J’emmerde… de Marlène Tissot, préface de Fabrice Marzuolo, éditions Gros Textes, 2014.

 

  • J’emmerde… de Marlène Tissot, préface de Fabrice Marzuolo, éditions Gros Textes, 2014. 90 pages, 6 €.

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J’emmerde… Déjà le titre a quelque chose de jouissif en soi, une petite revanche à lui tout seul, mais Marlène Tissot rajouterait certainement : j’emmerde la revanche et elle aurait bien raison. Ce recueil s’il vous tombe entre les mains, attention il colle et si vous l’ouvrez, juste histoire d’y jeter un œil, en attendant d’avoir le temps de le lire, vous saurez que déjà vous emmerdez « le temps de…. ». Ce sera de suite et maintenant, et vous ne le lâcherez pas tant que vous ne serez pas arrivés au bout, à la fin, avec ce magistral « j’emmerde les fins de moi difficiles »…

De ce recueil, on serait tenté de citer chacune des déclarations d’emmerde, chacune percutant le lecteur en trois phrases et un seul round. Aucune ne parait inutile, surfaite, et chaque lectrice-lecteur y trouvera forcément résonnance avec son ressenti propre, voire avec le sale…

J’emmerde l’équitation

On ne galope pas très loin

en étant à cheval

sur ses principes

Marlène Tissot a ce don qui ne cesse d’enchanter, ce don de la pirouette tout en emmerdant la pirouette. L’art du paradoxe, la nécessité surtout de la contradiction, écorchant au passage tout ce et ceux qui se voudrait ceci ou cela… Ne se prenant elle-même pas au sérieux (surtout pas, quel ennui !), elle a ainsi une intégrale liberté que bien des jaloux-jalouses pourraient lui envier.

J’emmerde la haute couture

Broder ce qui faut de dérision

sur le bord des jours

pour éviter qu’ils ne s’effilochent

Et sage avec ça… C’est-à-dire dotée d’une compréhension profonde et in-situ de la complexité et de la vanité humaine.

J’emmerde l’aqua-bonisme

Mettre les poissons dans un bocal

et les laisser nous regarder

tourner en rond

*

J’emmerde les proverbes

Quant on veut, on peut

mais quand on peut

souvent, on ne veut plus

Un mélange gouteux de désespoir et de jubilation…

J’emmerde les grands discours

Rester fidèle à cette petite voix

qui chante des berceuses

à nos terreurs

*

J’emmerde les courbes de croissance

En devenant adulte on ne grandit pas

on ne fait que rétrécir

notre aptitude à nous émerveiller

Avec une pointe d’acidité…

J’emmerde les évidences

Les choses parlent d’elles-mêmes

les gens aussi

assez souvent

Pour le plaisir, en guise d’amuse-bouche, comme on dit dans les restaurants qui n’osent pas dire amuse-gueule, voici donc quelques-unes des perles de ce recueil qu’il faudrait garder toujours en poche, un genre de spray antidépresseur, voire pour éloigner quelques emmerdeurs et emmerdeuses. Marlène pourrait rajouter : j’emmerde l’égalité des sexes, et elle aurait bien raison, car elle est basée sur de fausses données, il y en a toujours un qui finit avant l’autre.

J’emmerde le strip-tease intégral

Je préfère la vérité

débraillée

à la vérité nue

Mais trêve de….

J’emmerde les blablas

Les mots sont des adultes consentants

on peut les coucher là, l’un par-dessus l’autre

et leur faire dire ce que l’on veut

Procurez-vous vite ce livre et osez donc…

J’emmerde la chasse au trésor

Chercher

ce qu’il reste de bonté

en chacun de nous.

Parce qu’en plus l’éditeur fait partie de ces artisans fous du monde de l’édition indépendante qu’il faut absolument soutenir, et donc acheter ses livres.

Cathy Garcia

Une partie de ce recueil a été publié sous le même titre « J’emmerde… » dans le Mi(ni)crobe n°43, de la revue belge Microbe http://courttoujours.hautetfort.com/

260808513Marlène Tissot est venue au monde inopinément le 10 juin 1971. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu’il n’y avait pas de mode d’emploi. Sait dorénavant que c’est normal si elle n’y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu’elle a dix-ans-et-demi et capture des images depuis qu’elle a eu de quoi s’acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l’autre et se brosser les dents. Écrira un jour l’odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l’instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.

Biblio :

Sous les fleurs de la tapisserie, éd. Le Citron gare, 2013.
Les Choses ordinaires, Kiss my Ass éd., 2013.
Buk You, collectif, éditions Gros Textes, 2013.
Je me souviens, c’est dimanche, éd. Asphodèle, coll. « Confettis », 2013.
Mailles à l’envers, éd. Lunatique, coll. « Roman », 2012.
Mes pieds nus dans tes vieux sabots bretons, éd. La Vachette alternative, coll. « 8pA6 », 2011.
Nos parcelles de terrains très très vagues, éd. Asphodèle, coll. « Minuscule », 2010.
Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs, éd. La Vachette alternative, coll. « 8pA6 », 2010.

Son site : http://monnuage.free.fr/

Les éditions Gros Textes : http://grostextes.over-blog.com/

 

La piste des sortilèges de Gary Victor, Éditions Vents d’ailleurs 2013

 

  • La piste des sortilèges de Gary Victor, Éditions Vents d’ailleurs 2013 (édition poche). 590 pages, 14, 50 €.

index

Voici en roman intensément fabuleux, qui plairait sans aucun doute à un Tim Burton ou à un Lewis Carroll. Cette quête initiatrice dans laquelle nous entraîne Piripit, sorte d’Alice en version jeune mâle musclé au pays vodou, est un grand chaudron dans lequel macèrent toutes sortes de faits, de créatures et de choses toutes plus étranges et plus inouïes les unes que les autres, l’ensemble dégageant un parfum de goyave, d’embruns et de kleren*, mêlé de sueur et de charogne. C’est la piste des sortilèges. Parmi certains des personnages, on pourrait citer l’incontournable Bawon Samedi et son insatiable fille Gede Loray, Legba, l’ouvreur de portes, ainsi que Petit-Noël Prieur, un chef de bande d’esclaves révoltés, qui refusait l’autorité des généraux durant les guerres de l’Indépendance, mais aussi le maudit Grenn Bôt, « une seule botte », et le Basilic, un redoutable reptile géant.

Piripit, que l’on doit d’abord arracher au pouvoir de la Sirène qui l’avait envoûté, doit voler au secours d’un ami auquel il doit lui-même la vie : Persée Persifal. Pour cela, il doit passer de l’autre côté de la fragile membrane qui sépare le monde des morts de celui des vivants. Une aventure des plus téméraires où le temps presse. Il n’aura qu’une nuit pour retrouver son ami, trahi par d’anciens compagnons de lutte, qui l’ont empoisonné et vendu à des convoyeurs de zombies. Piripit doit le retrouver avant qu’il n’atteigne le point de non-retour et pour cela, il devra franchir toutes les portes de la Piste, en échappant à la multitude de pièges et de dangers qui la parsèment et devra prouver à chaque fois que son ami est un Juste, une espèce en voie de disparition dans ce pays voué à toutes les corruptions.

La Piste, c’est aussi toute l’histoire d’Haïti, passée et présente, avec tous ses habitants depuis les tout premiers, son histoire mythique et son histoire politique, le choc des cultures, toutes ses violences, ses folies, ses sociétés secrètes, ses rites et sa magie, et toute sa beauté et sa sensualité aussi exubérantes que l’imagination de l’auteur qui nous offre ici un roman véritablement stupéfiant. Bouleversant hommage à ce pays qui n’en finit plus d’être meurtri dans sa chair comme dans son âme.

Une nuit, Piripit… mais quelle nuit ! Une nuit de plus de 580 pages. Le temps n’est pas le même, il tourne au ralenti sur la Piste, mais prenez garde, car vous pourriez bien, vous aussi, y passer la nuit sans pouvoir en sortir, car on pourrait mentionner sur la première page du livre : attention, chef-d’œuvre !

* alcool de canne

Cathy Garcia

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Né à Port-au-Prince, Gary Victor est plébiscité par les lecteurs en Haïti. Après des études d’agronomie, il exerce le métier de journaliste durant de nombreuses années et a occupé des postes importants dans la fonction publique haïtienne. Fils de René Victor, qui est peut-être le sociologue le plus important de son pays, l’écrivain en a hérité un regard lucide sur sa société. Ses créations explorent sans complaisance aucune le mal-être haïtien pour tenter de trouver le moyen de sortir du cycle de la misère et de la violence. Son roman, À l’angle des rues parallèles, a obtenu le prix de fiction du livre insulaire à Ouessant 2003. Il a fait également l’objet d’une adaptation au théâtre. Outre son travail d’écriture, Gary Victor est scénariste pour la radio, le cinéma et la télévision. Esprit rebelle, indépendant, ses réflexions sur la société haïtienne ont quotidiennement fait des vagues sur les ondes de l’une des stations de radio de Port-au-Prince, et son feuilleton télévisé sur les mœurs de la petite bourgeoisie haïtienne a été adapté au cinéma.

Il s’est vu décerner le prix RFO 2004 pour son titre Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin, en 2008 le prix Caraïbes pour Les cloches de La Brésilienne et en 2012, le prix Casa de Las Américas.

  • Bibliographie

Aux éditions Vents d’ailleurs

La Piste des sortilèges, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2013. Réédition en poche.
Quand le jour cède à la nuit, Vents d’ailleurs, 2012.
Le sang et la mer, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2010.
Banal oubli, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2008.
Clair de manbo, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2007.
Les cloches de La Brésilienne, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2006. PRIX CARAÏBES
Dernières nouvelles du colonialisme, recueil de nouvelles, collectif, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2006.
Le Diable dans un thé à la citronnelle, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2005.
Je sais quand Dieu vient dans mon jardin, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2004. PRIX RFO
À l’angle des rues parallèles, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2003. PRIX DU LIVRE INSULAIRE
La Piste des sortilèges, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2002.

Chez d’autres éditeurs

Romans

Collier de débris, Montréal, Mémoire d’encrier, 2013.
Maudite éducation, Paris, Philippe Rey, 2012 ; Montréal, Mémoire d’encrier, 2012.
Soro, Port-au-Prince, Imprimeur II, 2011 ; Montréal, Mémoire d’encrier, 2011.
Saison de porcs, Montréal, Mémoire d’encrier, 2009.
Le Revenant, Tome 2, La Pierre de Damballah, Port-au-Prince, L’Imprimeur II, 2009.
Nuit albinos, Port-au-Prince, Deschamps, 2008.
Le Revenant, Tome 1, Port-au-Prince, L’Imprimeur II, 2007.
Le Cercle des époux fidèles, Port-au-Prince, Imprimeur II, 2002.
Un octobre d’Élyaniz, Port-au-Prince, Imprimeur II, 1996.

Nouvelles

Dossiers interdits, Tome 2, Port-au-Prince, L’Imprimeur II, 2013.
Histoires entendues ou vécues dans un tap-tap, Pétion-Ville, C3 Éditions, 2013.
Dossiers interdits, Tome 1, Port-au-Prince : L’Imprimeur II, 2012.
Treize nouvelles vaudou, Préface d’Alain Mabanckou, Montréal, Mémoire d’encrier, 2007.
Chroniques d’un leader haïtien comme il faut (les meilleures d’Albert Buron), Montréal, Mémoire d’encrier, 2006.
La Chorale de sang, Port-au-Prince, Éditions Mémoire, 2001.
Albert Buron, ou Profil d’une élite, Tome 2, Port-au-Prince, Imprimeur II, 1999.
Le Sorcier qui n’aimait pas la neige, Montréal, CIDIHCA, 1995.
Symphonie pour demain, Port-au-Prince, Fardin, 1981.
Sonson Pipirit, ou profil d’un homme du peuple, Port-au-Prince, Deschamps, 1989.
Nouvelles interdites, Tomes 1 et 2. Port-au-Prince, Deschamps, 1989.
Albert Buron, ou Profil d’une élite, Tome 1, Port-au-Prince, Imprimeur II, 1988 ; Port-au-Prince, Deschamps, 1989.

Théâtre

Le Douzième Étage, monologue joué et mis en scène par Albert Moléon au Festival Quatre Chemins, Haïti, 2007.
La Reine des Masques, monologue joué et mis en scène par Natacha Jeune Saintil, Haiti, France, Guinée, Burkina, 2006-2007.
Défilé, mis en scène par Ralf Civil, KTK, Haïti 2005.
Nuit publique, jouée par le Petit Conservatoire dans une mise en scène de Daniel Marcelin à Port-au-Prince, Haïti, janvier et février 2003.
Le Jour où l’on vola ma femme, pièce jouée à Port-au-Prince, Haïti, en 2001.
Anastaste, adaptation du roman À l’angle des rues parallèles, jouée par le Petit Conservatoire dans une mise en scène de Daniel Marcelin en 2001 à Port-au-Prince, Haïti.

Traduction

Ti Prens lan, par Antoine de Saint-Exupéry, Port-au-Prince, La Direction Nationale du Livre, 2010.

Ouvrez le gaz 30 minutes avant de craquer l’allumette d’Éric Dejaeger, avec des photos & illustrations de Pierre Soletti, précédé d’aimables considérations générales de Jean L’Anselme

 

  • Ouvrez le gaz 30 minutes avant de craquer l’allumette d’Éric Dejaeger, avec des photos & illustrations de Pierre Soletti, précédé d’aimables considérations générales de Jean L’Anselme – Tirage limité et numéroté – Ed. Gros Textes 2014. 48 pages, 13 euros

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Quelle classe ! C’est un véritable livre d’artiste là, qui donne la part belle (pleine page, papier glissant sous les doigts) aux illustrations, dont une bonne partie sont des photos – prises pour beaucoup dans et depuis un appart d’un Xème étage d’un quelque part qui ressemble à beaucoup d’autres en zone urbaine. Le genre d’illustrations qui convient parfaitement au titre du livre et qui annoncent à la fois la couleur : noir, blanc et un rouge bien vif et l’odeur… Ici les poèmes viennent se coller à l’image, parfois comme des post-it ou s’insérant dans les lignes du décor, s’excusant presque d’être là.

Le jour se lève

vu sa gueule de bois

à dégoûter une tronçonneuse

il s’enfile deux Dafalgans®

effervescents

&

retourne se pieuter.

Et c’est bien du Dejaeger que nous sommes en train de lire et c’est vrai que la poésie de Dejaeger c’est un peu ça, des textes courts écrits comme avec une gueule de bois perpétuelle, qui fait qu’on va direct à l’essentiel, on ne s’encombre pas (déjà assez encombré comme ça) et surtout on ne peut définitivement pas se laisser emmerder et encore moins se prendre au sérieux ou se jouer la comédie. Gueule de bois ne signifie pas langue de bois bien au contraire, la langue, même pâteuse, ne s’en laisse pas conter, elle tire à vue et elle décape. Efficace, comme ces tampons en paille de fer pour nettoyer les cendriers… Normal, elle a pris sa dose de détergent… Tout en prend pour son dégradé et les poètes pour commencer, jamais si bien servi que par soi-même. Pas de place pour le vernis, les fioritures pompeuses, les m’as-tu vu quand je prends la pose… Dejaeger lui ce qu’il veut c’est

de la poésie

qui casse,

qui merde,

qui vomit

& qui te répond quand tu l’appelles

et quoiqu’en dise le titre de ce livre, il se moque bien de la posture du poète dépressif suicidaire, d’ailleurs c’est un Titre à la con

(…)

Ne participez pas

plus encore

au réchauffement

de la planète !!

C’est que sous ses airs de méchant débonnaire, l’humour de Dejaeger n’est pas idiot pour autant, bien au contraire, faisant fi de la bonne conscience obligatoire, il lui reste la seule et véritable conscience qui vaille : la sienne.

– J’en ai ras le bol !

– Ça arrive…

– Dis, Éric, toi qui a toujours le moral, c’est quoi ton secret ?

– Je n’ai pas de morale

– C’est une philosophie comme une autre

– Je n’ai pas de philosophie.

Mais de la poésie, il en a le Dejaeger, une pleine cargaison, d’abord parce qu’il sait que la poésie, c’est service à volonté, il y en partout et qu’elle peut décapiter coca cola et transformer un cumulo-nimbus en attentat pâtissier, avec un beau clin d’œil

en pensant que là-haut

Noël Godin

a enfin réussi à entarter

le soi-disant

créateur

Et qu’elle peut même sortir d’un tube de gel douche

«  Le plus génial :

un gel

au lait de pêche !

En me savonnant

je pense

à une jolie fermière

occupée à traire

une pêche »

Lire Dejaeger c’est comme partie à la pêche justement, sachant qu’on peut y aller peinard, on ramènera toujours quelques beaux poissons et même peut-être des poissons volants !

La poésie

passe beaucoup mieux

avec

un coup dans l’aile

de la poésie,

bien entendu :

je ne suis pas un ange !

A lire donc, avec une offrande de bière pour les poissons.

©Cathy Garcia

1403340085Éric Dejaeger (1958-20**) continue son petit mauvaishomme de chemin dans la littérature, commencé il y a plus de trente ans. Il compte à ce jour près de 700 textes parus dans une petite centaine de revues, ainsi qu’une trentaine de titres chez des éditeurs belges et français. Refusant les étiquettes, qui finissent toujours par se décoller et valser à la poubelle, il va sans problème de l’aphorisme au roman en passant par le poème, le conte bref, la nouvelle, voire le théâtre. Sans parler de l’incontournable revue Microbe, qu’il commet depuis de nombreuses années, de mèche avec Paul Guiot.

 

Derniers titres parus :


Buk you ! – Ouvrage collectif autour de Charles Bukowski – Éd. Gros Textes (France, 2013)

Les cancans de Cancale et environs (recueil instantané 3) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 64 exemplaires (2012)

La saga Maigros – Cactus Inébranlable éd. (Belgique, 2011)

NON au littérairement correct ! – Éd. Gros Textes (France, 2011)

Un Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage in Banlieue de Babylone (ouvrage collectif autour de Richard Brautigan), Éd. Gros Textes (France, 2010)

Je ne boirai plus jamais d’ouzo… aussi jeune (recueil instantané 2) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 65 exemplaires (2010)

Le seigneur des ânes – maelstrÖm réÉvolution (Belgique, 2010)

Prises de vies en noir et noir – Éd. Gros Textes (France, 2009)

Trashaïkus – Les Éd. du Soir au Matin (France, 2009)

De l’art d’accommoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry et de Je suis un écrivain sérieux – Les Éd. de la Gare (France, 2009)


Blog de l’auteur : http://courttoujours.hautetfort.com/

 

Cathy GARCIA, Ailleurs simple, illustrations Jean-Louis MILLET. Éditions Nouveaux Délits, décembre 2012.

Dĕm. a lu et commenté pour vous :

 

  • Cathy GARCIA, Ailleurs simple, illustrations Jean-Louis MILLET. Éditions Nouveaux Délits, décembre 2012.

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«A tous les voyageurs mobiles ou immobiles» avec, de ses propres mots : «un peu de rêve, d’étrange et d’étranger même». Cathy Garcia signe avec Ailleurs simple un recueil de poèmes à siroter avec succulence, en vers libres et selon son rythme, en suivant ou non le fil anachronique des pages. La couverture couleur d’argile annonce si j’ose écrire, la couleur des textes, leurs paysages et leur style. On est en effet dans une poésie comme brute, animale, végétale, minérale, parcourue dans le sens inattendu du poil comme l’est souvent le contre-courant suivi par l’éditrice de la revue et du blog Nouveaux Délits. Une poésie sauvage.

Sans digue

Ni barrage

Torrents

Montés du ventre

Les chants

De terre et d’eau

Corps peints

Menez la danse

Tambours

Sauvages

On soulève et l’on heurte sur les chemins du désert et de terres rouges – «cuites au bleu de ciel» – des racines rebelles qui font lever le pied, le nez ; qui font s’arrêter, pour s’interroger, regarder. Le temps d’un arrêt d’instantané, transe montante.

L’animal

La boue

Les feux

Les transes

Pour repartir aussi vite. Pour

Marcher

Marcher sans fin

Rejoindre le départ

Le point de nulle part

Ensablé de beauté

La poésie de Cathy Garcia prend corps au sein même de la nature –ici ce sont des contrées africaines, les terres du sud que révèlent les mots et les images de cet Ailleurs simple, & l’invitation au voyage vaut le coup d’œil. On «panthère avec la mort» (pour reprendre cette belle construction verbale de l’auteur à retrouver dans Fugitive, son tout nouveau recueilà paraître c/o Cardère en mars 2014), on panthère avec la frousse et l’envie d’avancer au milieu d’une brousse sauvage où les félins passent, entre autres, et où la poésie s’aère au gré des déserts, des savanes, des feulements lancés ici et là. En tant que voyageur immobile le lecteur a cette impression que procure la force évocatrice des mots, a l’impression que les forces élémentaires et la faune et le végétal le touchent au corps et au cœur de son voyage. Des images passent comme des caravanes traçant et éclairant le désert, ainsi ce «soleil de chevrotine», comme des signes légendaires ainsi ce chien mangeur d’étoiles, l’homme des collines, ces carcasses /Os de lune… – dans ce grand poèmed’argileoù la nuit s’ancre/ Au port aride.

Des esprits aymaras

Soufflent doucement

Sur ses paupières.

Des esprits soufflent en cet Ailleurs simple, doucement sur les étendues d’or et rouges des poèmes…

 M©Dĕm.

Le cycle des destins – Aylin et Siam – Éric Simard – Syros – Octobre 2013. ==== Par Cathy Garcia

  • Le cycle des destins – Aylin et Siam – Éric Simard – Syros – Octobre 2013 – 298 pages, 15,90 €

indexVoici un bien beau roman futuriste. L’histoire prend place en 2132 dans un Paris d’après la Grande Catastrophe : un tremblement de terre a ravagé la France en 2123 et un tsunami a englouti Paris. N’en demeurent émergés que le haut des bâtiments les plus élevés ainsi que deux collines : Montmartre et le Mont Valérien qui sont devenus des îles. Les survivants se sont organisés depuis, en communautés séparées, sans grand contact entres elles, chacune devant se protéger des pillards qui viennent en bateaux de la périphérie. D’autres dangers rôdent aussi comme les grandes créatures ailées de la Tour Carnasse (ancienne Montparnasse), sans doute échappées de laboratoires où elles auraient été créées et les grands requins blancs qui sont venus peupler les eaux à certains endroits.

Sur la Tour Eiffel, rebaptisée la Tour des Elfes, vivent les enfants de Dyoun, qui ressemblent à des enfants d’une douzaine d’années, tous des garçons à l’apparence identique, dotés de facultés hors du commun, qui les lient aux dauphins. Ils peuvent nager, plonger et demeurer comme eux sous l’eau bien plus longtemps que les humains. Organisés en plusieurs clans reconnaissables à des coiffures et des tatouages de couleurs différentes, ils vivent de pêche et du troc d’objets qu’ils remontent des ruines de l’ancien Paris. Ils les troquent notamment avec les habitants du Mont Valérien. Ces derniers les tiennent cependant à distance, car suite à la mort de l’un d’eux après avoir transporté un enfant de Dyoun sur son dos, ils pensent que leur contact est toxique pour les humains.

C’est dans ce village du Mont Valérien que vit Aylin, qui a perdu toute sa famille dans la Grande Catastrophe, alors qu’elle avait à peine 4 ans. Elle n’en garde que quelques souvenirs très flous. Le jour où Siam, un enfant de Dyoun, vient dans sa classe pour y troquer un objet, il aperçoit sur la trousse d’Aylin le dessin d’un dauphin et d’un murex. Les murex sont des coquillages très importants pour les enfants de Dyoun. Aylin, fascinée par ce garçon et voyant l’intérêt qu’il porte à sa trousse, la lui donne sans écouter les avertissements de Sourya, l’enseignante. Elle découvrira un peu plus tard le murex que l’enfant de Dyoun a déposé en échange au pied de sa table. Punie pour sa désobéissance au règlement qui interdit les contacts non autorisés avec les enfants de Dyoun, elle se retrouve en isolement dans une cellule, mais trouvant le moyen d’en échapper en descellant quelques pierres, elle découvrira alors un des pouvoirs du murex. Il lui permet de communiquer à distance avec Siam. Quand Sourya découvrira un peu plus tard ce coquillage entre les mains d’Aylin, elle lui confisquera puis le jettera dans une marmite d’eau bouillante. Aussitôt, elle sera prise d’un violent malaise et sombrera dans le coma.

C’est ainsi que pour sauver la vie de Sourya, Aylin, considérée comme la coupable, devra se rendre sur la Tour des Elfes et y demeurer jusqu’à ce que les murex acceptent de guérir son enseignante. Commence alors une palpitante aventure qui transformera pour toujours la vie d’Aylin. Non seulement elle découvrira qui sont les enfants de Dyoun, mais elle retrouvera également sa propre histoire et la raison pour laquelle son destin et celui de Siam sont liés.

Une histoire vraiment très originale, aux accents écologiques, pleine d’iode et de rebondissements et puis un roman critique aussi vis-à-vis du goût du pouvoir et de la manipulation, qui met en exergue les valeurs du courage, de la droiture, de la tolérance et de l’amitié. C’est également une belle histoire d’amour entre deux jeunes adolescents que tout semblait séparer et une façon absolument inédite de visiter Paris.

©Cathy Garcia

indexÉric Simard est né en 1962 à Joigny, dans la vallée de l’Yonne. Adolescent, il a voulu être basketteur professionnel. Il a finalement intégré une école : l’INSA de Lyon. A 23 ans, il a obtenu un diplôme d’ingénieur biochimiste que je n’ai jamais utilisé. Il a éprouvé le besoin de rejeter le monde froid de la science… et il l’a fait. Il a voyagé pendant quelques temps, puis il a travaillé pendant quatre ans comme intervenant dans les maisons d’arrêt de Fleury-Mérogis. A la même époque, sa rencontre avec Démosthène Davvetas, un poète grec, a orienté sa vie vers la littérature. Après avoir travaillé 2 ans en librairie, il est parti en Bretagne pour écrire sur le monde celte… et n’en est pas revenu ! En 1997, il crée la série télévisée Kandelya, diffusée sur des chaînes allemandes, française et scandinave (contes fantastiques destinés à un public de 3 – 7 ans). Depuis 1998, il publie régulièrement des histoires et des romans. Il vit actuellement entre Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel.

Bibliographie :

Les passagers de l’orme, Magnard Jeunesse, 1998, roman
La maison de l’inventeur, Épigones, 1999, roman
La poudre de perroquet, Père Castor Flammarion, 1999, roman
Le feu, Magnard Jeunesse, 1999, roman (Série : Le Souffle de la Pierre d’Irlande)
Mystère et peau de banane, Magnard Jeunesse, 2000, roman (Série : Les mystères d’Arthur et Léa)
Le secret du tatouage, Père Castor Flammarion, 2000, roman
On a volé mon vélo, Syros Jeunesse, 2000, roman
Jimmy la terreur, Fleurus-Mame, 2000, roman
Le chant sacré des baleines, Magnard Jeunesse, 2001, roman
Je te sauverai, Magnard Jeunesse, 2001, roman
Qui veut un bisou ?, Bayard Jeunesse, 2001, album
Clarisse, Mango Jeunesse, 2001, nouvelle
Mystère et boule de gomme, Magnard Jeunesse, 2002, roman (Série : Les mystères d’Arthur et Léa)
Pinpin et son ami le soleil, Bayard Jeunesse, 2003, album
L’Oracle d’Égypte, Mango Jeunesse, 2003, roman
Le Papillon, Glénat, 2003, roman
Tricher n’est pas jouer, Magnard Jeunesse, 2003, roman
Mystère et gueule de loup, Magnard Jeunesse, 2004, roman (Série : Les mystères d’Arthur et Léa)
L’air, Magnard Jeunesse, 2004, roman (Série : Le Souffle de la Pierre d’Irlande )
Sohane l’insoumise, Mango Jeunesse, 2005, roman
Le sortilège des fourmis, Magnard Jeunesse, 2006, roman
Les soldats qui ne voulaient plus se faire la guerre, OSKAR Jeunesse, 2006, roman
La femme noire qui refusa de se soumettre – Rosa Parks, OSKAR Jeunesse, 2006, roman
Marie-Antoinette à fleur de peau, OSKAR Jeunesse, 2006, roman
La terre, Magnard Jeunesse, 2007, roman (Série : Le Souffle de la Pierre d’Irlande)
Rosa Parks. La femme qui a changé l’Amérique – biographie, OSKAR Jeunesse, 2007, roman
Lettre au Président du Monde – Les droits de l’enfant, OSKAR Jeunesse, 2007, roman
Ma chambre océan, OSKAR Jeunesse, 2007, album audio
Cinq heures pour le sauver – Pékin : une médaille d’or pour le Tibet ?, OSKAR Jeunesse, 2008, roman
Écoute, la Terre te parle, OSKAR Jeunesse, 2008, roman
La malédiction des petites racailles, OSKAR Jeunesse, 2008, roman
L’eau, Magnard Jeunesse, 2008, roman (Série : Le Souffle de la Pierre d’Irlande)
Va-t-en mauvais esprit, OSKAR Jeunesse, 2009, roman
L’arche des derniers jours, Syros Jeunesse, 2009, roman
L’enfaon, Mini Syros Jeunesse, 2010, roman
Robot mais pas trop, Mini Syros Jeunesse, 2010, roman
Les aigles de pluie, Mini Syros Jeunesse, 2011, roman
Le crayon qui voulait voir la mer, OSKAR Jeunesse, 2011, album
Le brouillard, Magnard Jeunesse, 2012, roman (Série : Le Souffle de la Pierre d’Irlande)
Les larmes d’Ithaque, OSKAR Jeunesse, 2012, roman
Trop fort, Tony, OSKAR Jeunesse, 2012, roman