JEAN LOUIS BERNARD ET LA PAROLE S’EST FAITE NUIT Editions de l’Atlantique

  • JEAN LOUIS BERNARD ET LA PAROLE S’EST FAITE NUIT Editions de l’Atlantique

 

Au cœur de l’opacité bousculée, dans la brutalité de l’advenu Jean Louis Bernard fouaille l’inadvenu, réceptacle de la démesure du passé ; dans la Parole, il recueille la criée des silences.

Comme l’alchimiste délivrant l’âme de la matière, dans la lente blancheur du surgissement accolé à la nuit de pierre,il perçoit son éclatement dans une errante immobilité, dans l’athanor de sa page déjà imprégné de tremblements, les nœuds de rupture cherchent à retrouver leur point d’attache dans le creuset du Signe.

Jean Louis Bernard est ce ceux, rares qui, dans l’ultime limaille de lumière, savent et peuvent aller au-delà du puits sans fond, sans faire saigner les parois, il franchit les herses du temporel pour recueillir le souffle, impalpable sève d’un arbre perdu, enfoui dans la quiétude de l’oubli.

Jean Louis Bernard est dans une marche lente ; immobile, il avance entre soufre, souffle, entre cendre et flamme. Prenant le pouls de la nuit, il s’origine dans l’ombre d’une île stellaire, à l’instar de Rilke, il écoute le souffle de l’espace, le message incessant qui est fait de silence.

Il chemine sur nulle piste sauf, celle du feu, ancre de mémoire sauf, celle du vent desserrant les plissés du temps pour laisser couler les torrents où se perdent les racines du bleu initial, ce bleu d’avant naître. Le poète s’abreuve alors aux rives fondatrices, afin de renouer avec l’alliance perdue, afin de réconcilier l’eau primordiale avec le feu des météores, ce feu frémissant de toutes les confidences d’une genèse enfouie, cette eau, palpitante au sein du désir, parole mouillée à peine perceptible dans la notion de pluie / mais juste assez peut-être / pour enter dans le sanctuaire du souffle.

Jean Louis Bernard est à l’écoute d’un paradis entrevu car perdu, il est, à l’instar de Michaux,

le passager de son propre infini.

Dans la salive du temps, rosée du premier matin, il nous entraîne au-delà du seuil, là où veille le dragon. Alors, face à l’Orient, dans la patience de la poussière, dans une éblouissante cécité, le vent réinvente l’alphabet.

Jean louis Bernard, poète-alchimiste, nous donne les clés de l’absence, il suffit de lire les syllabes du sable sur l’améthyste du ressac, là où frémit le sillage de braise.

Dans ce recueil, bréviaire de la nuit, nous psalmodions la Parole retrouvée et resplendit la soie de nos brûlures.

©Nicole Hardouin

 

Je fabrique mes livres de Nadine Palmaerts/Marie Paruit.

Je fabrique mes livres de Nadine Palmaerts/Marie Paruit.

  • Je fabrique mes livres de Nadine Palmaerts/Marie Paruit. Casterman, paru le 5 septembre 2012. 78 pages, 14,50 €.

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Voilà un excellent manuel d’activités pour les enfants. Coloré, ludique, simple et précis, ce livre est une mine d’idées ! Il permet aux enfants de comprendre dans un premier temps l’objet livre. Comment s’appelle chacune de ses parties, comment il est fabriqué et comment on peut les fabriquer soi-même. Grâce à des croquis, des tableaux, des bulles, les explications sont très faciles à suivre, même pour les plus jeunes et des petits animaux rigolos agrémentent les pages en participant à l’aventure. Pas à pas, très vite l’objet n’a plus de secret. Une double-page consacrée à la reliure, puis à la couverture, puis aux pages de garde, avec des suggestions qui permettent à l’enfant de trouver ses propres idées et libérer ainsi sa créativité. Ensuite sont proposés toutes sortes de livres à créer, que ce soit dans le thème : le livre de ma semaine, le livre d’une couleur, le livre « j’aime », le livre à offrir, le livre « ce jour-là, à cet endroit », le livre à histoires, ou bien dans la forme : le livre à rabats surprise, les pages en volume, le livre accordéon, le livre éventail, le livre pop-up, le livre en forme de… Une partie technique et une partie qui donne quelques pistes aux enfants, pour qu’ils puissent ensuite laisser aller leur imagination et inventer toutes sortes d’autres livres. Une grande place est laissée à l’inventivité, l’originalité de chacun, des conseils judicieux qui vont plus loin qu’un simple guide d’activité, car ils encouragent les enfants à fermer les yeux, à sentir, à respirer, pour être inspirés. Il est d’ailleurs indiqué en première page que si les adultes peuvent aider si besoin sur des petits problèmes techniques, il est important qu’ils laissent les enfants imaginer, dessiner, coller… librement. Large place faite donc à l’expression artistique, dessin, peinture et aussi aux collages. Une double-page leur est entièrement consacrée : des collages à gogo. Un manuel idéal pour donner aux enfants le goût de l’écriture, de la lecture et leur faire lâcher un peu les écrans. Il peut servir de base à des projets pédagogiques dans les écoles, les centres de loisirs mais donner également des envies, pourquoi pas, aux parents. Soirée ou week-end création de livres en famille ? Et pourquoi pas !

©Cathy Garcia

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Nadine Palmaerts anime des ateliers d’écriture depuis 2004. Parallèlement, elle publie depuis 2004 des écrits pour a jeunesse dans diverses revues pour les enfants.

Marie Paruit, diplômée en illustration et communication visuelle, est illustratrice pour la jeunesse. Elle a notamment écrit et illustré Le voleur de chaussettes (Didier Jeunesse 2010) et illustré chez Casterman l’Arbre sorcier de Marie Sabine Roger et L’araignée Gipsy de Hubert Ben Kemoun.

Vincent Tholomé lauréat de la bourse de poésie SPES

Lauréat Spes poésie Vincent Tholomé

Vincent Tholomé

lauréat de la bourse de poésie SPES

La Bourse de Poésie 2013 de Spes, dotée de 5.000 euros, est décernée à Vincent Tholomé pour un projet concernant la réalisation d’un vidéo-poème, prolongement voire traduction de son dernier ouvrage, Cavalcade, paru en 2012 aux Editions Le Clou dans le fer.

Ces mises en scène et en voix de cette œuvre permettront ainsi à son auteur une ouverture vers d’autres médias ou d’autres manières de déployer ce texte dans le temps et l’espace. La bourse Spes sera affectée au travail de « scénarisation » de l’ouvrage et sera, nous l’espérons, l’occasion d’ouvrir de nouvelles perspectives pour la poésie.

Vincent Tholomé est né à Namur en 1965. Il est poète, performeur, critique et animateur d’ateliers d’écriture. Il a reçu le prix triennal de poésie 2011 pour The John Cage Experiences (Le Clou dans le fer, 2007).

25 ans de soutien à la création

Rappelons que la bourse de poésie Spes, décernée annuellement, récompense un poète belge de moins de 50 ans pour la réalisation d’un projet d’écriture susceptible de l’aider à poursuivre et évoluer dans son travail poétique.

Spes, qui fête cette année ses 25 ans, est une association belge de mécénat privé qui a pour but de soutenir la création artistique par l’octroi de bourses dans les domaines des arts plastiques, de la littérature, de la poésie, de la musique et de la création textile.

Les candidatures pour les bourses 2014 sont à adresser à Spes Mécénatavant le 30 juin 2013, avenue de l’Ecuyer 61 à 1640 Rhode-St-Genèse.

Le dossier de candidature comprendra un curriculum vitae, des exemplaires de travaux, la description du projet d’écriture ainsi qu’une évaluation financière du projet.

Infos :www.spes.be

Spes Mécénat : avenue des Ramiers, 10 à 1950 Kraainem – Tél. 02.731.28.57.

Isabelle Morlet : 0476.26.07.63. e-mail : isabelle-morlet@skynet.be

LA SAGA MAIGROS d’Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

LA SAGA MAIGROS d’Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

  • LA SAGA MAIGROS d’Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

M comme Maigros

Gilles Deleuze débute son abécédaire par la lettre A comme animal. Tout en marquant son peu d’intérêt pour les animaux domestiques, il dit sa fascination pour certains animaux au mode de vie limité comme la tique dont les trois perceptions ou affects se résument à « chercher aveuglément la lumière au bout de la branche, sentir la présence chaude du mammifère qui s’approche, puis chercher la région la moins fournie en poil pour perforer la peau. » (B. Goetz) Tout cela est suffisant pour, dit Deleuze, constituer un monde.

Le Maigros de Dejaeger m’a fait penser à la tique de Deleuze. Comme pour elle, son mode de vie se limite à peu de choses. Il est porté sur le sexe, sur l’alcool et il déploie toute son énergie à ne rien faire d’autre. Son port d’attache est le Lolotte’s Bar à Charleroi. Et cela suffit à créer un univers qui tourne autour de lui, dont il est, à force de statisme, l’involontaire pivot. 

Au départ, écrit selon le mode du feuilleton (le roman moderne est né ainsi), et distribué par courriel deux fois la semaine à une centaine de privilégiés, La saga Maigros, dont certains ne manqueront pas de noter le parallèle avec les San Antonio, constitue bien sous sa forme livresque un roman, avec bien sûr ses épisodes mais plus que ça : ses cycles, ses courants internes et ses personnages (les piquantes Cunégonde O’Connell et Anemie Snot en tête) qui viennent au fil des chapitres grossir la planète maigrossesque en risquant chaque fois de perturber les habitudes de l’inspecteur falot. Mais que le futur lecteur se rassure, la morale sera sauve car le désolant policier ne déviera pas d’un iota de son mode de vie sédentaire.

Il n’est pas anodin que celui qui réussira à le faire travailler comme jamais, c’est-à-dire exercer son métier de gardien de l’ordre public, est le père Maçuel, une espèce de gourou inspiré d’un personnage local haut en couleurs. Car sans doute là se joue quelque chose de plus dangereux que la canaille ordinaire, ce qu’au fond Maigros et lauteur (en un mot comme dans le livre), l’un, dans sa tare constitutionnelle, et l’autre, avec toute sa malice, savent bien. Le danger ne vient pas de la racaille, aussi vicieuse soit-elle, en général peu futée et pas politisée pour un pou, mais de ceux qui sont censés régler toutes les questions sécuritaires d’un coup de baguette magique, fût-elle répressive et/ou religieuse.

Maigros est un sacré représentant de l’ordre dans le sens où il ne résout aucune affaire, laisse en l’état l’ordre socialo-comique, pour autant que celui-ci n’altère pas sa tranquillité. Est-il une projection de la police telle que le citoyen lambda se la représente ou ce que devrait être pour l’auteur tout système répressif ?

Mais qu’est-ce qui, malgré des aspects peu ragoûtants ou présentés comme tels, garde à Désiré Maigros son capital sympathie ? Parce qu’il n’a aucune prétention. Pas d’appât du gain, de surenchère dans l’avidité chez lui mais le seul souci de maintenir son statut. Une constance dans l’apathie, un surplace élevé au rang d’art du statu quo dans son métabolisme primaire.

Comme d’habitude, chez Dejaeger, le récit alterne les divers genres (parfois moqués, pastichés) et mêle les saveurs littéraires comme le dialogue, la coupure de presse, la poésie, le polar, la littérature dialectale, le journal intime, les nouveaux supports électroniques (à signaler au passage la belle variété de la typographie), jouant avec maestria de l’art du conteur. Les quelques remarques précédentes ne devraient pas non plus faire croire qu’on va lire un pensum, un conte (im)moral quoiqu’il y ait certainement des pistes de réflexion à trouver derrière les aventures croquignolesques de cet épigone lointain de Maigret.

Souvent on rit franchement  et on ressent même quelques émotions d’un autre ordre comme rarement on en tire d’un livre, c’est le côté rabelaisien de l’entreprise. Et cela, ça peut faire peur à votre entourage s’il n’est pas prévenu de l’objet de votre lecture. C’est dire si La Saga Maigros, à l’image de son antihéros, est un livre très physique à consommer avec gourmandise en n’ayant pas peur de se salir un peu l’âme et de se faire mal aux zygomatiques.

©Eric ALLARD

L’HOMME À LA CHIMAY BLEUE de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

L’HOMME À LA CHIMAY BLEUE de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

 

  • L’HOMME À LA CHIMAY BLEUE de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

Besoin de bleu

« Ma décision était irrévocable, définitive et sans appel, je voulais me noyer dans la trappiste et en mourir. Une botte de radis en décida autrement. » 

Un incipit en forme de programme qui sera respecté… à la lettre.
Si certains choisissent d’en finir à l’aide d’une lame, d’une corde ou d’une arme de poing, le narrateur décide de mettre fin méthodiquement à ses jours par les moyens de la Chimay bleue, nectar ou poison suivant l’usage qu’on en fait. C’est dire l’ambivalence du projet, qui renvoie à la nature duelle du narrateur, partagé entre des pulsions de vie et de mort. Car l’homme le prouvera, il aime boire et manger – ses descriptions des mets simples auxquels son budget de fin de vie le restreint nous le prouvent à souhait. Sa description du plaisir de la « troisième Chimay » fera date…

Après avoir appris par son médecin que ses jours étaient comptés, il cherche refuge à une centaine de km de chez lui dans un village situé au bord de l’Excuse – on notera la malice du nom. Là il jette son dévolu sur un bistrot où il compte bien accéder en paix à son trépas. 

Mais l’apparition bientôt d’une serveuse de 16 ans qui tient une guinguette (à l’écart du village) le renvoie à un pan malheureux de son passé, la perte d’une enfant. Elle le fera, comme annoncé, renoncer à son plan funeste – du moins à le surseoir, après une succession d’épisodes très noirs. Mais le moment où le récit bascule, s’engage hors de la voie que notre amateur de trappiste s’est fixée, entraîne le roman dans une autre dimension.

A partir de là et jusqu’à la fin, le récit qui s’en tient, rappelons-le aux faits (ce n’est ni un pensum ni un périple onirique), va donner lieu à diverses interprétations (si on a l’esprit un peu questionneur), et c’est de là qu’il tire sa vigueur et sa beauté sinon son universalité.
Quelques possibles interprétations auxquelles le lecteur pourra revenir après lecture de l’ouvrage pour voir si elles correspondent ou non à son
regard… Plus d’une fois le narrateur s’effondre, comme mort, sous l’emprise de l’alcool. Et à ses réveils, quand il reprend conscience, c’est souvent l’Ange, comme il l’appelle, qui l’accueille dans le monde réel.

A cause de scrupules, par crainte des convenances ou de ses démons intérieurs, on peut penser qu’il va sacrifier sa chance de revivre, de se débarrasser dans le miroir du présent de l’image d’un passé qu’on devine lourd. A noter que presque rien n’est dit sur ce passé, ce qui donne aussi beaucoup de force à l’instant vécu, fragile, en butte aux bégaiements de son histoire.

Mais la fin, malgré les apparences, n’est pas un constat d’échec : l’homme à la Chimay bleue a réalisé son projet, accompli son destin, nous poussant jusqu’à la dernière ligne encore à une remise en cause personnelle sur ce que nous appelons vivre et être heureux.

©Eric ALLARD