Carolyne Cannella, Parcelles d’Infini, Éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2e trim. 2019.

Carolyne Cannella, Parcelles d’Infini, Éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2e trim. 2019, ISBN : 978-2-37405-059-1

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Sur cinq vers asymétriques et toujours renouvelés , Carolyne Cannella décline les parcelles d’un infiniment grand, d’un infiniment poétique, tout à la fois intime et cosmique, humble et puissant : celui de l’Amour.

De manière générale, l’absence quasi-totale de ponctuation (ni chair   ni os), les libertés orthographiques voulues par l’auteur (dans la coulée de la scève) ainsi que  des audaces (tout se fait  de se dé-faire) donnent au texte un supplément de modernité et de mystère.

De même, la typographie changeante de ces quintils, tels des vagues de mots et d’incantations :

      Sortir du chemin

la rupture est provisoire

à l’inéluctable

      dire oui

          et s’accomplir

D’emblée, l’on ressent à quel point la poétesse cultive les espaces, les silences, telle une musicienne à son archet, telle une orpailleuse au fil de l’onde. D’emblée, le rythme dicte sa présence, la respiration gagne toute sa place.

Certes, on y trouve les mots de sa passion première, la musique (luth, Bach, chant, accordé, résonance), mais également un tropisme pour le mouvement (se glisse, se balancent, nous franchissons, s’approchent, ondule) comme si la danse était un trait d’union entre l’univers sonore et une vie gestante de frémissements. Cela dit, il nous semble que Cannella est ici avant tout poète, marieuse de mots, artiste-peintre friande d’images et vouivre du sens :

Nous  réceptacles du vivant

nous  qui transmutons

l’aube en crépuscule

et nos silences féconds

en paroles de lumière

 Souvent sensuelle (Sur les vagues qui scintillent / aller nue  et danser / neuve à chaque instant…) elle s’adresse parfois à l’être aimé en majuscule (Toi, Ta présence) mais toujours avec délicatesse:

De caresses en murmures enchantés

tu m’effeuilles, tu m’enflammes

sous l’irrésistible maelström

de tes hauts plateaux

aux délires impeccables

Minuscule approche pour un recueil élégamment imprimé sur papier blanc nacré : comme si la place du rêve, la forme graphique des mots, leurs sons chuchotés par le lecteur avaient valeur de prière, c’est à dire de langage avec un Plus Haut.

                                                              © Claude LUEZIOR

Jean-Louis BERNARD, Cahiers des chemins qui ne mènent pas, éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2019

Une chronique de Claude Luezior

Jean-Louis BERNARD, Cahiers des chemins qui ne mènent pas, éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2019

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Imaginons Jean-Louis BERNARD en chaman avec son collier d’étoiles et de mots, en druide sur son chêne, serpe à la main, récoltant gui et incantations, imaginons-le en douanier du possible et de l’impossible : celui qui veille à la crête d’un imaginaire où s’étire infiniment et se perd l’ombre du pas sans retour. J’ai oublié le nom de mon premier silence. Il faudrait tisonner les cendres des souvenirs, voir si une braise survit encore.

Errance où se referme la parole telle une fleur dans la nuit, où ploient vertiges et incertitudes. Il me reste à en appeler à ces mots en haillons, infidèles souvent, mais toujours à l’écoute, à ces phrases orphelines, égarées entre le tain et le miroir.

Images concassées telle une brume diamantaire. Magie se diluant dans l’attente. Non pas dans un doute à la Montaigne ou à la Descartes, ou bien dans un doute existentialiste, mais dans le doute du doute.

Impression puissamment poétique, à mi-chemin entre aube et absence, à la charnière des ressacs, impression entêtante que le texte nous guette, nous dépouille, nous regarde, front contre front, en une confrontation onirique.

Mage hors du commun et qui maîtrise, goutte à goutte, verbe à verbe, sa potion toute en métamorphose : Jean-Louis BERNARD griffe la phrase, esquisse l’insaisissable. Surgissent parfois des vers à la verticale, embruns dressés sur la falaise des proses :

Rives de nulle part

auxquelles nous touchons

après tant

d’improbables voyages

comment vous dire

comme si le blanc

montait sur la page

jusqu’à la noyer

de silence.

Écoutons les échos du grand-prêtre, de celui qui quête l’incertain, exhorte les chimères et grappille les ténèbres. Voix de cendre et de fougère (…)  Voix de givre et de brasier (qui) rompt le temps (et) creuse l’oubli, jusqu’au-delà du vertige.

Incantations pour un Plus-Haut, peut-être, mais avant tout, pour une lumière intérieure. Chuchotement cosmique, prière. en quelque sorte. 

Offrandes à pleines mains, le voilà qui braconne non seulement la brume et la silice des gouffres, mais aussi quelques visages ici et là pour survivre. Le voilà aussi qui parle de choses éteintes (ou étreintes ?) et des arpèges nacrés de la mémoire.

Imaginons Jean-Louis BERNARD en dresseur de feu dans une pénombre aux ouates ténébreuses (…) Un rai de silence tombe à l’oblique de l’oratoire en ruine. Ni éclat du jour, ni métamorphose nocturne. Ni scintillement, ni coma, mais pleine conscience de l’artiste, dont l’ailleurs est certes invisible mais pour lui, donc pour nous, éminemment palpable. 

Images au bord des lèvres ainsi entrouvertes, à la margelle des mots : monde fulgurant du poète.

© Claude Luezior