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L’exposition de la Maison Rouge Louis Soutter, le tremblement de la modernité propose une vision d’ensemble à la fois originale et fidèle de l’œuvre du peintre suisse Louis Soutter (1871-1942), artiste injustement méconnu du grand public et négligé pendant des décennies par les historiens de l’art. Plus de 250 œuvres ont été réunies – notamment en provenance du fonds du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, mais aussi de collections privées – et présentent toutes les phases de son travail.

L’isolement dans lequel Soutter a vécu pendant les vingt dernières années de sa vie, placé contre son gré dans un hospice de vieillards, a souvent poussé les commentateurs à le classer du côté de l’Art Brut. En cela, Dubuffet avait montré la voie, mais bien qu’il ait par la suite nuancé son appréciation, l’étiquette « Art brut » reste collée à l’œuvre de Soutter. Pourtant, une telle catégorie passe à côté de…

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Traversées a reçu

 

Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • Brèves de saisons, édition bilingue japonais/français, haïkus traduits du japonais par Fumiko SUGIE et Laurent DEBUT, Brandes, 2011.

  • Un livre de quarante-huit pages, composé en Mincho et Times de différents corps, broché et cousu à l’ancienne. Brèves de saisons est édité par les éditions Brandes à Tournai.

  • Ce qui la nuit, Emeric de MONTEYNARD, l’Arbre à paroles, 2012, 12€, 118p.

  • Poète de l’ombre, Emeric de Monteynard n’a de cesse de chercher la clarté, de fuir la nuit.

C’est à partir du vide qu’il crée et façonne son empreinte poétique.

« Il se peut qu’un jour, le jour l’emporte sur la nuit ».

Poète-vigile devant le silence, il le brise et balise en nous un tracé du possible, à hauteur d’homme : de ses doutes, de ses espoirs.

Et tous ces mots,

Sans cesse ravalés,

Qu’ont-ils apporté

De plus

À simplement

Se taire ?

Jean Pirquenne

  • Celle, Chantal DUPUY-DUNIER, l’Arbre à paroles, 2012, 8€, 74p.

  • Née en Arles, Chantal Dupuy-Dunier réside aujourd’hui à Clermont-Ferrand, après dix années à Cronce, petit village de la Haute-Loire. Dans la montagne et son silence qui permettent de prendre de la distance, non seulement vis-à-vis de l’agitation du monde mais à l’égard des grandes préoccupations humaines. La mort, par exemple, jamais nommée dans ce recueil. Simplement,

Celle

qui scellera,

par qui les bouches seront closes

la seule à permettre la continuité du langage.

L’innomée, l’innommable, Celle qui prend ici la parole :

Vers moi

montent les requiem et les poèmes,

au large de tout imaginaire.

« Au commencement était Celle »… qui aura toujours le mot de la fin.

Francis Chenot

  • La chambre des parents, Valérie CANAT de CHIZY, La porte, 2012.

  • Comme à force d’écrire, Thierry SAJAT, éditions Thierry Sajat, 37, rue Henri Sellier à F-18000 Bourges, 10€, 49p.

  • Les mots ne sont plus que des mots

Les mots ne sont plus que des mots,

La poésie tire ses ailes

Et je n’ai d’âme, demoiselle,

Que pour tes yeux dont les émaux

Ont des aurores de pastel,

Des crépuscules de lilas…

Les mots en robe de gala

Ont des rimes en parentèle

Et l’assonance de ta voix,

Comme un verbe que l’on conjugue

Au temps d’aimer, dans une fugue,

Au prélude de nos émois.

Mes mots ne sont plus que bohême,

Des voyelles en fleur de jour,

En octosyllabes d’amour

Sous ma plume qui les poème,

Comme le cygne au fil d’étang

Sur tes miroirs aux reflets verts…

Les mots font écrire le temps,

Pour toi sera mon dernier vers…

  • Comme si le Rien était, Jean-Damien ROUMIEU, l’Arbre à paroles, 2012, 10€, 78p.
  • Dans le livre de Jean-Damien Roumieu il y a soixante-deux poèmes : tous un peu éclatés, sans grandiloquence, qui ont en apparence la modestie du poème assez bref. Mais cette concision extrême génère invariablement et mystérieusement

L’instant

Un rideau blanc

Dans la lumière du matin.

Dans une langue de pur cristal, pas de résistance à la référence de l’autre (la préférence). Elle peut être le tout incontestable qui était et reste celle qui brille et ne fait jamais d’ombre :

C’est par ton sein

que j’étincelle

par ta lèvre

que j’énonce

le presque-rien

qui me pénètre…

Même la nuit

tu es mon jour

Une saison outre l’hiver.

Face aux pérégrinations du monde qu’il sonde par des fulgurances au vertige du verbe (Comme si le Rien était) Jean-Damien Roumieu exorcise le mystère :

Je suis

pétale du rosier

Le Rien s’embrase

à mon approche

Je jette à terre

mon armure

Je n’attends approbation

réprobation

Ce que j’attends

le dévoilement

de la figure

la mise à nu de l’absolu.

Rio Di Maria

  • De l’autre rive, Jack NOTE, Clapàs, collection Franche Lippée, 2011, 8p. ; 1,5€.

  • Elévation, Danielle ALLAIN GUESDON, Interventions à Haute Voix, poèmes, 2011, 56p.

  • Escarbilles, Jacques CANUT, Carnets confidentiels – 35, poèmes, 2012, 23p.

  • Europoésie année 2011, Anthologie, association Rencontre Européennes-Europoésie, 270p.

  • Habeas corpus – Hommage aux vivants et aux morts, Lionel BLETTERY, Clapàs, collection Franche Lippée, 2011, 8p. ; 1,5€.

  • La partie riante des affreux, Patrice MALTAVERNE et Fabrice MARZUOLO, illustrations de Henri CACHAU, poèmes, éditions Le Citron noir, 2012, 12€, 82p.

  • De tous les jeux que nous pratiquons, nous préférons de loin celui qui consiste à douter de l’indiscutable.

Des enfants et de la famille armée pour la reproduction, par exemple.

Nous ne sommes pas pourtant des « nouvelles chiennes » de garde. Durant notre bref passage sur la terre, nous cherchons juste une forme de vie que nous puissions respecter.

  • Passagère d’éternité, Michel SANTUNE, éditions Poésie vivante, 2011, 6€, 32p.

  • Le présent recueil nous plonge dans l’évocation de la « reine de cœur », de la parèdre aimée de l’auteur dont la main « effeuille les secrets », une femme de chair pourtant semblable à « une âme devant son miroir »…

Chris Bernard

  • Purgatoire du quotidien, Cathy GARCIA, Mi(ni)crobe#32 (petit débordement de la revue Microbe), 2012.

  • Arrive-t-il parfois à Cathy Garcia de dormir ? Elle écrit, peint, réalise des collages, des sculptures, édite la revue Nouveaux Délits, anime des ateliers d’écriture et de poésie et s’investit dans toutes les causes pas encore totalement perdues.

Écologiste, alter(anti ?)mondialiste, cette éternelle révoltée diffuse sur son blog quantité d’informations

(http://delitdepoesie.hautetfort.com)

concernant la merde qui s’accumule autour de nous sans que nous prenions la peine de saisir nos pelles pour nous en débarrasser.

Ce petit recueil nous livre ses plus récentes réflexions, tendres ou mordantes, roses ou noires, sur tout ce qui va et ne pas autour d’elle.

Eric Dejaeger

  • Sous la lune – Et autres saisons, Jean-Claude FORESTIER, préface de Perrin GRIMARD, prix d’édition poétique de la ville de Dijon 2012, 64p.

  • Si l’un des moyens à la disposition de quiconque veut écrire est de noircir la page initialement blanche, il semble que le premier travail de notre poète soit au contraire de s’être mis en demeure de blanchir une page auparavant noire et de ne laisser volontairement que quelques lignes « chues d’un désastre obscur » pour reprendre un vers célèbre de Mallarmé, comme si écrire commençait par une action de diminution, de gommage, de suppression, pour ne laisser subsister qu’un message codé qui de page en page se développe pour constituer une chaîne ininterrompue voguant « sous la lune et (en) autres saisons » :

« De l’enfantement de l’automne

passant par une fin d’été racoleuse »

en empruntant

« les portes de la nuit »

« cette nuit noire de Soulages »

« dans les heures où la lune se démasque »

et se poursuivant

« jusqu’aux écharpes de neige »

quand

« on gésine le printemps tarde »

Christian Amstatt

  • Visage vive, Matthieu GOSZTOLA, poèmes, Gros textes, 2011, 7€, 92p.

  • Ton visage reste

Sans lendemain

Des inconnus ont envoyé des

Fleurs

Tu ne les aimais pas tu préférais les

Papillons

Les déshabiller de l’image que tu te

Faisais d’eux

En les regardant voleter autour des

Fleurs

Les revues suivantes :

  • Les Amis de Thalie n°72, 2ème trim. 2012, 88 pages A4

+ La gazette des Amis de Thalie n°47, 12 pages A4

Revue littéraire et picturale

La Valade à F-87520 VEYRAC

lesamisdethalie@voila.fr

(Nathalie LESCOP-BOESWILLWALD)

  • L’Arbre à paroles n°155, printemps 2012, 100 p. 12X20

Entre septante et quatre-vingts

Maison de la poésie, BP12 à B-4540 Amay

(Francis CHENOT)

  • Avec ce numéro, nous clôturons un cycle de notre revue. Alors, autant en terminer avec une double signature. Et un double anniversaire : André Doms, qui a beaucoup apporté à cette entreprise et qui vient de fêter ses quatre-vingts ans, et l’un des animateurs historiques de la revue, Francis Chenot, qui en compte septante…

Avec des contributions de Véronique Daine, Paul Mathieu, Michel Voiturier, Max Alhau, Françoise Lison-Leroy, Frand Andriat, Colette Nys-Mazure, André Schmitz, Pierre Schroven, Philippe Mathy, Horia Badescu, Jean-Luc Wauthier, Alain Dantinne, Diane Regimbald, Rio Di Maria, Vasil Çapeqi, Guy Beyns, Frédéric Chef, Thierry-Pierre Clément, Marc Dugardin, Werner Lambersy, Béatrice Libert, Jean Pirquenne, Pierre Tréfois.

Donnons-nous rendez-vous pour l’ouverture d’un nouveau cycle, dès le prochain numéro, sous l’arbre de toutes les paroles…

  • Bleu d’encre n° 27, 54p. A5, été 2012

Revue littéraire en Haute-Meuse

43, rue d’Anseremme a B-5500 Dinant

(Claude DONNAY)

  • La braise et l’étincelle n° 100, 15 juillet 2012, 24 p.A4

Journal bimestriel indépendant au service de la

francophonie (arts – lettres – poésie – échos) –

7/2 rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-

92400 COURBEVOIE –

yvesfred.boisset@papus.info

http://yves-fred.over-blog.com

(Annie et Yves-Fred BOISSET)

  • Le coin de table n°51, juillet 2012, 128 pages A5

Des atomes aux étoiles avec Jacques Réda, par Jacques Charpentreau ; Henri Allonge et la naissance de la poésie scientifique moderne, par Mathilde Marteneau ; Actualité poétique de Chateaubriand, par Noël Prévost ; A propos de Paul Géraldy, par Pierre Lexert.

Poèmes, études, comptes rendus, critiques…

16, rue Monsieur le Prince à F-75006 Paris

http://www.lamaisondepoesie.fr

lamaisondepoesie@gmail.com

(Jacques CHARPENTREAU)

  • Contre-allées n° 29-30, 4ème trimestre 2011, 128 p.A5

Revue de poesie contemporaine

Ariane Dreyfus ; Ludovic Degroote ; Etienne Faure ; Camille Loivier.

16, rue Mizault a F-03100 MONTLUCON

contre-allees@wanadoo.fr

(Amandine MAREMBERT et Romain FUSTIER)

  • Debout les mots n° 46, juillet à septembre 2012, 6p. A3

Périodique d’information trimestriel de la Maison du Livre

rue de Rome, 28 à B-1060 BRUXELLES

info@lamaisondulivre.be

  • L’écritoire de Bousserez n° 77, juin 2012, format A4

L’écritoire de Bousserez rassemble des personnes aimant

écrire, échanger des idées, jouer avec les mots…

91, rue de Bousserez à B-6769 SOMMETHONNE

Vivre sous d’autres cieux !

(Irène JACQUES)

  • Expression / Les Adex n°48, juin 2012, 12 pages A4

30, rue René Delorme à F-60800 ROUVILLE

(Jean-Pierre HANNIET)

info@lesadex.com

  • Florilège n° 145, décembre 2011, 48p.A4

Revue trimestrielle de création littéraire et artistique

Illustrations photographiques d’Emilie Dorbane (www.laphotdemy.fr)

BP65 à F-21021 DIJON Cedex

jean-michel.levenard@wanadoo.fr

(Jean-Michel LEVENARD)

  • Inédit nouveau n° 257, juillet-août 2012, 32p.A4

Mensuel littéraire des Editions du Groupe de réflexion et

d’information littéraire (GRIL) ne publiant que de l’inédit

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 LA HULPE

0032 (0) 2 652 11 90

(Paul VAN MELLE)

  • Lecture et tradition (nouvelle série) n°14, juin 2012, 36p.A5

Bulletin littéraire contrerévolutionnaire

Hommage à sainte Jeanne d’Arc pour le 6ème centenaire de sa naissance – Textes de la journée du 13 mai 2012 à Poitiers

BP 1 à F-86190 CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

  • Lectures françaises n° 662, juin 2012

2012, 64 p.A5 – Revue mensuelle de la politique française

Un président minoritaire !

BP 1 à F-CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

  • Pages insulaires n°25, juin 2012, 36p. A4

Bimestriel perméable aux idées

Dossier Salvatore Gucciardo

3, impasse du Poirier à F-39700 ROCHEFORT-SUR-NENON

(Jean-Michel BONGIRAUD)

  • Portique n° 87, juillet 2012, 56 p.A5

Revue de création poétique, littéraire et artistique

Mairie à F-84110 Puyméras

http://portique.jimdo.com

http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

Bohème, Olivier STEINER

 Bohème, Olivier STEINER, nrf, Gallimard, 223p. [R]

Bohème nous restitue la conversation soutenue entre deux protagonistes :

Pierre, metteur en scène, actuellement à L.A pour monter Tristan et Isolde et son admirateur jusqu’alors inconnu, Jérôme Léon, un rebeu, vendeur d’huiles dans l’île Saint-Louis.

A la source de leurs échanges, une brève entrevue à Madrid, au Prado après la pièce. Moment choisi par Jérôme (pseudo de Tarik Essaïdi, inspiré par le peintre Jean-Léon Gérôme) pour glisser à celui qu’il vénère un message et ses coordonnées, telle une bouteille à la mer. Intrigué, Pierre lui répondra avec un brin d’ironie : « Qu’est-ce qui est tombé sur moi ? Vous ? Je n’ai rien senti ».

Leur dialogue va se déployer sur « quatre espaces d’intimité » : textos, mails, téléphone et courrier.

Après la phase d’apprivoisement, la confiance acquise, ils s’épanchent, se confient leurs états d’âme, se promettent de ne plus se quitter, se bordent à distance. Leur viatique ? Donner et recevoir.

Jérôme décline son passé (un père distant), ses cauchemars, ado, dont il se délivrait en se masturbant, sa rupture récente ( blessure non cicatrisée), et dévoile de façon assez abrupte une liaison récente, sa fréquentation des saunas gays. Pierre ne cache pas être marié et père.

Au fil du temps, la magie des mots opère. Ils découvrent leurs affinités, leurs personnalités et s’enhardissent, s’enflamment, se stimulent. S’ensuivent d’innombrables échanges. Jérôme, une sensibilité à fleur de peau, de nature mélancolique, a baigné dans la tristitude ? Comme Pavese, il ne manque pas de bonnes raisons pour se tuer. Serait-ce prémonitoire ? L’écriture fiévreuse, virevolte.

Leur badinage va bifurquer vers le désir, le sexe et leur langage se fait plus cru, plus fougueux.

Pas de regards pour s’aimanter, mais une voix qui envoûte. Ils ne vivent plus que scotchés à leur portable, guettant les réponses. Cela vire à l’obsession. Ils sont fascinés l’un par l’autre, voire intoxiqués. Leur attachement réciproque croît. Les ingrédients de leur dialogue libre et « amoral » :

Leur vie quotidienne, des banalités mais aussi des considérations sur l’amour, des interrogations.

Comment ne pas être subjugué par ce vendeur cultivé qui parle de Proust, cite Duras et Sarah Kane ?

Deux projets concrets se forgent. Tout d’abord, grâce à son amie Oriane, Jérôme pourra assister à la première de l’opéra à L.A. Son exaltation est à son paroxysme, bien qu’il soit condamné à rester silencieux, en raison de la présence de Jasmine, l’épouse de Pierre. L’auteur nous plonge dans les coulisses de la création de l’opéra en trois actes sur fond de la musique de Wagner. L’autre musique d’Olivier Steiner vient de toutes les phrases et mots en anglais qui ponctuent le roman : « I’m not an angel », « Missyou », « It is so fast », « In the mood for love ».On perçoit aussi des airs de Brahms, une chanson de Dalida. On croise la poésie de Rimbaud et le « Rêver vrai » de Peter Ibbetson.

Le rendez-vous suivant est fixé à Trouville, le 12, seule date mentionnée. Ils anticipent ce moment d’abandon, où leurs corps pourront s’épouser. Leurs sentiments sont exacerbés, empreints de crainte.

Ils aspirent à être ensemble, lovés, à passer du je au nous, à « s’adonner à l’interdit ».

Pierre s’interroge sur son amour du corps des autres et en vient à se définir comme bisexuel.

A l’approche du dénouement, un rebondissement vient faire vaciller leur avenir amoureux.

Bohème, titre idéal puisque Jérôme était devenu pour Pierre sa « partmanquante », sa « bohème », rappelant qu’il était un « gypsy boy », descendant d’une Rom.

Bohème relate les tourments de leur passion ardente, dévorante, alimentée par leurs fantasmes.

Leur amour transfigure tout ce qu’ils se disent, s’écrivent et offre des lignes d’une beauté éblouissante : « Ne sommes-nous pas montés sur les vagues de l’amour ? », incluant une lettre de Wagner à Liszt.

Olivier Steiner souligne les affres de la jalousie, du manque, de l’éloignement, de l’attente dues à la dépendance des deux épistoliers, ainsi que la solitude que Jérôme trompe dans les pages de Camille Laurens où des bras l’attendent ou celles de Passion simple d’Annie Ernaux.

Olivier Steiner met en scène une romance « online », non dépourvue de lyrisme, dans laquelle la complicité va se muer en une relation virtuelle de plus en plus intense, intime et volcanique.

Une vraie flambée de désir sexuel, fusionnel sur le point d’être consumée et consommée.

Une émouvante love story version moderne qui montre les limites de l’écran interposé.

◊Nadine DOYEN

 

Contes d’ailleurs et d’autre part, Pierre Gripari

Illustrations de Guillaume Long, Grasset Jeunesse 2012. 190 p. 9 €

Publiés une première fois en 1990, voici la réédition de huit contes d’ailleurs et d’autre part, à la sauce Gripari, huit bijoux de drôlerie fantastique, inspirés des folklores russes, français, italien et d’Afrique du Nord. Un véritable régal, avec ce verbe franc, truculent et tellement poétique de Pierre Gripari, s’adressant à ses lectrices et lecteurs d’une façon si familière, qu’elles et ils pourraient croire qu’il est assis tout près d’elles et eux. Le conteur de la Rue Broca est véritablement talentueux, c’est évident, mais outre son imagination pétulante, il est doté également d’une grande liberté de pensée. Ils nous emmènent donc ici dans un monde peuplé comme il se doit de magie, d’amour et de courage. Dans Mademoiselle Scarabée, on comprend que l’apparence importe peu, mais qu’il importe de trouver bonne boulette à son pied quand on veut se marier. « Quand un cheval trottine et crottine, quand une vache lâche sa bouse en marchant, je fais une petite boule de la chose en question, puis je la pousse à reculons jusqu’à ma maison ! » Dans Madame-la-Terre-Est-Basse, les objets ont une âme, ils parlent, ils bougent, ils peuvent être tristes mais savent aussi se venger.

« Quand elle met ses souliers

Elle se pique le pied.

Quand elle écosse les pois, elle se pique le doigt.

Quand elle épluche des pommes de terre,

Elle se pique le derrière.

Quand elle veut prendre une douche,

Elle se pique la bouche.

Quand elle veut prendre un bain,

Elle se pique les reins.

Quand elle se met au lit,

Elle se pique le mistigri ! »

Dans Le diable aux cheveux blancs, on comprend que même un démon, aussi malin qu’il soit, ne peut rien contre le pouvoir d’une femme contrariante, « Merci à toi, brave homme, qui m’a tiré de cet enfer ! Imagine-toi qu’il y a un mois, pas plus, une femme nous est tombée ici, une femme terrible, épouvantable, qui nous fait enrager jour et nuit ! ». Il ne peut guère plus d’ailleurs, contre les rêves d’une petite fille qui veut obstinément un Bagada.

« – Oh ! Le beau bagada !

Elle prend le démon dans ses bras, le caresse, le cajole, l’embrasse, le bécote… Qu’est-ce que cela veut dire ? Notre diable se regarde… Malédiction ! Il est devenu un bagada ! Un simple bagada ! »

On a donc vu que les objets pouvaient se déplacer tout seuls, et bien figurez-vous que les villages aussi, et c’est comme ça que Saint-Déodat en bord de Loire a fini au bord de l’Océan pour consoler un petit garçon, et si vous ne me croyez pas, et bien vous n’avez qu’à lire, c’est le village lui-même qui raconte l’histoire.

« J’étais profondément ému. Les paysans qui m’habitaient ne rêvaient pas beaucoup, et jamais à d’aussi jolies choses. J’avais comme envie d’obéir à ce petit garçon, et de me transporter au bord de l’océan ».

Dans Petite Sœur, nous voilà plongé dans les aventures fabuleuses et palpitantes, façon conte initiatique de fée – ou de sorcière, mais fée et sorcière c’est kif-kif bourricot non ? Bref, les aventures palpitantes et fabuleuses de la princesse Claude qui n’a pas un zizi, mais un mistigri.

« C’est un frère que nous voulons !

De petite sœur pas question !

Nous resterons entre garçons

Ou nous partirons ! »

Dans L’eau qui rend invisible, c’est le conteur lui-même à qui une sorcière fait un cadeau, tellement elle trouve que ce qu’il raconte sur les sorcières est rigolo ! Et dire qu’à cause de lui, le monde a failli devenir complètement invisible, comment aurait-on fait pour lire le dernier conte du livre ? L’histoire de Sadko, le cithariste virtuose qui épousera l’ondine du lac Ilmen, la fille de Vodianoï, le dieu de toutes les eaux du monde, après bien des péripéties tout de même, où on ne s’embarrassera pas trop de morale, après tout, c’est un conte et on n’est pas là pour s’embêter, non mais !

« Il vend ses marchandises russes, ses fourrures, son bois, son miel et ses esclaves. En échange il achète beaucoup de choses qu’on ne trouve pas en Russie : de l’or et de l’argent, des parfums et des perles, des étoffes, des épices, des objets fabriqués… Il fait aussi un peu de piraterie, quand il en a l’occasion. Ça se faisait, à l’époque… »

D’ailleurs, les enfants, si vous avez la joie d’avoir entre les mains ces Contes d’ailleurs et d’autre partde Pierre Gripari, cachez-les bien, car s’ils plaisent aux petits, mais ils plaisent aussi beaucoup, beaucoup aux grands ! Foi de Maman !

◊Cathy Garcia

 

Pierre Gripari, est né à Paris le 7 janvier 1925, d’une mère coiffeuse et médium, parisienne originaire de Rouen, et d’un père ingénieur d’origine grecque, et il est mort dans cette même ville le 23 décembre 1990. Ses deux parents meurent pendant la Seconde Guerre mondiale. Il doit alors abandonner ses études littéraires pour exercer divers petits métiers : commis agricole, clerc expéditionnaire chez un notaire et même, à l’occasion, pianiste dans des bals de campagne. Il s’engage ensuite, de 1946 à 1949, comme volontaire dans les troupes aéroportées. De 1950 à 1957, il est employé de la Mobil Oil, et exerce à cette occasion les fonctions de délégué syndical CGT. Il arrête ensuite de travailler pour écrire. Ne parvenant pas à faire publier ses œuvres, il trouve une place de garçon de bibliothèque au CNRS. Il se fait connaître en 1962 avec une pièce de théâtre, Lieutenant Tenant, créé à la Gaîté-Montparnasse, puis avec un récit autobiographique, Pierrot la lune, publié aux éditions de la Table ronde en 1963. Sa carrière d’auteur commence alors vraiment. Ses œuvres littéraires suivantes ne rencontrent cependant pas le succès. Ayant quitté le CNRS pour vivre de sa plume, Gripari connaît la pauvreté. Refusé successivement par dix-sept éditeurs, il retrouve finalement une maison d’édition en 1974 grâce à Vladimir Dimitrijević, le patron des éditions L’Âge d’Homme (un auditeur qui aime lire disait-il), qui lui accorde une liberté d’auteur totale en acceptant systématiquement tous ses livres. Gripari a exploré à peu près tous les genres. Excellent connaisseur des patrimoines littéraires nationaux, il sait aussi mettre à profit les mythes et le folklore populaire, sans dédaigner les récits fantastiques et la science-fiction. Il est ainsi parvenu à créer tout un univers. « Les seules histoires qui m’intéressent, écrit-il dans L’arrière-monde, sont celles dont je suis sûr, dès le début, qu’elles ne sont jamais arrivées, qu’elles n’arriveront jamais, qu’elles ne peuvent arriver ». On lui doit aussi bien des romans que des nouvelles, des poèmes, des récits, des contes, des pièces de théâtre et des critiques littéraires. Mais Pierre Gripari est surtout connu du grand public comme un écrivain pour enfants. Son œuvre la plus célèbre, les Contes de la rue Broca, paraît en 1967. Elle est composée d’un ensemble d’histoires mettant en scène le merveilleux dans le cadre familier d’un quartier de Paris à l’époque contemporaine ; certains de ses personnages sont des enfants d’immigrés. À la fin des années 1970, les illustrateurs Fernando Puig Rosado et Claude Lapointe contribuent à populariser ces contes. Les premières éditions des Contes de la rue Broca (chez la Table Ronde) passent inaperçues, mais leur réédition par Gallimard apporte succès et célébrité à Gripari. Ce recueil est traduit dans le monde entier, y compris en Allemagne, au Brésil, en Bulgarie, en Grèce, en Hongrie, en Italie, au Japon, en Pologne et en Thaïlande. Pierre Gripari a également été critique théâtral pour le journal Écrits de Paris. Il reçut en 1976 le Prix Voltaire pour l’ensemble de son œuvre. On retrouve nombre d’éléments biographiques dans un livre d’entretiens avec Alain Paucard réalisés en 1984, Gripari mode d’emploi. En 1988, il obtient le Prix de l’Académie française pour Contes cuistres. Cet iconoclaste détestait les fanatiques et les gens sérieux et se définissait lui-même comme « un Martien observant le monde des hommes avec une curiosité amusée, étranger au monde terrestre ». Entre rue Broca et rue de la Folie-Méricourt, et quoiqu’il soit aussi épicurien, il mène une vie de bohème quasiment monacale. Indifférent à toute ambition matérielle, il s’accommode de la pauvreté pour ne jamais tomber dans la compromission. Pierre Gripari était membre de la Mensa. Communiste de tendance stalinienne de 1950 à 1956, il se rapproche ensuite des milieux d’extrême-droite (il sera ainsi membre d’Europe-Action). Néanmoins, son absence ultérieure d’engagement politique ferme manifeste son désintérêt profond de la politique active, bien qu’il participe au comité de parrainage du journal d’extrême-droite Militant au cours des années 1980. Il s’intéresse aux religions pour en pointer le folklore, souvent sous forme de pastiche. Cet anarchiste de droite a ensuite participé à l’association culturelle européenne du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE). Le Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2001) le qualifie d’« écrivain ironique, qui se tient à l’écart » et commente « Quant à ses prises de position “fascistes”, il faut y voir le goût de la provocation chez un homme à qui répugnaient la bonne conscience et les idées reçues, fussent-elles “démocratiques” ».

L’œuvre littéraire de Pierre Gripari est marquée par l’érudition, la citation et l’exercice de style. Il s’essaie en effet à des genres divers et variés : roman épistolaire (Frère gaucher ou Le Voyage en Chine), roman de chevalerie (Le Conte de Paris), science-fiction (Vies parallèles de Roman Branchu), etc. Figurent parmi les thèmes récurrents de ses ouvrages l’histoire du XXe siècle, le refus des prétentions totalitaires, l’Europe comme patrie spirituelle, l’homosexualité et la critique des religions monothéistes, notamment la religion juive, qu’il jugeait totalitaire et raciste. De fait, certains comme Pierre-André Taguieff, qui le qualifie d’« anarchiste d’extrême-droite » et lui attribue une « filiation célinienne » considèrent cet antijudaïsme comme antisémite. Symétriquement d’autres, comme son éditeur Vladimir Dimitrijević, contestent qu’il ait été antisémite et considèrent ses attaques contre le judaïsme, présentes dans certains de ses articles de presse et romans, comme une critique respectable de la religion juive. Gripari traite l’homosexualité, qu’il vit sans complexes, sur un ton à la fois ironique et tragique, sa conception des choses de l’amour constituant le soubassement de sa vision pessimiste de l’existence.

Publications :

1957 : Pierrot la Lune, roman, Éditions La Table Ronde

1962 : Lieutenant tenant

1964 : L’Incroyable Équipée de Phosphore Noloc racontée par un témoin oculaire avec quelques détails nouveaux sur les gouvernements des îles de Budu et de Pédonisse, roman, Éditions La Table Ronde

1965 : Diable, Dieu et autres contes de menterie, nouvelles, Éditions La Table Ronde

1967 : Contes de la rue Broca, contes, Éditions La Table Ronde

1968 : La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard, roman, Éditions La Table Ronde

1972 : L’Arrière-monde et autres diableries, nouvelles, Éditions Robert Morel

1973 : Gueule d’Aminche, roman, Éditions Robert Morel éd

1975 : Frère Gaucher ou le voyage en Chine, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Le Solilesse, poèmes, Éditions L’Âge d’Homme

1976 : Rêveries d’un martien en exil, nouvelles, L’Âge d’Homme. Histoire du Prince Pipo, de Pipo le cheval et de la Princesse Popi, roman pour enfants, Éditions Grasset-Jeunesse

1977 : Pièces enfantines, Éditions L’Âge d’Homme. Pedigree du vampire, anthologie, Bibliothèque fantastique, Éditions L’Âge d’Homme

1978 : Les Vies parallèles de Roman Branchu, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Nanasse et Gigantet, conte en forme d’échelle, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Jean-Luc Allart. Pirlipipi, deux sirops, une sorcière, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Claude Lapointe (repris dans les Contes de la Folie-Méricourt en 1983).

1979 : Café-théâtre, Éditions L’Âge d’Homme

1980 : Le Conte de Paris, roman, Éditions L’Âge d’Homme. L’Évangile du rien, anthologie, L’Age d’Homme.

1981 : Paraboles et fariboles, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. L’Enfer de poche, poèmes libertins, Éditions L’Âge d’Homme. Critique et autocritique, recueil d’articles, Éditions L’Âge d’Homme.

1982 : Moi, Mitounet-Joli, roman, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme. Les Chants du Nomade, poèmes, Coll. Le Bruit du Temps, Éditions L’Âge d’Homme. Pièces mystiques, Éditions L’Âge d’Homme. Pièces poétiques, Éditions L’Âge d’Homme.

1983 : Reflets et réflexes, essai, Éditions L’Âge d’Homme.

1983 : Les contes de la Folie Méricourt, contes, Éditions Grasset-Jeunesse, illustré par Claude Lapointe.

1984 : Rose Londres, Histoire de Prose, roman, Coll. Le Manteau, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme. Du rire et de l’horreur, anatomie de la « bien bonne », anthologie, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme.

1985 : La Rose réaliste, nouvelles, Coll. Contemporains, Éditions L’Âge d’Homme. Jean-Yves à qui rien n’arrive, roman pour enfants, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Claude Lapointe. Adaptations théâtrales, Éditions L’Âge d’Homme. Gripari, mode d’emploi, Entretiens d’Alain Paucard avec Pierre Gripari, enregistrés les 25 juin, 28 juin et 5 juillet 1984, Pierre Gripari se chargeant de la rédaction définitive, Éditions L’Âge d’Homme, coll. Le Bruit du Temps.

1986 : Le Canon, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Le Septième Lot, roman, Julliard/L’Âge d’Homme. Nouvelles Pièces enfantines, Éditions L’Âge d’Homme.

1987 : Contes cuistres, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. Nouvelles critiques, recueil d’articles, L’Age d’Homme.

1988 : Histoire du Méchant Dieu, essai, Éditions L’Âge d’Homme. Sept farces pour écoliers, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Boiry.

1989 : Notes d’une hirondelle, recueil de chroniques théâtrales, Éditions L’Âge d’Homme. Huit farces pour collégiens, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Boiry.

1990 : Contes d’ailleurs et d’autre part, contes, coll. Grands lecteurs, Éditions Grasset-Jeunesse. Les derniers jours de l’Éternel, roman, L’Age d’Homme. Le Musée des apocryphes, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. L’Affaire du petit pot de beurre, in Contes de la Table ronde, plaquette hors-commerce, Éditions La Table ronde.

1991 : Monoméron, ou je ne sais quantième consultation du Docteur Noir sur la vraie religion du peuple français, roman, Coll. Le Bruit du Temps, Éditions L’Âge d’Homme.

1992 : Énigmes, devinettes pour les enfants, illustrées par Puig Rosado, Éditions Grasset-Jeunesse. Je suis un rêve et autres contes exemplaires, Éd. de Fallois/L’Age d’Homme, anthologie des nouvelles de Pierre Gripari établie par Jean-Pierre Rudin, préface de Jean Dutourd.

1995 : Fables et confidences, fables, Coll. Le Bruit du Temps, l’Age d’Homme.

1996 : Le Devoir de blasphème, éd. du Labyrinthe

Entretiens et critiques parus dans la revue Éléments.

Note également parue sur La cause littéraire

L’amour sans le faire, Serge JONCOUR—-Spéciale rentrée littéraire 2012

  • L’amour sans le faire, Serge JONCOUR, roman, Flammarion, 320 pages, 19€.

Serge Joncour mène deux narrations en simultané, entrelaçant les courts chapitres autour de Louise et Franck. Qui sont-ils ? Deux êtres cabossés par la vie, en partance vers une destination inconnue du lecteur, ce qui éveille notre curiosité tout en subodorant que leurs routes vont se croiser. Louise, veuve, se trouve dans une mauvaise passe professionnelle. Franck, le Parisien qui a fui la campagne, sort de maladie. Fracassé par une rupture sentimentale, il songe à un retour à ses racines.

Le récit s’ouvre sur une énigme. Pourquoi cette voix enfantine, inconnue qui lui répondit au téléphone provoque le départ précipité de Franck?

Le narrateur va distiller les informations sur ses deux protagonistes avec parcimonie. Leurs portraits se tissent par touches pointillistes, tout comme celui de l’absent.

Peu à peu, on comprend que la décennie silencieuse de Franck l’a coupé de sa famille, d’où ses interrogations sur l’identité du « gosse » avec qui il noue une grande connivence. Portant le même prénom que son frère, Alexandre, mort accidentellement, Frank choisit de le désigner le plus souvent comme «le petit ».

Franck, déstabilisé au début par toutes les réparties du « môme », va réussir à l’apprivoiser. Un duo plein de vie dont on suit toutes les péripéties. Mais la présence à la ferme du fils de Louise, s’avère un obstacle pour aborder avec ses parents la vraie raison de son retour « au bercail ». Cette conversation plus intime qui aurait permis à Franck de s’épancher se voit différée, les parents de Franck partant à la mer.

Le départ des uns lui amène une femme providentielle, Louise, la mère d’Alex.

Le narrateur darde sa caméra sur le trio atypique, mettant en lumière leur attirance réciproque, leur trouble. Les regards s’aimantent. Franck ose des gestes pleins de douceur, bienveillants, réconfortants. leur proximité, les repas pris ensemble favorisent une certaine intimité. Franck est sensible à son charme. Comment résoudre le dilemme qui le taraude, Louise convoquant inéluctablement la mémoire de son frère ? La réponse est dans le titre: L’Amour sans le faire, « l’amour sans y toucher ».

Serge Joncour a le don de ferrer le lecteur, construisant son récit dans un style anaphorique ou comme une nouvelle. Chaque dernière phrase a une résonance particulière, comme une chute. Elle interroge le lecteur, d’autant plus avide de passer au chapitre suivant. Par exemple : l’euréka d’Alex «  j’ai trouvé… ». L’homme à la moto est nimbé de mystère.

Certaines scènes, restituées dans les moindres détails, créent le dynamisme et impulsent des accélérations au récit, à en donner le vertige. On perçoit le tacatam des trains, le halètement des boggies. On panique lors des collisions. On s’essouffle au cours de leurs virées à vélo. On assiste avec amusement au « rodéo survolté » de Franck s’escrimant à faire le ménage devant Alex médusé. On vit minute par minute le sauvetage de Louise, scène épique. On participe à la recherche de la fuite d »eau qui nécessite de mutiler les champs. On partage leur osmose dans cette nature lénifiante leurs pas synchronisés, leurs soirées à compter les étoiles filantes, leurs parenthèses enchantées loin de l’agitation urbaine. Ces instants suspendus ne vont-ils pas faire basculer le futur ? Auraient-ils trouvé leur paradis ?

Les dialogues avec l’enfant font sourire, surtout quand celui-ci paraît plus mature que Franck. On s’attache à Alex, recélant un gisement d’énergie inépuisable.

Il devient le pivot du roman, celui qui donne un sens à la vie de ses grands-parents.

Le roman est traversé par une pléiade de bruits (brouhaha du marché, chants des oiseaux, cris, gémissements), d’odeurs (de fromages, de bougies à la citronnelle).

Il se lit comme une succession de tableaux: Louise attablée au café semble sortir d’un tableau de Hopper. On pense à Constable dans ses évocations de la rivière « noueuse », «qui serpente encaissée entre les calcaires ».

Serge Joncour brasse plusieurs thèmes dont le principal concerne la transmission d’un patrimoine. Situation d’autant plus délicate quand les enfants n’ont pas la fibre de terrien. L’auteur soulève les querelles , les rancoeurs entre fermiers, la question du droit de passage et souligne cet attachement à la terre des paysans.

Il explore les tréfonds de l’inconscient des protagonistes majeurs. En filigrane il aborde la question de la paternité, du rôle joué par un enfant « une manière de se construire un avenir ». Il s’interroge sur ce qu’il reste d’un couple quand celui-ci se délite, sinon « des souvenirs éparpillés ».

Il pose un regard sur la crise économique, le spectre des plans sociaux à travers les angoisses de Louise et ses collègues, menacées par la précarité.

Sa plume est tout aussi acérée et satirique quand il constate les hôtels à l’abandon, les suppressions de trains, leur vétusté. Mais les trajets allongés permettent à Serge Joncour de nous restituer à merveille l’atmosphère des gares et nous faire défiler en travelling la variété géographique de la France (« champs de ventilateurs aux allures futuristes », forêts, collines, reliefs) avant d’en transcender les paysages sublimes.

Serge Joncour s’inscrit dans la lignée de Rick Bass et Thoreau par sa communion avec la nature, comparant sa terre natale au Montana, ou par son état de contemplatif.

Poésie (« Les nuages avaient coulissé. Les grillons donnaient une profondeur ouatée », « Les chants des oiseaux s’emmêlaient dans une partition solaire » et sensualité (la silhouette charnelle de Louise, pieds nus) ne sont pas absentes.

Qu’en sera-t-il de Louise et Franck, du destin de ces deux solitudes ?

Ils semblent mus par le même viatique: ne pas se faire de mal, ne pas gaspiller un instant la chance d’être vivants, bien décidés de se reconstruire et d’abandonner leurs rancoeurs, leurs échecs. Vont-ils se croiser pour un instant ou pour une vie ?

Franck va-t-il resserrer ses liens avec ses parents qui ont vécu avec résignation son exil ? Vont-ils gommer leurs différends ? Le suspense accompagne le clap final.

L’émotion qui imprègne les dernières pages étreint à son tour le lecteur.

Serge Joncour serait-il doté de prescience pour laisser sous-entendre que le regroupement de plusieurs générations, la solidarité devenant primordiale, risque d’être une tendance du futur ?

Serge Joncour signe un roman familial touchant, en perpétuel mouvement, ancré dans le monde rural qui transpire la beauté des paysages et des instantanés fragiles. Un récit débordant de tendresse, de nostalgie, émaillé de flashback, sur fond de réalisme sociétal, servi par une écriture cinématographique.

◊ Nadine Doyen