Lyonel Trouillot, Malséance, Atlantiques déchaînés, Selles-sur-Cher, 2023, 58 p., 10 €. 

Lyonel Trouillot, Malséance, Atlantiques déchaînés, Selles-sur-Cher, 2023, 58 p., 10 €. 


Je confesse délit d’incohérence et me soigne 

en grattant tout masque jusqu’à l’os 

le squelette ne ment jamais.

Lyonel Trouillot, né en 1956, est un romancier et poète haïtien qui enseigne la littérature à Port-au-Prince où il anime par ailleurs une association littéraire, « Atelier jeudi soir ». Auteur d’une imposante bibliographie, française et créole, ses romans en français sont publiés chez Actes-Sud depuis Thérèse en mille morceaux (2000). La poésie, comme l’on sait, s’édite moins facilement ; les recueils de Trouillot sont parus chez divers éditeurs en Haïti comme en France. Deux recueils, Moi/Mwen et Malséance, ont paru en 2023 chez Atlantiques déchaînés, jeune maison d’édition qui produit de beaux livres au format 11×21,4 cm. Depuis la récente disparition de Frankétienne (1936-2025), Trouillot fait désormais figure de doyen de la littérature haïtienne. 

Malséance est un recueil bref – 32 pages de poèmes – mais que l’on peut dire tragique. Laurent Gaudé qui a donné la préface souligne l’importance chez Trouillot de la fraternité avec quelques grands auteurs : haïtiens comme Georges Castéra, Syto Cavé, René Philoctète et bien sûr Frankétienne ; français comme Rimbaud, Baudelaire, Michaux ; américains comme Russel Banks, Allen Ginsberg. Quant à Malséance, Gaudé y voit à juste titre un « recueil sur l’âge ». De fait, le spectre de la mort ne cesse de hanter ces pages.

Rue-de-L’enterrement
est-ce moi qu’on acclame
qui joue le rôle du mort
dernier rôle
et plus beau costume
moi qui marche sur le dos dans une cabane
en bois de chêne
suivi d’un cortège d’araignées
noires et blanches ?

On aura noté ce qui marque sans doute le plus dans la poésie de Trouillot, l’originalité de ses métaphores, la « cabane en bois de chêne », le « cortège d’araignées ». 

La vie, l’espoir se déclinent au passé : j’ai aimé des Alices n’ayant pas eu accès au pays des merveilles […] la nuit je m’arrêtai pour écrire des chansons avec des inconnus et par elles j’adviens d’espérances humaines.

Quant à Haïti et ses volcans il sont assimilés à un bossu déjà moribond ; on lui rend les honneurs dûs à un pauvre fou.

Honneur à toi bossu petite île montagneuse qui va chercher de l’eau ta soif est bonne et s’il te faut mourir c’est dignement et sans blabla que les routes saluent la sagesse du fou qui pour ne rien demander porte sa tombe sur son dos.

Lucide, Trouillot ne pas compte sur les ONG pour améliorer la situation :

je viens d’un pays asphyxié tailladé
livré aux Colomb de banlieue qui viennent y doubler leur salaire

Seul le dernier poème marque un sursaut d’optimisme – le baiser n’est jamais volé / c’est l’absence de baisers qui vole aux lèvres un temps précieux – et un encouragement à la résistance.

j’aime le mot chemin
je le longe sans savoir
quel rite de passage tel un piège sur le bas-côté
me rappellera à chaque pas à mon devoir de dissidence.
Mais les malheurs d’Haïti sont si grands…  

Cécile A. HOLDBAN &  Hervé MICOLET – Juin ivre, Juin réel – , huit monotypes de Cécile A. Holdban, Éditions La Part Commune, 60 pages, avril 2025, 13,90 €

Cécile A. HOLDBAN &  Hervé MICOLET – Juin ivre, Juin réel – , huit monotypes de Cécile A. Holdban, Éditions La Part Commune, 60 pages, avril 2025, 13,90 €


 Pourquoi deux auteurs pour célébrer Juin ? C’est que, si tout mois est astronomiquement double, Juin l’est différemment des autres. Tout mois de l’année, en effet, voit ses levers de soleil chevaucher deux constellations du zodiaque : deux-tiers de temps pour le signe qu’il termine, un tiers de celui qu’il étrenne. Mais Juin, voilà, est fait de deux tiers de printemps – son moment Gémeaux – et d’un tiers d’été – son moment Cancer : en lui se joue le sort de la plénitude (comme en décembre, seul autre mois aussi ambivalemment riche, qui, achevant le Sagittaire, voit mourir le lièvre dionysien de l’automne, et, entamant le Capricorne, voit naître la salamandre vulcanienne de l’hiver, se joue la grandeur du temps, ou l’avenir de l’adieu. C’est le jour de Perséphone, ou Coré, qui s’ouvre alors, pour une saison, la porte sombre de la terre)

                               » ô

Juin, cher souvenir, je te sais

le mois des grands jours,

véritablement le grand mois

dans la jeunesse de la terre

et du ciel, jusque quand

le soleil est au plus haut du ciel,

si du temps nous est de reste,

et que nous vivons deux fois l’an

le meilleur des jours, celui

de toi, Coré, puis celui de Juin

dans sa gloire la plus grande  » (Hervé Micolet, p.22)

 En juin, la vie (sous les Poissons, le Bélier, le Taureau) est pour l’essentiel faite, menée à bien : elle a donné ce qu’elle devait. Reste à la penser.  Et les Gémeaux sont comme l’arpège (virtuose, cérébral, un peu défensif) de la vie donnée, son exercice déjà un peu distancié, comme le Cancer qui finira Juin cherche déjà, dans sa carapace un peu rêveuse, son étrange « armure » de « trilles », à protéger la vie du trop de soleil qui s’annonce : son silence (ou son murmure doux, enveloppant, un peu indidieux) vient comme recouvrir ou emballer la parole annuelle de la vie, et l’on sent bien qu’une telle coquille du devenir a l’ambivalence de ce qui limite et heureusement circonscrit la neuve poussée des choses, mais pourrait aussi, à l’occasion, proliférer elle-même, prospérer pour son propre compte, jouer à la dotation malheureuse d’une fécondité de métastases. Juin est compliqué, Juin a la réussite subtile, et le fanion métissé, alors qu’il y a des mois simples, « carrés », à l’essor un peu bébête, comme Mai. Mai n’est que l’acmé du printemps, fait du Taureau (où la vie se plaît sans nuances à son travail, et travaille sans recul à son plaisir) et des Gémeaux (de leur début heureux, celui des prises de contact maximales et optimales de la Nature avec elle-même, qui n’aura jamais si bien entre-communiqué, où l’élan créateur qui résout constamment les tensions est la  pensée suffisante, qui ne s’examine pas encore elle-même). Juin, à l’inverse, se regarde s’accomplir, entrevoit de quel opaque et monstrueux travail de maturation de la terre sa vitalité est venue, et se demande si sa si somptueuse surface est bien méritée !   

                               « Après

que les semences furent gardées

dans l’obscurité, la Surface

un moment triomphale

jusqu’au Solstice d’été, peut-être,

est avide de s’éjouir et pure vigueur

quasi, avec d’âcres senteurs

& les premières mouches viandardes

& un duvet émis dans l’air, comme

de plumes de poules dont voici

les carcasses. Nature ne cache pas

que sa reverdie se replante

dans un cimetière plus qu’immense,

si que le fastueux printemps

est la véritable fête des Morts.

Dans le règne heureux

où les ombres reviennent,

le jour de Coré, la Fille au jour 

J, ce n’est donc qu’un interrègne

dont Juin est le prince ivre,

puis après certainement

tout décline et dépérit,

et pour une heure d’aise

voici bien des ténèbres,

le salaire de ce péché mortel,

la jouissance … » (Hervé Micolet, p.18-19)

Cécile Holdban caractérise, elle, « Juin réel » comme l’enfant pour « toujours », comme courant devenu directement vie, comme l’innocence réussie et affichant complet, ou la folle et brouillonne plénitude de se former une fois pour toutes :

« Courant brouillon, berges sans repos
lieu de tous les spectacles
silence, si l’on sait le surprendre
le fleuve est notre oreille
de la source à l’embouchure
il fleurit sans raison dans ses ronds d’eau
et fête juin réel :
l’enfant pour toujours » (Cécile Holdban, p.41)

Or, bien sûr, il n’existe pas d’enfant pour toujours, sinon illusoirement dans le rêve (où, en nous, ce qui n’a pas grandi tient seul les commandes) et marginalement dans l’art (où l’oeuvre fait grandir, mais hors d’elle et pour d’autres, les « percepts » et les « affects » – comme disait Deleuze – qui dépassent ceux qu’ils atteignent, et ne les instruisent que des forces qui leur survivront). Le prodigieux Juin, oui, mais pour quoi faire ? (« Juin appelle le miracle,/ mais de quel assemblage ? », p.44), et, quand la Nature se surpasse ainsi elle-même, s’adressant « réellement » à qui ? (« cette voix, c’est son aire, son heure,/ c’est la question du jour à la nuit/ de Socrate à la mort/ de la langue au silence,/ et je veille/ pour l’entendre encore,/ et je veux dans ses trilles ouvertes/ fabriquer mon armure« , p.44). Le formidable Juin, devine Cécile Holdban, ne s’adresse qu’à ce qu’il dépasse, et cet amour réussi que la vie terrestre y a pour elle-même ne peut ni soutenir ni consoler nos propres élans d’amour, tous par contraste hétéronomes, particuliers, irréversibles. D’où la mélancolie sans issue de cette supplique à la Plénitude, elle auto-suffisante, sise en tous les » visages », et toujours sûrement cyclique, de Juin :

« Parle-moi, cher silence,
puisque le monde parle,
parle-moi quand celui que j’aime ne répond pas,
parle-moi surtout quand je n’entends
que l’écho de la grande angoisse
et du vent des vieux siècles 
parle-moi, quand
l’oiseau de proie qui tourne sur le pré
ni même la piéride ne me prêtent visage,
parle-moi lorsque l’arbre que je nomme
ne vient plus à ma rencontre,
que les étoiles ne rient pas,
que les enfants vieillissent
parle-moi, dis-moi vite,
car près de moi enfle une pierre,
c’est la pierre des rumeurs,
et elle devient un mal
qui ne se soulève pas, et la beauté s’y brise
et nous n’y pouvons rien » (Cécile Holdban, p.50)

Il fallait bien deux poètes pour établir Juin dans son impétueuse et un peu menaçante splendeur, et deux excellents, comme il le méritait. 

Giovanni Comisso, Au vent de l’Adriatique, Éditions Gallimard, 256 pages, mai 1990.

QUAND LA LITTÉRATURE CÉLÈBRE LA VIE DANS LES DÉCOMBRES DE LA GUERRE ET PASSE LES FRONTIÈRES : GIOVANNI COMISSO,  AU VENT DE L’ADRIATIQUE (1922) 


G. Comisso (1895-1969), né et mort à Trévise en Vénétie,  est un des plus grands écrivains italiens du XXème siècle. Il est l’auteur, entre autres, de romans et surtout de nouvelles largement autobiographiques et centrés sur sa région.

          Le recueil de nouvelles Au vent de l’Adriatique (paru en italien en 1928, en français en 1990, traduit par Marie-France Sidet aux éditions du Promeneur / Quai Voltaire, Paris, 248 p.), son livre le plus connu, devenu  un classique, nous montre, raconté à la première personne, Comisso en 1922, juste après une guerre mondiale qui aura duré sept ans en Italie et dans ses confins et juste avant la prise du pouvoir de Mussolini en octobre de la même année. Il rejoint alors sur leur voilier traditionnel (chioggiotto) les pêcheurs-contrebandiers de Chioggo près de Venise qui parlent comme lui le dialecte local et qui croisent dans le nord de l’Adriatique entre Italie et Yougoslavie. Ils y font du cabotage plus ou moins légal entre les deux pays et sont pirates à l’occasion. 

     Cependant, la guerre  a perturbé l’ordre naturel des paysages pourtant superbes et inviolés  jusque là de même qu’elle a porté atteinte à l’espace agricole par ses destructions et par le manque d’entretien de la terre suite aux saignées de la guerre mondiale.

EXTRAITS DE LA PREMIÈRE NOUVELLE, « ACCOSTAGE SUR UN RIVAGE DÉSERT » :  Ils accostent dans une rade où se trouve un fort pour y acheter du bois. « Quant à moi, tout à mon bonheur de mettre le pied sur une terre nouvelle, je partis à la découverte. Le fort était abandonné et peu attrayant à cause des terre-pleins lugubres, des barbelés rouillés et hostiles qui l’entouraient  des gros murs de pierre brute qui évoquaient la guerre et les pelotons d’exécution. À droite, au contraire, se trouvait un parc, plein d’arbres de toutes les espèces : des cèdres, des pins, des cyprès et des lauriers, disposés avec une harmonie merveilleuse. L’air chaud s’appesantissait sur cette verdure pleine d’arômes; à mon étonnement, je n’aperçus aucune villa. Je n’avais nulle envie d’emprunter l’allée de pins qui conduisait vers d’énormes piles de bois sec, d’où s’exhalait une forte senteur avivée par le soleil et le cri strident des cigales; mon seul désir était de pénétrer dans le parc au plus vite.

         De petites allées bordées de myrtilles coupaient de vigoureux buissons de lauriers, quelques grenadiers palpitaient dans le rouge de leurs fleurs, il y avait également de délicats rosiers, mais à chaque pas se dégageait comme une impression d’abandon. À mesure que j’avançais, les oiseaux se taisaient dans les branches les plus hautes. Dans le silence, le bruit de mes pas sur le gravier répondait au déferlement des vagues contre les falaises. (…) Le parc s’achevait un peu plus loin, devant des champs incroyables, d’une fertilité biblique, qui s’étendaient jusqu’aux collines boisées, et soudain l’envie me prit de les traverser pour éprouver le contact de l’herbe. Pas la moindre maison alentour, pas l’ombre d’un homme occupé aux travaux des champs. Les vignes basses, alignées sur une terre rouge, cachaient sous leurs feuilles bleuies par le sulfate de longues grappes pas encore mûres ; ailleurs, les blés fauves et parfaitement nets dressaient contre le ciel leurs épis serrés et immobiles. Je restai là à m’emplir les yeux de cette vision de terre promise (…) dans cette solitude que je considérais désormais comme mienne ». Des douaniers rudes et bagarreurs viendront rompre cette idylle.

Dostoïevski – réflexions sur le Dieu-homme / l’homme-Dieu

Daniel ILEA

Dostoïevski – réflexions sur le Dieu-homme / l’homme-Dieu


« Et certainement il est également vrai, et qu’un homme est un Dieu à un autre homme, et qu’un homme est aussi un loup à un autre homme. »
(Thomas Hobbes, De Cive [Le Citoyen, 1642], « Épître dédicatoire »)

Une des lettres (août 1867) de Dostoïevski à son fidèle ami poète, Apollon Maïkov, pourrait contenir, implicitement, l’« idée-sentiment » que Jésus-Christ (l’homme-Dieu, ou le Dieu-homme) évincera nécessairement Dieu lui-même : « Mon Dieu ! Le déisme [en fait, le monothéisme, m. n.] nous a donné le Christ, c’est-à-dire une conception de l’homme si élevée qu’elle impose la vénération et qu’il est impossible de penser que ce ne soit pas à jamais l’idéal de l’homme ! » – cf. Joseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), trad. de l’américain par Aline Weill, Actes Sud, 1998, p. 317.

À la longue – paradoxalement, dialectiquement –, « l’idéal de l’homme » deviendra l’homme lui-même : l’athéisme, l’humanisme, la suprématie de la personne, de la raison, de la subjectivité. Rappelons juste cinq repères, sur ce chemin vers la modernité : Érasme, Éloge de la Folie, Adages, Colloques, Le Libre Arbitre ; Montaigne (grand lecteur d’Érasme), Les Essais ; Descartes (grand lecteur de Montaigne), Discours de la Méthode, Méditations métaphysiques, Principes de la philosophie ; Hobbes, Léviathan ; Spinoza, la Grande Pensée-élucidation de la Bible de son Traité Théologico-politique, son Traité de l’autorité politique et – le couronnement – la proclamation « Deus sive Natura » de son Éthique.

En fait, de par sa nature, le christianisme – théandrisme / anthropothéisme – a cette vocation d’évincer Dieu, ce qui se fera au travers du dogme de la Trinité : de prime abord, en Occident, grâce au (ou à cause du) Filioque catholique, qui prône la parfaite égalité entre le Christ et Dieu (« le Saint-Esprit procède du Père et du Fils »), et, plus tard, en Europe orientale, avec le Per Filium (« le Saint-Esprit procède du seul Père par le Fils ») orthodoxe, qui maintient une différence dans l’identité.

À l’opposé, dans le judaïsme, Yahvé gardera par rapport aux hommes la distance absolue, l’invisibilité, leur inspirant ainsi la « crainte-vénération » (qui est aussi le début de la sagesse, d’après le Psaume 111 ou l’Ecclésiastique), ne communiquant avec eux que par le biais de ses prophètes ; Allah procèdera de même, dans l’islamisme. Les deux monothéismes intacts se conserveront, résisteront mieux de cette façon.

Pour Dostoïevski, le point de non-retour, son « écharde dans la chair », c’est-à-dire dans l’esprit, sera, probablement, la contemplation atterrée (toujours en août 1867, au musée de Bâle) du Christ mort de Holbein le Jeune – qui (dirais-je) trouvera son correspondant littéraire dans le cadavre puant du starets Zossima des Frères Karamazov, le roman de la mort de Dieu.

Voici le précieux témoignage de son épouse Anna Grigorevna Dostoïevskaia (dans son Journal) : « Fedor, cependant, a été complètement subjugué par lui [le Christ mort, m. n.], et il était si désireux de le voir de près, qu’il est monté sur une chaise […] » (in J. Frank, op. cit., p. 320). Dans ses Réminiscences, Anna enchaîne : « Lorsque je revins au bout de quinze à vingt minutes, je le trouvai toujours cloué au même endroit devant le tableau. Son visage agité était empreint d’une sorte de terreur, une chose que j’avais remarquée plus d’une fois dans les premiers instants de ses crises d’épilepsie » (ibid.). Et, dans les notes sténographiques de son Journal : « il m’a dit alors qu’un tel tableau peut vous faire perdre la foi » (cf. Julia Kristeva, Soleil noir. Dépression et mélancolie, Gallimard, Folio essais, 1989, p. 198/note 25).

Qu’est-ce que Dostoïevski a-t-il bien pu penser devant le visage de ce cadavre sacré ? Deux hypothèses : 1° le regard du Christ dit : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?! » ; 2° ce regard ne dit rien – car il n’est pas, il n’est plus un regard.

Dostoïevski délèguera cette commotion à deux de ses personnages (Mychkine et Hippolyte de L’Idiot, 1868), qui, devant le même tableau, « doutent de la Résurrection » (J. Kristeva, op. cit., p. 198) : « Et si le Maître Lui-même avait pu, la veille du supplice, voir sa propre image, serait-il monté sur la croix et serait-il mort comme Il le fit ? Cette question aussi apparaît involontairement en regardant le tableau » (Hippolyte de L’Idiot, trad. par G. et G. Arout, Livre de poche Classique, 2013, p. 598).

Et quand on apprend, de l’historien russe G.P. Fedotov, le rôle central joué dans la spiritualité orthodoxe russe par la « kénose » – la descente ou, disons, l’abaissement par amour de la divinité dans un corps humain pour souffrir la mort –, on peut sentir « la crainte et le tremblement » de Dostoïevski devant le cadavre du Christ de Holbein !

Ajoutons, aussi, le témoignage sarcastique de son maître (plutôt ex-maître) Bielinski, devenu (après lecture de L’Essence du christianisme de Feuerbach) athée et de gauche : « C’en est attendrissant de le regarder [Dostoïevski]. Chaque fois que je touche au Christ comme maintenant, toute sa physionomie change, absolument comme s’il allait pleurer » (J. Frank, id., p. 331).

Et cette autre lettre à Maïkov (25 mars 1870), où Dostoïevski expose « son problème principal » en ces termes : « Celui qui m’a tourmenté, sciemment ou inconsciemment, toute ma vie – l’existence de Dieu » (id., p. 516).

L’épilepsie (le « haut mal ») de l’auteur jouera également un rôle clé pour Mychkine (L’Idiot) et pour Kirillov (Les Démons), à travers l’aura (pré- ou post-épileptique), déclenchant un vécu mystico-panthéiste-naturaliste, où les indescriptibles « cinq secondes » ne seront plus parentes de la « kénose », mais plutôt de la joie spinoziste du Deus sive Natura :

« Ce sentiment est clair et indiscutable. C’est comme si, d’un seul coup, vous ressentiez toute la Nature, et, d’un seul coup, vous disiez : oui, cela est juste. […] C’est… ce n’est pas de l’émotion, c’est seulement comme ça, de la joie. Vous ne pardonnez rien, parce qu’il n’y a plus rien à pardonner. Ce n’est pas que vous éprouviez de l’amour – oh, c’est plus haut que l’amour ! Ce qui effraie le plus, c’est que ce soit si terriblement clair, et une telle joie. Si c’est plus de cinq secondes – l’âme ne le supporterait pas, elle devrait disparaître. Pendant ces cinq secondes, je vis toute une vie et, pour ces cinq secondes-là, je donnerais toute ma vie, parce que ça les vaut. Pour supporter dix secondes, il faut se transformer physiquement » (Kirillov, Les Démons, troisième partie, trad. André Markowicz, Actes Sud, 1995, pp. 230-231).

Voyons comment ce vécu merveilleux – de l’aura épileptique – sera chez Kirillov (mais non plus chez Mychkine) comme intimement, structurellement lié à la révélation de la mort de Dieu, les deux produisant, paradoxalement, un même effet, un même bouleversement nécessitant une « transformation physique » de l’être, qui, désormais, ne pourra plus supporter de vivre ni le prolongement desdites cinq secondes, ni l’après-coup du « sentiment-idée » de la mort de Dieu. 

Écoutons encore Kirillov : « Je ne comprends pas comment un athée, jusqu’à présent, a pu savoir que Dieu n’existe pas et ne pas se tuer tout de suite. Avoir conscience que Dieu n’existe pas, et ne pas avoir conscience, au même instant, que tu es devenu Dieu toi-même, c’est une absurdité, sinon, obligatoirement, on doit se tuer. Si tu as cette conscience – tu es roi, tu ne te tueras plus et tu vivras dans la plus grande gloire. Mais c’est seulement le premier qui aura eu conscience qui doit se tuer, obligatoirement, sinon, qui commencera et qui démontrera ? C’est moi qui me tuerai moi-même, obligatoirement, pour commencer, pour démontrer. Moi, je ne suis encore qu’un Dieu malgré moi, et je suis malheureux, parce que je suis obligé d’affirmer mon être libre. Ils sont tous malheureux, parce qu’ils ont tous peur d’affirmer leur être libre. Si l’homme, jusqu’à présent, a toujours été pauvre et malheureux, c’est qu’il a toujours eu peur d’affirmer le point essentiel de son être et qu’il n’a dit son être que sur les bords, comme un gamin. Je suis malheureux monstrueusement, parce que j’ai peur monstrueusement. La peur est la malédiction de l’homme… Mais moi, j’affirme mon être libre, je suis obligé d’avoir la foi que je n’ai pas la foi. Je vais commencer, et je vais finir, et je vais ouvrir la porte. Et je vais faire le salut. Il n’y a que cela qui sauvera les hommes, et, dès la génération suivante, pourra les régénérer physiquement ; parce que, sous mon aspect physique actuel, avec tout ce que j’ai pu penser, être homme sans le Dieu ancien, c’est impossible, totalement. Pendant trois ans de suite, j’ai cherché l’affirmation de ma divinité, et je l’ai trouvée : l’attribut de ma divinité, c’est l’être libre ! C’est le seul moyen que j’ai pour montrer mon insoumission sur le point essentiel et cette liberté terrifiante qui est la mienne. Parce qu’elle est vraiment terrifiante. Je me tue pour montrer mon insoumission et ma nouvelle et terrifiante liberté » (ibid., pp. 278-279).

Oh combien cette pensée « trans-nihiliste » de Kirillov, sa dialectique vertigineuse, dut-elle exalter Nietzsche, par une éblouissante coïncidence avec son Zarathoustra – plus précisément, pour annoncer  « […] le dernier stade du nihilisme : le moment où l’homme, ayant mesuré la vanité de son effort pour remplacer Dieu, préférera ne plus vouloir du tout, plutôt que de vouloir le néant. Le devin annonce donc le dernier homme. Préfigurant la fin du nihilisme, il va déjà plus loin que les hommes supérieurs. Mais ce qui lui échappe, c’est ce qui est encore au-delà du dernier homme : l’homme qui veut périr, l’homme qui veut son propre déclin [autrement dit, notre Kirillov !, m. n.]. Avec celui-là, le nihilisme s’achève réellement, est vaincu par soi-même : la transmutation et le surhomme sont proches » (Gilles Deleuze, Nietzsche, PUF, 2008, p. 48).

On sait que Nietzsche a lu Les Démons (en traduction française) en 1888 (deux ans après Zarathoustra), par conséquent, il n’aurait pu s’en inspirer : on ne peut que rester pantois devant cette double pensée identique !

Peut-être les deux ont-ils trouvé leur source d’inspiration chez Maître Eckhart !

Si Dostoïevski a aussi pu s’inspirer pour son Kirillov de L’Essence du christianisme de Feuerbach (comme le pense Joseph Frank, car on sait l’influence de ce livre sur Bielinski), je pense, quant à moi, que la lecture de Traités et sermons de Maître Eckart lui a été plus proche, plus déterminante ; même s’il ne lisait pas l’allemand (que le français), il a bien pu connaître Maître Eckart à travers les œuvres du moine Tikhone Zadonski, « un ecclésiastique russe du XVIIIe siècle, canonisé en 1860, qui a laissé un abondant héritage littéraire (quinze volumes) très influencé par le piétisme allemand » (cf. J. Frank, id., p. 511). En mars 1870, Dostoïevski, toujours à Maïkov, écrit, au sujet dudit Tikhone Zadonski, que « depuis longtemps [il l’a] inclus avec ravissement dans son cœur » (ibid.). Rappelons que dans Les Démons c’est un moine du nom de Tikhone qui reçoit la confession de Stavroguine ; autre « coïncidence » : le nom séculier de Zadonski était Kirillov – dont Julia Kristeva, dans Dostoïevski face à la mort, ou le sexe hanté du langage, Fayard, 2021, p. 258, dit que Dostoïevski s’est « fortement inspiré » pour le sien. Tikhone Zadonski était un « grand écrivain » qui – d’après l’historien de la théologie russe Guéorgui Florovski – a connu « ce que saint Jean de la Croix appelait la noche oscura, la ‘nuit obscure’ de l’âme » (J. Frank, id., p. 512).

Voici (d’après moi) des passages de Maître Eckhart qui ont pu parler à Dostoïevski : « L’œil dans lequel je vois Dieu est le même œil dans lequel Dieu me voit. Mon œil et l’œil de Dieu sont un seul et même œil, une seule et même vision, une seule et même connaissance, un seul et même amour » (Traites et sermons, trad. Alain de Libera, GF Flammarion, 1995, p. 299) ;  « Et c’est pour cela que l’homme doit être tué et complètement mort, ne plus rien être en lui-même, soustrait à toute ressemblance et ne plus être semblable à personne : c’est alors seulement qu’il est vraiment semblable à Dieu. Car ce qui fait la propriété essentielle, la nature de Dieu, c’est d’être dissemblable et de n’être semblable à personne » (ibid., p. 332), et : « C’est pourquoi saint Augustin dit : ‘Dieu s’est fait homme, afin que l’homme devienne Dieu’ » (id., p. 404) – et par-là même évince Dieu, ajouterais-je !

Je ne pense pas, comme J. Frank, que Kirillov soit juste un prolongement du « côté démoniaque et luciférien de la personnalité de Stavroguine » (J. Frank, id., p. 648), comme c’est bien le cas – et, là, je suis d’accord avec J. Frank – de Chatov, qui représente bien « la quête de la foi si profondément enracinée en Stavroguine qu’il cherche à reconnaître ses crimes et s’en repentir » (ibid.).

Kirillov est un personnage singulier, qui respire une certaine grandeur – le nihiliste métaphysique-existentiel, qui, avant de s’arracher au monde sans Dieu, au monde tout court, a eu la folie de vouloir être au-delà du Bien et du Mal, mais, assumant une indifférence morale absolue, il s’est fait leurrer à rédiger et signer cette lettre (où il avouait le double meurtre de Chatov et de Fedka) que lui demandait Méphistophélès-Piotr-Stépanovitch, car il ne rend ainsi qu’un dernier service à la propagation du Mal dans le monde !

En se mettant à créer son Ivan Karamazov, l’alchimiste Dostoïevski a dû couler aussi en lui la substance – une synthèse – de Stavroguine et de Kirillov.

Car ses romans regorgent de doubles, demi-doubles, quarts de doubles ; en fait, il y a une mutation continuelle, comme si des « qualités », des « traits », migraient d’un personnage à un autre – le même/l’autre : il s’agit là d’un laboratoire ontologique, d’une work in progress. Tout comme le seront les œuvres de Musil, de Kafka, de Joyce…

Quand Dostoïevski (dans une lettre à l’éditeur Katkov) écrit que : « Stavroguine est un personnage tragique… À mon avis, il est à la fois russe et typique… C’est dans mon cœur que je suis allé le chercher… » (J. Frank, id., p. 628), il aurait aussi bien pu dire la même chose de Kirillov – et de tant d’autres, certes, Ivan Karamazov en tête !

Ivan : un Job chrétien devenu athée devant son Dieu et devant le Christ (voir, surtout, la fin de son dialogue avec Aliocha, dans le chap. « La Rébellion » et la suite, « Le Grand Inquisiteur ») ; proche, aussi, du terrible brigand Tche (voir Tchouang-tseu, Œuvre complète, chap. « Tche le brigand », trad. Liou Kia-hway, Gallimard/Unesco, 1989) : de son rugissement de révolte devant Confucius, et non pas de son cynisme intégral (bien qu’en esprit ironique il le feignît).

Je dirais qu’en fait il y a deux Ivan : celui qui atteint son apogée dans « Le Grand Inquisiteur » et celui qui entame sa descente, puis sa chute dans la folie, dans la schizophrénie entretenue, alimentée, exacerbée par les trois conversations avec son demi-frère bâtard Smerdiakov (mélange de Tartuffe, d’Uriah Heep, d’Iago et de quelque chose de typiquement russe) : ça tourbillonne (un vent gogolien souffle dans sa tête), Dieu et le diable reviennent visiter l’athée, faisant de son cœur et de son esprit leur « champ de bataille » ! Mais, paradoxalement, à travers le voile du dédoublement schizophrénique (le fantasme Ivan-diable parlant à Ivan), on pourra voir resurgir le premier Ivan, le philosophe athée mais ayant conquis une toute nouvelle vérité existentielle (une autre sorte de Kirillov !), où, l’espace de quelques instants, la formule « tout est permis » brillera avec un autre sens et une autre destination, grandioses et naturels, à la foi surhumains et on ne peut plus humains (on serait tenté de faire l’éloge érasmien de cette folie) :

« ‘[…] À mon avis, point n’est besoin de détruire, il suffit d’anéantir dans l’humanité l’idée de Dieu, voilà par où il faut commencer ! Par là, c’est par là qu’il faut commencer, ô aveugles qui ne comprenez rien ! Une fois que l’humanité tout entière aura abjuré Dieu (et j’ai foi que cette ère, par analogie avec les ères géologiques, adviendra), toute l’ancienne conception du monde tombera d’elle-même, sans anthropophagie, et surtout toute l’ancienne morale, et quelque chose d’entièrement nouveau commencera. Les hommes s’uniront pour prendre de la vie tout ce qu’elle peut donner, mais expressément pour leur bonheur et leur joie dans le seul monde d’ici-bas. L’homme s’élèvera grâce à un orgueil titanesque de dieu, et l’homme-dieu naîtra. Vainquant la nature à chaque heure, par sa volonté et sa science, et cette fois sans limite, l’homme en éprouvera par là même à chaque heure une si haute jouissance qu’elle remplacera pour lui toutes les anciennes espérances de délices célestes. Chacun saura qu’il est entièrement mortel, sans résurrection, et acceptera le sort orgueilleusement et avec calme, comme un dieu. Il comprendra par orgueil qu’il n’a pas à murmurer si la vie ne dure qu’un instant et il aimera alors son frère sans plus attendre aucune récompense. L’amour ne satisfera que l’instant de la vie, mais la conscience même de sa brièveté en intensifiera la flamme autant qu’autrefois elle se dispersait en l’espoir d’un amour après la mort et l’infini’… […] Mais étant donné que, par la faute de la bêtise humaine invétérée, cela ne se réalisera peut-être même pas d’ici mille ans, il est loisible à tous ceux qui, d’ores et déjà, sont pénétrés de cette vérité de s’organiser absolument comme il leur plaira, sur des bases nouvelles. En ce sens, ‘tout leur est permis’. [On se rappellera qu’auparavant, au ‘stade’ du Grand Inquisiteur, Ivan, dans son article, déclarait, avec scepticisme et dans un tout autre sens, plutôt hobbesien, de la ‘guerre de chacun contre chacun’ : ‘S’il n’y a pas d’immortalité de l’âme, il n’y a pas non plus de vertu, donc tout est permis’ (Les frères Karamazov, tome 1, trad. Élisabeth Guertik, Le Livre de Poche, 1992, p. 102), m. n.] Bien plus : même si cette ère ne vient jamais, et comme Dieu et l’immortalité n’existent néanmoins pas, il est loisible à l’homme nouveau de devenir homme-dieu, fût-ce seul dans le monde entier, et bien entendu, dans sa nouvelle dignité, de franchir, si besoin est, toute ancienne barrière morale de l’ancien homme-esclave. Pour Dieu il n’est pas de loi ! Où Dieu se tiendra, là est la place de Dieu ! Où je me poserai, là sera aussitôt la première place… ‘tout est permis’, et baste ! » (ibid., tome 2, pp. 299-300).

Comme, ci-dessus, c’est « le diable » qui parle, ici « l’esprit qui toujours nie » devient l’esprit qui toujours lie : l’homme à sa vie, sa nature à la Nature, son être au devenir, aux mutations… à l’exception, peut-être, d’une expression en contradiction avec tout ce qui lui précède : « Pour Dieu il n’est pas de loi ! » ; en contradiction, car – même pour un homme-dieu, ou un surhomme, c’est-à-dire un homme débarrassé de Dieu – il y aura toujours une loi à « assimiler », à « incorporer » pour pouvoir la « dépasser » et suivre son propre devenir, sorte d’Aufhebung hégélienne ! Autrement dit, avec Spinoza, la vraie, l’unique liberté est la nécessité comprise !

  Pour ce second Ivan – un authentique socialiste libertaire –, l’homme ne sera plus esclave, ni dieu, mais aura la faculté, le pouvoir d’exercer un libre arbitre relatif au sein de la condition de mortel, sereinement acceptée. (Ce qui pourrait nous rappeler la célèbre polémique du début de l’humanisme entre Érasme et Luther : l’un adepte d’un libre arbitre minimal accompagnant, étayant la grâce divine ; l’autre niant rageusement tout libre arbitre et exaltant la grâce augustinienne !)

On a du mal à concevoir que Nietzsche n’ait pas lu ces passages karamazoviens ! Certes, pas de trace, de preuve d’une telle lecture : hélas, sa propre sœur Elisabeth, possessive et jalouse, s’était occupée de ses archives, et, comme bien on sait, a essayé d’assujettir l’œuvre de Nietzsche au national-socialisme ! Mais qui sait ? un beau jour peut-être trouvera-t-on ses notes et ses phrases recopiées des Frères Karamazov !

Difficile de ne pas être troublé par cette coïncidence dans la folie entre le philosophe et un personnage de fiction : c’est comme si l’un répétait le destin de l’autre… Mais, alors qu’à travers la folie érasmienne d’Ivan Dostoïevski nous dit son dernier mot lumineux, celle de Nietzsche n’entraînera que la déchéance de tout son être.

Les romans dostoïevskiens, où fleurissent le dialogisme, la polyphonie (Bakhtine, in J. Kristeva, Dostoïevski, pp. 44-47), sont autant de tragi-comédies / comédies tragiques, sinon (j’oserais l’oxymore) de vaudevilles abyssaux, des vaudevilles à la Dostoïevski ; où, tout comme chez Shakespeare : « le réel et le fantastique, le tragique et le comique, le noble et l’ignoble sont également présents dans sa vision de la vie » (cf. George Steiner, La mort de la tragédie, trad. par Rose Celli, Gallimard, Folio essais, 1993, p. 30). Rappelons la conception du réalisme fantastique dostoïevskien : « J’ai une vision particulière de la réalité (dans l’art) ; ce que la plupart des gens qualifient d’exceptionnel et de presque fantastique représente souvent pour moi la substance même du réel » (lettre à l’éditeur Strakhov, J. Frank, id., p. 481).

Daniel ILEA©Août 2023.