LES AMIS DE THALIE Numéro 74

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LES AMIS DE THALIE

Numéro 74

Un Père Noël inattendu qui soutient la nouvelle « Nuit étoilée » d’Annie Mullenbach, un remarquable article de Charlotte Bruneau-Madras consacré à Philippe Soupault dont des poèmes sont également publiés, le souvenir ému de Pierre Béarn par Brigitte Egger Béarn qui présente aussi l’ouvrage « Voyage au Pays de la Manie » de celui-ci, mille poèmes sur des sujets divers dont le « B A BA des mots » de Louis Delorme qui se rappelle des potages avec des pâtes en forme de lettres qui permettaient d’apprendre l’alphabet tout en jouant et se sustentant, un procédé dans la ligne d’une méthode du Moyen-Age qui consistait à confectionner des lettres dans des gourmandises que les enfants qui les avaient reconnues pouvaient en récompense manger… Le tout agrémenté d’illustrations, dont les très belles de Lena Rodrigues, de Maurice de Vlaminck, d’Anne Mélille-Lo Cascio, de Chantal Cros, de Victor, de Françoise Reiss, d’Arnaud Ruiz, et de la toute jeune et talentueuse Julie Laï-Pei.

Sous sa couverture en quadrichromie qui reproduit un très émouvant « Visage » peint par Florence Rossi, ce numéro 74 de « Les Amis de Thalie » apporte son bouquet de plaisirs aux lecteurs. Il a toutefois perdu une vingtaine de pages par rapport aux précédents numéros, ainsi que son dossier pictural en quadrichromie. Comme l’explique Nathalie Lescop-Boeswillwald, fondatrice et directrice de la revue, dans son éditorial, la Trentenaire – j’appelle ainsi la crise – et les hausses folles tous azimuts (envois postaux, fournitures, imprimerie…) depuis quelques années commencent à avoir des répercussions sévères sur les revues de littérature et d’art. Et, malheureusement, « Les Amis de Thalie » ne sont pas épargnés par cet appauvrissement.

Raison de plus de s’intéresser à eux et de les soutenir !

LES AMIS DE THALIE – Trimestriel – A4 – 66 pages – l8 Euros le numéro (envoi inclus) – 48 Euros l’abonnement annuel.

Les Amis de Thalie – Nathalie LESCOP – BOESWILLWALD La Valade – 87520 – VEYRAC – France.

©Béatrice GAUDY

ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros

  • ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros
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Poétesse maintes fois primée, par ailleurs couverte de diplômes universitaires dont un Doctorat en Histoire de l’Art, et directrice des éditions les Amies de Thalie, Nathalie Lescop-Boeswillwald a également ouvert une galerie Cour du Temple à Limoges : L’espace NLB, qui a son site internet : www.espacenlb.com ainsi que, désormais, sa revue : Espace NLB- La Revue des Arts Pluriels.

 Collage_technique_mixte_Christian_Boeswillwald.jpgCollage technique mixte de Christian Boeswillwald

Collage_technique_mixte_Christian_Boeswillwald.

Le premier numéro s’ouvre par une présentation de peintures, de sculptures, de créations textiles, d’œuvres en céramique ou en verre, de bijoux, et de reliures d’art qui ont été primées par le jury et/ou le public lors du concours organisé sur le site www.espacenlb.com.

Des reproductions des peintures de Roseline Al oumani qui figurent dans la monographie que Nathalie Lescop-Boeswillwald a consacré à cette artiste, une présentation de Julie Laï-Pei, toute jeune peintre qui depuis un an privilégie l’abstrait, celle de Florence Rossi qui, à côté d’une veine abstraite, en a aussi une expressionniste tant avec des collages qu’avec d’émouvantes peintures de visages, celle de Lisa dont les calligraphies sont superbes, les sculptures de Nicole Piquet-Legall qui est également une remarquable poétesse, les peintures en relief- dans l’une des boutons sont incorporés à la peinture, dans l’autre des fragments qui semblent de nacre- de Chantal Cros, également poétesse, les peintures de cosmos, de fonds sous-marins, de forces élémentaires d’André Bielen l’évolution vers l’abstrait de Serge Berrier, l’entretien de la revue avec Michel Bénard qui évoque son parcours de création, et qui par ailleurs consacre un excellent article à l’artiste remarquable, infiniment novateur, que fut Victor Hugo, constituent les autres temps forts du numéro 1 d’Espace NLB – Revue des Arts Pluriels.

ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros

À commander à Nathalie LESCOP-BOESWILLWALD – La Valade – 87520 VEYRAC -FRANCE

©Béatrice GAUDY

Les Larmes d’Agathe, Christian Amstatt

Les Larmes d'Agathe, Christian Amstatt

Les larmes d’Agathe reportent le lecteur dans le Morvan des années 50. Le poids de la guerre, ou plutôt des deux guerres mondiales, y est encore très sensible. Ainsi, Agathe est une orpheline de guerre qui ignore tout de ses origines. Comme beaucoup d’autres orphelins, elle a été placé dans une famille de paysans. Ses parents adoptifs ne l’ont pas maltraitée, mais ils ne lui ont pas non plus donné l’affection qu’une enfant dans sa situation est en droit d’attendre. Eux, en recueillant plusieurs enfants – Agathe est la dernière -, ont cru n’être mus que par l’argent qu’en contrepartie leur verse l’Etat. Mais la réalité du cœur est sans doute plus complexe. Ce couple est malheureux : il n’a pas eu d’enfants naturels parce que lui, lors de la première guerre mondiale, a reçu une blessure qui l’a empêché de jamais procréer. Et sans doute, lorsque arrive la seconde guerre mondiale, leur vie a-t-elle déjà été trop rongée par ce drame pour qu’ils aient l’énergie mentale d’accueillir les orphelins comme leurs enfants.

L’enfance et l’adolescence d’Agathe, comme beaucoup d’autres, ont donc été tristes, et toute de travail puisqu’à la terre seuls les grabataires ne travaillaient pas.

Mais ces années 50 sont aussi pleines d’espoir d’amélioration matérielle. Quelques voitures commencent à apparaître, les agriculteurs aisés peuvent se mécaniser. Tel est notamment le cas de Fernand, un jeune homme très travailleur qui s’éprend si bien d’Agathe, quoiqu’il la connaisse à peine, qu’il la demande en mariage. Flattée, ayant le cœur par ailleurs libre, et avec l’ardent désir de changer de vie, Agathe convole avec lui.

Sa nouvelle existence n’est pas à proprement parler malheureuse. Certes, elle est toujours toute de travail, mais comme celle de tous les gens de la terre. Et il est intéressant pour elle de voir dans sa ferme même les évolutions apportées par la technologie tant aux travaux agricoles qu’aux tâches domestiques. Et puis, Fernand est un gentil mari. Malheureusement, s’il a la qualité d’être un gros travailleur, et s’il se tient parfaitement au courant des innovations susceptibles d’améliorer les rendements, il est sur d’autres points victime des tabous de l’époque par incapacité à réfléchir par lui-même, à s’interroger. En d’autres termes, il est de ces innombrables hommes qui ignorent que les femmes peuvent éprouver du plaisir sexuel, et pour qui elles sont des réceptacles de leur désir et de leur semence. Mais le ventre d’Agathe, obstinément, demeure plat.

Les « évènements » d’Algérie, euphémisme par lequel est cachée la guerre, paraissent bien lointains dans cette province profonde de France. D’abord, pour beaucoup, l’Algérie a toujours été perçue presque comme un pays étranger. Et les gens sont tout accaparés par leur présent, par la nécessité de se remettre du dernier conflit mondial, et par l’élan vers l’avenir dans une société qui change soudain très vite dans tous les domaines.

Lorsque Agathe apprend la mort de son ami d’enfance Xavier, comme elle orphelin de guerre, le choc est terrible. Surtout, elle veut savoir. Par les détails donnés sur sa mort, elle saisit en effet que celle-ci n’est pas normale. Pour comprendre ce qui est réellement arrivé à Xavier, elle n’a d’autre possibilité que de s’informer sur la guerre en Algérie, en particulier auprès de ceux qui en sont revenus, parfois profondément traumatisés.

Tandis qu’autour d’elle les autres campagnards découvrent la réalité de la guerre qui se produit au loin parce que des appelés reviennent dans un cercueil, tandis aussi que s’amorce la reconnaissance des femmes comme des être humains à part entière – droit de vote, notamment – et qu’Agathe fait pleinement corps avec cette évolution, elle apprend enfin la vérité terrible sur la mort de Xavier.

Ce roman ponctué par les chansons de Jacques Brel qu’Agathe écoute passionnément à la radio démasque donc aussi les répercussions regrettables d’une religiosité étriquée, voire superstitieuse, dans les rapports humains, les travers de certains membres du clergé, les mascarades par lesquelles les pouvoirs publics tentent de masquer l’horreur, et, à travers le lumineux personnage de Xavier, ce qui, en toute guerre, est inacceptable comme la torture. Durant la guerre d’Algérie, des officiers refusèrent de l’appliquer. Même le général Jacques Pâris de la Bollardière, qui durant la seconde guerre mondiale, n’avait pas embrassé la Résistance pour ensuite cautionner la torture dans une autre guerre, la dénonça dans les médias, ce qui détruisit sa carrière. Les larmes d’Agathe, sans oublier les soldats qui exécutèrent des ordres immondes et qui en furent parfois traumatisés, parle des simples appelés qui eurent le courage de se rebeller contre ces ordres immondes au nom d’une conception digne de l’être humain et de la France, et qui parfois en moururent.

Mains romans procurent du plaisir à la lecture mais s’oublient aussitôt. Il ne peut en être de même de celui-ci. Il appartient à la Littérature. Si les Algériennes d’Albert Camus permettent de mesurer la responsabilité des politiques français dans le déclenchement de la guerre d’Algérie, Les larmes d’Agathe sont un hommage profond et sensible à tous ceux, trop souvent oubliés, qui surent s’élever contre l’inacceptable, et plus largement encore un émouvant plaidoyer contre toute guerre.

©Béatrice GAUDY

Revue – La Braise et l’Etincelle, n°100.

Avec une couverture superbe grâce au talent artistique de Nicolas de Haller, La Braise et l’Etincelle fête son centième numéro ! En un poème, Yves-Fred Boisset rappelle le sens du nom et de la devise de son journal – « Posons sur notre temps des yeux d’éternité », qu’il explique aussi de façon plus concise : « La Braise, c’est le passé qui couve sous la cendre et nous est mémoire et leçon. L’Etincelle, c’est l’avenir qui jaillit comme l’étincelle et nous est espérance. »

Comme à l’accoutumée, les articles abordent les sujets les plus divers : Emma Michel rappelle le centenaire de l’invention du cinématographe qui eut lieu à l’époque où le premier numéro de La Braise et l’Etincelle parut, début 1996 et, en ses Détours en France, arrive en Limousin, une région pleine de charme et de caractère dont elle détaille plus particulièrement la Creuse, se réservant de s’intéresser aux autres départements dans deux prochains numéros ; Jacky Ferjault, qui fort longtemps a présenté tous les grands récits et romans africains de langue française, poursuit ses Chroniques africaines en relatant son propre séjour au Bénin ; un film de lionnes attaquant un éléphant reçu sur Internet par le talentueux poète Louis Delorme lui inspire des réflexions sur la solidarité humaine, ou plus souvent son absence ; Marie-Claire Calmus présente l’ouvrage La rue des précaires de Jean-Pierre Martin en en exposant les convictions et analyses directrices.

Les textes de création ne sont pas moins appréciables ! Parmi ceux-ci, mentionnons la prose humoristique de François Fournet, par ailleurs poète au lyrisme profond et président de L’ouvre-boîte qui publie la revue du même nom et fait entendre de la poésie dans son émission de radio mensuelle L’onde poétique qu’il tient avec Yves-Fred Boisset ; de Giovanni Teresi dont Yves-Fred Boisset a naguère préfacé un recueil, de Dominique Simonet qui rend hommage à Jacques Brel, poète-compositeur-interprète dont La Braise et l’Etincelle a souvent salué la mémoire, en lui consacrant même deux numéros ; et une nouvelle très inattendue de Gérard Chatron dont le léger fantastique n’est pas sans receler quelque vérité – sans doute plus d’une femme a fait disparaître de son présent un homme accaparé par la télé ou par les jeux, notamment de ballon, et qui, de ce fait, avait cessé d’être avec elle, même si, heureusement, toutes ne se défont pas de leur compagnon d’une façon aussi terrible que la Pauvre Hélène de Gérard Chatron !.

De numéro en numéro, La Braise et l’Etincelle est toujours de ces nourritures intellectuelles qui stimulent la réflexion. Nous lui souhaitons la plus grande longévité !

La Braise et l’Etincelle, bimestriel, 24 pages de format A4 ; 4€ le n° ; 17€ l’abonnement annuel pour 6 n° ; Annie et Yves-Fred Boisset, 7/2 résidence Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 Courbevoie.

◊Béatrice GAUDY