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La bonne vie, Jean-Pierre Otte, Le cactus inébranlable, 10€.

Chronique d’Yves Arauxo

La bonne vie, Jean-Pierre Otte, Le cactus inébranlable, 10€.

« Et quand tu m’auras lu, jette ce livre – et sors. Je voudrais qu’il t’eût donné le désir de sortir – sortir de n’importe où, de ta ville, de ta famille, de ta chambre, de ta pensée. N’emporte pas mon livre avec toi. (…) Que mon livre t’enseigne à t’intéresser plus à toi qu’à lui-même, – puis à tout le reste plus qu’à toi. »  (Gide, « Les Nourritures terrestres »)

Qu’est-ce qu’une vie bonne ? Chacun de nous s’est posé la question. Au hasard d’une rencontre, le jeune Sergueï bifurque. Il quitte le chemin tracé, le sentier battu et se retrouve dans la maison de campagne d’un écrivain. Il y reste un certain temps, squatte un peu. Pour dédommager ses hôtes de sa présence, il effectue quelques travaux dans la propriété le matin et, l’après-midi, il part faire de longues promenades dans ce pays qu’il ne connait pas. Il explore, parle à toutes les personnes qu’il croise, il apprend, se cultive, il erre et il rêve. Le soir, il raconte sa journée à l’écrivain puis ils discutent de tous les sujets qui les passionnent. Il se nourrit aussi de ses livres : il les lit et recopie dans un cahier les passages qu’il aime, pour les retenir et faire comme si ces mots étaient les siens. Quand il en a assez, Sergueï s’en va car la vie bonne est faite d’autant de séparations que de rencontres, de fins que de commencements, de ruptures qu’on provoque que d’occasions qu’on saisit. En cadeau d’adieu, il offre une copie de son cahier : ces mots qu’il a volés en partage sont la trace qu’il va laisser… Des années plus tard, l’écrivain la reprend et publie le cahier, moins pour proposer une anthologie de son œuvre que pour faire un signe à Sergeï dont il n’a plus de nouvelles depuis lors. Et cet ouvrage, « La bonne vie », parait à l’enseigne d’un cactus qui se pique de nous rappeler ce qu’elle est.  

Jean-Pierre Otte signe ici un très beau livre : il ne serait pas nécessaire de le lire… Il suffirait d’en connaitre le titre et la genèse. Cela dit, comme une nourriture terrestre, nous l’ouvrons quand même :

La vie ne devrait jamais cesser d’être une fiction imprévisible.

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C’est ce vide, cette évidence – avec son vide au milieu – que le philosophe, le savant, l’artiste et tout un chacun devraient éprouver au milieu de soi-même et avoir sans cesse présent à l’esprit qu’il ne s’agit pas de percer le mystère (ou l’absence de mystère) mais de vivre en lui, par lui, à travers lui.

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Au contraire de la solitude que l’on subit, cloisonnée, astringente, asséchante, en peau de chagrin, voilà celle, prodigieuse et profonde, que l’on choisit en optant pour sa propre présence dans la jouissance même de la vie. Quel espace libre sous la peau, tout à la fois illimité et intime !