Une chronique de Marie-Hélène Prouteau
Bernard Colas, L’odeur du monde après la pluie, éditions Unicité, 2026.
L’odeur du monde après la pluie est le troisième recueil de Bernard Colas. Se déploie ici un monde qui est peut-être la métaphore d’une renaissance après l’ondée et qui décline une méditation intime sur l’ambivalence d’être.
Le poète a partie liée avec des choses impalpables ou qui semblent prêtes à se dissoudre, la neige, la pluie, l’encre, les larmes, un « parfum de pluie », « la chair liquide » :
« L’homme joueur au sourire funambule respire
Il est respiration
Il est léger parce qu’il le veut
Il fusionne
La roche les yeux dans les yeux
Son corps réuni se fait gaz »
Celui qui parle n’a pas de nom. La guerre intemporelle qu’il évoque non plus. Il a des incertitudes sur son identité : « il n’y a aucune preuve de ma disparition ». L’auteur se parle à lui-même comme il nous parle. L’énonciation décline des locuteurs interchangeables, je, nous, on, il. Signe d’un destin qui se partage et d’une extrême attention aux autres. L’exergue avec la citation de Paul Celan – « Nous ne voyons pas de différence entre un poème et une poignée de main »- conforte cette impression.
Dans l’univers mental de Bernard Colas, il est souvent question d’enfant, de rêves et aussi d’étranges « hommes flottants » :
« Quand tu dessines un poème ton regard me parvient
À deux nous finirons mieux l’enfancePas celle qui s’excuse
Même flottants
Nous deviendrons reconnaissables »
Ce recueil qui se compose de 55 poèmes emmène ainsi le lecteur vers l’inconnu, vers d’énigmatiques points d’ancrage. La mort y est présente avec sa « nappe en linceul », « avec son regard de myope ». L’écriture charrie des bribes de vie et d’émotions qui dessinent les contours tremblés d’un pays d’avant la mémoire et d’un ailleurs insituable, marqué d’une troublante étrangeté. L’autre citation en exergue emprunté à Montaigne » : « Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes au-delà » nourrit une atmosphère de songe et de périlleuse incertitude :
« Il est dimanche
L’heure des chemins trop faits et des regards petits
Voyages immobiles
Quand on regarde sans les yeux l’enfant vengeur
Des petits bouts de rien dans la bouche
Les mots dangereux qui peuvent salir la langue
Ils voudraient que plus rien ne traîne
Ils cherchent un passage pour échapper au massacre
Est-on venu trop tôt pour haïr ?
Dans nos ventres mous le coeur est descendu »
Au centre du recueil se livre une énigmatique confidence qui donne le ton :
« ma vie fut un mannequin de paille
aux gants blancs »
Les 19 peintures de la plasticienne Mélanie Casano s’insèrent parfaitement entre les poèmes formes mouvantes, de fondus enchaînés et laissent apparaître un paysage fluide en phase avec les images mentales du poète.

