « joug maternel et de son anglophobie asphyxiante » à Heidelberg : « des mois de bonheur, de liberté », mais qui connut plus tard la détention à Clairvaux. Il cite des extraits de ses souvenirs. L’auteur révèle l’origine de la devise retenue pour son épée d’académicien. Les chats ne sont pas oubliés dans ce roman, d’autant qu’ils « ont toujours été nombreux dans l’île Saint-Louis », utiles pour éloigner les rats. Mais aussi compagnons des écrivains. Drieu apparaît dans une photo avec un siamois.
L’Académicien Frédéric Vitoux, d’une érudition à donner le vertige, signe un roman de souvenirs et de confessions, minutieusement documenté, traversé de multiples ombres, donnant la première place aux lieux et à ceux qui les habitent, d’où un triple intérêt. En amoureux de son île « ensorcelée », déjà présente dans Jours inquiets dans l’Île Saint-Louis, il nous fait partager son attachement et arpenter celle d’autrefois, « où régnait un sentiment de magie », et de maintenant, baignée dans « une douceur léthargique ». Contrastes sidérants.
Le Rendez-vous des Mariniers, pivot du récit, « lieu de ralliement du Tout Paris », restitue cet art de vivre et de manger à l’époque de son aura, où « Paris était bien une fête », mais aussi le contexte historique (l’après-guerre, les années folles, la débâcle de 40, l’Occupation).
Et enfin l’auteur dresse un très complet panorama littéraire depuis Jean de La Ville de Mirmont jusqu’à Simenon, Aragon, Cendrars, une invitation en quelque sorte à les lire ou à pousser la porte du Rendez-vous des Mariniers. Ces « antémémoires » préfigureraient-elles l’ouvrage suivant : Les Mémoires de Frédéric Vitoux ?

 

©Nadine Doyen

Jacqueline de Romilly, de l’Académie Française, Rencontre – Roman – Editions de Fallois Paris (220 pages, 16€50)

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  • Jacqueline de Romilly, de l’Académie Française, Rencontre – Roman – Editions de Fallois Paris (220 pages, 16€50)

Dans ce roman inédit, écrit en 1966, Jacqueline de Romilly nous plonge dans les méandres de l’existence de la jeune veuve Anne Aubier. Elle décortique le trio amoureux qui relie son héroïne à Paul, Philippe, Roger et se dévoile sentimentale et romantique. On notera que les conversations que l’héroïne restitue utilisent le vouvoiement. Mais Anne n’était-elle pas une petite bourgeoise ?

Paul est cet « amour d’antan » qu’elle croit avoir croisé dans le jardin du Luxembourg.

Le retrouver va mobiliser toute son énergie, la conduire jusqu’à Bruxelles pour tenter d’obtenir ses coordonnées, afin de renouer le contact. On la suit dans cette quête amoureuse effrénée. La voilà totalement habitée par cet homme « qui avait su donner à sa jeunesse ces irisations imaginaires », une vraie fixation. N’aurait-elle pas idéalisé cet amour manqué ? Et si elle fantasmait ? Taraudée par les doutes, elle se demande si elle peut encore aimer Paul. Aimer, n’est-ce pas attendre ? C’est le cruel supplice qu’elle s’inflige ayant laissé un message, puis écrit à Paul. Quant à Philippe, « son fidèle chevalier servant », pourtant « le soutien aux heures de débâcle » elle ne tolère pas qu’il s’immisce dans sa vie durant cette période et le tient à distance.

L’intrigue rebondit avec la lettre de Paul, provoquant un vrai séisme chez Anne.

Laissons le mystère du contenu de cette lettre qu’Anne décortique mot à mot.

Le proverbe espagnol :« Offrir de l’amitié à qui veut de l’amour, c’est comme donner du pain à qui meurt de soif. » résume parfaitement la complexité des liens entre Anna et ses connaissances masculines, en particulier avec Roger, l’homme qu’elle avait pris pour Paul, « le compagnon de rencontre surgi des hasards d’un jardin public ». Leur dialogue est « une sorte de solennité précautionneuse », avec le dessein de ne « pas se faire peur l’un à l’autre ». Pour Anne, « aimer, cela ne veut pas dire grand-chose ». Si ce n’est « la crainte inexplicable de faire du mal à quelqu’un ».

Idée que l’on retrouve dans L’Amour sans le faire de Serge Joncour : « L’amour comme une douleur qui ne doit pas faire mal », « l’amour sans y toucher ». (1)

L’esprit cartésien de l’héroïne lui impose une sorte de bilan, de diagnostic. Elle s’y met à nu et se retrouve confrontée à ses contradictions. Elle, « la petite idiote » n’hésite pas à fustiger ses réactions stupides, « sa crise de faiblesse », à se moquer de son attitude ridicule. On est témoin de la métamorphose de l’amoureuse.

L’héroïne Anne est de toute évidence l’alter ego de Jacqueline de Romilly. De nombreux points communs se dessinent : travail de traduction, voyage en Grèce, l’inexpérience des enfants, l’influence de la mère, les situations de confusion qu’elle jugeait par l’auto dérision, enfin la capacité à l’émerveillement, l’humour et le goût pour le whisky !

Ce qui est frappant dans ce récit, c’est le recours à une multitude d’interrogations dans lesquelles Anne, en psychologue, fait son auto critique, tout en laissant transparaître sa déréliction, son désarroi, sa solitude. Ne se juge-t-elle pas en retard sur la vie quand elle confie qu’« il était trop tard pour tout », d’un ton résigné. On pourrait objecter la longueur des chapitres, de certaines phrases, l’emploi abusif des mots suivants : doux, douceur, tendresse, émerveillée, mais quelle légèreté, quelle fraîcheur, et quelle profondeur quand Jacqueline de Romilly sonde l’âme humaine.

Elle aborde une réflexion sur la mémoire fallacieuse, qui déforme les souvenirs.

On entre en empathie avec la romancière partageant tout son maelström intérieur.

Le lecteur est tenu en haleine, guettant comme Jacqueline de Romilly le moindre signe de Paul « l’introuvable, le mystérieux, l’absent ». L’amour y est réduit à la psalmodie de l’absence et l’entêtante attente de la réponse de Paul. Attente « dévorante, désespérée » qui se révèle propice à l’introspection. En ayant choisi un thème universel, cinq décennies plus tard, Rencontre épouse encore l’air du temps et fait écho au roman de Jean-Philippe Blondel (06h41) dans lequel sont posées les questions suivantes : Peut-on raviver une flamme, « ranimer » un amour ? Rebâtir sur les ruines du passé ? A-t-on le droit à une seconde chance ?

Sous le regard lucide et tendre de l’auteur, l’improbable est de l’ordre du possible. La vie se charge de redistribuer les cartes : « On verra bien », murmure-t-elle.

La lecture de Rencontre est d’autant plus touchante que la voix de Jacqueline de Romilly se devine en creux. Romance empreinte de nostalgie et de délicatesse.

©Nadine Doyen

  1. L’Amour sans le faire de Serge Joncour,

présenté sur le site de Traversées dans les chroniques de Nadine Doyen.