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Verlaine, par Guy Goffette, Les auteurs de ma vie, Buchet-Chastel ; (180 pages- 14€), mai 2021

Chronique de Nadine Doyen

Verlaine, par Guy Goffette, Les auteurs de ma vie, Buchet-Chastel ; (180 pages- 14€), mai 2021


Vous avez peut-être lu le Flaubert de Marie-Hélène Lafon, dans la même collection, Guy Goffette nous fait partager son engouement tardif pour Verlaine.

Une photo de lui dans un bistrot pour débuter, avec « sur la tête un feutre mou ».

Guy Goffette qu’Olivier Frébourg définit dans son opus « Un si beau siècle- La poésie contre les écrans », comme « l’agent des Messageries poétiques ».

Certains se souviennent certainement de son superbe hommage à l’auteur de sa vie dans « Verlaine d’Ardoise et de pluie » ou encore de « L’autre Verlaine » et de sa définition d’un poète : « Un poète, c’est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d’exil, un paradis d’échos. » 

Si l’écolier a fait sensation par la citation de Verlaine qu’il avait choisie de dire devant sa classe, à l’occasion du centenaire de sa mort, ce n’est qu’à la quarantaine, que l’auteur en fit son compagnon de route. Une irruption dans sa vie « comme la foudre dans une maison fermée ». Il explique ainsi sa curiosité :

« à quarante-sept ans, au Québec, j’avais besoin d’entendre la voix, la poésie française et j’ai lu Verlaine. J’ai entendu à la radio un poème de Verlaine, je l’ai appris par cœur, et après, j’ai appris la biographie, je me suis passionné pour le personnage qui est meilleur qu’on ne le dit. On le présente toujours comme un vieil alcoolique violent. Et pourtant c’est un homme très bon, sauf quand il a bu. » 

Dans l’introduction, Guy Goffette nous rappelle son « gueusard de physique », évoquant les portraitistes dont son ami et confident Frédéric-Auguste Cazals mais aussi ses propres croquis humoristiques qui illustrent sa correspondance.

Il met en exergue ses qualités : « homme bon, courageux, fidèle en amitié », et déplore « cette aventure rimbaldienne » dont il ne se relèvera pas.

Le dévot de Verlaine retrace « la vie du Pauvre Lélian », une des plus mouvementées, riches en drames. Une vie certes scandaleuse, mais palpitante. Il s’attarde sur certaines dates marquantes.

Il revient sur sa naissance le 30 mars 1844 à Metz, « un miracle », pour cette mère de 35 ans après 3 fausses couches. Ville quittée un an plus tard, le père étant affecté dans le Sud. Une petite enfance à Paliseul, son paradis, une verte campagne, où il peut s’ébattre dans les prés : « des années décisives pour ses sens » au contact de la nature dont il gardera pour souvenirs le jeu des couleurs, d’odeurs et de sons.

Puis la famille s’installe à Paris en 1851, doit fuir en Belgique à cause du choléra.  

Paul-Marie Verlaine va subir neuf ans de pensionnat. Lecteur boulimique, il a pour Maître Victor Hugo à qui il dédie un poème. Celui-ci le remerciera ainsi : « Mon crépuscule salue votre aurore ».

Bachelier en 1862.

Son amour impossible pour sa cousine Elisa lui inspire « quelques-unes des pièces les plus connues des poèmes saturniens ». La disparition de celle-ci lui est insurmontable. Mais c’est Mathilde qu’il épouse en 1870 après un coup de foudre en 1863 , il l’abandonne pour une fugue avec Rimbaud, « l’époux infernal » : un an d’errance sur les routes de France, de Belgique et  d’Angleterre ! 

« Une relation orageuse » avec l’ange démoniaque qui voit son terme en 1875 quand il sort de prison. Mais « le siècle l’a oublié et Paris ne le connaît plus ». De 1875 à 1877, il trouve à enseigner en Angleterre, lit la Bible, cesse de boire. En octobre 1877, revenu en France, il est en poste à Rethel mais plonge de nouveau dans la boisson, ce qui cause son renvoi.

Il tombe alors amoureux de Philomène Boudi, dite Esther, rencontrée dans un bistrot en septembre 1877. L’année suivante, des articles élogieux le remettent sur le devant de la scène. En 1878, il repart à Londres, cette fois avec un ancien élève Lucien qui lui inspire Amour. A noter certains titres de poèmes en anglais : « Birds in the night », « A poor young shepherd ». 

Pour le poète maudit, après la séparation, la perte d’emploi, c’est le naufrage, la déchéance (vie dissolue d’une femme à l’autre) et la mendicité. De 1886 à 1895, il aura connu 7 établissements hospitaliers. A Broussais, Gide et Louÿs lui rendent visite. Il nourrit des doutes, des ressentiments contre les éditeurs et décide de passer à la prose. A noter que Guy Goffette a publié prose et poésie. 

« L’Anglais de Coulommes » aura exercé divers métiers (fonctionnaire, professeur, cultivateur..) mais fut aussi vagabond, « une vie de contradictions et de mystères » que Guy Goffette déroule, en expliquant les différents poèmes. Le recueil Sagesse, sans grand succès, est composé de trois thèmes : « l’homme ancien, la conversion, l’homme nouveau ».

Sa célébrité pointe en 1892, et il compte parmi ses admirateurs d’illustres auteurs : Wilde, Ibsen, Claudel, Hugo, Mallarmé qui avait tout compris de son « effort vers l’Expression et la sensation rendue », et voit en lui « l’initiateur du vers libre », l’encourage et l’assure d’un solide soutien. Le recueil Dédicaces s’avère « un touchant mémorial à l’amitié ». (Barrès, Coppée…).

Le répertoire du « plus musicien des poètes français » est classé en maintes rubriques, avec  quelques lignes de présentation, depuis les poèmes de jeunesse, suivis des poèmes saturniens, ceux parlant d’amour, ceux dits « Bonnes chansons ». On a, pour la plupart, fredonné ou récité « les sanglots longs de l’automne » ! Mais connaissons-nous sa biographie ?

Par cet opus, Guy Goffette rafraîchit nos connaissances de celui qu’on associe souvent au galopin des Ardennes avec « ses semelles de vent », qui avait gardé toute la lumière pour lui seul et en même temps, l’écrivain réhabilite cette « figure légendaire du Quartier latin », lâché de tous, dont la gloire est arrivée « au plus fort de la misère » 

Cet exercice d’admiration offre une plongée roborative dans l’oeuvre du « Prince des poètes » et invite à l’approfondir. Un opus à conseiller aux lycéens et aux enseignants.

Et rappelons la conviction d’Olivier Frébourg : « Lire de la poésie chaque matin est l’antidote à l’infection » des réseaux et soulignons avec déférence que le Prix Goncourt de la Poésie ainsi que le Grand Prix de Poésie de l’Académie française honorent Guy Goffette. (1) Sa récente publication Pain Perdu (mai 2021) n’a pas eu la visibilité souhaitée, victime du confinement comme beaucoup. 

©Nadine Doyen

(1)

Grand Prix de Poésie de l’Académie française 2001

Prix Goncourt de la Poésie à 63 ans en 2010


Extrait de PAIN PERDU : Carte postale d’Hoëdic

Hoëdic est un bonheur de poche

Pour qui déteste les voitures

Nul bruit sinon l’appel des cloches

Le dimanche et, dans les voitures, 

Le cri rauque des goélands.