Philippe Jaenada – Plage de Manaccora, 16h 30 – roman

Philippe Jaenada - Plage de Manaccora, 16h 30

  • Philippe Jaenada – Plage de Manaccora, 16h 30 – roman – Points   ( 223 pages – 6,50€ )

A la lecture du titre, on pense «  sea, sex and sun ».

Mais comme dans le roman L’écrivain national de Serge Joncour, « ce séjour promettait d’être calme » et Voltaire n’imaginait pas une seconde que ses vacances en Italie, avec sa famille, dans ce cadre idyllique de Nido Verde, puisse virer au cauchemar dès le troisième jour. De plus parler un « anglais charcutier », maîtriser « l’italien comme une vache le saut en hauteur » ou « comme un cochon d’Inde chante Wagner », cela rend les choses plus délicates quand il est question de survie.

Nous voici donc au coeur de la débâcle. Ces petits bruits insignifiants suivis d’explosions annonçaient l’ arrivée au galop du feu, telle une bête traquée. L’auteur excelle à installer un environnement toujours plus sombre, angoissant jusqu’à devenir apocalyptique : « paysage martyrisé », « cimetière d’arbres », « panneau carbonisé ».

Que sauver dans la précipitation de la fuite? Leur kit de survie ? Le mythique sac matelot, des livres. L’auteur montre qu’une telle épreuve ramène à l’essentiel, les objets divers , la voiture, passent au second plan, dans « ce décor pétrifié ».

L’auteur nous relate minute par minute la progression de cette colonne humaine, cosmopolite, fuyant l’inferno, croquant au passage quelques vacanciers atypiques.

L’occasion de faire ressortir le comportement des français, et leur manque d’empathie. On croise une vraie galerie de personnages, une « foule hétéroclite »: « la grosse blonde pleine de saucisses », « l’ami des loutres », « Jésus caramel en short rose » ( devenu leur « phare », leur « berger »), Ana Upla, « femme extraordinaire », portant toujours des « chaussures rouges ». Oum, la « longiligne et légère », « maniaque » épouse du narrateur qu’il aime « comme l’huile aime le vinaigre », lui inspire des pages sensuelles, quand un touriste se rince l’oeil sur son anatomie intime.

Il manie l’humour noir avec brio pour enrober le tragique de cet exode flamboyant ou quand il récapitule toutes les fois où il a flirté avec la mort. Cette fois vont-ils être la proie de cette bête insatiable? Pour « donner du fil à retordre au feu », il ferme « la porte à double tour ». A quel saint se vouer? A la Vierge, « l’adolescente fautive »?

A « Chmoudonne » ?, fée providentielle, au dieu Râ ?

Pourquoi ce silence dans le ciel ? Pas d’hélicoptères, pas de canadairs en vue ?

On s’étonne. Que font les secours, les pompiers ?

Philippe Jaenada rend la lecture haletante. On transpire, on tremble, on suffoque, on étouffe, on panique comme tous ces prisonniers du feu. On les suit dans leurs atermoiements. Quelle direction prendre ? A qui faire confiance ? Vont-ils s’en sortir, vu la violence du feu ? L’air se fait âcre, des cendres, des flammèches volent.

A qui, à quoi pense-t-on quand on croit sa dernière heure arriver ? s’interroge Voltaire,

en déclinant la liste de ses envies et drapant d’amour sa femme et Géo. Que répondre à son fils , sa fierté, qui ne cesse de demander s’ils sont sauvés ?

Philippe Jaenada nous régale par sa propension à distiller pléthore d’apartés( « De près, elle n’a vraiment rien d’un sac », confie-t-il en parlant de sa femme) et à digresser, se remémorant des souvenirs marquants:l’émotion à la naissance de son fils Géo (« Il était, pour nous, la terre, le monde. »), la scène au restaurant où Oum fond en larmes devant un plateau de fruits de mer. Autres situations cocasses : ses efforts désespérés pour se faire entendre (hululant) ou comprendre, sa tristesse à la mort de « la crevette du Sénégal » ou encore son traumatisme d’enfance en nourrice.

Ses comparaisons font florès, certaines se référant à un animal. Le narrateur se compare à «un dindon boiteux devant une licorne » ou se qualifie de « truffe des truffes ». Untel « tremblait comme un hamster épileptique ».

L’auteur relate avec réalisme et beaucoup d’autodérision cette parenthèse estivale, à la veine autobiographique, qui se mua en « un marathon chaotique » et hystérique, en une plongée dans l’enfer des flammes.

Cette échappée belle, donne les frissons, force l’admiration de ces naufragés de la fournaise pour leur sang froid et d’un père pour son héros de fils, si brave.

Son conseil ? «  Savoir dire au secours en toutes les langues ».

Pires vacances pour les protagonistes et meilleurs moments pour les lecteurs.

©Nadine Doyen

Francis Hardy nous a quittés

Francis Hardy

« Je ne serai pas des vôtres demain lundi… » Un message laconique. Un message pudique, discret. Comme lui…

Nous ne savions pas que Francis ne serait plus jamais des nôtres, plus jamais plongé avec nous dans l’écriture, comme il l’était encore le lundi précédent. Nous n’imaginions pas qu’un peu plus de deux mois plus tard, le 27 avril 2014, il nous quitterait pour toujours, à l’âge de soixante-deux ans, sur le seuil de sa toute neuve retraite. L’avait-il pressenti, lui qui écrivait à propos de son héros, dans la dernière nouvelle qu’il rédigea : « ‘Il faut avoir du temps devant soi, se disait-il, et je l’aurai lorsque je serai enfin admis à la retraite.’ Ce moment vint plus rapidement qu’il ne l’avait imaginé, un peu comme la mort qui vous caresse le dos, puis vous fauche d’un seul coup. »

Nous l’avions connu à l’Atelier d’écriture qu’il animait depuis 1988 à la Maison de la Culture de Marche. La vie nous avait fait là un immense cadeau : Francis, passionné de littérature, de théâtre, d’écriture, possédait ( s’en rendait-il compte lui-même ?) ce don rare d’éveiller, chez de simples amateurs de belles phrases ou de brèves anecdotes, les potentialités enfouies en chacun d’eux, de les révéler à eux-mêmes. Il nous a accompagnés sur des voies que nous n’aurions jamais abordées seuls, il nous a fait lâcher la bride à nos imaginations, il nous a ouvert les portes de la fiction.

Qui était-il, pour en amener d’autres à sortir d’eux-mêmes, à écrire mieux, à écrire plus ?

Il était d’abord et avant tout un amoureux des mots et des livres. Sa culture littéraire était immense ; son sens de la transmission, inné.

Sa vie, il l’a consacrée à la littérature. Régent littéraire, puis licencié en philologie romane, il a enseigné durant de nombreuses années au Collège d’Alzon, à Bure. Il y fut un professeur rigoureux, animé déjà par le désir d’inciter ses élèves à l’écriture. Mine de rien, à petites doses, en toute liberté. En rhéto, il leur demandait d’écrire cinq phrases par jour, peu importe qu’elles parlent de réalité ou de fiction. Et parfois, les cinq phrases devenaient un texte…

S’il aimait les écrits, il aimait aussi les faire vivre. Il s’investissait avec bonheur dans les activités théâtrales du collège. Il fut le premier metteur en scène d’Olivier Gourmet ! Dans ce rôle, il s’était adjoint des collaborateurs professionnels, comme André Deflandre, du Théâtre National. Toujours ce souci d’aller plus loin.

Pour affiner sa formation de passeur d’écriture, il avait suivi les cours de l’Aleph, ce centre parisien réputé de formation à l’écrit. Paris ! Une ville qu’il adorait, jalonnée de lieux dédiés à la littérature, une ville faite pour lui, en somme. Il disait souvent qu’il s’y sentait si bien.

Faire lire et écrire les autres, c’était en fait partager sa passion. Grand lecteur (les murs de sa maison de Tellin, de bas en haut, étaient couverts de livres), il passait beaucoup de temps à écrire lui-même. A l’Atelier d’écriture, nous avons eu le bonheur de l’entendre lire des extraits de textes qu’il rédigeait en même temps que nous. Des textes d’une grande finesse, à la sensibilité maîtrisée, où il mettait ses personnages en scène sans intervention d’auteur, ni jugement moral. Des textes à vivre.

Ce talent lui valut notamment d’obtenir, pour sa nouvelle « Les colchiques », le premier prix du concours « Célébration de la femme », organisé par la Bibliothèque centrale de la Province de Luxembourg. Elle fut publiée dans un recueil coédité par les Ed. Weyrich et la Province, en 2008.

« Solitaire, une femme, élégante ou presque, ou qui l’a été, se tient assise à une jolie table ; derrière elle, une cheminée, qu’orne sûrement un vase de fleurs ; à sa droite, une lampe ; peut-être aussi sur la table, une tasse de café. Mais l’essentiel est son regard, lieu dominant d’une triade expressive : les yeux rêveurs, le stylo à la main, les feuilles blanches qui attendent. Pas d’allusion à un travail pénible : la vieille dame a le visage un peu détourné de qui écoute des nostalgies très belles ; elle est la proie d’un sortilège discret, d’une inspiration qui, sans déranger une mèche de ses cheveux, s’installe en elle comme viendrait s’asseoir, dans un boudoir sobre et de bon goût, une vieille dame mélancolique. Elle écrit le souvenir d’une passion amoureuse délicate, l’évocation songeuse d’un grand bonheur perdu ; chacun possède en soi un roman comme celui-là, il n’y a plus qu’à l’écrire. »

Fin 2013, il créa un dernier personnage, Abel Dubois, professeur fraîchement retraité, décidé à écrire le roman qui lui trottait depuis longtemps dans la tête. Un personnage qui partage quelques traits communs avec son auteur…

« Il commença par dégager la surface de travail de son bureau : les dernières notes de cours, les brouillons de questions d’examens constituaient la strate la plus accessible. Venaient alors d’autres couches qui s’étaient sédimentées durant des mois, voire des années : des revues littéraires à peine feuilletées, un carnet d’adresses qu’il avait cru égaré, des factures à classer, du courrier en souffrance. Il lui fallut plus d’une semaine pour trier, ranger, classer, jeter, s’attardant avec émotion sur la carte postale d’un ancien élève en vacances, un exemplaire du journal des étudiants ‘Vox populi’, le programme du voyage en Bourgogne qu’il avait organisé il y a une dizaine d’années, une assiette oubliée avec une tranche de pain et du ketchup. Toutes ces alluvions constituaient la trace d’un passé riche et fertile qui lui revenait à la mémoire. ‘ C’est de bon augure, constatait-il : car une fois libéré de la vie professionnelle, le passé vous monte à la tête, comme un vin pétillant, et c’est dans cette ivresse nostalgique qu’on écrit, n’est-ce pas ? ’»

Francis a refermé son dernier livre. Il n’écrira plus, ni dans l’ivresse ni dans la peine. Il est parti, trop vite, trop tôt.

En mémoire de notre ami Francis,

Raphaële Noël, de la Table d’écriture littéraire de Marche-en-Famenne

Les lectures de Georges Cathalo

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Christian Degoutte : « Sous les feuilles »

Avec Christian Degoutte, le lecteur est invité à pénétrer dans d’étranges territoires où la progression peut paraître délicate. Pourtant, c’est à ce prix que se gagne le bonheur de « trouver la paix avoir une vie toujours neuve cristalline », en échappant à « la meute des événements ». Cette recherche permanente crée un trouble qui brouille les frontières si tant est qu’elles existent ici entre d’improbables contrées. Beaucoup de poèmes présentés en italiques sont adressés ou murmurés à partir d’évocations suggestives (« expiration lente du tissu / sur tes cuisses tes jambes »), de situations rêvées (« retroussée comme une ballerine / tu joues à t’envoler ») ou de contacts amoureux (« mes lèvres poursuivent / le goulot de ta voix »). Ces instants privilégiés cristallisent des images qui sont des « feuilles mortes à la surface » que l’on frôle et qui nous quittent. Quant à « l’écran de la vie des autres », il renvoie à de minuscules fragments d’existence sur lesquels ricochent les regards comme sur de froides vitrines. Il faut lire ce livre lentement pour en apprécier davantage les vertus « sous la surface des regards » mais aussi des apparences.

(Christian Degoutte : « Sous les feuilles » (p.i.sage intérieur éd., 2013),

64 pages, 8 euros – 11 rue Molière – 21000 Dijon ou contact@p-i-sageinterieur.fr)

lf-54_SeguraJosette Segura : « Dans la main du jour »

Dans sa « modeste collection d’éclaircies », Josette Segura à pris un soin particulier à noter ce qui survient d’imperceptible et d’inattendu, à « noter pour que quelque chose reste, se dépose ». C’est parce que « les mots nous entraînent où ils veulent » qu’il faut redoubler de vigilance en s’efforçant de demeurer dans la lumière du jour, ne pas se laisser absorber par « la forêt de nos ombres ». On retrouve dans ce beau livre une évidente filiation avec l’oeuvre de Gaston Puel en tant qu’allié substantiel. Au jour le jour, au gré des sorties, les découvertes se précisent et s’affinent ; des lieux sont évoqués, nommés, des lieux à l’écart des circuits touristiques, des lieux habités par une invisible présence : forêt des Landes, halle de Thil, col du Tourmalet ou paysage des Baronnies. Là, comme partout, pour qui sait voir, « la journée est simple et belle » et il faut « continuer sur notre chemin » aux antipodes du monde trépidant qui nous est imposé. Il devient urgent de réapprendre la patience et la lenteur quand « la pensée nous aide à toucher la lumière » et que l’émotion « nous rend à nous-mêmes, nous arrache à l’état de possédés ». Etre à l’écoute des autres, c’est ce que fait Josette Segura car « quand quelqu’un a parlé juste / comment ne pas entendre ». Alors, nous-aussi, écoutons-la et lisons-la.

(Josette Segura : « Dans la main du jour » (Editinter éd., 2013), 86 pages, 14 euros –

BP 15 – 91450 Soisy-sur-Seine ou contact@editinter.fr)

christien-temps-mortsMarie-Josée Christien : «Temps morts» et «Petites notes d’amertume»

Il y a, chez Marie-Josée Christien, une force de caractère hors du commun que l’on ressent à travers la lecture de ses diverses publications. Si elle «laisse aux mots / le soin de veiller», elle n’hésite pas à prendre les choses en main pour avancer, aller toujours plus loin, car «le chemin seul /importe» et «la destination est perdue / dans la poussière du futur». Se tenir debout dans l’instant présent semble être le point majeur pour ne pas s’abandonner à d’illusoires résolutions. On conseillera de lire tout d’abord ces poèmes solides et apaisés et de ne lire qu’ensuite la délicate préface de Pierre Maubé.

christien-notes-amertumeDans le second ouvrage, on découvre des aphorismes et des réflexions, «minuscules monolithes» comme les nomme Claire Fourier dans sa préface. Certains propos sont de véritables invitations à poursuivre une voie poétique singulière. Parfois, au détour d’une page, on devine un aveu ou une confidence mais c’est pour mieux s’effacer derrière les mots, ce qui est loin d’être le cas de certains poètes qu’elle évoque sans les nommer, «poètes aux écrits interchangeables».

On lira d’un seul trait ces deux livres complémentaires parus aux éditions associatives Sauvages. On les lira comme l’on ouvrirait les deux battants d’une fenêtre donnant sur un horizon breton, tonique et vivifiant.

(Marie-Josée Christien : « Temps morts ». Sauvages éd., 2014. 54 pages, 12 euros et « Petites notes d’amertume ». Sauvages éd., 2014. 66 pages, 12 euros –

Ti ar Vro, Place des Droits de l’Homme – 29270 Carhaix)

lf56_RavelChantal Ravel et Evelyne Rogniat : « Est-ce que cela a existé? »

Si ce beau livre se singularise par une impeccable présentation au format carré (20X20), il se distingue des publications ordinaires par un riche va-et-vient entre les poèmes de Chantal Ravel et les photographies d’Evelyne Rogniat. Ces deux « productions artistiques » se répondent parfaitement et l’on ne parvient pas à savoir où se trouve le point de départ et ce qui fait écho de l’une à l’autre. Dans son patient travail d’orpailleuse du passé, Chantal Ravel s’oblige à « une humilité de chercheur d’étoiles ». Ces images venues d’un passé que l’on devine riche et mystérieux, elle les aborde de front au point où l’on se demande si ces choses-là ne sont pas imaginaires. Ces souvenirs éclatés d’une enfance rurale, demeurent à l’état de puzzle, « pour s’approcher de l’absence / du naïf sentiment de la perte ». Si « l’enfance est le lieu de l’éternité », la maturité peut l’être aussi lorsqu’il s’agit d’affronter le réel sous tous ses aspects, « faire avec / l’angle mort / le hors champ / l’image inaccessible/ les trous de l’histoire ». Les deux pages finales de présentation des deux artistes fournissent quelques clés pour « tenter de renouer avec les fils de l’histoire ».

Chantal Ravel : Est-ce que cela a existé? (Jacques André éd., 2013),

avec des photographies d’Evelyne Rogniat,

58 pages, 17 euros – 5 rue Bugeaud – 69006 Lyon

lf57_Mathe_Jean-François Mathé : « La vie atteinte »

En bon artisan du verbe poétique, Jean-François Mathé poursuit humblement un parcours entamé depuis plus de 40 ans. Il y a, dans ces nouveaux poèmes, un ton et une allure qui dépaysent le lecteur en créant une sorte d’envoûtement. Confession intime, aveu à peine formulé, simple constat : un peu de tout cela et le mystère demeure car « Il y a longtemps que nous amassons/ des pierres et de la nuit ». Avec l’âge (?), l’auteur ose davantage s’aventurer sur les sables mouvants d’un « je » encore hésitant et puis, assez vite, c’est le « nous » qui revient à la charge avec le devoir de témoigner : « Nous ne disons rien, de peur de trouver/ pire que la monotonie du silence,/de peur de trouver/ le couteau caché dans les mots ». Survient alors ce qui sépare, ce qui tranche et disloque, ce qui menace. Raison de plus pour nous de poursuivre : « Fragiles obstinés, nous avançons/ tant que chaque horizon en promet un autre ». Et si finalement la clé de ce recueil se trouvait dans la longue citation finale de Jules Supervielle ? Ne faut-il pas voir là un pont entre ces deux poètes intimistes évoluant dans un univers où se croisent les ombres et les lumières?

(Jean-François Mathé : « La vie atteinte » (Rougerie éd., 2014), 82 pages, 13 euros –

tirage à 450 exemplaires sur bouffant – Rougerie éd. – 87330 Mortemart)

lf58_HoudaerFrédérick Houdaer : « No parking no business »

Avec Frédérick Houdaer, on est dans le court-circuit permanent et cela dès l’exergue de ce livre où voisinent deux citations, l’une de Witold Gombrowicz et l’autre de … Walt Disney ! Un peu plus loin dans le recueil, le journal L’Equipe est en balance avec le dernier recueil de poèmes de l’un de ses amis. Disons que c’est peut-être à cela que l’on reconnaît vraiment un poète affranchi des règles de bienséance dictées par le poétiquement correct. Mais tout cela ne doit pas masquer l’originalité de cette parole actuelle qui ose faire bouger les lignes tout en témoignant de menus faits d’une existence déchirée. Il s’interroge sur le pouvoir que peuvent avoir les poètes face aux situations complexes. « A quoi servent les poètes? » s’interroge-t-il, et lui, parmi les autres, doutant, observant ses semblables lors de rencontres poétiques ou dans une file d’attente à la CAF, s’interrogeant depuis 44 ans comme il le signale dans l’émouvant dernier poème du livre. Et même si Houdaer déclare « n’écrire que pour quelques-uns », sa poésie est très ancrée dans le réel et pas seulement à la Croix-Rousse à Lyon où plane le fantôme ricaneur de Pierre Autin-Grenier pour qui l’éternité est toujours inutile.

(Frédérick Houdaer : « No parking no business ». Gros Textes éd., 2014,

78 pages, 8 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes)

©Georges Cathalo

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous :

9782343022031r

Ainsi se parlent le ciel et la terre, de Michel COSEM -recueil de poésie de 89 p. paru aux éditions L’Harmattan , 12/2013 – [11,50 €]

Écrire être au monde en sachant comment se parlent le ciel et la terre, avec toute la sérénité d’un poète qui maîtrise sa langue et pose un regard paisible sinon rasséréné sur le monde, -ainsi nous parle / créé / voyage Michel Cosem.

Écrire : Ȇtre / Ȇtre au monde et l’ Écrire / Écrire & être au monde

Une même lettre initiale inaugure la geste créative, que transfigure l’acte poétique porté par le poème, d’un merveilleux quotidien. Geste créative / Quête existentielle.

Ainsi se parlent le ciel et la terre s’ouvre sur le Dire de cet acte inaugural « Écrire être au monde« , comme dans l’Aube de Rimbaud « la première entreprise fut une fleur qui (…) dit (au poète) son nom ».

Et le merveilleux quotidien, surgi de cette entreprise de langage entre le ciel et la terre mise en mots par le poète, transparaît d’emblée dans les interlignes de la page première.

Il s’agit d’ Écrire être au monde / Comme un carré de terre, mais, pas n’importe quel espace-temps ici s’instaure—

— puisqu’on l’y trouve semé d’orchidées mauves / et de plumes d’oiseaux

— puisque les interlignes

sont de ressource

inscrits dans la sève & dans les sources,

reconduits sans cesse / sans arrêt

renaissants /

sur la ligne de crête des souvenances

dans les lumières, dans les mémoires

— puisque s’y écrivent

les soleils et les océans,

les racines du monde

En plein ciel ou dessous

l’écorce

d’où se relisent / s’écrivent

se relient

l’histoire et l’imaginaire

les horizons pluriels /

l’Est du levant

l’Ouest du couchant /

Du cœur les crépuscules

ou

les hautes dunes d’or.

Nous sommes

dans Ainsi se parlent le ciel et la terre

À la limite

À la limite presque bleue presque blanche

à la limite reliant le règne du vivant au règne de l’imaginaire

Si les référents sont souvent de sources élémentaires (l’eau, le vent, le feu des soleils, le souffle de la terre), leur existence prend Encrage sur la ligne du cœur d’où écrit le poète Michel COSEM.

Jean Joubert dans la Préface évoque la concision des poèmes, l’expressivité des images et des métaphores qui s’y déploient, et parle, à propos des petits poèmes en prose qui remuent aussi les pages de ce recueil, de petits chefs-d’oeuvre de finesse et d’émotions discrètes.

Je pense que la puissance évocatrice et la force créatrice des poèmes constituant Ainsi se parlent le ciel et la terre se trouvent là : dans la simplicité et la profondeur des réalités qu’ils lèvent. Profondeur d’une observation fine et attentive du poète qui regarde et écrit le monde où il prend corps et chant ; simplicité des visions révélées, à portée de regard, de la synesthésie de tous les sens et des sentiments, dans une envergure et une altitude portées par l’écoute en veille ou active du monde, vue par le poète.

D’envergure et d’altitude il est question ici où se déploie l’incessant dialogue entre le ciel et la terre, d’autant que l’oiseau en signale abondamment les lignes de voyage, les lignes de partage et de contrées migratoires, les couleurs.

Le rossignol, hôte d’un même territoire que celui disputé à l’eau laissant venir à elle la feuille rousse ; la buse qui en plein midi noir / miaule ; tandis que roule le loriot / dans la forêt légère / Le nid tissé de frais / est plein d’illusions ; le chant discret de la sitelle où passe un papillon ; la hulotte toute tremblante annonce la nuit et les chemins de hasard, les rêves qui scintillent au bout des mots ; …

Sans doute rôde au-dessus d’Ainsi se parlent le ciel et la terre, L’ombre de l’oiseau de proie titre d’un recueil du même poète aux éditions de L’Amourier—

Oserais-je écrire que les poèmes de Michel Cosem ressemblent à des ortolans gagnant leur territoire sur l’arbre-de-poésie -l’ortolan recherché, l’ortolan rare à apprivoiser du regard et dans l’esprit ?

Mais le poète-éditeur est à l’écoute du monde animal et végétal dans son ensemble, en une multitude que l’acuité du regard seule signale (le grand cerf, les orchidées mauves, les feux d’herbes, le vieux chêne, les broussailles, le scarabée doré, le papillon aux ailes de rouille, l’abeille tournant sous le lilas…),

Car il s’agit bien de voir, écouter et regarder -tous les sens en éveil- pour VOIR ; VOIR et être au monde ; VOIR, Écrire être au monde

Entendrai-je encore longtemps

le chant des tourterelles

dans les platanes verts semés de ciel et

d’hirondelles

et de tranquilles idées ayant les habits du matin.

Entendrai-je encore longtemps parler la langue

verte du fleuve

portant des myriades de nouvelles d’aval ?

Ainsi se parlent le ciel et la terre éd, de l’Harmattan (12/2013) de Michel COSEM -nous écouterons

encore longtemps

résonner en nous

ses poèmes

Que nous prendrons

à chaque matin de

nouvelle rose /

Que je prendrai encore

à la nouvelle rose de

chaque matin.

Mais laissons,là, la vraie parole au poète :

Une nouvelle rose ce matin se balance et cherche à me ravir. Je la laisse un instant en attente. Elle me parle du vent d’été et de la forêt redevenue sombre et bruissante, des nuages clairs qui passent dessinant des fantasmes. Elle m’entoure d’une écharpe de laine fraîche car le fond de l’air est frais, tandis qu’alouettes et rossignols se répondent en paix.

M©Dĕm.(Murielle Compère-DEMarcy)

Murielle Compère-DEMarcy signe depuis peu du monogramme MCDem.

Publications en Revues

Comme en poésie, n°57, mars 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Traction-Brabant n°56, mars 2014 (P. Maltaverne, Metz)

Libellé, régulièrement (parutions les plus récentes : décembre 2013, mars 2014) (Michel Prades, Paris 20è)

-Chronique Trouvailles de Toile… (Expressions, Les Adex, 60800 Rouville)

Florilège n°154, mars 2014 (S. Blanchard, Dijon)

2000Regards, n° de mars 2014, n° d’avril 2014 (Y. Drevet-Ollier, Nevers)

-Mentionnée dans la rubrique “Le monde des revues poétiques” de Poésie sur Seine, revue d’actualité poétique (92) pour son éditorial dans l’AERO PAGE (UNIAC / Dijon)

– Mentionnée dans la rubrique Chroniques de LIBELLE, mensuel de poésie (Paris, 20ème) pour L’Eau-Vive des falaises aux éd. Encres Vives, mai 2014

Comme en poésie, n°58, juin 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Mille et un poètes, n°5, juin 2014 (éd. Corps Puce / association Lignes d’écritures / Jean Foucault / Amiens)

Publications Sites en ligne

Le capital des mots, site d’Eric Dubois, février 2014

Délits de poésie, site de Cathy Garcia (Nouveaux Délits), mars 2014

La Cause Littéraire, le 19/03/14 pour le Poème I ; le 29/03/14 pour les Poèmes II, III & IV ; le 07/05/14 Poèmes V, VI et VII

-Chroniques sur le site de Traversées / P. Breno (Belgique), depuis février 2014 (articles sur Ailleurs simple de Cathy Garcia, Pierre Reverdy l’enchanteur, La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, à hauteur d’ombre de M.-Fr. Ghesquier di Fraja, sur le poète Pierre Dhainault)

Les tribulations d’Eric Dubois. Blog de poésie. Poetry blog. Article signé MCDem sur Ce que dit un naufrage aux éd. encres Vives coll. Encres Blanches, 25/03/2014

-Recension / Articles critiques / Chroniques sur le site en ligne de La Cause littéraire (Ailleurs simple de Cathy Garcia, éd. Nouveaux Délits, le 07/04/14 ; La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, éd. Le citron Gare, le 04/05/14 ; Reverdy, l’Enchanteur, le 08/05/14 : A hauteur d’ombre de Marie-Françoise Ghesquier di Fraja, éd. Cardère, le 10/05/14

La Cause Littéraire, le 07/05/2014 pour Poèmes V, VI, VII

La Cause Littéraire, pour Les Fées penchées de Véronique Janzyk, éd. numérique ONLIT, le 13/05/2014

Traversées / P. Breno (Belgique), pour Les Fées penchées de Véronique Janzyk, éd. numérique ONLIT, le 18/05/2014

Dualed d’Elsie Chapman éd. LUMEN sur le site en ligne de La Cause littéraire (21/05/2014)

La solitude est sainte de William Hazlitt éd. La Table ronde sur le site en ligne de La Cause littéraire (01/06/2014)

Le crépuscule de la démocratie de Nicolas Grimaldi éd. Grasset sur le site en ligne de La Cause littéraire (06/06/2014)

– Sur le site en ligne des éditions LUMEN pour la publication de l’article sur Dualed, d’Elsie Chapman

-Mentionnée sur le blog dePierre Kobel La pierre et le Sel, revue d’actualité et d’histoire de la poésie pour son article sur Pierre Dhainaut (Juin 2014)

-Mentionnée sur le blog de Jacques Lucchesi éditeur du Port d’Attache (Marseille) pour article sur Missives du vent d’Henri-Michel Polvan (http://editionsduportdattache.over-blog.com )

-Mentionnée sur le blog de Valérie Debieux rédactrice-adjointe de La Cause Littéraire pour article sur Ainsi se parlent le ciel et la terre de l’éditeur-poète Michel Cosem (http://www.valeridebieux.over-blog.com) (Juin 2014)

-Répertoriée dans le site des auteurs de Traversées, revue de Patrice Breno (VIRTON, Belgique)

Publications Recueils

-Atout-Cœur éd. Flammes Vives / Claude Prouvost, 2009

L’Eau-vive des falaises c/o Michel Cosem éditeur, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, avril 2014

La F—du Logis, recueil de nouvelles, Été 2014 (à paraître)

Prix littéraires

-Prix catégorie Poésie dans le cadre du Concours international de littérature et de créations artistiques organisé par la Cité-Nature d’Arras

-Prix catégorie Fiction à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie dans le cadre du Concours Dis-moi dix mots organisé par la DRAC / Picardie, 2012

-Prix Le Poète du mois organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2013

-3ème Prix du Libraire pour une nouvelle littéraire, le 31/05/2014 dans le cadre du Concours international de littératures et de diaporamas organisé par l’association Regards (Nevers)

-3ème Prix Le Jardin des poètes pour le texte “L’Orchis-des-Fées” organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2014

Publications prévues

Verso / Alain Wexler (à paraître)

Microbes 85 / Eric Dejaeger –Été 2014

L’Ouvre-Boîte à Poèmes

Nouveaux Délits / Cathy Garcia –octobre 2014

– 4ème de couverture Poésie/première n° 59, juin 2014 (Emmanuel Hiriart //Jean-Paul Giraux / Martine Morillon-Carreau / Philippe Biget / Guy Chaty) : Poème de MCDem illustré par Didier, Mélique

La Passe / Tristan Felix-Philippe Blondeau, numéro d’octobre 2014

Décharge / Jacques Morin (à paraître fin 2014, courant 2015)

La F—du Logis, recueil de nouvelles, Été 2014

Liens

http://www.mcdem7.over-blog.com

M©Dĕm.Murielle Compère-DEMarcy a lu et commenté pour vous:

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  • Minute  Papillon de Jean-Pierre LESIEUR, éd. Comme en poésie, 51 p. ; 2012 [10 euros]

[Pour une petite minute de détente & de poésie—] (1)

Il est des minutes que l’on compte, que l’on décompte ; d’autres qui se comptent comme ces minutes emportées dans la ronde des heures de la vie journalière

& celles qui comptent comme cette MINUTE.PAPILLON saisie au vif dans son vol au 1/60ème de ronde par le poète pour un moment passé hors du temps dans le bonheur d’une traversée toute en poésie.

C’est le livre d’une Minute Papillon qu’offre ce recueil du poète-revuiste Jean-Pierre LESIEUR, accompagné au “pinceau” par la peintre de Capbreton, FLAM, dont les merveilleux et enchanteurs croquis rehaussent la beauté des mots & des choses.

Scénario original que de mettre en poèmes la vie rondement menée d’une minute… (sous-titre figurant sur la page de garde, avec frontispice).

Écrits en vers libres les courts poèmes déclinent dans leur cadre la vie rondement menée de cette minute qui s’envole du carcan de la mécanique du Temps –pour nous transporter dans les rouages, les coulisses & les fantasmes de ses échappées de lépidoptère.

La petite minute

se désolait

dans sa tanière de rouages

Bougeant

ses menottes rouges

dans tous les sens

Elle donnait la main

à ses soixante sœurs

Pour faire vivre

la famille

de la ronde de l’heure.

N.B. – 60 sœurs –ou 59 ? La Minute Papillon vit donc ici un supplément d’existence à part…

échappée de sa vie sociale de minute parmi les 59 autres minutes faisant l’heure à son tempo

échappée au quart de quarteron de tour pour une course à revers de la montre

des ailes accrochées au fox-trotté de sa ronde, pour nous emporter dans une danse à contre-temps ou à plein régime d’un temps d’éternité

La minute danse ici dans une ronde drôle & aux battements d’ailes “tintinnabulées” d’humour. Ainsi dans le déroulé poétique de la marmaille des minutes ou dans cette entreprise de

La mère minute

qui s’y connaissait

dans les appareils du temps

(et qui) fit visiter à ses filles

la clepsydre

de leur arrière-grand-mère

leur recommandant bien

de ne rien dire

à l’horloge parlante

ni aux horlogers

du changement d’heure

qui officient

chaque nouvelle année

quand on en perd une.

La Minute Papillon joue avec le Temps comme le poète, dans des tours de passe-passe menés par la baguette anachronique du poème.

L’histoire de l’Heure se conte et se compte jusqu’à bousculer la mesure du Temps et à en mêler d’une façon ludique les fuseaux dans une petite révolution poétique du cours des horaires.

Le lecteur s’amuse avec cette Minute Papillon malicieuse entourée de sœurs non moins espiègles posant des questions sur le temps – le temps qui se compte, se conte, raconte des histoires de temps –du temps qui se mesure – à en perdre parfois son heure—

Elle fut stupéfaite

d’entendre la maline

parler de

cocotte-minute.

Était-ce une minute déguisée

Une minute dégrisée

Une minute qui durait

Le temps d’une cocotte

Ou d’un chant du coq

Était-ce un appareil

(suite à dé-couvrir…)

Bien sûr les instruments d e mesure du temps participent à la ronde eux aussi : le sablier, la clepsydre, l’horloge,… mis en scène par le poète.

À lire ce petit livre amusant d’une Minute.Papillon au Pays des Muses

À lire & retrouver les rives minutes de l’enfance

À lire ce beau recueil empli de poésie et dont les croquis de FLAM embrasent les minutes d’eau, de verve & de sable

-vous en aimerez la route de ses petites minutes de poésie—

©M©Dĕm.Murielle Compère-DEMarcy

 

Minute  Papillon de J.-P. LESIEUR,

A commander à Comme en poésie

2149 avenue du tour du lac

40150 HOSSEGOR