Christophe Carlier, L’eau de rose, Phébus, janvier 2019, ( 233 pages – 18€)

Une chronique de Nadine Doyen

Christophe Carlier, L’eau de rose, Phébus, janvier 2019, ( 233 pages –  18€)

A ne pas en douter Christophe Carlier a une prédilection pour les îles.

Dans Ressentiments distingués, il campait son intrigue dans une île battue par les vents, cette fois il nous embarque pour une île des Cyclades (dont il tait le nom), à la fin de l’été où Sigrid, écrivaine, entreprend de rédiger une « romance ».

Mais peut-on appliquer une recette?

Pour Serge Joncour, ce n’est pas un cake, il n’y a pas de recette.

Sigrid, telle une cuisinière, a son plan pour mitonner son histoire «  Prendre une idée en l’air. L’enfourcher comme un cheval sauvage qui se cabre avant de s’élancer »,« privilégier les amorces aguicheuses ». Pour personnage : choisir « une femme jeune et jolie, prête à souffrir pour être heureuse ».

Pourra-t-elle mener à bien son récit ?

Comme dans L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier met en scène toute une galerie de personnages, « une cohorte étrange », en vacances à la Villa Manolis. Comme dans Ressentiments distingués, les personnages se croisent lors des repas ou sur la terrasse, s’observent, conversent, s’espionnent même, d’autres s’apprivoisent, tombent amoureux !

L’auteur confirme son talent à croquer ce microcosme réuni dans cet «  hôtel anachronique ». Parmi les estivants Sigrid remarque deux Anglaises, un couple de pharmaciens, un archéologue contemplatif, un amateur d’insectes.

Mais celle qui l’hypnotise sur le champ, c’est cette « jeune fille en noir », gothique, à l’allure de «  Sylphide », « yeux clairs, peau diaphane, traits harmonieux », à la « grâce énigmatique », «  à la voix sûre ».

Une Italienne, cantatrice arrivée plus tard, apporte une diversion avec le vol de son émeraude. Leandros, le plagiste bronzé, émoustille les jolies baigneuses.

Des liaisons se nouent, souvent éphémères, parfois adultères, mais qui contribuent à resouder un couple ancré dans l’ennui, la lassitude.

Leurs journées de farniente ( plage, baignade, sieste, excursions) sont ponctuées  par le rituel de l’apéro en compagnie du perroquet de Manolis. Ce volatile qui, lui aussi, observe «l’étrange zoo » humain qui l’entoure, le protégé de Sigrid, aurait pu être croqué par Sempé !

L’auteur ausculte en particulier la relation amoureuse de ses deux protagonistes Sigrid &Gertrude. Sigrid a-t-elle succombé à un coup de foudre ? La voilà obsédée, habitée par cette inconnue qui la fascine par ses tenues excentriques, qui lui donne l’impression de jouer un rôle. Pourquoi une telle attirance, une telle aimantation ? Elle scrute le moindre de ses gestes, toujours aux aguets pour capturer l’apparition de « l’aimée », pour s’en approcher, pour l’amadouer.

La présence de cette femme mystérieuse, magnétique, intrigante, dont elle sait si peu, a cette vertu merveilleuse de transcender le moment, de transfigurer le lieu, ce que Bobin traduit pas « l’enchantement simple ».

Un dîner ensemble qui ne se prolonge pas puisque Gertrude prend la tangente  plonge Sigrid dans un vrai maelstrom. La voilà taraudée par cette fuite inexpliquée, ressentant la morsure du manque : « Son absence est douloureuse comme une piqûre de guêpe ». Pourquoi s’est-elle évanouie soudainement, se demande aussi le lecteur.

L’auteur dissèque au jour le jour la passion dévorante de Sigrid pour «  sa merveille, son fer de lance, son idole ». Deux facettes cohabitent. La romancière vampirisée par Gertrude, à qui elle voue une dévotion insensée, un amour fou, mais à sens unique, « redevient une adolescente ». De l’autre Sigrid, adulte, qui tente de se raisonner devant l’absurdité de cette attraction incontrôlable. Comment sortir de cet envoûtement ? Se libérer de cette emprise ?  

La jalousie la tenaille de voir l’aimée, déjà si courtisée, flirter avec le plagiste.

Pour Mario Rigani Stern «  Chaque événement de notre vie est lié à d’autres faits qui consciemment ou non, dans l’écoulement du temps, s’enchaînent et se rattachent à des personnes et à des lieux », et d’ajouter que «  l’endroit où l’on a passé une période sereine demeure dans la mémoire ».

Pas surprenant que Sigrid convoque des souvenirs heureux d’il y a quinze ans, sous le soleil grec : entre alors en scène Clara, cette fillette qui l’avait adoptée, se plaisait  à l’accompagner dans la découverte de l’île. Complices inséparables.

Même si elles s’étaient quittées sans échanger d’adresses, Clara avait caressé l’espoir de la retrouver. Sa vie nous est retracée, à 16, 18, 20 ans. Suspense.

On suit donc Sigrid dans sa solitude de romancière, de femme amoureuse qui cède aux avances de Gertrude, un abandon, une fusion, les corps se fondent.

Une tornade qui exacerbe leurs sens. Un embrasement. Le masque tombe.

Une révélation de Gertrude provoque une onde de choc chez Sigrid, « un séisme » et sidère le lecteur. Quel impact cet aveu aura -t-il sur sa vie ?

En parallèle, on assiste à la rédaction du début du roman de Sigrid comme si on  en était le premier lecteur. Une love story qui réunit Priscilla et Robert, qui se connaissent depuis l’enfance, se sont aimés à l’âge de l’insouciance, se sont perdus de vue, puis retrouvés pour finir par célébrer leurs noces prochainement. La narratrice s’intéresse aux liens entre ces fiancés chez qui le désir de s’appartenir ne semble pas réciproque. Elle distille du suspense en annonçant le plan nocturne de Priscilla ! Serait-elle nourrie par F.Cheng pour qui «  La passion charnelle reste la plus haute forme de quête spirituelle » ?

Si on retrouve Priscilla métamorphosée, épanouie après sa «  nuit d’amour », d’étreintes, la réalité est consternante, Cupidon ayant mélangé les cartes !

Un twist de la narratrice va créer des rebondissements en chaîne.

La romancière en vient à superposer la fiction et la réalité. Attendait-elle comme L’écrivain national (1) «  que la vie lui serve des idées » ?

On plonge dans ses interrogations, dans ses fantasmes. Est-elle victime des hallucinations dues à l’excellent pain au pavot de l’hôtel quand elle croise le diable?

Le choix d’une romancière comme protagoniste permet à Christophe Carlier de montrer combien la lisière réalité/fiction peut être poreuse. Quand Sigrid passe par la phase d’invisibilité comme si elle avait endossé le manteau d’Harry Potter, quand elle se transporte dans le temps, dans l’espace, fait un saut à son domicile parisien, elle agit comme si elle était un personnage de roman et disposait d’un super pouvoir sur lui.

Le récit prend des allures hitchcockiennes même si ce ne sont pas des corbeaux, ni des moustiques qui envahissent le site paradisiaque ! Cette invasion de papillons devient un vrai cauchemar, et oblige les pensionnaires à se cloîtrer.

Les objets jouent un rôle particulier : Sigrid se confie à son miroir ou à ses trois amulettes, Priscilla se confiait à son ours. Le médaillon que porte Gertrude,

«  prénom en forme de malle aux trésors », intrigue. Les jumelles achetées permettent à Sigrid, «  la fiancée illégitime , « des heures extatiques de contemplation dévote et d’adoration morfondue » tout comme la photo prise de l’élue.

Dans ce récit est soulevée la question du lieu d’écriture, variable selon les écrivains. De toute évidence, cette île grecque ( que l’auteur ne nomme jamais) n’a pas nourri suffisamment Sigrid. Ne faut-il pas laisser du temps pour que cela infuse ? N’a-t-elle pas réussi à trouver la condition d’ascèse nécessaire ?

Pourtant sa rencontre avec Gertrude a irrigué l’épilogue de son roman.

Comme le fait remarquer une lectrice dans L’écrivain national (1) : «  Tout part donc du réel ? Il faut donc vivre avant d’écrire ? »

Quant au point final, pas facile de savoir si l’histoire est définitivement achevée, Sigrid y revient à deux reprises et nous bluffe par sa pirouette finale.

Ce roman est traversé par de nombreuses références mythologiques, mais rappelons que l’auteur a commis un essai intitulé : Des mythes à la mythologie.

Mais aussi par des références cinématographiques ( Lubitsch), littéraires ( Manon Lescaut).

Le narrateur titille notre sens olfactif. Divers parfums s’exhalent : de cire, de sel, d’eau de rose, de jasmin, d’eau de Cologne, odeurs des pins.

Tel un peintre, il offre de multiples tableaux . Paysages variés de l’île brossés avec précision : «  le littoral âpre, sauvage, déchiqueté », «  une côte ourlée de récifs » ou une crique aux eaux turquoises ; « la mer rosissant sous le soleil couchant »,  la beauté de la nudité de l’amante révélée dans la toile magnifique «  Gertruda desnuda » ; massifs de bougainvilliers roses et mauves .

L’écrivain souligne la guerre des genres, s’offusquant de voir la littérature sentimentale considérée comme «  un genre mineur », sous -estimé, pourtant prisé par les lecteurs,taclant au passage ces « auteurs qui campent à la télévision ».

Christophe Carlier signe un roman gigogne, avec l’histoire en cours de rédaction, «  ce work in progress, imbriquée dont il déroule le making of, ce qui permet de voir comment la propre vie d’une écrivaine peut irriguer son écriture.

Il explore la relation filiale, les affres sentimentales, la complexité des intermittences du coeur, livrant des passages empreints de sensualité.

On retrouve avec plaisir son art consommé du portrait, nourri par une observation hors pair de ses semblables. Son esprit facétieux entrelace les destins des estivants dans le huis clos de la villa Manolis au décor suranné et aborde la question de la sérenpidité. Il tient en haleine avec le vol de bijou, le secret de Clara, l’énigme du médaillon, le mystère des chambres visitées.

Sous la plume de « la cuisinière » Sigrid, l’auteur a mitonné un roman, baigné de lumière, émaillé de touches roses, servi par une langue riche, soignée, précise, poétique, sous les auspices des dieux, le souffle du meltem et la protection de l’oeil bleu grec ! Une couverture chic pour voir la vie en rose !  « Charming » !

( 1) L’écrivain national de Serge Joncour

©Nadine Doyen

Christophe Carlier, Ressentiments distingués, Phébus ; (174 pages – 16€)

Chronique de Nadine Doyen

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Christophe Carlier, Ressentiments distingués, Phébus ; (174 pages – 16€)


Christophe Carlier, distingué par le Prix du premier roman pour L’assassin à la pomme verte renoue avec le suspense.

La citation de Mirbeau qui ouvre le récit a de quoi vous glacer et suffit à donner le ton : « Il y a des dos, dans la rue, qui appellent le couteau ».

Voici le lecteur confiné sur une île peu accueillante par sa configuration : « Récifs, falaises ». Une île encore plus hostile quand la saison des pluies s’installe, que le vent hurle, « se plaint », que « les flots sont plus violents ». Une île anonyme, à elle seule, « un personnage unique, minéral, envoûtant », « un caillou », « un rocher ravitaillé par les corbeaux ». Qu’elles soient grecques ou bretonnes : « Même beauté, même déchaînement les soirs d’orage », « même étouffement ».

On sent la scission entre l’insulaire, au « caractère trempé » et les nouveaux installés. Comme leur mentalité diffère ! Les gens de la terre ferme dont le gendarme, peut-on compter sur eux ?

Que peuvent faire les habitants dans ce huis clos sinon s’y ennuyer, traquer un fait divers, épier ses voisins ? Les lieux publics deviennent leur camp de base.

Au café, un écrivain peut collecter des brèves de comptoir comme Jean-Marie Gourio Pour Christophe Carlier, c’est un poste d’observation qu’il affectionne. (1)

C’est donc au café La Marine que se côtoient toutes les strates qui composent la population de l’île et que circulent toutes les rumeurs.

La dernière en date est l’existence d’un corbeau qui envoie une pluie de cartes, d’abord « acidulées, ensuite plus assassines, « pleines de fiel ». A chaque nouvelle victime,la sidération. Et chacun de deviser, de suspecter un tel ou une telle. Mille interrogations taraudent les habitants. On jase, on conjecture. Puis une pause.

De nouveau « des messages brefs, cinglants, calligraphiés », « de plus en plus

hostiles »,véhiculant des accusations. Il serait temps que la gendarmerie s’empare de ces cartes, les décrypte. Ce travail d’analyse incombe à Gwenegan. Il scrute les clients du café qu’il croise. A l’affût de leurs tressaillements, il tente de débusquer leur part sombre, de dresser un portrait robot. La psychose gagne les habitants, ils se sentent cernés « par le vieil ennemi invisible et maléfique. Le couvre-feu s’instaure « naturellement ». La tension atteint son paroxysme, l’auteur employant un champ sémantique autour de la mort : glas, crime, assassin, oiseau de malheur. « La malédiction est en marche ».

Le voile sur ces mystères successifs se lève dans la deuxième partie du roman,tout s’éclaire alors. Quelle jubilation pour le corbeau de jouir d’une telle « emprise » sur l’île ! Le narrateur radiographie les pensées et actions du volatile.

Des drames surviennent. On continue à s’interroger.

Pour l’un d’eux, doit-on tisser une corrélation entre la carte du corbeau reçue par Mateo et la décision de celui-ci? Le « vilain oiseau » avait-t-il conscience de l’impact que pouvaient générer ses phrases sur un être fragile ? Surtout quand « elle était incisive comme un rase-légumes ». Sa plume n’ est-elle pas « plus efficace qu’un parapluie bulgare » ? Quant à Gabriel, le facteur, ne risque-t-il pas d’être accusé d’« auxiliaire de la mort » ?

La force romanesque de Christophe Carlier est multiple : c’est d’avoir planté un décor qui au fil des pages devient oppressant avec ces corbeaux dans les champs, voletant, « plus arrogants qu’à l’ordinaire » qui font écho au corbeau « humain » qui « affûte son bec ».

C’est d’avoir multiplié les envois de cartes, ce qui génère une montée en puissance de l’effroi parmi les insulaires. Leur stupeur va crescendo face à ce corbeau infatigable.

C’est d’avoir distillé un rebondissement en ressuscitant, par une lettre, la noyée Carole ! Et cette main retrouvée par les pêcheurs qui draine tous les curieux au port !

C’est d’avoir ajouté « une corneille » en pendant du corbeau qui, à son tour, est plongé dans les hypothèses ! Qui donc est en train de l’imiter ? L’aurait-il identifié ?

La saveur des descriptions réside dans l’attention aux détails : Gislaine, aux « yeux clairs bordés de cils roux », les métaphores et les comparaisons : « l’horizon ressemble à un trait de fusain, épais, régulier ».La poésie s’invite avec les vagues qui se défont « dans un ourlet de blancheur » ou « l’horizon ressemble à un trait de fusain, à une rature géante ».

Comme l’épeire dans sa toile captive,le talent de Christophe Carlier est de tenir en haleine son lecteur qui se pose aussi ces multiples interrogations qui jalonnent le récit, l’enquête stagnant. L’auteur n’est pas seulement un portraitiste hors pair, il excelle dans l’art du suspense. Le mot phare de cette « histoire époustouflante» est mystère. Le narrateur déroule un imbroglio de vies, dont certaines vont être prêtes à basculer.Il distille à petite dose : ironie, bassesse, rancoeur et met au jour les non-dits, les liaisons clandestines. Il confie au hasard le choix de ses cibles.

L’écrivain glisse ses réflexions sur maints sujets. Il déplore le déclin de l’orthographe. On devine, en filigrane, une certaine nostalgie face à la disparition des échanges épistolaires au profit des mails. L’écriture n’est-elle pas une projection de notre personnalité ? Le volatile a « donné à sa correspondance le tombé impeccable d’une nappe damassée, à ses phrases l’éclat des couteaux en argent ».

Au fil des romans, un style se confirme : une succession de courts paragraphes, une unité de lieu et d’action, une galerie de personnages dont l’auteur entrelace les destins.

Le monde du dessinateur Sempé n’est pas loin. (2)

Christophe Carlier signe un roman « HHH »:haletant, hallucinant, horrible pour l’épilogue. Impossible au lecteur, pressé de débusquer le corbeau, de lâcher ce récit original qui a séduit aussi Amélie Nothomb.

©Nadine Doyen


(1) : Le roman précédent Singuliers

(2) : Christophe Carlier admirateur de Sempé lui rend hommage dans Happé par Sempé.

Christophe Carlier, Singuliers – Phébus – littérature française

RENTRÉE 2015

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  • Christophe Carlier, Singuliers – Phébus – littérature française

Christophe Carlier nous livre une comédie imbriquée dans une autre à plus grande échelle, dans la lignée de L’Euphorie des places de marché (conte urbain ironique). Ce récit gigogne illustre parfaitement la phrase Shakespearienne : « Le monde entier est un théâtre et tous les hommes n’y sont que des acteurs ».

Le lecteur assiste à un défilé de personnages qui se croisent, se reconnaissent, se recroisent au gré du hasard. On les suit comme avec une caméra embarquée.

On plonge dans leurs pensées, leurs voix s’alternent. Par le prisme des uns on apprend des bribes sur d’autres (lien de parenté). L’imbroglio des indices distillés peu à peu se démêle, lors de flashbacks. Et le puzzle de leur vie se tisse. En exergue, une citation de Virginia Woolf centrée sur « l’immédiate fatalité », fil rouge de ce roman.

Le récit s’ouvre justement sur la rencontre inopinée, dans le métro, de deux protagonistes qui n’ont même pas le temps d’échanger leurs numéros de portable.

Le portable, cette nuisance pour certains, est à la source d’une caricature des passants que Franck observe tous les jours. Ne redoute-t-il pas, pour le futur, de voir se multiplier des hordes semblables, esclaves de leur « petit boîtier » qui continueront à l’ignorer ? Quant à Pierre-François, ce sont les autres qui l’intéressent.

Le roman s’articule en trois temps : avant, pendant et après la représentation de la pièce de Corneille Le Menteur et même jusqu’au lendemain soir.

Le café, un huis clos, un décor cher à Hopper, étant lui-même un théâtre, le quartier général où passent la plupart des protagonistes, dans l’espoir de revoir la personne qui les a convoqués ou de s’en approcher au plus près. On a l’impression de voir des marionnettes manipulées par le destin. Ce microcosme brasse des individus de tous milieux, en couple ou seuls (venant de rompre), des « homeless » aux nantis. C’est avec un regard acéré que l’auteur dépeint ses contemporains, leurs comportements dans des files d’attente, loin de la discipline de nos voisins anglo-saxons.

Le zoom sur le public au théâtre est digne d’un dessin de Sempé, dont Christophe Carlier est un inconditionnel.(1) Nelly, l’ouvreuse, comme sortie du tableau de Hopper, accueille, dans son « palais de velours rouge », les spectateurs qui « n’ont pas l’air beaucoup plus heureux que ceux qui entrent à l’usine », pense Luc. Pour Nelly, le spectacle est dans l’assistance. Elle a reconnu Claire, note son « air tourmenté ». Qu’est devenu son amoureux, Antoine, qui a grandi avec son fils ?

Qu’auront-ils retenu de la pièce si chacun épie l’autre, se perd dans son maelström comme Claire ? Cette phrase de Rousseau : « L’on croit s’assembler au spectacle, et c’est là que chacun s’isole » reflète exactement l’état des lieux du moment : ennui, lassitude prévalent. Alice se laisse charmer par la voix de l’acteur, remarque son « coup d’œil caressant à Claire ». Pierre-François, lui aussi aimanté par Claire, suit le manège de l’acteur et s’interroge : « À quoi joue le hasard ? »

Aurélien, l’acteur, aurait-il bafouillé si la femme qui le troublait avait été hors de sa vue ? N’avait-il pas eu l’envie d’adresser des vers galants à « la belle inconnue » ?

Quant au virulent critique Denis, qui préfère « rugir » à applaudir, le « travail de sape » aux éloges, souhaitons que l’auteur ne soit pas lu par quelqu’un de sa trempe.

Font aussi partie de ce ballet de la « comédie humaine » : Cécile qui pense à ses élèves tout en savourant les vers cornéliens, pour qui « la littérature est un enchantement et l’art une bénédiction » ; Lilia, insomniaque, pense à ceux qui l’entourent, écoute la radio et ne serait pas surprise d’y entendre Nelly se confier.

Dans les coulisses, entrent et sortent de notre champ de vision ceux qui sentent « la colère qui gronde dans la société », « la folie du monde », ceux auprès desquels les passants évitent de s’attarder mais qui ne laissent pas indifférents (la folle du bus, la vagabonde échouée dans l’amphithéâtre, « l’errante du boulevard »). On est sensible à l’âme de poète de Luc, qui devient acteur de ses nuits en les étoilant par sa fantaisie.

Ce n’est pas le hasard si on retrouve quelques-uns des protagonistes au même café.

Si Claire n’avait pas égaré son calepin serait-elle revenue au café ?

L’auteur nous initie à l’happenstance, le don d’être au bon endroit au bon moment, avec la réapparition du carnet de Claire qu’elle croyait perdu. Sa bonne étoile veillait.

« Le hasard », disait Pasteur « ne favorise que les esprits préparés ».

Alice serait-elle retournée au café sans ce regret d’être restée insensible au « visage défait » de Claire ? Mais se sentant trahie par Claire, elle est plus encline à tisser des liens avec Pierre-François. N’est-il pas cette « main providentielle », confirmant le proverbe arabe : «  Quand le ciel te jette une datte, ouvre la bouche. » Déception, par contre, pour les soupirants de Claire, tous deux « pris de court » par Franck.

Dans l’épilogue, le lecteur a le choix d’imaginer le futur tête à tête Claire/Franck. Claire cherche-t-elle à se rapprocher de Franck par attirance ou pour évoquer Antoine, afin de savoir ce qu’est devenu celui qu’elle n’a pas pu oublier ?

Dans Singuliers, Christophe Carlier réussit le tour de force de condenser une multitude de vies en cent vingt pages. Une vie, n’est-ce pas une accumulation de petits moments, de rencontres, de voies du destin, de routes prises ou non, de choses imperceptibles qui nous construisent. En campant ses personnages dans des huis clos, l’auteur leur offre des lieux où s’abandonner mentalement, se côtoyer. Ces voyages introspectifs qui nous plongent dans les profondeurs de l’âme humaine, nous renvoient à notre propre vie, nos souvenirs. Qu’avons-nous réussi ? Raté ? Quelle route n’avons-nous pas prise ? La plupart des événements majeurs de nos existences se produisent en corrélation avec d’autres, selon les mystérieuses conjonctions du hasard, de la fortuité. Quel rôle jouent les Parques, l’oeil du Cyclope, dans nos vies ?

On retrouve avec bonheur les comparaisons inattendues : « Le thé du matin apaise comme le baiser du soir », ou « Le théâtre est la confiserie de ma vieillesse », confie Lilia. On apprécie la plume méticuleuse, d’une «  précision d’horloger » et l’humour de Christophe Carlier. Ce qui est sûr c’est que Singuliers interpelle si justement le lecteur adhérant à l’idée que « certaines rencontres nous ménagent un rendez-vous avec nous-mêmes ». Un roman qui fait écho à cette réflexion de Claudie Gallay : « Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser où qu’ils soient. Où qu’ils aillent. Un jour ils se rencontrent. Alors à vous de faire leur connaissance. »

(1) : Happé par Sempé, Serge Safran éditeur, 2013.

©Nadine Doyen

36 Facéties pour des Papous dans la tête, Françoise Treussard – Carnets nord / France culture

Chronique de Nadine Doyen

  • 36 Facéties pour des Papous dans la tête, Françoise Treussard – Carnets nord / France culture (187 pages -20€)index

Ce recueil, coordonné par Francoise Treussard, préfacé par Olivier Poivre d’Arvor, réunit huit des plumes Papous, textes dont les aficionados doivent se souvenir, ayant été déjà diffusés.

Le titre, à lire à voix haute, nous conseille-t-on, livre une énigme. Et si vous n’êtes pas assez perspicace, le bonus de Gérard Mordillat vous donnera la solution.

Si Christophe Carlier a été happé par Sempé, ici ce sont les couleurs chatoyantes, vives des illustrations de Ricardo Mosner qui accrochent le regard du lecteur.

Un plus qui décuple le plaisir de lecture.

Chacun des textes, en prose ou en vers, se réfère à un auteur tutélaire pour le narrateur.

En filigrane se devinent Kafka, Nabokov, Miller, V.Woolf, Zola, Skakespeare, Hugo, Tolstoï, Beckett, Pagnol, Giono, Flaubert, Daudet…, liste énumérée en fin d’ouvrage.

On croise des héroïnes mythiques : Bécassine, à la « candeur bretonne », Nana dont la « nudité sert de déclic »,Carmen « amoureuse d’un picador ». Eva Almassy convoque les russes Anna Karénine dans le poème : « Faites l’amour pas la gare ! » et Lolita. Odile Conseil croque Fifi, petite fille suédoise, aux nattes rousses, dotée de « trois louches de fantaisie », d’impertinence et d’une force incroyable. Quant aux héros, tous ne sont pas exemplaires. Ubu « ment, vole, tue ».

Jacques Vallet nous transporte en Grèce, et met en exergue ceux qui ont aimé sa lumière (Miller, Durell) et le grand poète Séféris. Les vers dansent le zirtaki.

Lucas Fournier nous embarque dans la Provence de Pagnol, sur «Les sentiers sautillants… », où l’on chasse la bartavelle sans le petit Marcel. Le coup double du père en fit le héros du village.

Venise inspire Patrice Caumon et sert de cadre pour camper un drame de la jalousie.

Dominique Muller remonte le temps jusqu’à l’époque de « Troie enflammée », distille des expressions latines, bovaryse, revisite le conte du Petit Chaperon rouge.

Les amoureux de la race canine s’intéresseront au destin de Flush, conté par Eva Almassy.

L’amour est omniprésent dans cet opus. L’année 2014 marque les trente ans des Papous, mais aussi les 30 ans de L’Amant. Pas étonnant que Ricardo Mosner mette Duras à l’honneur en revisitant ce roman. Patrick Caumon flirte avec l’érotisme pour Les Belles Endormies de Kawabata, aux « seins plantureux qui émoustillent ». Jacques Vallet brosse le portrait d’Angelo, « colonel exilé », pudique, généreux, amoureux de celle qu’il a soignée, sauvée et qu’il doit quitter pour l’Italie. Amour aveugle, adultère, flou, fou, vache, olé-olé, « amours nunuches ».

« L’amour, c’est pas comme l’autobus : si tu loupes / Le premier, des autres tu vas rater la troupe ».

Certains textes s’achèvent par une morale : « Hier comme aujourd’hui les pauvres se font bouffer… », d’autres par un jeu de mots : « la pie end », « L’Olympic de Marcel » ou « Le cygne du zodiac ».

Cette escapade au pays du sourire, de l’humour et de la fantaisie à laquelle nous convient les auteurs rassérène et divertit. Un recueil antidote à la sinistrose, qui, en plus, vous offre de nouvelles pistes de lectures. Un ouvrage roboratif qui peut entrer dans la catégorie des ‘feel good’.

PS : Pour retrouver l’« invraisemblable bande » des Papous, ne manquez pas l’émission dominicale, de midi 45 à 14 h sur France Culture. Voir le site officiel : France Culture, Les Papous dans la tête.

©Nadine Doyen

L’euphorie des places de marché – Christophe Carlier – Serge Safran éditeur —-une chronique de Nadine Doyen

Chronique de Nadine Doyen

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  • L’euphorie des places de marchéChristophe Carlier – Serge Safran éditeur (16€ – 192 pages)

Christophe Carlier croise les histoires de deux protagonistes sur une semaine, chaque chapitre étant un jour. Norbert Langlois, « jeune loup » ambitieux, polyglotte.

Agathe, une relique bien implantée dans l’entreprise, qui « faisait partie des murs », allergique aux portables, au « grésillement des baladeurs » dans le métro.

On suit le quotidien de cet homme et cette femme, suspendu à la possibilité d’une rencontre qui pourrait faire basculer leur existence. Agathe voit alors son destin subordonné à un nouveau supérieur hiérarchique, qui n’est qu’autre que Langlois.

Après avoir focalisé notre attention sur ce duo patron-assistante, se greffe la stagiaire Ludivine, au « Q.I. d’une huître » pour sa rivale.

On suit le processus implacable d’anéantissement du salarié par son chef et ceci à deux niveaux, puisque la rivalité entre Agathe et Ludivine devient ostentatoire.

Christophe Carlier radiographie les intentions et pensées du trio, dont celle au coeur du récit : Comment Langlois, ce patron pervers, pourrait-il limoger Agathe ?

Voici Agathe traquée, espionnée, poussée à la faute, acculée à commettre des impairs.

Agathe « incompatible » ou « précieuse collaboratrice » ? c’est là le paradoxe.

L’auteur nous donne à entendre leurs conversations. Les portes laissées ouvertes offrent un vrai jeu d’écoute et créent quiproquos (le sang bleu de Ludivine) et situations burlesques. On imagine Ludivine, vraie « tornade blanche », en reine de la propreté, métamorphosant la cuisine sous le regard dépité d’Agathe.

En parfait entomologiste, Christophe Carlier décrypte les états d’âme de ses protagonistes, nous entraîne au plus intime de leur conscience. Il brosse leurs portraits vus sous différents angles et met en exergue leurs addictions. Il souligne la dépendance aux réseaux sociaux pour Ludivine, après une rupture amoureuse. Langlois est scotché à la radio, « sa morphine » dès qu’il rentre chez lui en voiture, occasion pour l’auteur d’étriller les journalistes qui donnent en pâture les faits divers ou people. Pourquoi s’intéressent-ils à l’incident sordide de Draguignan ?

L’auteur distille quelques indices alarmants à l’encontre d’Agathe qui installent le suspense. Doit-on prendre au sérieux toutes les pulsions meurtrières qui habitent ce chef, « cet oiseau-là » ? Ne rêve-t-il pas « de l’étrangler »? N’a-t-il pas programmé sa liquidation ? Pour lequel de ses plans machiavéliques fomentés optera-t-il ?

Christophe Carlier excelle dans l’art de faire monter la tension, laissant planer une ombre tueuse, anticipant même l’interrogatoire. Comme la souris blanche engloutie par le boa, Agathe allait-elle subir le même sort, « digérée par Buronex » ?

La venue de l’Américain, Rudy Harrington, client potentiel, marque un tournant décisif dans le récit, d’autant qu’il s’avère connu de Victoire, l’épouse du patron.

Le contrat fait l’objet d’un incroyable tour de passe-passe (falsification, substitution).

L’ennemie jurée serait-elle en réalité une bonne fée, la « Liz Taylor de Buronex » ?

Le repas professionnel, une fois imbibé d’alcool, dérive de la gastronomie à l’art de la séduction, Rudy ne cachant pas son attirance pour les blandices d’Agathe.

Dans ce roman, Christophe Carlier dénonce le harcèlement moral au travail, rappelant Les heures souterraines de Delphine de Vigan, Ils désertent de Thierry Beinstingel. Tous trois auscultent la dureté de la vie en entreprise, ses hypocrisies, ses lâchetés. Le tout dans un océan économique de plus en plus hostile. Il décrit le malaise croissant dû à cette course au profit qui conduit à un langage déshumanisé pour le marketing.

On pense aussi à Houellebecq et son Extension du domaine de la lutte, ici de la chute. L’auteur évoque également l’obsolescence du matériel de la secrétaire, causant stress et perte de temps. Il fait remarquer le peu de compétence des Français face aux langues étrangères. Il souligne le peu d’initiative laissée à la stagiaire, souvent corvéable et jetable à merci. Tout est passé au crible, sous le regard caustique de Christophe Carlier. Il explore aussi les liens du couple, montrant un futur père détaché du bonheur de sa femme enceinte. Il semble mal assumer « la vie de servitude » avec « un chiard sur le dos » qui s’annonce. Son investissement au travail, rêvant à son empire ne risque-t-il pas de ruiner son couple ? Sans compter son aimantation pour sa stagiaire Ludivine, dont la « voix aérienne, colorée par une intonation anglaise » l’avait charmé.

Comment tout cela finira-t-il ? Le chapitre final : Après quoi nous dévoile les directions prises par les protagonistes. « Et la vie put enfin reprendre son cours mélodieux, virtuel, radiophonique, inéluctable ».

Christophe Carlier, primé en 2012 pour L’assassin à la pomme verte, livre ici un roman psychologique, à clés, à suspense, dans un contexte économique en crise, soumis au diktat des déclinologues. Il sait tenir le lecteur en haleine, jusqu’à l’épilogue, ayant injecté un véritable imbroglio dans les relations plus intimes entre les personnages. L’euphorie est double, celle des marchés certes, mais aussi la nocturne et clandestine. L’adage : « Rira bien qui rira le dernier » se confirme dans le dénouement aux multiples retombées et rebondissements. Récit ponctué de scènes drôles que l’on verrait bien croquées par Sempé (1) ou adaptées pour la scène.

Un roman brillant, miroir de notre société moderne, matraquée d’informations, déshumanisée, aliénée par les addictions et où la solitude est criante.

  1. Pour rappel: Happé par Sempé de Christophe Carlier, Serge Safran éditeur.

    ©Nadine Doyen

Christophe Carlier – Happé par Sempé – Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

 

    Christophe Carlier - Happé par Sempé - Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

  • Christophe CarlierHappé par Sempé – Serge Safran éditeur (70 pages – 7€).

Si Christophe Carlier a été « happé par Sempé », le lecteur sera séduit par l’accueil que lui réserve le personnage de la lumineuse couverture. Pour l’auteur, « Parler de Sempé, c’est comme traverser la France à bicyclette ». Cet opus nous y invite.

Le nom de Sempé est familier pour beaucoup : chacun a en mémoire un dessin, le petit Nicolas, une page d’humour mais pour un aficionado comme Christophe Carlier, Sempé c’est une œuvre colossale et tout un art, celui de dire tout avec presque rien. Il commence par nous expliquer comment le dessinateur s’est immiscé dans sa vie, ce qui l’a fasciné. D’aucuns se souviennent des livrets de dessins donnés dans les stations-service pour occuper les enfants durant un voyage. Il a revisité tous ses albums et nous en livre la quintessence ainsi que ses observations les plus subtiles.

Les dessins ne sont pas muets, certains délivrent un message. Sempé, c’est une « philosophie ». Christophe a décrypté les paroles, les légendes, la façon dont les gens s’expriment. Il évoque le large panel de personnages croisés (cyclistes, rats d’opéra, vieilles dames frileuses, écrivains…), ainsi que les divers lieux où il campe adultes, enfants ou la foule (intérieurs, villages, espaces de foi, front de gratte-ciel, rues de Paris, kiosque à musique, jardins publics, musées, une plage). Des chats malicieux pour compagnons ou « En guise d’ornement » un chien afin de tromper la solitude. L’atmosphère rendue est souvent empreinte de tendresse, de « douceurs de soie », de « Fraîcheur et somnolence », « d’harmonie retrouvée ».

Sempé sait croquer nos travers (vanité, colère, égoïsme), obsessions, nos cécités, nos vanités et pointe avec un œil satirique la folie de la société et l’invasion de la publicité. On peut voir dans ses dessins un défilé de la comédie humaine. Il a abordé de nombreux thèmes regroupés dans des anthologies (Enfances, Les Musiciens) et contribué à des illustrations de textes d’écrivains dont Modiano et Süskind.

Christophe Carlier confie ce qu’il lui a apporté. Par exemple apprendre à regarder le monde, à capturer l’instant, « les amitiés sans parole » ou « les saluts silencieux ». En bref, porter plus d’attention. Et depuis, il attend que la Joconde lui réponde.

L’auteur prête à Sempé le même « regard stupéfait » qu’Amélie Nothomb devant l’étrangeté du monde ». D’où ses personnages souvent perdus, écrasés par l’immensité du monde, parfois ridicules. Sachant débusquer le moindre détail, Christophe Carlier y découvre cette « poésie » qui « parfume tout le dessin » et « la beauté des gens ordinaires », attachants. Ombres et trouées de lumière se disputent l’espace.

L’auteur glisse quelques notes biographiques sur Sempé : son enfance à Bordeaux, puis sa rencontre déterminante avec Chaval, son modèle, « son maître ». Il balaye son parcours professionnel depuis son début dans la presse (Paris Match) jusqu’à l’apothéose avec les couvertures du NewYorker, ce qui lui gagna cette notoriété, cette « visibilité mondiale ». Il nous révèle également quelques confidences.

Après avoir bien appréhendé son univers, Christohe Carlier, en amoureux inconditionnel de « Jean- Jacques » éprouva le besoin de connaître l’homme. Avec auto dérision il nous conte ses diverses tentatives pour entrer en contact avec lui et ses rencontres fortuites, le croisant à vélo. Mais intimidé de se retrouver face à face, il en resta figé et prisonnier de ses albums, « comme dans un labyrinthe ».

Christophe Carlier fait partie de ces « élus » qui vibrent à l’humour de Sempé. Par ce portrait, l’auteur livre un vibrant et sincère hommage à ce grand dessinateur humoriste français, « qui n’a jamais été adulte », moraliste à la plume tendre et aquarelliste. Cet exercice d’admiration ouvre au lecteur un univers qu’il méconnaissait. C’est aussi une invite à s’y replonger, à déambuler au gré des saisons.

Une évasion indispensable pour retrouver le chemin du sourire. Merci à Christophe Carlier pour cette analyse fouillée qui met en exergue celui qui fut sauvé par son crayon. Car Sempé reste intemporel et pourvoyeur de bonheur.

©Chronique de Nadine Doyen