Les lectures d’été de Patrick Joquel pour nourrir l’automne

 

Poésie

indexTitre : Je vous aime

Auteur Marc Baron

Illustratrice : Anna Obon

Editeur : Bulles de savon

Année de parution : 2014

Prix : 14.50€

Un livre plein de tendresse, de bonheur et d’amour. Une déclaration à la Terre entière. Simple et forte. Une évidence. Un livre de sérénité. Juste. Un poète heureux. Les images respectent et renforcent cette tranquillité. Une réussite.

*

indexTitre : D’un bocage, l’autre

Auteur Roland Nadaus

Editeur : Editions Henr

Année de parution : 2014

Prix : 10€

Je me sens bien en écho avec les textes de ce livre. Je comprends et m’accorde au pas de Roland Nadaus dans son bocage. Je vibre avec cette injonction : marcher ! Passer ! Dépasser l’horizon ! Observer ! Ecouter ! etc. Tous les verbes du randonneur, tout ce qui pousse à lever le pied et puis l’autre comme on écrit un mot après l’autre. La sensation d’être et vivant. Accordé au lieu. Enraciné. Debout.

Un lieu essentiel. Source autant que refuge. Si nos lieux diffèrent : entre le bocage et le Mercantour se trace une diagonale plutôt longue, l’approche et le ressenti se donnent la main.

Aussi quand dans les dernières pages du livre je lis la mise à mort de ce bocage pour cause de rentabilité économique je me sens écharpé, écorché vif comme l’auteur. Privé de racines.

Un livre nécessaire et qui rappelle que sans connexion secrète et directe avec la Terre, l’homme ne devient qu’une machine à produire.

Fleurs

Et le matin c’est enfance – quand dormir c’est perdre du temps. Quand mourir c’est jouer à rien.

Et chaque matin un enfant joue, et chaque matin un enfant dort. Et toue ma vie n’est qu’enfance, un matin.

Mais alors pourquoi faut-il donc que je m’éveille à ma naissance, et pourquoi me faut-il porter toutes ces fleurs ? et pourquoi sont-elles si blanches ?

Je le porte sous le bras mon cercueil, comme une baguette de pain, et je rentre à la maison, sagement quelque part. –Quelque part où dormir et jouer ont un sens, où mourir n’a donc plus d’importance- que celle de n’en jamais finir de jouer. A rien.

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indexTitre : Les cerises ne sont pas des lèvres

Auteur Amandine Marembert

Dessins de Diane de Bournazel

Editeur : Al Manar http://www.editmanar.com

Année de parution : 2014

Prix : 16 €

La poésie déroute. Déconcerte. Chante un autre chant. La poésie, c’est autre chose… Autant de mots et d’expressions qu’on entend souvent à propos de poésie.

Ce livre en est un exemple. Un bel exemple. Une invitation au jardin. Un jardin où s’entremêle fruits et légumes, corps et désirs. Une histoire de semences, de fécondité, de mûrissement. De plaisirs et de gourmandises colorées. Un livre où nos secrets s’épanouissent dans l’innocence des floraisons. Dans la liberté des insectes et la lenteur tranquille des fruits offerts au soleil et aux vents.

De l’érotisme au quotidien et joyeux.

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Album

indexTitre : Fleur des neiges

Auteur Pierre-Marie Beaude

Illustrateur : Claude Cachin

Editeur : Gallimard

Année de parution : 2004

Prix : €12

Un magnifique album. Nous sommes au Japon. Avec une jeune fille toute en délicatesse. Comme toutes les jeunes filles, elle rêve d’amour… Elle entre en apprentissage chez Matsuo Seki et lui succède comme écrivain public. Sa réputation grandit à l’échelle du pays tout entier.

En dire plus serait trahir la tendre magie du récit.

Quant aux images, elles l’accompagnent avec une légèreté profonde. Des illustrations comme des haïkus.

Magnifique !

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Romans

indexTitre : Le garçon, qui voulait devenir un être humain

Auteur Jorn Riel

Editeur : 10/18

Année de parution : 2002

La vie d’un jeune viking. Vers ses dix/onze ans son père, au nom des vengeances d’honneur, est assassiné. Dans la logique de l’honneur l’enfant doit venger son père. Il s’embarque dans le drakkar de l’assassin pour le tuer. Seulement ses bras ne sont pas encore assez longs… Un pacte est passé, le tueur attendra que l’enfant grandisse pour le duel.

La vie en décidera autrement grâce à un naufrage dans les eaux glacées. L’adolescent est sauvé par un frère et une sœur de son âge, Inuits. Ils le cachent puis réussissent à le faire accepter par la tribu. Ce n’était pas gagné tant les rencontres entre vikings et Inuits sont destructrices.

A travers l’amitié qui va lier les trois jeunes et se renforcer jusqu’à leur entrée dans le monde adulte, on découvre la vie des êtres humains, la vie au Groenland, la tolérance et l’amitié.

Une belle aventure humaine à découvrir dès dix ans si on aime les histoires qui transportent ailleurs.

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indexTitre : deux grains de cacao

Auteur Evelyne Brisou Pellen

Editeur : Folio

19e siècle. En Bretagne. Un maitre chocolatier, son épouse… Leur garçon de douze ans qui découvre au pensionnat religieux, qu’il a été adopté. Intolérable. Il fugue pour une quête identitaire : un retour au pays natal. Haïti via Gorée, à bord d’un négrier de contrebande.

Une belle histoire sur fond de traite négrière, de libération. Une histoire à profonde dimension humaine.

C’est une petite merveille, à lire dès qu’on le peut.

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indexTitre : La vérité crue

Auteur Patrice Favaro
http://mots-nomades.hautetfort.com/

Editeur : Editions Thierry Magnier

Année de parution : 2014

Prix : €9

Très beau récit. Poignant. Emouvant. Et qui tient bien en main. La différence. Les différences. C’est le fil rouge de ce livre. Du berger qui veut tuer du loup à l’ado qui veut sauver les animaux, de la jeune fille qui cherche à sauver sa peau à la maman ou au papa qui sauvent la leur en se séparant après la mort du fils… Respect. Tout est dit avec légèreté, vitalité.

Il est heureux je crois, simplement heureux d’être vivant.

On pourrait en citer d’autres de phrases qui tiennent en bouche comme en mémoire dans ce récit où les deux ados fuguent ensemble sans savoir trop où, où le papa perdu les récupère et se sauve avec eux, dans le sens Christique (l’ado Raphaël s’autoprénomme Jésus).

Oui, un livre qui a été primé en Suisse et… bon sang mais c’est bien sûr.

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indexTitre : Mme de Néandertal, journal intime.

Auteur Nicole Leroy, Marylène Patou-Mathis

Editeur : nil

Année de parution : 2014

Quand une spécialiste de Néandertal rencontre une auteur, elles se lancent dans le récit de ce qui s’est vraiment passé le jour àù nos ancêtres de Néandertal ont rencontré nos aïeux Homo Sapiens.

C’est écrit dans une langue 21e siècle. Le texte s’appuie sur ce que les archéologues ont résolu quant aux conditions de vie de Néandertal. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe, ses joies, ses peines et ses interrogations quant au nouveau venu si bizarre.

Les deux peuples sont trop différents pour réussir à s’entendre. On connait la suite…

Un récit qui rend justice à Néandertal : un sacré bonhomme ! Un récit qui une fois de plus soulève la question de ce que nous avons raté lors de ce croisement. Question sans réponse. L’histoire, la nôtre continue d’aller de l’avant.

*

imagesTitre : Les cavaliers

Auteur : Joseph Kessel

Editeur : Gallimard

Année de parution : 1982

De grands espaces. Des hommes intenses. Un cheval fabuleux. On est en Afghanistan, mi vingtième siècle dans la steppe immense. Un livre comme une immense respiration, à l’image de ces territoires et des hommes qu’ils façonnent.

Un livre à découvrir ou re découvrir.

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indexTitre : Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Auteur Khaled Hosseini

Editeur : Belfond

Année de parution : 2013

L’Afghanistan. Et ses terribles années : tout un pays bouleversé par les guerres… Leurs conséquences sur une famille comme une autre. exode, exil aux Etats Unis, en Europe, en camp de réfugiés selon les uns ou les autres. Des hommes et des femmes sur trois générations… que l’on suit via des coups de lumière sur un moment de leur histoire particulière. Tout s’imbrique. Les sentiments, l’émotion, le désir, le retour, la culpabilité, l’incompréhension. C’est prenant : je l’ai dévoré en une longue après-midi d’été.

Une belle fresque humaine !

©Patrick Joquel

« Bashaïku Kaki-San » de Patrick Joquel

Avatar de Lj83Lecture jeunesse 83

bashaïkuBashaïku Kaki-San

Patrick Joquel, illustrations de Thibaud Guyon

EdTertium

Bashaïku Kaki-San c’est une quête, celle qu’un jeune garçon tente d’atteindre. Il doit pour cela retrouver trois noyaux de kaki, le fruit du plaqueminier, cet arbre millénaire originaire de Chine. Un plaqueminier qui parle à un enfant. l’enfant côtoie des créatures fantastiques. Est-ce lui ou son imagination débordante ? Son voyage le mènera-t-il vers la sagesse ?

Patrick Joquel présente un écrit entre la fable et le conte et réussi la prouesse de jouer avec la poésie du haïku. Il promène le lecteur entre rêve et réalité, enfance et poésie, quête et sagesse… Le texte est réhaussé par les aquarelles de Thibaud Guyon. Elles flottent sur la page blanche et renforce la poésie avec force.

Thierry B.

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La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

    La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

  • La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Le recueil est constitué de 5 suites de poèmes en vers ou en prose qui s’échelonnent sur une trentaine d’années. L’auteure y évoque des lieux qui lui sont chers et ont su faire battre son cœur au rythme de l’ombre et de la lumière (La nuit gagne le jardin/à l’ouest le ciel est rouge/il fera beau demain/je te le dirai dans l’herbe).Par ailleurs, ce livre réveille aussi en nous les gestes simples propres à l’enfance et nous invite à un retour vers l’essentiel ; à savoir, les éléments naturels, les émotions subtiles et l’éternité un instant suspendue…

Si peu de jours/ Et telle résonance/ L’ampleur d’un chant que j’écoute grandir : musique de la joie à la courbe des hanches

Ici, à l’image de l’eau(l’écriture est une main tendue avec des mots dans la paume comme une eau à partager par-delà l’aridité du monde/Michel A.Thérien), la vie s’écoule fluide, heureuse, et tisse à foison une joie de plusieurs mondes. Et même si un parfum de nostalgie plane sur l’ensemble du recueil, l’auteure n’a de cesse d’approcher le monde dans sa dimension merveilleuse et secrète et nous dit en substance, qu’il n’y a que l’amour qui la fasse respirer un peu.

Les yeux fermés je te retrouve/ Et dérive avec toi dans l’espace du temps

Bref, ces poèmes tendres et délicats célèbrent avec ferveur notre présence au monde et construisent une ligne d’évasion qui, à force de sursaut, s’éloigne de l’ombre des secondes ; en effet, chaque texte semble ici remonter vers la source d’une vérité qui ne s’approche que par une transe et ne tire son plein épanouissement que de l’amour ; mieux, chaque texte semble incarner une vie qui n’aime que dans la joie juvénile et ne fait que rire dans un jardin allumé d’averses fraîches, de rires enfantins et d’un printemps jamais éteint. Après 30 ans de silence poétique, Claire-Anne Magnès signe ici un recueil admirable qui porte haut le réflexe de vivre à tout rompre voire de fabriquer contre la mort des morceaux de temps encore vivants.

Elle dit/je veux laver la maison/Que l’eau danse sur les dalles/que le vent balaie/moisissures et poisons/que le feu tire la langue/irrespectueux/des regrets empoussiérés/Elle parle je l’écoute/aux siens je mêle mes mots/Que le terreau noir/offre son haleine/vivante et profonde/aux bulbes que j’ai plantés/Femme obscure femme claire/devant la fenêtre/à s’emplir/de ciel transparent

©Pierre Schroven

Service de presse n°33

 

Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • Celle d’avant, Corinne Hoex, poésie, éditions Le Cormier, 2013, 55 pages.

  • Comme si dormir, Laurence Bouvet, poésie, éditions Bruno Doucey, Fontaine O Livres, 85, rue de la Fontaine-au-Roi, F-75011 Paris, collection Soleil noir, 2013, 76 pages :

    • L’extrait :

« C’est-à-dire que ton rire rit en moi

Que ta mort mord en moi

Qu’il est des moments où je voudrais t’imiter

Mais à moins de mourir chacune à mon tour

Celui-ci n’est pas joué

Déjà ton air roulant sur ma peau d’herbe et de vitre »

  • Le mot de l’éditeur :

Un jour, Laurence Bouvet m’a dit : « Ma mère est morte après avoir regardé à la télévision un feuilleton nommé La mort est un poème ». Je connaissais depuis quelques années la poésie de cette auteure, psychologue de formation, dont l’écriture scrute l’intime. Mais c’est de cet échange que date véritablement notre rencontre. Comme si dormir n’évoque pas seulement les circonstances qui lient de façon troublante la mort de sa mère à la poésie. Dans ce long poème, où se mêlent le chagrin et l’humour, la déréliction et un travail sur la langue, Laurence s’adresse à celle qui n’est plus. Son chant suit les méandres d’un bouleversement intérieur, dessine le cadavre d’une présence perdue. et retrouve, sous le chaos des émotions, la langue miraculeuse de l’enfance.

  • L’auteur :

Laurence Bouvet est née à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne, en 1966. Psychologue clinicienne, elle considère qu’écrire est une façon de franchir le miroir des évidences. Poète de l’intime, elle explore les arcanes de l’âme humaine, taraudée par des interrogations qui traversent chacun de ses recueils. Après s’être intéressée à la solitude et à la folie de Camille Claudel (Unité 14, L’Harmattan, 2010), elle s’attache, avec Comme si dormir, à la disparition de sa propre mère.

  • Fragments du dernier hiver, suivi de Je respire par le corps, Eric Chassefière, poésie, illustrations de Catherine Bruneau, Interventions à Haute Voix, 47, rue de la Bataille de Stalingrad, F-92370 Chaville, 2013, 50 pages.

    • L’extrait :

« Ecrire

Ecrire tel un calligraphe bras levé pinceau rapide

Raturer jusqu’à les noircir les marges de l’image

dans cette obscurité où apparaît notre visage

tel un reflet dans une eau insaisissable

Peindre longtemps jusqu’à tout effacer de soi

notre souffrance ancienne sur cette lumière

la couvrir peu à peu de l’ombre de notre vie

Apaiser la brûlure des souvenirs dont on se défait

jusqu’au plus loin de l’oubli de soi et du monde »

  • J’ai jardiné les plus beaux volcans, Michel Dunand, éditions Erès, collection Po&Psy :

    • L’extrait :

« J’ai du mal à parler de moi. Je n’y tiens pas vraiment. J’ai donc décidé, de nouveau, dans ce neuvième recueil, et cela sans orgueil, de laisser le plus souvent la parole à certains de mes compagnons de route, ou de mes guides. Ils vous diront forcément, tout en se présentant (vous les connaissez, je pense, en tout cas, pour la plupart d’entre eux), qui je suis, qui je ne suis pas. Mais ne vous fiez pas trop à leurs propos. Je reste un écrivain…

  • L’auteur :

Michel Dunand est né en 1951 à Annecy, où il dirige la Maison de la poésie. Poète lui-même et récitant très actif, il anime depuis 1984 la revue Coup de soleil (poésie et art).

  • Je tue il, Louis Savary, poésie, Les Presses littéraires, 2014 ; 100 pages ; 15€.

    • L’extrait :

« l’important pour un poète

c’est d’oser se parler

et d’accepter

de ne pas se comprendre »

  • Lettre à nu, Sylviane Werner, poésie, avec 6 encres originales de Pierre Midena, Les solicendristes, 2013, 57 pages.

  • Lundi ou mardi, Virginia Woolf, roman, L’Herne, 22, rue Mazarine, F-75006 Paris, 2013, 78 pages.

    • L’extrait :

« Il y a quinze ans, je suis venu ici avec Lily, se disait-il. Nous nous étions assis quelque part là-bas, près du lac, et je l’avais suppliée de m’épouser tout au long de cet après-midi étouffant. La libellule n’avait cessé de tourner autour de nous : comme je revois clairement la libellule et sa chaussure avec la boucle carrée en argent sur les orteils. Tout le temps que je parlais, j’avais les yeux fixés sur sa chaussure et lorsqu’elle bougeait brusquement, je savais, sans avoir à lever la tête, ce qu’elle allait dire : la totalité de son être semblait contenue dans sa chaussure. Et mon amour, mon désir, était dans la libellule : pour une raison quelconque, je me disais que si elle se posait là, sur cette feuille, la grande avec la fleur rouge au milieu, si la libellule se posait sur la feuille, elle répondrait « Oui » immédiatement. Mais la libellule ne cessait de voler : elle ne s’était jamais posée nulle part – bien sûr que non, heureusement que non, sans quoi je ne serais pas en train de me promener avec Eleanor et les enfants – « Dis-moi, Eleanor. Penses-tu jamais au passé ? »

  • L’auteur : Virginia Woolf (1882-1941) :

Considérée comme la plus grande romancière anglaise du XXe siècel, elle est l’auteure de Mrs Dalloway (1925) et de La Chambre de Jacob (1922). Après une enfance jalonnée par la mort de nombreux êtres chers, elle trouve dans l’écriture un rempart contre la maladie mentale. En rupture avec les règles littéraires classiques, elle tend vers une forme nouvelle du roman aux options résolument modernistes. Traumatisée par la Seconde Guerre mondiale, sa très grande fragilité psychologique la conduit au suicide. Avant de mourir elle écrit à son mari : «  J’ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. […] Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m’as donné le plus grand bonheur possible… »

  • Mémoire du silence, Gérard Cathala, poèmes, encres de Louis André, éditions Revers, 2012, 102 pages.

    • L’extrait :

« Un songe halluciné

s’écaille entre les dents

tel un crachat glissant

sur la déconvenue

Cuistres et curistes

s’abreuvent à l’échancrure des appâts

aux eaux troubles

aux immondices

la tombale en sautoir

Au feu »

  • Les mots comme ils viennent, Nathalie D. Druant, éditions Chloé des Lys, 83 pages.

  • Parmi les sphères, Piet Lincken, poèmes, éditions M.E.O., 2013, 70 pages.

    • L’auteur :

Belge d’origine franco-suédoise, Piet Lincken est écrivain, musicien compositeur et plasticien. Son œuvre tente de dégager, parmi toutes les sphères du monde et de l’Homme, même les plus terribles, une liberté faite de contemplation et de douceur, entre autre par l’usage du rire et de l’imaginaire.

« Dans mon écriture, j’essaie de réconcilier tant que faire se peut la nature et le corps, ou plutôt de ne plus faire de distinguo entre ces deux entités, qui n’en font qu’une. C’est pourquoi je mélange radicalement les animaux, la flore, les roches, l’eau, à l’expression du Je, en y réinvestissant les risques inhérents à cette condition. (…) Mais pour réussir cela je me heurte à une difficulté de premier plan : le langage »

(Piet Lincken, in Transversale scandinave, collectif qu’il a dirigé, editions Passages d’encres, 2011).

  • Le mot de l’éditeur :

Nourri de spiritualités, Parmi les sphères est un livre où la fugacité des impressions questionne, entre « la forme et le vide », jusqu’au rôle de l’écriture :

Sors ! Sors de toi-même ! La vase, le nuage,

le nid, le soleil, la foule même : rien n’arrête la soif d’être,

au grondement de la rivière répondent la rocaille, le silence,

la bête écorchée : sors !

  • Souvenirs Tenus, Cédric Robert, poésie, éditions du Pont de l’Europe, 2014, 156 pages.

    • Extrait de l’avant-propos :

« Le sens d’un poème, ce n’est pas que le sens des mots, évidemment, c’est toute la mémoire qu’il transporte.

Souvenirs Tenus est le produit d’une confrontation à la vie et à la beauté au degré le plus haut que le poète puisse atteindre dans un élan de délivrance d’une asphyxie intérieure. Par-delà le temps, et par un effort continu dans son travail, Cédric Robert nous entraîne dans ce questionnement sur nous-mêmes, sur la vie, le rapport à l’autre, la beauté d’être. Il contribue ainsi par son engagement total sur le front de l’art à combattre toutes les nocivités qui entravent nos respirations. Le basculement se situe là, en une transformation de soi : réapprendre à voir l’autre dans sa richesse entière et non à travers une pensée captatrice de son image.

A travers Souvenirs Tenus, la vie et la poésie se confondent dans un élan de libération, un combat intérieur qui mène vers un basculement progressif de soi, vers cette vérité de nous-mêmes que seuls peuvent distinguer ceux qui nous aiment pour ce que nous sommes.

Un livre de lumière. »

Calo Brooklyn

  • L’auteur :

Cédric Robert, né en 1986, de nationalité belge, est diplôme d’un master de cinéma de l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-La-Neuve. Sa thèse ayant pour thème La contre-culture cinématographique, l’avant-garde et ses procédés pour réinventer le langage cinématographique lui a valu l’obtention d’une Grande distinction. Auteur, poète, réalisateur, metteur en scène, il a réalisé plusieurs documentaires et films dont le court-métrage SINAN sélectionné par plusieurs festivals internationaux et primé à Bruxelles et à Porto.

  • Un coin de siècle, Xavier Forget, éditions M.E.O., 2013, 110 pages.

    • Extrait de la préface de Monique Thomassettie :

« Une évidence poétique et une émotion sans détour. Dans ce courageux et généreux recueil, Xavier Forget étonne, secoue, dérange. Univers foisonnant, riche d’associations originales qui prennent et surprennent… »

  • L’auteur :

Poète ayant fait « tous les métiers » : volontaire aux Philippines, magasinier, formateur en informatique, bureaucrate à la Maison des Etrangers, photographe. À 40 ans, il se lance dans des études d’Histoire de l’Art.

Les revues suivantes :

  • La braise et l’étincelle n°113, 15 septembre 2014, (En hommage aux victimes des deux guerres qui ont ensanglanté l’Europe au XXe siècle, nous publions poèmes et témoignages ; nous saluons la mémoire de Marcel Paternostre, un ami poète qui vient de nous quitter ; Béatrice Gaudy, artiste et poète, est mise à l’honneur…). Annie et Yves-Fred Boisset, 7/2, rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 Courbevoie. yvesfred.boisset@papus.info

  • Cabaret, n°8, hiver 2013, Femmes au bord du polder (Murièle Carnac, Claire Ceira, Delphine Guy, Valérie Harkness, Anna Jouy, Sophie G. Lucas, Amandine Marembert…). Alain Crozier, 31, rue Lamartine, F-71800 La Clayette. revue-cabaret@laposte.net

  • Comme en poésie, n°59, septembre 2014, revue trimestrielle de poésie, (Les poètes choisis par Dan Bouchery : Marie Desmaretz, Michel Monnereau, Georges Cathalo, Roland Nadaus, Michelle Stuvier, David Dumortier, Pierre Dhainaut, Jean-Claude Touzeil, Jean le Boël, Morgan Riet, Jacqueline Held, Ludovic Degroote, Salvatore Sanfilippo, Denis Parmain, Jean L’Anselme…). Jean-Pierre Lesieur, 2149, avenue du Tour du Lac à F-40150 Hossegor. j.lesieur@orange.fr

  • Poésie sur Seine, n°86, août 2014, revue d’actualité poétique (Les poètes du XXIe siècle : Jean-Pierre Boulic présenté par Pierre Tanguy ; Le sable, poèmes choisis ; Les grands de la littérature française : Jean de La Fontaine par Antoine de Matharel ; Hommage à Félix Leclerc par Jean Chatard ; Poésie sans frontières : Jacques Simonomis, traduction de Rüdiger Fischer ; Et si on parlait poésie : Ah Dieu ! que la guerre est jolie par Jean-Paul Giraux ; Poèmes en liberté ; Club de poésie jeunesse par Danièle Corre ; Le coup de book : L’Arménie il y a 99 ans… par Dorothée Huron ; L’actualité poétique par les livres ; Le monde des revues poétiques…). Pascal Dupuy, 13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud. www.poesie-sur-seine.com

  • Septentrion, 43ème année, revue trimestrielle, 1er trimestre 2014 ; Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas. Murissonstraat 260, B-8930 Rekkem. info@onserfdeel.be

Les auteurs de Traversées ont aussi été publiés :

  • Franz Bartelt, Sur mes gardes, nouvelle illustrée par Honoré, éditions Le Monde et SNCF, collection Les petits polars, 2014, 58 pages.

    • L’extrait :

« Pour son premier voyage en train, il aurait préféré autre chose que ce tortillard qui s’arrête à toutes les gares. Les voyageurs qui l’entourent ont un air sournois, et ça l’inquiète. Il reste sur ses gardes depuis cette convocation chez les flics. Toutes ces calomnies sur son compte… Les gens sont vraiment injustes. Il n’a fait que son devoir en dénonçant son patron. De nos jours, l’honnête homme est une espèce en voie de disparition ! Honnête, le mot est sans doute un peu fort… »

  • La collection « Les petits polars » :

Du classique mystère en chambre close aux grands espaces de l’aventure, de la nouvelle illustrée à la bande dessinée…

  • Abdellatif Laâbi, Zone de turbulences, poèmes, éditions Clepsydre et de la Différence, 2012, 107 pages ; 13,20€.

    • L’extrait :

« Pourtant

avec lui

et parce qu’il est

mon plus proche ami

ce que j’ai toujours redouté

au point d’en être terrifié

c’est cette chose

qui m’est incompréhensible

et proprement étrangère

cette aberration qui me tue

qu’est

la trahison »

Patrice BRENO – Septembre 2014

Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

index

  • Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Parolier et chanteur du groupe ECHO, Aurélien Dony publie dans le cas présent son second recueil(le poète avait publié Il n’y a plus d’hiver chez Memory press en 2011). Dans ce livre, chaque poème semble vouloir nous séparer de ce qui fait de nous des gens raisonnables et tend ses drapeaux ivres au centre d’une espérance d’où jaillissent toutes les étoiles du possible(l’homme ne peut pas vivre sans feu et on ne fait pas de feu sans brûler quelque chose/Octavio Paz) ; mieux, chaque poème semble être en consonance avec l’espace, le cœur, le désir et le vent…

Loin, loin au devant de ton propre projet/ Si loin que le temps n’a plus prise/Sur ta marche et ta force/Loin…/Te réinventer

Dans ce livre, ce jeune natif de Dinant, évoque avec une lucidité confondante les dérives du monde comme il va et nous invite à « décrocher » avec une réalité trop souvent soumise aux lois de l’organisation sociale et au joug de l’utilitaire ; par ailleurs, il s’interroge devant la fuite d’un temps qui lui rappelle chaque jour l’urgence de vivre à feu et à sang.

Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu/Bougé, senti, marché : celui qui a vécu !/Mais c’est une autre affaire, à l’heure où tout se courbe/Pour moi qui n’ait connu que l’odeur de sa tourbe

A travers ce recueil, très justement récompensé par le prix Georges Lockem 2014, le poète est en quête d’un nouveau rapport à un monde qui ne trouve plus sa source que dans un déterminisme extérieur de nature économique, politique voire stratégique. Avec Dony, la poésie s’apparente à une recherche à la fois de l’ici et l’ailleurs en ce sens qu’elle va bien au-delà du temps, de la géographie, de tous les espaces et de l’opinion ; avec Dony, enfin, la poésie ne s’apparente plus à un gentil divertissement qui ne dérange personne mais constitue, deux fois plutôt qu’une, un espace de liberté(et de révolte) où la vie est sans cesse réinventée.

J’ai marché nu

Dans le froid des torrents

Sans geindre et sans pleurer.

Un pendu balancé

Par des vents solidaires

Me tend sa mort comme un cadeau.

Refuser n’est plus de mise,

Et je me donne enfin

Au contre-courant…

©Pierre Schroven