Mârîye – One vikêrîye, Marie – Une vie, Joseph Bodson, traduit en wallon de la Basse-Sambre par l’auteur, Terre Natale Audace 151 pages.

Chronique de Lieven Callant

Mariye-Marie

Mârîye – One vikêrîye, Marie – Une vie, Joseph Bodson, traduit en wallon de la Basse-Sambre par l’auteur, Terre Natale Audace 151 pages.


SI jamais je n’avais cessé d’apprécier grâce à mon père toute la saveur des dialectes qui s’échangent de villages en villages en Flandres. J’avais oublié le goût du wallon. Hélas, pour moi cette langue était morte en même temps que mon grand-père maternel alors que je n’étais encore qu’un enfant. Sans le savoir cette langue dans mon esprit s’associait à la joie taquine, à la mélancolie joueuse et souvent silencieuse de mon grand-père. Le wallon, ce ne pouvait être que ses chansons, ses blagues, ses paroles amoureuses à l’égard de sa femme, les secrets complices qu’il échangeait avec ma mère.
Pourtant, il y a quelques jours, en entendant Joseph Bodson lire un passage de son livre. La langue de mon grand-père est descendue du ciel rose et or où elle séjournait avec lui pour me titiller le cœur et l’esprit. C’était comme si soudain mon grand-père ressuscitait dans la chair savoureuse des mots.
Le wallon peut transmettre la poésie d’un pays parce qu’ il est l’expression même des gens qui habitent ce pays. Rien ne peut être plus proche des hommes et des femmes que leurs propres mots. Ces mots semblent souvent être les choses mêmes qu’ils désignent.
Lire le wallon ne m’a été possible qu’en le comparant pas à pas à sa traduction en français d’où l’intérêt de cette édition bilingue et d’une manière générale de toute édition bilingue. Comme c’est l’auteur qui traduit ses propres textes, on peut voyager en toute confiance d’une langue à l’autre et apprécier plus vivement encore le travail de l’écriture.
Comme le titre nous l’annonce, le livre évoque par petits morceaux, par petites touches lumineuses les moments anodins de la vie d’une femme ordinaire: Marie. Marie parce que dans les campagnes de Belgique (Wallonie et Flandres comprises), elles sont nombreuses les filles à s’appeler Marie, Marieke, Mârîye. Le livre suit le même rythme que celui des jours qui ne se ressemblent pas complètement, celui de la nature où les saisons s’alternent où le temps suit le même court que celui d’une rivière impliquant un renouvellement constant et sensible.
Marie, c’est elle. L’enfant, l’adolescente, la femme, l’homme qu’elle aime, les enfants qu’elle porte et fait grandir. Marie, c’est elle. Joueuse, rêveuse, passionnée, acharnée, forte, surprenante.
La vie ne l’épargne pas même si l’on sent que la vie est une passante, qu’elle change, qu’elle souffre, qu’elle disparait et qu’elle revient toujours à la charge.
L’écriture de Joseph Bodson avance par petites touches anodines, simplement justes pour finalement livrer un ensemble qui n’a rien d’un puzzle impulsif et boiteux. Elle nous fait prendre conscience que notre existence au même titre qu’un texte, se constitue de morceaux, de mots et ce qui les lie les uns aux autres même s’il nous semble que c’est le jet de dés du hasard est en fait le travail minutieux et sensible de la mémoire. On oublie, on éparpille, on recompose.
Ce livre grâce à ses deux versions l’une en wallon, l’autre en français contribue à ce qu’on se rappelle que sur le bord de l’extinction brutale, odieuse, incompréhensible dans un nouvel élan la vie reprend ses droits jusqu’à ce qu’elle rencontre à nouveau la mort, la guerre, la maladie, la destruction. Trajets de vie et pas vers la mort forment un tout. Difficile de prendre assez de recul que pour s’en apercevoir. D’une certaine manière ce livre nous aide.
Mârîye – One vikêrîye, Marie – Une vie vous laissera en bouche le goût des choses simples, directement cueillies dans les champs du temps, au cœur de la vie.

©Lieven Callant

Jérôme Garcin, Nos dimanches soirs, Bernard Grasset ; France Inter (300 pages – 19€)

Chronique de Nadine Doyen

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Jérôme Garcin, Nos dimanches soirs, Bernard Grasset ; France Inter (300 pages – 19€)


Commençons par féliciter Jeanne, l’initiatrice de ce livre-abécédaire qui lui est dédié.
A l’occasion du 60ème anniversaire, Jérôme Garcin remonte le temps, nous plonge dans les coulisses de cette émission culte qu’il définit comme un « moulin à paroles », son « petit théâtre ». Vous saurez tout sur « l’hymne national de la critique» de Mendelssohn qui annonce et ferme « le geyser de harangues ».
Vous ferez plus ample connaissance avec les trois « bandes » de la trinité : cinéma, théâtre et littérature. Pour justifier les éclats de voix, les empoignades verbales, l’auteur se réfère à Oscar Wilde pour qui « Une époque qui n’a pas de critique est une époque où l’art est immobile. »
Au fil des pages, l’autoportrait de l’auteur se tisse, par touches : depuis 1989 à la barre, au studio Charles Trenet, avec le même enthousiasme renouvelé.
C’est à 15 ans qu’il eut le choc d’entendre « cette foire d’empoigne » qui orienta sa vie. Jérôme Garcin se remémore la première fois où il « monta  à la tribune comme à l’échafaud », succédant à Pierre Bouteiller, soutenu par la bienveillance de Martine de Rabaudy et la « gentillesse paternelle de Régis Bastide ».
Le Masque représentait pour le jeune « chef d’orchestre » une « liberté d’expression, d’indignation, d’admiration sans limites ». Depuis, l’émission est devenue « une spécialité française » unique et reconnue, « une madeleine » pour François Morel.
Jérôme Garcin retrace son parcours, ses débuts à la télé, évoque l’époque où il faisait « le paon », mais aussi en parallèle l’historique de l’émission. Il rappelle le choc de perdre un parent à dix-sept ans et un frère jumeau à six ans. A noter de nombreux hommages  dans le chapitre consacré aux quarante ans : Charensol, Polac, Bastide.
Parmi les anecdotes roboratives, celle contée par un agriculteur qui avait baptisé ses vaches « les Garcinettes », après avoir constaté qu’elles étaient sensibles au « ton velouté » de la voix du modérateur.
Comme Jérôme Garcin l’a confié dans le magazine « L’Arche » : « J’écris car je ne supporte pas que les morts soient oubliés, partis pour toujours. Il faut encore et toujours parler d’eux, dire les cicatrices que leur absence a gravées en nous ».
Comme Perec, Jérôme Garcin se souvient de ceux qui ont beaucoup compté pour lui, ses prédécesseurs : Bouteiller, Bory, Polac, et égrène une pléthore de  réminiscences.
Quand l’émission se délocalise, les aléas sont à gérer (grève des intermittents, vol, ville paralysée par la neige), mais « les vertus fédératrices » l’emportent.
Jérôme Garcin témoigne de son plaisir indicible de rencontrer « la foule de ses fidèles ». Il évoque les lieux impressionnants comme l’Opéra national de Lorraine, à Nancy. Si « Les livres ont un visage », les auditeurs aussi. Dans leurs sourires, il lit une « complicité inexprimée, de la gratitude ». Avec beaucoup de discrétion l’auteur évoque les tournées à travers la France de « sa comédienne de femme », Anne-Marie Philippe pour véhiculer la voix de Claudel dans L’annonce faite à Marie.
Il revient sur le Jubilé, puis les 50 ans, célébrés « dans une ambiance électrique », « de prises de becs », « à voler dans les plumes ». Pas toujours évident pour la « petite Comédie-Française » de se sentir décontracté, alors chacun a son remède.
L’animateur peut se targuer d’avoir fait naître des vocations, dont celle d’Ali Rebeihi.
Dans le chapitre Artisanat, on réalise le travail titanesque que demande « cette préparation de laborantin » pour chacune des séquences, sans compter la sélection du courrier qui sera lu. Jérôme Garcin, « à nul autre pareil » se définit à ce sujet comme « maniaque et obsessionnel » et opiniâtre.
La Normandie, qui  se révèle un vivier de sommités, occupe une place de choix dans cet ouvrage. L’auteur est admiratif du talent polymorphe de François Morel.
En survolant  la table des matières, des titres de chapitres intriguent, comme : « Élysée,  justice, noyade ». Mais laissons le suspense.
Sidérant le feuilleton de l’inconnu japonisant ! On imagine la perplexité de Jérôme Garcin devant une telle assiduité jusqu’au jour où il découvre la véritable identité de cet usurpateur, poète, censeur ! On croise le fantôme du « spectateur absolu », « conteur et enlumineur » comparé à « un nouveau Facteur Cheval ».
Les gourmets testeront l’adresse de la « merveille » de Trouville, « baptisée Le Masque et la Plume » qui fit fondre Jérôme Garcin. D’autres trouveront des remèdes pour chasser le spleen, car « les vertus anxiolytiques » de l’émission culte sont démontrées. A l’ère du podcast, on n’a plus la crainte d’en manquer une.
Bien que son succès soit incontestable, cette émission draine parfois aussi son lot de mécontents, l’auteur soulignant que « La France du dimanche soir a vraiment l’oreille chatouilleuse, l’esprit séditieux et la répartie cinglante ».
L’ouvrage se termine par le chapitre des zeugmas. Si le mot vous est encore hermétique, une copieuse liste d’exemples vous  permettra de briller en société.
Les miscellanées de Jérôme Garcin contiennent des souvenirs, des lettres (bouleversantes, gratifiantes, ou parfois assassines) d’aficionados, de savoureuses ou insolites anecdotes, des hommages, des exercices d’admiration.
Last but not least, il exprime ses remerciements à ses deux collaborateurs et « complices » : Lysiane Sellan et Didier Lagarde, « au doigté de pianiste ».
Lire ce recueil qui transpire « la jouissance » de l’animateur zélé, à « officier à la tribune » depuis 26 ans, prolonge idéalement les dimanches soirs.
Le point d’orgue n’est-il pas d’avoir inspiré des poèmes qui déclinent les louanges du Masque ? Pour un certain Aloïs de Valloires ; « Tous les dimanches soirs, pour une heure seulement/La vie suspend son cours, elle s’arrête un moment./Les joutes et les combats des critiques habiles/Nous font croire un instant que rien n’est difficile ».
Pour Gérard Noiret, les chroniqueurs sont « quelques dieux, moqueurs, pénétrants ».
Ce florilège nous plonge dans les coulisses d’une émission culte, qui perdure, plaît, de génération en génération, par sa qualité et sa vitalité et nous enrichit.
Rendez-vous sur les ondes de France inter le dimanche soir pour l’antidote du blues.

©Nadine Doyen

revues.be ——Réunion de travail du 14.04.2016

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Alain Esterzon avait eu la gentillesse d’inviter la revue Traversées à une réunion de travail autour de la plateforme REVUES.BE crée il y a un peu plus d’un an et qui regroupe les revues littéraires et artistiques de Belgique de langue française. Ce fut pour moi la première à laquelle j’assistai pour représenter Traversées.
REVUES.BE offre une très jolie vitrine à un fort riche bouquet de revues culturelles. Grâce aux très nombreuses visites tous continents confondus, la plateforme offre des opportunités uniques aux revues membres.

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Il faut dire que certaines de ces revues pour ne pas dire la plupart ne fonctionnent que grâce à la volonté acharnée et au dévouement passionné de leurs acteurs, créateurs, rédacteurs et aux soutiens des instances publiques telles que la Fédération Wallonie Bruxelles. Aucune n’a véritablement ce qu’on pourrait appeler une vocation économique et commerciale qui serait de générer de l’argent.
Pour les aider, les propulser et les faire connaître sur le net, il fallait créer une plateforme telle que revues.be.
La page d’accueil du site se révèle être d’une très grande qualité graphique. Le très beau logo d’après une linogravure de Josse Goffin, le bandeau d’images défilantes attirent l’attention du visiteur tout en lui donnant un aperçu vivant du contenu du site.
Un index des revues membres facilement accessible sur la page d’accueil assure une excellente visibilité à chaque revue quelle que soit son nombre d’abonnés ou les domaines culturels qu’elle aborde.
Chaque revue est mise en valeur grâce à une présentation standardisée dans la forme graphique mais qui respecte les particularités de chacune.  Ainsi il reste possible aux visiteurs de découvrir les caractères précis de chaque revue membre. Chaque revue a le loisir de choisir ce qu’elle désire partager avec le public ciblé qui visite la plateforme tous les jours: sommaires, extraits, numéros complets, textes, vidéos, etc..
Dans un avenir proche, le site proposera des liens commerciaux permettant aux intéressés de se procurer facilement, directement les différentes publications numériques de chaque revue. Un partenariat avec Librel.be plateforme de vente libre augmentera les possibilités commerciales pour les revues qui feront la démarche de se tourner vers la distribution numérique via des sites tels que immatériel.fr, epagine, ou numilog.fr.
Ces contacts avec des distributeurs numériques ouvriront peut-être aussi de nouvelles portes sachant qu’elles ont également signé des contrats avec les bibliothèques de Belgique et de France.
L’intérêt de la plateforme ne s’arrête pas avec ce que je viens d’aborder à savoir d’assurer la visibilité de ses revues membres sur le net. Elle se propose de mettre en avant toutes les activités organisées par les revues: salons, conférences, festivals, rencontres. Chaque semaine un texte qui peut être celui proposé par une des revues est offert à la lecture des visiteurs via la page d’accueil. Bientôt, elle proposera un index des auteurs intervenant sur le site de revues.be.
La plateforme revues.be participe également à de nombreux salons, comme celui de Paris ou de Bruxelles dans le but d’étendre ses réseaux, de nouer des liens d’amitiés avec les exposants ou d’autres acteurs relevant les mêmes défis, comme par exemple le réseau Mir@bel.
Cette réunion de travail conviviale a également permis aux divers participants d’envisager le futur de la plateforme, de communiquer les diverses difficultés techniques rencontrées, d’échanger des astuces pour y remédier, de faire part des expériences vécues, de penser et re-penser les bienfaits des collaborations de ce type.
La séance de travail s’est clôturée par une lecture de textes, de poèmes. Moments émouvants, surprenants.

Le site REVUES.BE à visiter ici: http://www.revues.be/index.php
Librel.be portail numérique des libraires francophones de Belgique

©Lieven Callant

Pablo Neruda – Tes pieds je les touche dans l’ombre – Poèmes retrouvés – (Seghers – Poesie d’abord – Edition bilingue. Textes inédits.)

Chronique de Xavier Bordes

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Pablo Neruda – Tes pieds je les touche dans l’ombre – Poèmes retrouvés – (Seghers – Poesie d’abord – Edition bilingue. Textes inédits.)


Il s’agit d’un livre inégal dont Jacques Ancet s’est efforcé de donner une traduction aussi poétique que possible : quelques beaux poèmes d’amour, d’autres dans la veine du Canto General, et quelques textes de moindre importance. On ne peut évidemment pas s’attendre, avec des reliques, à autre chose qu’un recueil composite, mais ces poèmes, en dépit du côté « retrouvé » qui évidemment signifie qu’ils n’avaient pas pu entrer (encore ?) dans la composition d’un grand recueil, ont le mérite de nous restituer la grande voix de Neruda, dans sa version « spontanée » ou presque.
C’est ce dont témoigne, outre le fait qui mérite d’être souligné que le livre est bilingue, l’adjonction d’un épais dossier qui présente quelques-uns des poèmes en fac-similé, et des notes et commentaires utiles, comme l’éditeur Seghers s’est souvent astreint à le faire dans la fameuse collection des Poètes d’aujourd’hui. On y découvre cette chose passionnante : des textes écrits tels que l’auteur les avait laissés, parfois raturés, dans la course et le rapt de son écriture rapide, de son geste naturel, avec le papier jauni attestant de l’âge du document. Il me souvient, lorsque Pierre Seghers était encore, me semble-t-il, en pleine activité, vers 1967, en avoir une fois discuté avec lui en marchant, à propos du fac-similé de St John Perse « Midi, ses fauves, ses famines …», dans le livre présentant ce poète. Il avait dit – et la déclaration m’avait surpris -, sur un ton un peu bourru, ces mots qui me sont restés : « Il paraît que le style c’est l’homme. Pour moi, l’écriture matérielle du poète aussi ! » (Il est vrai qu’à l’époque, c’était la grande mode de la graphologie, graphométrie, etc.) Nous avions également évoqué le Fac-Similé du poème qu’Eluard avait écrit pour Nusch, sa femme, dont le nom sur le manuscrit, à la fin, avait été barré et remplacé par le mot Liberté.
Oui, incontestablement la vision des manuscrits est instructive quant aux mystères de la création et de la personnalité d’un poète. Le livre que Jacques Ancet nous présente concernant l’auteur des Alturas de Macchu-Picchu (un sommet aussi de sa poésie), est un merveilleux vecteur de curiosité, et réveille en nous l’envie de relire les autres puissants recueils du poète chilien, à travers certains inédits tels que « Qu’offre-t-elle à ta main d’or… », immense poème d’amour auquel il semble que le traducteur se soit particulièrement attaché, et qui nous fait entendre une dernière fois la voix, restituée en français, de Neruda en sa plénitude d’inspiration, intense comme dans ses meilleurs moments de passion.

©Xavier Bordes (Paris – 12 avril 2016.)

Vos manuscrits-Les éditions Traversées

Dostoyevsky The Demons Manuscript

Fiodor Dostoïevski [Public domain], via Wikimedia Commons


Nous recevons beaucoup de manuscrits.

Il est préférable qu’ils nous parviennent par voie électronique via l’adresse suivante:

Pour éviter que certains ne s’égarent, tout manuscrit envoyé à la revue devra être signé et accompagné des coordonnées de l’auteur.


1670 Philips manuscript

Merci