Libelle, Mensuel de poésie

Au rayon des revues littéraires :

  • Libelle

Micro revue mensuelle de poésie qui débute en 1991 par la création d’une association loi 1901 qui a pour nom « Libelle ». Bernard Rivet et Michel Prades sont les membres fondateurs. En 1994, Bernard Rivet « a rejoint les grands indiens » comme l’a dit Richard Bohringer. Nous vous livrons ici la conception « rivéenne » du poème :

« Sans lieu ni date. Le poème s’inscrit à l’envers du non-sens : mots de chair vive et sable chaud, verbe arraché aux brûlures du soleil, à l’angle de la pierre. Son dernier domicile est dans le vent ».

Michel Prades et ses animateurs continuent pour lui.

Sans prétention et avec de petits moyens, elle s’étoffe en qualité (pages, tirage…). Elle publie des inédits de poésie contemporaine en restant ouverte au plus grand nombre de poètes, peu ou pas connus, et aux maximums de styles. Elle est le reflet des goûts les plus divers, ne dédaigne pas les polémiques et affiche des aspirations profondes. Un bulletin anthologique paraît chaque année, proposant un éclectisme poétique de bon aloi. Libelle est un rêve porté à bout de bras par une équipe bien motivée.

Depuis plusieurs années, avec ce petit recueil de poèmes, vous prenez connaissance du « microcosme » et de ses acteurs, de quelques critiques, de beaux dessins, de l’annonce des concours et d’un bloc-notes en six pages. C’est une revue ouverte aux jeunes auteurs (nous voulons dire jeunes par la pratique de l’écriture). Le lectorat est très ouvert : 80% d’auteurs inconnus qui expédient leurs travaux, 20% des auteurs abonnés à la revue.

Comme nous recevons de plus en plus de textes au fur et à mesure qu’on nous connaît, nous sommes un peu plus exigeants sur la « qualité », sur le travail poétique, mais toujours aussi libres, toujours aussi ouverts. Cinq personnes constituant le comité de lecture se réunissent tous les mois pour décider quels poètes devront figurer dans le Libelle prochain. Chaque mois cinq cent exemplaires sont expédiés aux cent cinquante abonnés et aux revues de poésie françaises et étrangères.

Libelle est une histoire d’amitié, d’amitiés, un cas d’écriture non installé, volontairement non installé. Bien sûr, il nous faut aussi des lecteurs, et nous comptons sur vous, sur le bouche-à-oreille pour amener d’autres abonnés. Nous comptons vivement sur le soutien fidèle des abonnés, unique condition de notre existence pour attaquer les années à suivre avec sérénité. Concrétisez votre fidélité.

Michel Prades

116 rue Pelleport, 75020 Paris – France, Tél. : 01 43 61 52 40 ;

pradesmi@wanadoo.fr

http://www.myspace.com/michelprades

Mensuel ; 2€/n° ; Abonnement : 25 € ; Abonnement de soutien : 40 €

Brûler de l’intérieur, Ahmed Kalouaz, photographies d’Alain Cornu

 

  • Brûler de l’intérieur, Ahmed Kalouaz, photographies d’Alain Cornu. Thierry Magnier « photo roman » – Octobre 2012. 88 pages, 9,50 €

 

Un concept original que ces photos romans, qui n’ont rien à voir avec les romans-photos. Ici photos et roman sont présentés séparément, d’abord les photos, dès la première page, on entre dans l’image, une photo par page. Ici des vues horizontales de bord de mer, plages du Nord en morte saison, des maisons, des rues, vides pour la plupart, une chaise de maître nageur où s’accrochent des algues, une caravane à gaufres fermées… Des photographies très esthétiques d’où l’humain semble quasi absent et qui ouvrent la porte à l’imagination. Puis démarre l’histoire qui en contraste peut-être, met l’accent surtout sur l’humanité, ce qu’elle a de plus beau en elle : l’altérité. Le concept de ces photos romans veut que l’auteur écrive une histoire à partir d’une série de photos dont il ignore tout. Pour le lecteur, qui a d’abord, lui aussi, regardé ces photos, au fur et à mesure de sa lecture, survient tout d’un coup des impressions de déjà vu, des images se superposent, se mélangent à ses propres images, les souvenirs des protagonistes sont aussi les siens : il a vu. Cela donne une texture toute particulière à l’histoire.

Ici c’est celle d’un moment de vie d’une famille qui vit en Provence. Sophie, la narratrice, adolescente et fille unique, s’interroge sur cette étrange maladie qui menace son père, le burn out, un incendie qui couve déjà depuis un moment et menace de tout emporter.

« Le travail de papa débordait sur la vie à la maison (…).

Moi j’aimais bien l’idée d’un père héros défendant les pauvres du monde entier, mais j’avais aussi envie d’un dimanche calme avec lui, dans les Alpes ou en Auvergne, pour admirer au-dessus d’un étang le vol des bernaches, des colverts. (…) Lorsque miraculeusement, il rentrait un peu plus tôt, c’était chargé de dossiers, et quand maman le lui reprochait, il répondait :

– C’est pas juste des feuilles et du papier qu’il ya là-dedans, mais des hommes et des femmes. »

Son père mène un combat, depuis longtemps, contre l’injustice, il se démène pour aider les exclus, les réfugiés, les sans-papier, les blessés de la société, il est tellement pris par ce combat qu’il ne parvient plus à prendre du temps avec sa propre famille,  pour partager avec eux aussi un peu de cet amour de l’autre qui le consume. La mère de la narratrice est originaire du Nord, de la Côte d’Opale et elle aimerait bien y retourner un peu, y emmener la famille en vacances, et que ce père au bord de l’explosion, accepte de souffler un peu, faire une pause.

« Il se prenait pour un dur à cuire, alors qu’elle ne rêvait que de l’entrainer de temps en temps, même en morte-saison sous les nuages bas que le vent charriait, vers l’écume venant maquiller les galets, le sable gris. (…) Et moi je m’imaginais, dans le chenal, (…) marchant sur la dune en leur tenant la main jusqu’à la fameuse cabane à gaufres. »

Sophie a des souvenirs de ces lieux, ces plages du Nord, la maison de la grand-mère, elle aimerait y retourner elle aussi, mais quand son père dit qu’ils iront, elle ne le croit pas, elle ne le croit plus. Aussi, un jour, elle enfourche sa bicyclette avec en tête l’idée de « partir à l’aventure, fuir contre mon gré cette maison où le feu couvait dans la tête de papa. »

C’est ainsi que Sophie va faire deux très belles rencontres. Il y a d’abord Marcelle, une vieille dame originaire du Nord elle aussi, qui a passé une bonne partie de sa vie à Lyon, à photographier les gens de la banlieue, des gens comme celles et ceux pour lesquel(le)s son père se bat aujourd’hui. Tous les murs de sa maison, où elle invite Sophie à manger, sont pleins de ces photos plus admirables les unes que les autres et une amitié instantanée va naitre entre ces deux femmes, l’une à peine à l’aube de sa vie et l’autre qui arrive au bout de la sienne, bien remplie et porteuse d’un trésor de cinq mille photos. Sophie voit son père différemment au travers des yeux de Marcelle. Et puis elle rencontre aussi sur le chemin du retour, Justine, qu’un chagrin d’amour a lancé sur les routes et qui a transformé sa douleur en force pour faire le tour de France à pieds avec un cheval et un âne. Ces deux rencontres vont insuffler une énergie nouvelle à Sophie, lui élargir ses horizons et pendant qu’elle apprend ainsi à prendre un peu de recul, à découvrir que la vie recèle bien des surprises, bien des trésors, son père grâce à un acupuncteur et l’aide de sa femme, retrouve un peu d’énergie pour prendre lui aussi un peu de recul. C’est ainsi qu’un peu plus tard, il fera la surprise d’emmener toute la famille dans le Nord, voir si la cabane à gaufres est toujours sur la plage.

C’est donc une belle histoire très émouvante, parcouru d’un grand souffle d’humanité, que les photos d’Alain Cornu ont inspirée à Ahmed Kalouaz, qui rend hommage également dans ce texte à une autre photographe, Marcelle Vallet, décédée en février 2000 à l’âge de 93 ans.

Marcelle Vallet est une des rares femmes photographes et reporters à Lyon dans les années cinquante. Témoignage d’une vie et d’une époque, ses photographies prise jusque dans les années 70, font partie des collections de la Bibliothèque municipale de Lyon : un ensemble de quelques 5000 pièces, dont plus de 1700 clichés négatifs, que Marcelle Vallet a donné à la Ville de Lyon en juin 1994.

Ahmed Kalouaz est un écrivain français né en 1952 à Arzew, en Algérie. Il a publié plus d’une trentaine d’ouvrages (poésie, nouvelles, roman, théâtre, textes pour la jeunesse). Ses romans adultes et jeunesse sont maintenant publiés au Rouergue.

Du même auteur : Paroles buissonnières, Le Bruit des Autres, 2012 ;
Les chiens de la presqu’île, Le Rouergue, 2012 ; Je préfère qu’ils me croient mort, Le Rouergue, 2011.

Alain Cornu, photographe, est né en 1966 à Decize (Nièvre). Il vit à Paris. Formé à l’école de l’image aux Gobelins à Paris.

©Cathy GARCIA

 Editions Thierry Magnier

Franz Bartelt – Hopper, L’Horizon intra muros –

 

  • Franz Bartelt – Hopper, L’Horizon intra muros – Éditions Invenit, collection Ekphrasis (12€)

 

Certains écrivains s’inspirent de faits divers, d’autres comme Franz Bartelt tentent de percer le mystère d’un tableau, laissant leur imagination les guider. On sait l’auteur amateur d’art. N’a-t-il pas déclaré que « Si les gens fréquentaient plus souvent les musées, ils ne mettraient jamais les pieds dans les pharmacies…» ?

A l’heure de l’exposition Hopper à Paris, Franz Bartelt revisite une des œuvres majeures du peintre : l’emblématique tableau Nighthawks, et concentre son regard sur ces Oiseaux de nuit afin d’en décrypter les moindres détails. Il dédie cet ouvrage à ceux « que le temps transporte », pour qui le temps n’a pas de prise, fil rouge qu’il va dérouler en insérant des réflexions poétiques et philosophiques avec sa touche d’humour : « sans y convoquer plus d’un neurone ».

En préambule, l’auteur part du constat que l’art n’est pas la nourriture quotidienne du « quidam ordinaire », qu’il ne s’invite pas dans nos chaumières, par paresse ou manque de curiosité. Les calendriers pallient cette carence ainsi que les cartes postales souvent utilisées en marque-pages.

C’est pourquoi Franz Bartelt retrouve le tableau Nighthawks, carte de vœux mystérieuse, dans un ouvrage consacré à Brueghel, ce qui lui permet une étude comparative. Le contraste est frappant : l’individualisme, la solitude « impartageable » chez Hopper s’oppose au collectif, à cette communauté solidaire de Brueghel. Chacune des retrouvailles avec cette carte volante (qui semblait jouer à cache-cache avec l’auteur) déclencha l’écriture d’une prose poétique, dont des extraits sont distillés dans ce recueil. Si le mot nighthawks, qui convoque pour l’auteur « quelque chose d’effrayant », désigne des noctambules assimilés à des fêtards, ceux du tableau n’ont pas l’air de s’éclater. Ces êtres atones, comme figés, perdus dans leurs songes, semblent plutôt tromper ou noyer leur solitude « géométrique », leur ennui dans ce bar « immensément désert ». Face à une telle immobilité, vacuité, l’auteur aurait souhaité déceler un soupçon de douceur, de chaleur, ne serait-ce qu’avec la présence d’un chat. Mais il convoque Rimbaud pour qui « l’essentiel est ailleurs », et ici c’est la société « fric » avec le tiroir caisse bien en évidence.

Franz Bartelt focalise notre attention sur des détails relatifs à chacun des individus : un journal sous le coude, une cigarette, les doigts de la femme en rouge. C’est elle qui accroche la lumière réfléchie par le mur jaune paille et rayonne telle une icône, au visage serein et recueilli.

L’auteur s’interroge quant à la présence de ces trois anonymes dans « cet asile de nuit », ce havre de paix où l’obscurité et la lumière se livrent bataille. Attendraient-ils un train dans un buffet de gare ? citant une phrase célèbre d’Antoine Blondin : « Un jour, nous prendrons des trains qui partent ». Hopper aurait-il peint le tableau de l’attente, cristallisé des instants suspendus où il n’y a ni passé, ni avenir ? Mais où le temps implacable aura le dernier mot.

Dans ce huis-clos, cet enfermement, tels des poissons captifs d’un aquarium, les personnages semblent subir leur vie, « avoir perdu l’espoir », face à cet « horizon intra muros ». Pour l’auteur, il se dégage de cette scène statique une certaine mélancolie, lui faisant songer à L’intranquillité de Pessoa, « une nostalgie de l’immédiat » que la couleur masque en surface seulement, tel un fard.

Comme un livre récolte autant d’interprétations que de lecteurs, Franz Bartelt rappelle que « le tableau parle par la voix de celui qui regarde », ajoutant que « Ce que l’on ressent prime sur ce qu’on apprend ». Au lecteur de s’approprier cette toile spleenétique, ayant aussi inspiré Philippe Besson.

En filigrane, on devine l’écrivain rivé à sa table ensevelie sous un flot de papiers, absorbé dans son travail « lent, long, obscur » qu’impose la créativité, et parfois taraudé par un « sentiment d’inutilité ». A la fin de ce recueil, on trouvera une biographie condensée du peintre et de l’auteur.

Franz Bartelt pense que « s’il s’est produit des miracles sur la terre, on le doit plus à la peinture qu’à la littérature ou à la musique ». Alors quand le lecteur découvrira qu’il sait allier littérature et peinture, il ne pourra être que comblé par cet opus à la présentation raffinée, enrichie par des gros plans du tableau. Franz Bartelt reste cet auteur éclectique, toujours là pour nous surprendre.

©Nadine DOYEN

Traversées a reçu

28/11/2012

 

Traversées a reçu :

 

Les recueils suivants :

 

  • Les beaux suivants, Louis RAOUL, Poésie, éditions de l’Atlantique, collection Phoibos, 2012.

 

  • Les beaux suivants interroge d’abord le souvenir : celui de ceux qui sont partis à tout jamais et dont le moindre objet, tel un révélateur, ressuscite la vivante présence :

 

« Voici que lo’n parle

De celui qui n’habite plus le manteau

Accroché là

Comme un silence

Qui aurait pris corps »

 

Et pourtant point de tristesse (à tout le plus une pointe de mélancolie) dans ce recueil où l’en-allé€ revit soudain et, à travers l’épaisseur de la tendresse, reprend corps dans la Présence même si :

 

« On pense à tous ceux

que nos chiens d’encre

n’ont pas ramenés au jour. »

 

Et qui sont ces beaux suivants sinon ceux qui suivaient autrefois les lents corbillards, qui les suivent encore, y compris du bout de leur mémoire et du bout de leur plume ? Chaque poème résonne ici comme un vitrail.

 

Silvaine Arabo

 

  • Les chemins de Janus, Pierre CORAN, Poésie, M.E.O., 2012.

 

  • Les chemins de Janus est le voyage poétique d’un errant en quête d’un autre lui-même. Trois étapes jalonnent le cheminement : l’euphorie du départ, les épreuves à surmonter et la lumière atteinte : « Je m’étais cru désert et j’étais habité ».

 

  • Le cri des libellules, Jacques NICOLAS, Weyrich, Roman, 2012.

 

  • Un fait divers relaté en quelques lignes dans les journaux de la province de Luxembourg (Belgique) est le dénouement à peine croyable de ce roman.

Le destin de Maria Laruelle, fille d’un ouvrier d’usine de Bouillon, s’est jouée le 5 juillet 1953. Ce dimanche-là, en fin de matinée, quatre jeunes gens de Sedan passaient la douane au Beaubru pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux, Lucien Bailly…

 

  • Dixhuitjuilletdeuxmillequatre, Roger DES ROCHES, Poésie, Les herbes rouges, Montréal (Québec), 2004.

 

  • La mort de la mère : ce moment où le fils est anéanti et… libéré.

Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l’entrée en agonie d’un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs

« gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec

Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord :

Douzejuilletdeuxmillequatre ».

La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.

Depuis 1968, Roger Des Roches a créé un univers littéraire à nul autre semblable. Son œuvre est une source d’inspiration pour toute une génération de poètes.

 

  • Felka, une femme dans la Grande Nuit du camp, Serge PEKER, Roman, M.E.O., 2012.

 

  • Un couple, Félix et Felka. Tous deux peintres, Felka, avant de mourir dans la Grande Nuit du camp, revit les principaux moments de sa vie de couple jusqu’à sa déportation avec son mai en juillet 1944. Les tableaux de Félix animent les souvenirs de Felka et lui permettent de transformer ses ultimes moments en un véritable souffle de vie et de liberté.

« Si les nazis osaient lever les yeux vers nous, ils nous verraient nous étreindre dans le lit de notre indifférence à leurs sombres uniformes. Mais ils n’oseront jamais car ce serait admettre que nous sommes les vainqueurs et qu’ils sont les vaincus. »

Ce couple pourrait être celui de Felka Platek, peintre juive d’origine polonaise, et de Félix Nussbaum, peintre juif allemand, tous deux arrêtés à Bruxelles le 20 juin 1944 et déportés à Auschwitz le 31 juillet.

Le récit s’élabore en duo avec des tableaux peints par Félix Nussbaum, aujourd’hui conservés dans le musée érigé en son honneur dans sa ville natale d’Osnabrück.

 

  • Ici mon désir est ma loi, Théophie de VIAU, Poésie, Choix et présentation par François BODDAERT, Orphée / La Différence, 2012.

 

  • Théophile de Viau (1590-1626). Né protestant près d’Agen, il fait des études classiques, voyage, est exilé, se convertit, se fait connaître à la cour par son esprit (sa comédie Pyrame et Thisbé), se lie avec des poètes de sa génération, dont les sulfureux Boisrobert et Des Barreaux. Il y a une parenté avec Villon dans les mœurs, l’insolence, la mélancolie, la soif de vivre et les affres de l’emprisonnement. Ces temps troublés ne sont pas sans risques. Les Jésuites s’acharnent : la « fureur » de l’élégiaque sarcastique, libertin avant la lettre, lui vaut d’être brûlé place de Grève… en effigie. À l’exception de Corneille et de La Fontaine les classiques condamnèrent eux aussi cet ennemi de l’imitation, cet amoureux de la nature. Les modernes, dès Gautier, Gourmont, redécouvrirent peu à peu tout l’éclat du charme blessé dont il enchanta l’orée du Grand Siècle.

 

  • Le laitier de Noël, Roland COUNARD, Le Pont du Change, 2012.

 

  • Robin Dubuisson a cinq ans quand on lui offre un vélo torpédo. Son grand-père meurt, au bas de l’escalier de la terrasse. Sa voisine meurt, sans doute assassinée (par le père de Robin ? Par un intrus ? Par Robin lui-même ?). Et Sabrina, et Colette, que viennent-elles faire dans ce jeu ? Personne n’en sait rien. Cependant, par petites touches précises, écrites avec un réel souci d’égarer le lecteur, Roland Counard donne toutes les pièces d’un puzzle enfantin. Il suffit de se laisser emporter par la magie de ses mots pour se retrouver dans un enchevêtrement de genres : récit de vie, roman policier, long poème sur la lucidité et la perversité de l’enfance, analyse psychologique des relations humaines. Tout cela bien dense, d’une puissance presque éhontée. Un texte dont on se régale, comme une lampée de lait frais, le matin de ses cinq ans.

 

Jean-Claude Legros

 

  • Ne tue pas la mésange bleue, Nicole PIQUET-LEGALL, Prix de poésie 2012 Yolaine et Stephen Blanchard, Les presses littéraires, collection Florilège, 2012.

 

  • Sculptant ses mots au scalpel de l’introversion, l’auteure a continué d’explorer « les strates de détresse dans les dédales du deuil et son déluge de maux… », sans craindre « l’immodération ».

Pour mieux exprimer « l’inacceptable disparition, l’accablante épreuve », elle décrit les lancinantes blessures du corps crucifié dans la désespérance, jusqu’à « l’aliénance ».

Cependant, le constat s’impose, irréversible : « la mort ne se partage pas ». « Toute crainte apaisée dans l’échappée des regrets, il faut guetter les prochains réveils, la sagesse d’une nouvelle ère… » qui libèrera enfin l’envol créateur.

Alors, soyons à l’écoute de ce cri frémissant telle une supplique : « Ne tue pas la mésange bleue et chante encore la vie » !

 

Yolaine et Stephen Blanchard

 

  • Le nouveau temps du verbe être, Roger DES ROCHES, Poésie, Les herbes rouges, 2011.

 

  • « Le passé, l’étendue du corps des femmes, la vie fabriquant des chimères.

Promenade d’homme nu dans un paysage mal réfléchi.

Comment interpréter ce qui fut, ce qui fuit ? Seul but du poème.

Comment retrouver ses chemins dans le noir ?

Travail de mémoire et d’invention. Plutôt qu’écriture automatique, mémoire automatique.

Capturer des images du passé, dont on ne sait plus, dont on ne saura jamais, si elles sont vraies ou fausses.

Spectacle organique, voix de chair. Avec l’image d’un Christ vaincu qui traverse l’espace, la tête et le corps. »

 

  • L’ombre que les loups emportent, Poèmes 1985-2000, Christophe DAUPHIN, Les Hommes sans Epaules éditions, 2012.

 

  • « Sans le poète, »écrit Dauphin, « il n’ya ni rêves, ni miroirs ». Parce que le poète refuse, à tous les niveaux, de se tenir à l’étroit dans le monde. D’où son recours permanent à une toile de fond cosmique : les astres, les étoiles, l’horizon ; à la valse des éléments : le vent, les fleuves, la pluie ; à la Nature jour et nuit en plénitude : les arbres, les feuilles, les fleurs… L’homme – qui d’ailleurs est « un nomade » – est, sans cesse, pénétré par le monde. En effet, pour faire face, pour se voir bouger, pour ressentir son être, il a besoin de cette fresque élémentaire à quoi s’appuyer, avec quoi jongler, entrer et sortir de soi par toutes sortes de portes, puisqu’il envoie ses poèmes à la poursuite du « qui sommes-nous au milieu de tout ça ? » La matière première du monde sensible coagulée à la volonté de connaissance de soi et aux incursions, à nos élans « sur la route du sang »… Christophe Dauphin, poète phare de sa génération, qu’il incarne avec force, originalité et authenticité, comme personne d’autre, est un poète de la poésie vécue, un poète de l’émotion. Il s’insurge contre les massacres. Il nous appelle à réunir nos forces afin de « donner sens à cette terre égorgée par le mensonge ». Et pour se faire entendre, il pratique le « cri arracheur d’entrailles ».

 

Jean Breton (mars 2000)

 

  • Le portail gris-bleu, Jean-Pierre FARINES, Poésie, éditions de l’Atlantique, collection Phoibos, 2012.

 

  • C’est en ces termes que Jean-Pierre Farines définit son recueil : « Comment grandir sans perdre de vue les éclairs de vérité de l’enfance ? Le portail gris-bleu est le passage étroit entre mémoire et devenir. Un voyage intérieur, dans la lumière du Midi, vers le présent et la découverte de soi.

 

  • Portes de l’anonymat à l’usage d’un long voyage en Chine, Pierrick DE CHERMONT, Poésie, éditions de Corlevour, collection Nunc, 2012.

 

  • Les poèmes rassemblés dans ce recueil veulent répondre à la question : où suis-je quand je marche ? La géographie qui s’en dégage mélange les paysages intérieurs et extérieurs. Elle revoit les enchaînements temporels en les regroupant suivant les points de fixation qu’ils eurent… Des ensembles se dessinent, introduits par des arches invisibles, mais qui, nommées, confèrent aussitôt une identité propre à l’ensemble. S’approcher d’un repère, l’enjamber, c’est comme pénétrer sur une terre nouvelle. Il y a un seuil désormais, un dedans et un dehors. Plus qu’une arche, on parle de porte. {…}

Où est le roi ? Et cette voix qui hante ces ruines et se tait, dont le souffle est plein d’espace et de temps, quelle est-elle ? ça sent encore le vin frais de la cave, la peinture, le soleil après l’absence. J’écoute, je l’interroge, je le combats. Alors après l’Orphée russe, je redis ne pas avoir « envie de parler de moi, mais de tendre l’oreille pour écouter la germination et le bruit du temps. »

 

  • Survitudes, Stephen BLANCHARD, Poésie, préface de Michel LAGRANGE, Les presses littéraires, collection Florilège, 2010.

 

  • …Qu’y trouvons-nous ? Le chant d’une âme, qui est un monde pour son auteur, et pour ceux qui s’y reconnaîtront. Ils seront nombreux parce que le chant du poète nous concerne tous. Le chant d’une âme donc, en ses contradictions fertiles. Les facettes d’un esprit personnel, unique et propre à la condition de tout être pensant. Portrait du peintre face au miroir, et désireux d’ouvrir grandement la fenêtre…

 

Michel Lagrange

 

Les revues suivantes :

 

  • L’aero-page n°99, automne 2012, 12 p.A4 ;

Union Nationale pour l’Information des Auteurs et Concouristes pour la Défense de la liberté d’expression des écrivains (UNIAC), 19, allée du Mâconnais à F-21000 DIJON

aeropagblanchard@aol.com

(Stephen BLANCHARD)

 

  • Art et poésie de Touraine n°210, automne 2012, 62p. A4

Carroi de Paris, 61, rue du Coteau à F-37500 SEUILLY

catpoesie.touraine@free.fr

(Catherine BANKHEAD)

 

  • La braise et l’étincellen° 102, 15 novembre 2012,

24 p.A4

Journal bimestriel indépendant au service de la francophonie (arts – lettres – poésie – échos) –

7/2 rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 COURBEVOIE –

yvesfred.boisset@papus.info; http://yves-fred.over-blog.com

(Annie et Yves-Fred BOISSET)

 

  • Comme en poésien° 51, septembre 2012, 76 pages A5

Revue trimestrielle de poésie

Le pierrot lunaire

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR

j.lesieur@orange.fr

(Jean-Pierre LESIEUR)

 

  • Comme un terrier dans… l’igloo dans la dune!n° 98, septembre 2012, 112 p. A5

Par-dessus le bastingage

67, rue de l’église à F-59840 LOMPRET

guy.ferdinande@neuf.fr

(Dan & Guy FERDINANDE)

 

  • Le Glettonn°439, octobre 2012, 20 p. 16X24

Mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois

secretariat.gletton@gmail.com

Michel DEMOULIN)

 

  • Inédit nouveaun° 259, novembre-décembre 2012, 32p.A4

Mensuel littéraire des Editions du Groupe de réflexion et d’information littéraire (GRIL) ne publiant que de l’inédit

Ardenne mythique… et européenne

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 LA HULPE

0032 (0) 2 652 11 90

(Paul VAN MELLE)

 

  • Lectures françaisesn° 666, octobre 2012, 64 p.A5 – Revue mensuelle de la politique française

BP 1 à F-CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

 

  • Libellen°237 et 238, septembre et octobre 2012,

6 p.A5/n° – Mensuel de poésie

116, rue Pelleport à F-75020 PARIS

pradesmi@wanadoo.fr

(Michel PRADES)

 

  • Microbe n°73, septembre-octobre 2012, 24 pages A6

La revue qui va pouvoir regarder des films interdits aux moins de 12 ans !

et Mi(ni)crobe # 36 : Les femmes fatales sont-elles mortelles, Hélène DASSAVRAY

Launoy, 4 à B-6230 PONT-A-CELLES

ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)

 

  • Nouveaux délitsn°43, octobre à décembre 2012, A5

Revue de poésie vive

Létou à F-46330 ST CIRRQ-LAPOPIE

nouveauxdelits@orange.fr

(Cathy GARCIA)

 

  • Pages insulairesn°26 et 27, août et octobre 2012, 24p. A4

Bimestriel perméable aux idées

3, impasse du Poirier à F-39700 ROCHEFORT-SUR-NENON

pagesinsulaires@orange.fr

(Jean-Michel BONGIRAUD)

 

  • Portiquen° 88, octobre 2012, 56 p.A5

Revue de création poétique, littéraire et artistique

Mairie à F-84110 Puyméras

http://portique.jimdo.com

http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

 

  • Portulan bleu n°13, octobre 2012, 52 p.A5 ; 10€.

Éditions Voix Tissées, 105, avenue Aristide Briand à F-92120 MONTROUGE.

portuland@orange.fr

(Martine RIGO-SASTRE)

 

  • Reflets Wallonie-Bruxelles / La pensée wallonne n° 33, 3ème trimestre 2012, 75p.18X25

Organe officiel de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie

Espace Wallonie, 25, rue Marché-aux-Herbes à B-1000 BRUXELLES

joseph.bodson@skynet.be

(Joseph BODSON)

 

  • Revue indépendanten° 335, octobre à décembre 2012,

54p. 15X24

Résidence B, 24, rue Saint-Fargeau à F-75020 PARIS

sje_ri@yahoo.fr

(Jeannine-Julienne BRAQUIER)

 

  • Traction-Brabant n°48, 18 octobre 2012, A5,

résidence Le Blason 3ème étage,

4, place Valladier à F-57000 METZ.

p.maltaverne@orange.fr

(Patrice MALTAVERNE)

Samuel Beckett, Peste soit de l’horoscope et autres poèmes

 

  • Samuel Beckett, Peste soit de l’horoscope et autres poèmes, Traduit et présenté par Edith Fournier, Editions de Minuit, Paris, 48 pages, 2012, 7,50 E.

     

     

Si l’on en croit l’histoire poétique telle qu’elle se dessine aujourd’hui à travers les livres qui lui sont consacrés, on pourrait penser que  Beckett n’existe pas en tant que poète. Les anthologies l’ignorent. Rappelons que les Poèmes suivi de Mirlitonnades furent passés pratiquement sous silence au moment de leur parution. Au sein de ce silence, deux exceptions : les interventions jadis de Ludovic Janvier et de Pierre Chabert et celle naguère de Gilles Deleuze, qui, dans son essai L’Epuisé, consacre Beckett en tant que poète.

Pourtant, dès la fin des années 20, Beckett écrit des poèmes. Et, anecdote qui a son importance, en 1930, le futur Nobel apprend dans son repère miteux de la rue d’Ulm, le jour même de la date limite fixée pour le dépôt des textes, l’existence d’un concours pour le meilleur poème de moins de cent vers ayant pour sujet le temps. Cette compétition littéraire est proposée par Richard Aldington et Nancy Cunard (directeurs parisiens des éditions anglaises Hours Press). Beckett écrit à la hâte Whoroscope, poème de quatre-vingt-dix-huit vers sur la vie de Descartes, telle qu’elle fut décrite en 1691 par Adrien Baillet. Il remporte le concours. Whoroscope (traduit de manière peu satisfaisante sous le titre « Peste soit de l’horoscope ») sera publié en septembre 1930 sous la forme d’une plaquette. Il s’agit de la première publication séparée d’une œuvre de Samuel Beckett.

Avec la publication de ces premiers textes, le corpus beckettien est désormais pratiquement définitif à l’exception des lettres. Le livre qui paraît aujourd’hui est loin d’être essentiel puisque dans une certaine mesure il contredit le mouvement général qui emporte l’œuvre vers son extinction et son épuisement. En effet, à l’inverse de tant d’auteurs qui, en vieillissant, engagent des projets voués par la mort à l’anéantissement, Beckett, comme le souligna si justement Gilles Deleuze dans une conférence « achève lui-même l’extinction de son entreprise ».

Elle s’engage très tôt. Dans son essai sur Proust – parallèle chronologiquement aux exhumations d’Edith Fournier  – Beckett écrit : « La pulsion artistique ne va pas dans le sens d’une expansion mais d’une contraction ». Mais l’Imaginaire poétique n’abandonne pas encore ici des domaines traditionnels afin de permettre de pénétrer dans d’autres domaines, dans d’autres langages, jusqu’à un lieu d’écart et de silence. Et la fameuse formule de Winnie : « vieux style », qui ponctue Oh les Beaux jours, ne peut donc convenir pour ces pièces de jeunesse. 

Whoroscope présente plus particulièrement un intérêt mineur. Canulars et calembour fleurissent. Mots curieux et parodies aussi – telle, en 1931, son Le Kid, parodie du Cid…. Cependant se discerne une solide culture scientifique, littéraire et philosophique. Mais quoique grand connaisseur de poésie (de Dante, Yeats à Blake, de Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire à Max Jacob et les Surréalistes qu’il traduisit dans les années trente) Beckett va très vite aller ailleurs. Pour autant, dans les textes de cette époque qui viennent d’être édités, présentés (bien) et traduits (moins bien) par Edith Thomas, l’influence de Rimbaud et Baudelaire, de Mallarmé et Apollinaire reste importante.

Ça et là toutefois, la poésie beckettienne touche à une forme de « trivialité » qui, contrairement  à celle que Baudelaire appelait de ses vœux – n’a rien de « positive ». Parfois l’emphase volontairement saugrenue fait déjà place à un prosaïsme râpeux. Il émerge même dans des poèmes fortement teintés de l’héritage rimbaldien. Se distingue aussi une musique jouant sur les répétitions, une musique qui rappelle cette musique minimaliste qui plaira tant plus tard à Samuel Beckett. La matière de l’imaginaire commence donc à être mise en doute de manière presque inconsciente. Après les florilèges d’images de Whoroscope, dès les autres premiers poèmes, les images deviennent parcimonieuses. Ici  « le galet mort », là  « un rayon ocellé », ou « la boue des feuilles d’avril » annoncent l’effet de dénuement et l’imaginaire de déperdition. Son avènement n’est pas loin.

Et il faut se reporter très tôt dans l’expérience de Beckett pour comprendre son but final. Dans une lettre capitale, écrite en allemand en 1937, l’auteur exprime déjà son insatisfaction à l’égard de la langue « Y aurait-il dans la nature vicieuse (viciée) du mot une sainteté paralysante que l’on ne trouve pas dans le langage des autres arts ? Existe-t-il une seule raison valable pour que la surface du mot, si affreusement tangible, ne puisse être dissoute à l’instar du son déchiré par de longues pauses dans la 7ème Symphonie de Beethoven, de telle sorte que pendant des pages on ne perçoit rien d’autre qu’une passerelle de sons suspendue à des hauteurs vertigineuses et reliant entre eux des abîmes insondables de silence » (in Ruby Cohn, « Disjecta », Londres, John Calder, 1983). C’est parce qu’il n’existe pas de raison valable à ce déchirement dans le voile de la langue que Beckett va d’abord s’y atteler.

© Jean-Paul GAVARD-PERRET