Invitation à la soirée de lancement des Éditions Chroniques du çà et là

Invitation à la soirée de lancement

des Éditions Chroniques du çà et là

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Philippe Barrot présente les éditions des Chroniques du çà et là avec Guillermo de La Roca et Emmanuel Steiner

qui dédicaceront leurs recueils de nouvelles :

Guillermo de La Roca Connaître et apprécier,

Emmanuel Steiner Nouvelles bartlebyennes,

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dans le cadre d’une exposition de céramiques de Bente Skjottgaard mercredi 16 octobre 2013, 18 h 30 – 20 h 30

Galerie Maria Lund

48, rue de Turenne – 75003 Paris

Télécharger le carton d’invitation.

Entrée libre, Inscription auprès de l’attachée de presse Guilaine Depis

 

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Guilaine Depis, 

guilaine_depis@yahoo.com – 06 84 36 31 85

Clément Bénech – L’été slovène – Flammarion (127 pages – 14€).

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  • Clément Bénech – L’été slovène – Flammarion (127 pages – 14€).

Clément Bénech met en scène deux jeunes étudiants en géographie à la découverte de la Slovénie. D’un côté, le narrateur qui nous relate leur escapade estivale. De l’autre sa bien-aimée. Deux êtres qui déclinent une partition d’amour. Ce moment, ne l’avaient-ils pas rêvé, fantasmé ? Si les protagonistes du dernier roman de Serge Joncour privilégient L’Amour sans le faire (1), le but de ce voyage n’était-il pas de se retrouver, rompre la routine, de prendre du temps à eux pour « faire l’am- » et vivre leur intimité en toute liberté ? Le narrateur nous prend vite à témoin de l’évolution de leur perception face à telle situation, glissant entre parenthèses des apartés (« Elle ne s’émerveillait plus »). Il nous restitue également des bribes de leurs dialogues ou de leurs oaristys nocturnes.

On embarque avec eux dans cette voiture de location qui pourrait bien rendre l’âme.

On les suit à la nage jusqu’à cette « pépite » qu’est le lac de Bled, avec son « île flanquée d’un clocher ». Et on tremble à la crise de panique qui s’empare du piètre nageur, quand son souffle vient à manquer. On assiste impuissant à leur embardée.

On se laisse enfermer avec eux dans le parc Tivoli où des bogues vont perturber leurs ébats. Les tribulations de nos deux héros ne manquent pas de piquants ! De quoi être au bord de la crise de nerfs quand même le DVD a « ses sautes d’humeur ».

On va croiser Sara, une hôtesse encombrante, mais encore plus dérangeante sa chatte Swann, dont le couple s’est vu imposer la garde un soir. La situation tourne au grotesque quand ils inventent une façon de satisfaire cette chatte en chaleur !

Clément Bénech autopsie les liens, les sentiments des deux protagonistes et pointe ce qui les éloigne progressivement. On devine Éléna demandeuse de plus d’effusions, sur le qui-vive, sondant sans cesse le cœur de son amoureux (« Pourquoi tu m’aimes ? ») On peut s’étonner d’ignorer le prénom du narrateur, mais pour Éléna il est son « chat », elle ne l’a jamais appelé par son prénom. Lui espère un jour.

L’auteur aborde une réflexion sur la fragilité du couple, s’interroge sur sa durée et souligne leurs divergences, leurs caractères opposés, sources de tensions, de reproches. Il traque les signes qui peuvent enrayer l’harmonie conjugale. Les protagonistes se regardent dormir, vivre. L’amour serait-il une affaire de point du vue ? On s’attache aux défauts ou on ne les supporte plus. Le romancier explore quand et comment les choses échappent à la vigilance de l’autre.

L’auteur excelle dans l’art des comparaisons (Le tombolo forgé avec Éléna). Il surprend par ses associations de mots, tels des oxymores : « ces silences qui réveillent », « une nudité silencieuse » ou imagée : « L’autoroute s’encanaillait de nids de poule ».

Clément Bénech manie le suspense à merveille. On partage l’impatience d’Éléna à découvrir le mystère des photos de la pellicule trouvée dans l’appareil photo, d’autant que « le sale regard » du photographe laisse deviner quelque chose d’inconvenant.

Certaines situations incongrues font penser aux sketchs de Benny Hill ou au cumul des péripéties auxquelles sont confrontées les protagonistes de La campagne de France de Jean-Claude Lalumière. D’autres voient en lui un côté Desproges.

Comme Dominique Noguez, pour qui l’année commençait bien, l’été en Slovénie s’était annoncé sous les meilleurs auspices pour les deux protagonistes de Clément Bénech.

Mais qu’en est-il de son épilogue pour ce jeune duo amoureux ?

Et si c’étaient leurs pires (meilleures) vacances ? L’auteur viserait-il à démontrer que changer d’air n’occulte pas les failles intimes, qu’un décor, aussi paradisiaque soit-il, ne nous déleste pas de nos soucis ? Les impondérables auraient-ils fauché en plein vol leur love story ? Leur amour va-t-il résister à tous les aléas ?

Laissons au lecteur la surprise d’être happé par la chute de Clément Bénech.

L’été slovène nous offre une ouverture sur un pays de « la taille de la Bretagne », aux paysages grandioses (Alpes juliennes, le Triglav), avec pour spécialités : les « potica, les bureks », pour arbre emblématique : le tilleul et pour barde: Prešeren.

Clément Bénech signe un récit à deux voix, nourri de rêves, non exempt d’humour, servi par une écriture cinématographique.

Un premier roman prometteur, joyeux à lire.

  1. L’amour sans le faire de Serge Joncour est paru en poche. (J’ai lu – n°10406)

©Chronique de Nadine Doyen

Le désespoir des anges d’Henri Kénol – Actes Sud, avril 2013. 326 pages, 21,80 €.

  • Le désespoir des anges d’Henri Kénol – Actes Sud, avril 2013. 326 pages, 21,80 €.

 

Le désespoir des anges d’Henri Kénol - Actes Sud,

 

Ce roman qui se déroule à Haïti est un roman coup de poing, sans concession, qui nous plonge au cœur de la Cité, ces quartiers à la périphérie de Port-au-Prince, ville qui ne sera jamais cité autrement que par le terme de centre-ville, en opposition à ces ghettos tombés entre les mains de gangs d’une violence qui n’a d’équivalent que la misère dont ils sont issus. Peu importe la qualité de la graine, pour survivre dans ce terreau-là, elle ne pourra devenir que mauvaise. Des gangs qui maintiennent leur pouvoir tout en servant, chef après chef, car les têtes tombent vite, le Président et ses sbires, y compris leurs intérêts étrangers, chez qui là aussi, sinon plus, trafic, violence et corruption sont les maîtres mots. Ainsi les gangs fournissent d’innombrables mains sales et promptes à faire parler fusils et machettes, les malheureusement trop fameuses « chimères » d’un président dont le nom ne sera pas cité. Qu’importe, l’histoire se répète à Haïti comme ailleurs. Des hommes de mains pour semer la terreur dans la population, faire taire des opposants et manifestants gênants. En échange, les zotobrés, les notables, ferment les yeux sur les abominations commises dans les territoires-prison qui sont sous contrôle des gangs, ces quartiers miséreux et cette population dont personne ne veut ailleurs, ils y envoient parfois discrètement des bulldozers pour enterrer les morts et cacher les charniers quand ils sont trop nombreux…

 

Ceci pour le contexte général, mais dans ce roman, narré à la première personne du singulier, il s’agit avant tout d’une histoire au féminin, et principalement celle de la narratrice, dont on ne saura jamais le prénom. Une jeune fille dont la mère travaillait sans relâche au service d’une maison de maîtres, pour permettre à sa fille d’avoir une bien meilleure vie qu’elle, dans un monde où l’on ne peut compter que sur soi et surtout pas sur les hommes. Et c’est aussi ça, le thème principal du roman, la violence et la prédation des mâles. La narratrice était une fille brillante, une élève modèle à l’école, une école côté que Winsor Pierre-Louis avait réussi à créer au cœur même de la cité, à laquelle il avait consacré sa vie, bien avant qu’il ne soit sauvagement assassiné par des enfants devenus grands et violents. C’était le premier et quasi le seul qui avait osé leur tenir tête, sa fin fut atroce. Et les années qui suivirent plus atroces encore.

 

« Je ne me rappelle pas le jour précis où l’ennemi à investi la Cité.

 

Ils étaient venus de nulle part, crachés d’une nuit sans lune. À peine plus haut que des enfants, avec des armes plus grandes qu’eux. Certains adultes disaient avoir prédit ce malheur. Ils les avaient vus dans leurs cauchemars des temps d’orage, dans des ténèbres si opaques qu’elles anéantissaient même l’espoir d’un lendemain. (…) Ils avaient grandi sous le soleil et les étoiles sans jamais connaître la douceur d’une berceuse, les murmures de chants d’enfant, encore moins les caresses d’une mère ou la chaleur d’un foyer. »

 

A ce moment là, notre jeune narratrice, l’élève modèle que Winsor Pierre-Louis appelait son étoile, celle qui se rêvait médecin, était déjà devenue la petite amie de Mario, le Suprême, le chef de ceux qui s’étaient emparés de la Cité et l’avaient fait basculer dans l’horreur et le sang. Elle avait 15 ans et elle aussi fêtera la mort de Winsor Pierre-Louis.

 

Pour comprendre, il faut remonter à ce viol, dont elle a été victime quelques temps auparavant, un viol ultra violent perpétré par Mr Ronald, le fils des maîtres de la maison dans laquelle sa mère travaille, lui et plusieurs de ses amis. Une scène banale en fait, sur laquelle il faudra poser le silence, pour que sa mère puisse continuer de travailler, pour qu’elle puisse avoir une meilleure vie, devenir médecin… Seulement voilà, de ce viol poussera un enfant, puis une fausse couche à 4 mois lui laissera une longue cicatrice tout au long d’un ventre qui ne pourra plus jamais porter de fruits…. La colère qui naîtra suite à ce viol jamais puni ne quittera pas la narratrice, elle fera définitivement basculer sa vie pour le pire, mais lui donnera aussi suffisamment de rage pour survivre à d’innombrables violences. D’autres viols suivront, elle-même sera complice d’abominations par le fait d’être la « putain » de celui qui fera régner la terreur sur la Cité : Mario, qui lui aussi était il y a longtemps un gentil garçon, aimé de trop près par le curé auquel il faisait confiance, confiance violée également, qui fera de lui un tueur, un tueur qui à son tour sera tué par plus féroce que lui.

 

Quand Mario tombera, remplacé par Stivans, encore plus fou et bien plus ambitieux, la narratrice devra s’enfuir, se cacher. Une femme l’aidera, Soledad, une « chimère » qu’elle avait déjà rencontrée, qui joue double-jeu, et cache des « intouchables », enfants dont les familles ont été exécuté et dont nul ne doit s’occuper, dans l’ancienne maison de la mère de la narratrice. Sa mère morte sans avoir pardonné sa fille, mais en priant pour que dieu l’épargne « quand sa colère balayera toute cette racaille ! ».

 

Toute la trame du roman est bâtie sur la spirale, forme typique de la littérature haïtienne. Quand la narratrice commence à se remémorer, elle a toutes ces années de violence derrière elle, elle a quitté le bordel de madame Rosie, havre de paix et d’amour comparé à sa vie dans la Cité, et on dirait qu’elle a vécu déjà plusieurs vies, alors qu’elle a à peine 25 ans. Elle travaille pour une famille bourgeoise et sert bien évidemment de maîtresse à l’homme de la maison, ce qu’ignore son épouse qui vit dans un autre monde et qui est bien loin d’imaginer celui d’où vient la narratrice.

 

« Moi, ton homme, il suffit qu’il vienne me visiter, rien qu’une fois, et que le tonnerre m’écrase si après ça il a envie de voir ailleurs.

 

Parce qu’à l’intérieur aussi, je suis marquée. Profond, dans mon ventre labouré toutes ces années par tant de sexes ennemis. Mon corps est le terrain sur lequel des centaines d’hommes m’ont livré bataille sans jamais avoir réussi à me réduire. Ceux qui m’ont possédée s’accordent à dire qu’il y a dans mon ventre des fibres qui décuplent leur plaisir. Ce qui fait qu’à l’époque où je faisais la pute, j’étais considérée comme la meilleure. »

 

La narratrice, tout au long de cette remémoration, se trouve devant sa patronne, prête à s’entendre dire qu’elle est renvoyée suite à un plateau de verroteries qu’elle a laissé tombé et tout s’est brisé et c’est là que ça lui remonte. Tout, toute son histoire, celle qu’elle voudrait balancer à la figure de cette femme, pas méchante non, mais dans son rôle légèrement condescendant de patronne bourgeoise, alors qu’en fait la narratrice à bien vu… Elle a vu les marques, elle a vu ce que cette femme cache et qui la relie à elle bien plus profondément que n’importe quoi d’autres : la trace des coups. Les deux femmes viennent de deux univers qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre et pourtant cette violence masculine va les réunir et au final inverser les rôles. Une violence qui balaie toutes frontières, franchit tous les niveaux de la société.

 

Ce roman se dévore, la crispation au ventre, parfois les larmes aux yeux, mais l’auteur ne joue pas avec l’émotion. C’est du brut, une fiction qui est et a été la réalité d’innombrables filles et femmes dans les bidonvilles de la planète. Cela se passe à Haïti mais l’auteur a réussi à donner une dimension bien plus vaste à ce récit, qui laisse lui aussi après lecture, des traces de coups.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

henri Kenol romancier haïtien Saint-Malo, 26/05/2012 © Sophie Bassouls

henri Kenol
romancier haïtien
Saint-Malo, 26/05/2012
© Sophie Bassouls

 

Diplômé d’Économie Commerciale et de Gestion ainsi de l’École Normale Supérieure en Sciences Sociales, Henry Kénol travaille actuellement en tant que cadre de gestion dans une entreprise haïtienne. Outre Le désespoir des Anges, publié aux Éditions de l’Atelier Jeudi Soir en 2009, Henry Kénol a publié textes et nouvelles dans le cadre de projets collectifs publiés par des éditeurs d’outre-mer, tels que Rives Neuves Continents ou Actes Sud (il signe l’un des textes qui figurent dans Haïti parmi les Vivants, recueil de témoignages paru après le séisme qui ravagea l’île le 12 janvier 2010). Il a aussi produit de nombreux textes, nouvelles ou poèmes pour les cahiers de l’Atelier Jeudi Soir ou pour le journal haïtien « Le Nouvelliste ».

 

 

 

Dominique Noguez Une année qui commence bien – récit – Flammarion

RENTREE LITTERAIRE

 

  • Dominique Noguez Une année qui commence bien – récit – Flammarion (384 pages – 20€)

    Dominique Noguez Une année qui commence bien – récit – Flammarion

Dans ce récit confession, Dominique Noguez ne compte pas seulement les heures heureuses. Si l’auteur se décrit comme timide, enfant, ici il se livre sans ambages.

Toutefois il a beaucoup tergiversé avant de combler son « retard de sincérité ».

Il craignait de raviver de vieilles plaies, n’ayant pas le goût pour l’exhibitionnisme.

Colette, son amie libraire l’encouragea à « s’alléger du poids du secret ».

Son « précieux journal », qu’il considère comme « un rival » ou « un guide », lui a permis de ressusciter des moments plus flous dans sa mémoire, 15 ans après.

Il peut en exhumer des faits, comme « les crans d’une crémaillère qui empêchent la retombée dans l’oubli ». Qu’en est-il de Cette année (1994) qui commence bien?

 

L’auteur évoque ses nombreuses conquêtes( « Je couchottai ») jusqu’à son coup de foudre pour Cyril qui deviendra « la grande affaire de sa vie ».Il revient sur cette rencontre déterminante, lors d’un colloque, en 1993. Il succombe devant ce visage angélique, « sa beauté, son sourire, ses cheveux… », « ses yeux « une inondation de bleu clair ». Mais n’était-il pas « un archange diabolique »? Son attirance qui tourne à l’obsession. Il en dresse un portrait dithyrambique. Comment ne pas être sous l’emprise de ce « grand pourvoyeur d’espérances », au « rayonnement exceptionnel », à l’ « intelligence rare »? Il retrace ses lents progrès dans l’apprivoisement de l’autre. Dominique Noguez a recours à des termes de tauromachie ( faena, talanquère) pour décrire les phases d’approche avant d’en arriver aux étreintes sulfureuses et à la nudité. Le séjour au Japon fut irrigué par « un fleuve de tristesse » en raison de leur séparation. L’éloignement inspirera des lettres enflammées, empreintes de lyrisme. Quant à l’aveu de Cyril: « Tu me manques… », peut-il être perçu comme sincère? Tout comme son « je t’aime, tu sais ».

La vie de Dom sera ponctuée d’attentes, de « traversées du désert », d’espoir, de retrouvailles, de sorties communes ( opéra, théâtre,dîners) et même de voyages en Asie, à Rome. Mais la complexité de la personnalité de Cyril, son humeur versatile conduisent soit à une oaristys soit à l’évitement, puis à « un véritable gouffre ».

 

Ces liaisons vont faire endurer au narrateur les affres de la jalousie et le broyer. Il va accumuler déceptions,frustrations, humiliations,infidélité, lapins,reproches, avanies pour quelques miettes de bonheur. Cette passion, vécue de façon intense, fut pour le narrateur « un bouleversement du tout ». Ne vaut-il pas mieux souffrir d’avoir aimé que de souffrir de n’avoir jamais aimé? On admire le stoïcisme à toute épreuve du narrateur,sa persévérance aveugle , sa abnégation. On compatit à son sort ( devenu « Sisyphe encombré de son rocher »), toutefois, il a su puiser dans la musique son effet lénifiant et tirer de cette expérience de cinq ans sa force de résilience. Il positive pour être sorti « grandi par ces turbulences » et se considère « guéri de l’amour », tel un chat échaudé. Ce récit agira comme « un brasero en hiver ».

 

Dominique Noguez met aussi les hommes à nu dans son récit et nous livre une exposition Masculin/Masculin bien personnelle. Il sait peindre la nudité des corps, ceux qu’il déshabille, ceux qu’il a côtoyés dans les douches ou dans les «  sentõ», ceux qu’il a admirés , aimés, convoités. La «  vague du désir » sans cesse en éveil.

Il confie qu’avec le Sumo, il a découvert « l’émoi érotique suscité par ces montagnes de chair ». Il est fasciné par la beauté des corps, aimanté par la plastique des éphèbes.

Il revisite avec sensualité sa première expérience au hammam où Cyril , véritable « musicien du corps, compose une symphonie de voluptés efficaces ».

 

Dominique Noguez décline un hymne à la beauté, « une misère » pour Cyril, objet de trop de convoitises et lui-même « gourmands de contacts humains ». L’auteur apporte une note d’exotisme avec le rituel des sumos , une touche de poésie avec la magnificence des paysages printaniers et met en lumière le savoir-vivre des japonais.

 

L’auteur nous offre une galerie de portraits fouillés dont celui de son « Radiguet », qui causa son éblouissement ou d’un bel Antillais, « à dreadlocks », aux « lèvres pulpeuses ». Quant à son auto portrait , il opte pour l’auto dérision, ayant le recul suffisant sur son fiasco intime. Il croque avec humour le néophyte qui avait oublié serviette et maillot pour aller au hammam et avec lucidité celui qui n’aura « connu l’amour dans toute sa plénitude que par les livres ».

 

Pour ce qui est du style, Dominique Noguez séduit par sa haute teneur. On pourrait reprendre ce que Cyril avait eu l’occasion de lui reprocher pour Les Martagons à savoir la pratique d’ « un certain élitisme » et l’emploi « des mots rares »( oaristys).

On découvre leur différend sur ce roman, Cyril s’opposant à ce qu’il lui soit dédié.

 

Les références littéraires ( listées à la fin) sont légion et nous conduisent à Cocteau, Reverdy, Bobin. Dominique Noguez, le philosophe, glisse des réflexions se référant à Descartes . Il livre une analyse de la dépendance amoureuse. Il explore en profondeur la fulgurance d’une passion aveugle et destructrice qui a changé le cours de son existence. Il porte un regard critique sur le métier de trader de son bienaimé, « un loup à peine déguisé en agneau ». Il dresse une fresque de lieux interlopes mythiques ( Le Palace, Le Privilège) et il renvoie un miroir de la vie littéraire des années 90 (soirées privées ou à la Maison des écrivains où l’on croise Sollers, Houellebecq) , époque où l’on communiquait par fax et encore d’une cabine téléphonique.

 

 

Dominique Noguez signe un récit ample, douloureusement sentimental, à la veine autobiographique, dans lequel le mot désir a souvent rimé avec souffrance, plaintes avec plaisir et dont le bilan se résume à « des lambeaux d’amour ». On peut subodorer que l’auteur a dû se faire violence pour ce coming out sincère, qu’il compare au « supplice de Marsyas ». Un roman , empreint de nostalgie,d’autant plus touchant.

©Nadine Doyen

 

 

 

Le prix Emma Martin 2013 a été décerné à Gérard Adam pour son recueil de nouvelles « De l’existence de dieu(x) dans le tram 56 »

Décerné par l’Association des Écrivains belges de Langue française alternativement à un roman, un recueil de contes ou nouvelles et un recueil de poèmes, le prix Emma Martin 2013 a été décerné à Gérard Adam pour son recueil de nouvelles « De l’existence de dieu(x) dans le tram 56 ».
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Chaque trimestre, Jacques De Decker (écrivain, critique, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique) propose à des écrivains un thème d’actualité et leur demande de réagir par une fiction pour la revue Marginales qu’il dirige.
Gérard Adam a choisi parmi ses textes publiés dans ce cadre, ainsi que dans d’autres revues ou des ouvrages collectifs, ceux qui lui semblaient offrir à la fois une cohérence d’inspiration et d’écriture, et une diversité suffisante pour constituer un recueil conjuguant véritables nouvelles, autofictions et récits autobiographiques plus ou moins transposés. Des textes qui ont pour cadre Bruxelles et la Wallonie, mais aussi le Québec, l’Afrique ou la Bosnie-Herzégovine.
 
Gérard Adam est un écrivain atypique. Ex-médecin militaire, coopérant au Zaïre,  engagé à plusieurs reprises sur les terrains « humanitaires » (Opération Kolwezi, Casque bleu en Bosnie-Herzégovine), militant des droits de l’homme (co-fondateur du groupe professionnel militaire d’Amnesty International Belgique), il est l’auteur d’une quinzaine de romans, récits et recueils de nouvelles, dont « L’Arbre blanc dans la Forêt noire » (prix NCR-AT&T), « La Lumière de l’Archange » (finaliste du Prix Rossel), « Qôta-Nîh » (finaliste du Prix Gros Sel) ou « Le Saint et l’Autoroute » (finaliste du Prix du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Il a également figuré à deux reprises au nombre des finalistes du prix international de la nouvelle organisé conjointement par Radio-France Internationale et l’Agence de Coopération Culturelle et Technique.
 
« Ce qui nous a convaincus, c’est la conjonction de la sincérité absolue d’un propos, de la charge d’humanité (…) et d’un extraordinaire travail sur l’écriture. »
Pierre Mertens, président du jury du Prix NCR/AT&T, RTBF.
ISBN : 978-2-930333-57-1
200 pages
18,00 EUR
L’ouvrage est disponible en librairie
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Éditions M.E.O.
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Tel et fax: 32-2-648.04.10