Elodie Antoine, en permanence :Aeroplastics contemporary, rue Blanche, Bruxelles. Installation place du Parc, Mons, mars 2015, Louvain, solo show, The White House Gallery, Louvain, printemps 2015.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

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Elodie Antoine, en permanence :Aeroplastics contemporary, rue Blanche, Bruxelles. Installation place du Parc, Mons, mars 2015, Louvain, solo show, The White House Gallery, Louvain, printemps 2015.

Elodie Antoine ne considère jamais l’image en tant que supplément superfétatoire de formes, mais explore le vide qui les travaille du dedans. D’où la force silencieuse d’œuvres qui empêchent les lapalissades d’un art à l’autre et fabriquent tout un jeu de renvois. En français dans le texe comme dans l’image, Elodie Antoine rauque, débraille, écornifle les représentations. Corsaire du langage plastique, elle lui inocule des vices de forme. Au fléchage balisé du réel répond le mouvement graphique oblique. Surgit une vision dérangeante, drôle (mais jamais gratuitement) qui cisaille les apparences. La prêtresse païenne éclabousse la liberté et parfois une émotion tendre aux étranges résonances travaille jusqu’à l’inconscient. Chaque « pièce » de son puzzle creuse des voies adjacentes au réel. Sculpture, installation et autres médiums créent une folie du sage rigoureuse, nourrie de littérature souvent. Émerge un espace d’harmonie, de disharmonie et de contrepoint qui touche à l’éphémère du réel et à l’éternité du langage.

« Moucharde pour un denier » (Marcel Marien), pour un presque rien qui est tout, l’artiste met en jeu d’étranges formes voisines de nous et de nos insomnies. Elodie Antoine permet la dénonciation implicite des voleurs d’âmes et des Marlborough s’en vont-en guerre. Bref la louve bruxelloise rentre dans la bergerie de l’art. Son travail fait agoniser tous les petits rois et reines qui se tiennent roides et fardés sous leurs tenues d’apparats au sein des catafalques créés à leur intention par eux-mêmes. Leurs compromissions explosent par la grâce d’un travail qui dépasse celui de ceux qui en croyant franchir des frontières restent recroquevillés sur leur territoire balisé. La Bruxelloise ailée ramone l’art de ses suies à coup d’incendies ravageurs quoique discrets. Elle ne cesse de disjoindre la logique pour la relier autrement. Ce qui est incisé, coupé et renvoyé à un devenir incertain, n’est pourtant pas abandonné corps et bien. L’immobilité est chez elle un moment de la dynamique. Elle vient seulement souligner une instabilité.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Depara, Night & Day in Kinshasa, 1955-1965, éditions Revue Noire, Belgique, 108 p., 13€.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean Depara, Night & Day in Kinshasa, 1955-1965, éditions Revue Noire, Belgique, 108 p., 13€.

Les black mafic women de Jean Depara s’enrobaient (ou plutôt s’enrubannaient car elles avaient la ligne haricot vert) pour mieux se dérober en habiles traitresses. Elles jouaient avec leurs corps et les accessoires qui le recouvraient – provisoirement peut-être. Toutefois Depara ne se départissait jamais d’une exquise pudeur et respect. Même dans l’humour, il ne s’agissait pas de ridiculiser les femmes. Les hommes quant à eux en prenaient pour leur grade.

Il y avait peut-être chez ses oiseaux de nuits moins de goût pour le sentiment que pour le plaisir. Mais qu’importe ! Sous la robe le plus légère se cachait une petite fille et une princesse. Toutes les princesses attendaient leur prince charmant pour qu’il laisse glisser leur jupe à fleurs. Mais Depara ne jouait jamais de telles audaces. L’orgasme, ce mystérieux miroir d’absolu n’était jamais à l’image – si ce n’est celui que celle-ci produit.

Depara jouait des limites mais juste ce qu’il fallait. Sous les lumières du soir les peaux noires devenaient à la fois soyeuses et brillantes. Il y avait là sans doute une lecture critique de l’Afrique qui s’occidentalisait. Mais perdure surtout une poésie d’une vie insouciante qui a disparu. La nuit à Kinsasha n’était pas encore ce qu’elle est devenue. Les êtres pouvaient s’y dérober sans risque au monde objectif et à eux-mêmes. Et l’œuvre paradoxale du photographe fait éprouver le contact et la distance de cette atmosphère d’insouciance un peu factice mais insouciance tout de même.

La mélancolie se loge soudain dans une valise doublée de soie et de taffetas relevés de perles de sourire. La fête semble toujours en imminence et garde la moiteur de son intimité tandis que des reins se cambrent. Certains diront que Jean Depara photographiait comme certains écrivent des romans de gare. Mais ils auraient bien tort. Ses photos racontent désormais le temps avec une troublante délectation. Une virtuosité (sans effets) fait bouillonner la nuit où des clés d’amours possiblement clandestines chassent les nuages du lit des cieux. Des jambes se livrent à des dérives, elles enveloppent le regardeur de leur érudition. Aimer doit pouvoir s’écrire entre toutes ses lèvres. Et en pleine nuit la libre entrave des corps délivre le soleil. Et les émotions n’ont plus d’âge.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Un poème de L’instinct de ciel, par Jean-Michel Maulpoix

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J’inaugure ici une nouvelle catégorie de billets, par laquelle je présenterai à chaque fois un auteur, le plus souvent un poète contemporain, en citant un bref extrait de son œuvre. Il ne s’agira pas d’aboutir à une anthologie en ligne de la poésie contemporaine : vous trouverez déjà une abondante « anthologie permanente » sur le site Poezibao, dont j’ai déjà parlé.

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