Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III
Gerard Stricher, L’intuituiste
Le Petit Enfant et le retour à la Montagne. Randonnée chez les artistes « intuitistes » II/III
Quelle différence entre « avoir à écrire » et « avoir déjà écrit » ! Voilà une chose que mes amis intuitistes n’éprouveront jamais et que j’ai vécue pourtant, pauvre Christ n’ayant pas encore été touché par la furie d’une telle expression aussi foudroyante qu’immédiate !
Cet après-midi, plus épuisé que d’habitude, je suis tombé dans un sommeil intermittent, mais profond, qui m’a donné l’illusion d’y être… et ensuite la cuisante déception de n’y être pas…
J’avais mentalement commencé à noter des mots-clés… Le premier mot était « Petit Enfant » (« Fanciullino ») ; le deuxième « Cosmos » ; le troisième « Alphabet » ; le quatrième « Jet » et le cinquième mot « Montagne »…
Sur la belle page, que j’avais juste devant mes yeux, ces mots se mariaient fort bien les uns aux autres, laissant jaillir des phrases…
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Diana Lui, Les Méduses, Texte d’Anne Biroleau-Lemagny, coll. Vanités, Chez Higgins, Montreuil, 200 €.
Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret 
Diana Lui, Les Méduses, Texte d’Anne Biroleau-Lemagny, coll. Vanités, Chez Higgins, Montreuil, 200 €.
Les égéries de la photographe belge Diana Lui n’ont rien de saintes. Elles en gardent le flacon sans l’ivresse. Celle-ci n’est pas forcément ce que le voyeur espère. A l’angoisse et l’extase charnelle font place des nuits blanches aux voluptés solitaires. Nulle tierce personne n’est là pour les partager. De telles femmes sont pourtant belles : leur corps, de l’orange ignore la peau et ne retient que la pulpe. Que demander de plus ? Sinon qu’elles proposent le paradis terrestre. Mais peu d’illusion sur ce point. D’autant qu’ici voir est plus compliqué qu’il n’y paraît. Diana Lui demande un regard attentif, une intelligence secrète, elle oblige par ses choix de pose à ne pas céder à l’agitation hors de propos.
Les Méduses se soucient peu de séduire même lorsqu’elles sortent de leur salle de bains où les flocons de parfums sont alignés. Pour le voyeur, elles demeurent néanmoins des idoles qui bluffent et font perdre le nord en leur Plat Pays que leurs rondeurs modulent. Elles passent en boucles mais cheveux tirés dans l’imaginaire : la vérité n’est plus habillée. Elle s’exhibe non sans une insolente pudeur. Mélusine devient au besoin Blanche-Neige. Elle lévite indifférente aux regards qui se posent sur elles. D’où la poésie particulière d’une œuvre subtile et poétique. L’œil remonte à la source d’un mystère qu’il n’appartient plus à la raison de dissiper.
©Jean-Paul Gavard-Perret
Une femme à gros seins qui court le marathon d’Éric Dejaeger, Gros Textes, décembre 2014. 78 pages, 8 euros.
Chronique de Cathy Garcia

Une femme à gros seins qui court le marathon d’Éric Dejaeger, Gros Textes, décembre 2014. 78 pages, 8 euros.
On pourrait croire que ce titre – accompagné d’une illustration explicite de Sarah Dejaeger (toute ressemblance avec le nom de l’auteur n’est pas fortuite) est racoleur, et si certains tombent dans le panneau, ils seront punis de poésie, car Éric Dejaeger n’a rien à vendre et racoler n’est pas son genre, il aurait même plutôt tendance à rabrouer si on l’emmerde de trop près.
Le titre est celui du poème du même nom :
« Ce titre m’est venu
À l’esprit
En voyant une femme plantureuse
Faire du jogging »…
Si vous voulez connaître la suite, vous savez ce qu’il vous reste à faire, vous pourrez ainsi découvrir 66 autres poèmes d’un Dejaeger qui n’a pas peur de montrer sa sensibilité, un peu moins potache que dans les derniers recueils, celui-là nous rappelle plus les Pensées d’un ortieculteur (Les Ateliers du Tayrac, 2006) et Les contes de la poésie ordinaire (Mémor 2005). Le Dejaeger poète tranquille et assumé, compagnon fidèle (dit-il), père, grand-père, jardinier, fossoyeur de petites bêtes, dresseur de muret, contemplatif, paisible et lucide toujours, sans perdre son humour corrosif quand il s’agit d’épingler les travers de ses semblables et d’un monde à la con qui se croit korrekt et tout ça sans jamais se prendre trop au sérieux, surtout pas. Ce livre est dédié à ses « amies & amis qui comme moi s’amusent à écrire ». Ce côté ludique, fanfaron, d’une enfance qui vous collera toujours un poème dans le dos et « merde à celui qui le lit » et qui ne s’étonnera pas que les platanes puissent venger les escargots écrasés. Il y a du zen chez Dejaeger aussi, le recul du sage qui préfère grimacer comme singe que se pavaner la plume au fion et une attention non feinte à l’infime, au minuscule, c’est sans doute pour ça qu’il arrive que la part des anges, donne des ailes à sa plume. Et ce, pour notre plus grand bonheur, car la poésie de Dejaeger, elle est sacrément belle, avec une vraie simplicité, elle est du genre à vous mettre des petits frissons et des étoiles mouillées au coin des yeux. Dejaeger vous débusque l’amour sous un vieux pot à fleurs.
L’amour est un cloporte schlass
Qui cuve sous un vieux pot
À fleurs
Ne l’ennuie pas !
Ne le réveille pas !
Ne l’écrase pas !
Peut-être que comme dans les contes
Quad l’immonde bestiole
En sera quitte
De sa gueule de bois
Elle se transformera
En princesse charmante !
Et avec ça il vous offre son cœur à déguster, à l’échalote, déglacé à la Chimay bleue.
©Cathy Garcia
Éric Dejaeger (1958-20**) continue son petit mauvaishomme de chemin dans la littérature, commencé il y a plus de trente ans. Il compte à ce jour près de 700 textes parus dans une petite centaine de revues, ainsi qu’une trentaine de titres chez des éditeurs belges et français. Refusant les étiquettes, qui finissent toujours par se décoller et valser à la poubelle, il va sans problème de l’aphorisme au roman en passant par le poème, le conte bref, la nouvelle, voire le théâtre. Sans parler de l’incontournable revue Microbe, qu’il commet depuis de nombreuses années, de mèche avec Paul Guiot.
Derniers titres parus :
Grand cru bien côté – Cactus Inébranlable éd. (2014)
Grovisse de forme (avec André Stas) – Microbe (2014)
Ouvrez le gaz trente minutes avant de craquer l’allumette – Gros Textes (2014)
Un privé à bas bilan Cactus Inébranlable éd. (Belgique, 2011)
Les cancans de Cancale et environs (recueil instantané 3) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 64 exemplaires (2012)
La saga Maigros – Cactus Inébranlable éd. (Belgique, 2011)
NON au littérairement correct ! – Éd. Gros Textes (2011)
Un Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage in Banlieue de Babylone (ouvrage collectif autour de Richard Brautigan), Éd. Gros Textes (2010)
Je ne boirai plus jamais d’ouzo… aussi jeune (recueil instantané 2) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 65 exemplaires (2010)
Le seigneur des ânes – maelstrÖm réÉvolution (Belgique, 2010)
Prises de vies en noir et noir – Éd. Gros Textes (2009)
Trashaïkus – Les Éd. du Soir au Matin (2009)
De l’art d’accommoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry et de Je suis un écrivain sérieux – Les Éd. de la Gare (2009)
Blog de l’auteur : http://courttoujours.hautetfort.com/




