POESIE DU POINT DU JOUR 17 allée des Néfliers 91190 GIF-SUR-YVETTE 06 12 68 73 89
Prix International Arthur Rimbaud – Concours de poésie 2025 doté de 7450 euros de Prix
Gif sur Yvette le 30 Novembre 2024
Cher(e)s ami(e)s poètes,
Poésie du Point du Jour organise en partenariat avec l’AMOPA, la SPF, le Lions Club International, Rencontres Européennes-Europoésie, les Poètes de l’Amitié- Poètes sans Frontières, la SPAF, ACALA, les Sens Retournés, les Académies Renée Vivien, de Macon et de Villefranche sur Saône, Luna Rossa, J O M, Arts et Poésie de Touraine, Grain de Sable en Poésie, les Arts Septimaniens, la SAPF, Traversées, la Ronde Poétique, le CNM, les Rencontres Vaugelas, le Salon des Poètes de Lyon, Mille Poètes, un concours international de poésie, avec un double objectif :
Donner encore plus de sens à la création poétique en mettant en valeur le talent de poètes reconnus par tous à travers le Prix International Arthur Rimbaud.
Recueillir des fonds en faveur d’œuvres caritatives, dont l’autisme en 2023, 2024, 2025.
Nous vous invitons à y participer.
Il est doté de 500, 300, 200, 100 ,50 euros en chèque, dans les catégories A B C D E
et 300, 200, 100 euros dans la catégorie J.
Le concours comprend 6 catégories (voir règlement au verso).
Les trois premiers des catégories A B C D E seront sélectionnés pour participer au prix International ArthurRimbaud, dont le lauréat recevra 500 euros.
Les trois premiers du prix International Arthur Rimbaud jeune poète recevront respectivement 300, 200, 100 euros et seront sélectionnés parmi les lauréats des concours jeunes de l’AMOPA, de la SPF et la catégorie J de notre concours, afin de promouvoir la poésie auprès des jeunes.
La dotation totale est de 7450 euros. La clôture des inscriptions est fixée au 31 Mai 2025.
Une Anthologie des meilleurs poèmes sera éditée et la remise des prix aura lieu en Novembre 2025, lors d’un déjeuner de Gala au Sénat ou dans un autre lieu prestigieux de la capitale.
Poètes à vos plumes …
Retrouvez-nous, sur le site : ConcoursdepoésieArthurRimbaud
Art 1 : Poésie du Point du Jour organise avec ses 24 partenaires, le Prix International Arthur Rimbaud, ouvert à tous les Poètes d’expression francophone. Clôture des inscriptions, le 31 Mai 2025, le cachet de la poste faisant foi.
Art 2 : Le concours comprend six catégories :
A Thème libre-forme libre
B Thème libre-Sonnet
C Thème libre-forme classique ou néoclassique
D Thème imposé, le rêve ou le voyage, forme libre
E Chanson poétique, ballade, rondeau ou pantoum, thème libre (chanson poétique, clé USB recommandée)
J Catégorie jeune (moins de 18 ans), Thème libre-forme libre
Chaque participant peut envoyer autant de poèmes qu’il le souhaite dans les différentes catégories, moyennant le règlement des frais d’inscription, soit 10 euros par poème. (gratuit pour trois poèmes dans la catégorie jeune.)
Art 3 : Chaque poème ne dépassera pas 32 vers. Les textes exemptés de fautes d’orthographe seront dactylographiés sur papier blanc standard au format A4, à l’exclusion de tout autre support. Les poèmes seront anonymes, mais devront comporter impérativement la catégorie dans laquelle ils concourent. (un numéro d’ordre est attribué à chaque poète, reporté sur chaque poème, permettant de les identifier et de garantir l’anonymat).
Art 4 : L’envoi de chaque concurrent, adressé non recommandé, mais suffisamment affranchi, comprendra :
Les poèmes en quatre exemplaires, un exemplaire du présent document daté et signé, un chèque de règlement des frais d’inscription à l’ordre de ‘Poésie du Point du Jour, deux enveloppes timbrées aux nom et adresse du concurrent
à : Prix International Arthur Rimbaud, 17 Allée des Néfliers 91190 Gif sur Yvette
Art 5 : Une Anthologie des meilleurs poèmes sera éditée sans que les auteurs ne puissent s’y opposer ni réclamer des droits d’auteur.
Art 6 : 7450 euros de prix seront répartis entre les différentes catégories, le prix International Arthur Rimbaud et le prix International jeune poète. (voir au recto).
Art 7 : Deux jurys de présélection et de sélection finale seront constitués. Leurs décisions seront sans appel.
Art 8 : La remise des prix aura lieu en Novembre 2025, lors d’un déjeuner de Gala au Sénat ou dans un autre lieu prestigieux de la capitale. Tous les participants au concours 2025 seront conviés à cette manifestation (le coût de la participation sera précisé ultérieurement).
Art 9 : Si le concours était annulé avant son terme, les frais d’inscription seraient remboursés.
Le candidat déclare avoir pris connaissance du présent règlement.
Date et signature (lu et approuvé)
Nom prénom …………………………………………………………………………………………………………………………….
Titre : Sur la pointe des pieds Auteur : Christophe Jubien Illustrations : Laurent Pinabel Éditeur : MØtus Année de parution : 2024
Des poèmes courts. Chuchotés. Des toutes petites merveilles du quotidien. Christophe Jubien les voit, ces invisibles. Ces muettes. Il nous les partage, sur la pointe des pieds. Sans vouloir déranger. Juste comme ça. Un sourire. Un sourire d’enfant : « tu vois, c’est ça ». C’est presque rien mais c’est bien mieux que rien. Un ancrage au monde. Un encrage de la vie simple. Pas besoin de Lamborghini ou d’Aston Martin pour découvrir le monde, même si ce n’est pas interdit, quelques pas lentement posés sur le trottoir du jour, le carrelage de l’appartement et tout devient réel. Vivant. La poésie, c’est aussi cela : cette attention au trois fois rien qui rendent le monde neuf.
Les illustrations de Laurent Pinabel joue de cette simplicité, comme un enfant lui aussi et avec humour et couleurs.
Titre : Mais pourquoi donc est-ce que je parle à ce rocher ? Auteur : Daniel Birnbaum illustrations : Paolo Leone Éditeur : Association Francophone de Haïku Année de parution : 2023
Lire et relire Daniel Birnbaum qui est parti en 2024 est à la fois nécessaire et plaisant. Des haïkus tout simplement. Une vision du monde proche. Un humour. C’est salutaire. Et ça se partage volontiers !
Il tape trois fois au carreau
mais comment répondre
au bourdon
une feuille tombe
sur une autre feuille
encore plus de silence
premier novembre
le vent s’obstine
à remuer les feuilles
et dans un autre recueil de haïku chez le même éditeur on trouve ceci que j’aime beaucoup :
matin d’hiver
la neige tombe
jusqu’au silence
Tout va de trois vers/ Daniel Birnbaum
*
Titre : signe-moi que tu m’aimes Auteur : Levent Beskardès traduction en français : divers traducteurs dont Brigitte Baumié Éditeur : éditions Bruno Doucey Année de parution : 2 024
Un livre étonnant. Des poèmes écrits en langue des signes. Dans l’espace. Des poèmes gestes si je peux le dire ainsi. Les poèmes sont également dessinés par l’auteur, ainsi on peut les lire en langue des signes. Ils sont ensuite traduits en français. Je peux alors les lire et entrer dans l’univers de Levant Beskardès. Découvrir son regard sur le monde. Sa perception. Forcément décalée, différente : questions de sens. Ces différences nous enrichissent. Le monde n’est pas tout à fait le même pour chacun.
*
Titre : des fourmis qui gigotent Auteur : Ludivine Joinnot Images : Valérie Linder Éditeur : L’ail des ours, collection Graines d’ours Année de parution : 2024
Un livre avec trois longs poèmes.
Le premier : Dans cette maison-là évoque la chaleur familiale. Le home sweet home. Le bonheur de vivre. De vivre ensemble. De s’écouler avec les jours.
On se dit que la vie est belle
on voudrait qu’elle dure longtemps
longtemps, longtemps, longtemps
Le second Ma tête est dans les trains évoque le voyage. Un trajet en train. Le paysage à la fenêtre. Le ciel. Le temps qui passe. Le silence et le rêve du voyage.
Ma tête est dans les trains
le ciel change de couleurs
une voix annonce le prochain arrêt
Le troisième Des fourmis qui gigotent évoque un autre voyage en train. Celui d’une petite fille qui emmène sa Nonna en voyage en train. Comme deux petites filles. L’impromptu. La surprise. Et la joie.
Nonna s’est mise à rigoler
sans plus pouvoir s’arrêter
et moi, j’ai ri avec elle,
même si je ne savais pas trop pourquoi
nous avions soudain le même âge
et des souvenirs plein nos bagages
Les images et leurs couleurs ajoutent encore un peu plus de chaleur à ces pages. On se sent bien dans ce livre. Comme un cocon.
À lire et sans se lasser dès cinq ans par exemple, et donc à déposer dans toutes les bcd des écoles et bien sûr au-delà car la poésie échappe aux étagères.
Titre : Et le vent sur la terre des hommes Auteur : Bernard Grasset Éditeur : éditions Henry Année de parution : 2024
Certains prennent des photos. D’autres esquissent des aquarelles. Écrivent des cartes postales. Ou des poèmes. Bernard Grasset, quand il voyage, écrit des poèmes. Librement. Quand on lit ces poèmes, on voyage à son tour. Bien assis. Des images passent dans nos yeux. Des paysages. Des émotions. Un partage. Les mots du poème donnent à voir. On feuillette ce recueil comme un livre d’images et de sensations. Le vent. La mer. L’espace. La solitude et la rencontre.
Un livre à offrir à tous ceux qui aiment partir à l’aventure, à la découverte. Un livre à mettre dans les cdi de collèges et lycées pour inciter à tenter un carnet de voyage à chaque déplacement pédagogique ou personnel.
Patrick JOQUEL : Sur les sentiers de l’invisible, photos de Laurent DEL FABBRO, éditions de la Pointe Sarène.
Merveilleux petit ouvrage pour découvrir l’arrière pays niçois.
Ces quelques photos de laurent Del Fabbro se passent de commentaires et les textes de Patrick Joquel incitent à partir sur place immédiatement.
Michel Lautru
***
album
Titre : Balla le faux lion Texte et dessins de Kemo Éditeur : ineffable éditions Année de parution : 2024
Une légende sénégalaise. Celle de l’homme victime d’un sort qui le transforme en lion. Que choisir ? Vivre avec les lions ou demeurer fidèle aux humains ? Quels sont les regards des autres du village face à la transformation ? À la différence ? Des questions bien contemporaines et cependant venues du fin fond de l’Afrique sahélienne. Comme quoi l’humain est bien le même qu’il vive ici ou là, aujourd’hui, hier ou demain.
Ce magnifique album aux couleurs sablées ou bien nocturnes selon les chapitres s’adresse à tous ceux qui aiment s’asseoir et écouter. Écouter la voix des ancêtres mais aussi celles du vent, de la lumière et de son cœur (ou de sa conscience).
Un conte à donner à entendre et à voir dès cinq ans et jusqu’à plus soif. Le conte, comme la poésie, s’adresse à tous ceux qui en sont curieux.
Que ma mort apporte l’espoir, Poèmes de Gaza, Édition bilingue arabe-français, OrientXXL, Éditions Libertalia, Novembre 2024, 230 pages, 10€
Cette édition a été préparée par Nada Yafi, Jean Stern, Charlotte Dugrand, Bruno Bartkowlak et Nicolas Norrito et comporte des poèmes consécutifs à l’offensive israélienne du 7 octobre « Glaive de fer » et des poèmes d’avant le 7octobre. La guerre impitoyable livrée par Israël à la bande de Gaza et aux Palestiniens remonte bien plus loin que le 7 octobre 2023. L’offensive n’a en fait jamais vraiment cessé, revendiquée par Israël sous l’expression cynique de « tondre le gazon ».
Les poèmes de ce livre témoignent du dénuement de la population et de ce qu’elle subit. Les mots ne servent pas à fabriquer des pamphlets amers mais trouvent souvent le chemin de la simplicité pour évoquer un quotidien qui ne l’est pas. Certains poèmes ont été écrits sous le feu des balles, d’autres dans l’urgence d’apporter un témoignage, d’apaiser la douleur, de construire un espoir, de mesurer l’ampleur du désastre. Des femmes, des hommes, des enfants meurent, d’autres tentent de survivre avec des blessures qui probablement ne guériront pas. Des poètes se taisent. Des vies se tarissent.
« Dans chaque poème vit l’âme d’un être humain, qui l’a entreposée là. Il faut les lire avec cette attention-là« . C’est ce qu’écrit dans sa postface, « J’aurais voulu être un magicien », l’écrivain palestinien Karim Kattan. Il nous demande aussi de mesurer l’ampleur du silence. Des pages blanches, rien que du vide et du silence. Une place immense laissée par ceux qui se sont tus, qu’on a tués, qu’on a réduits au néant.
À l’image des poèmes cités pour cet article, ce que réclament les textes du livre, c’est le respect, le droit à être un humain, de vivre à l’air libre.
« Une étoile disait hier À la lueur de mon coeur Ô lumière Nous ne sommes pas de simples passants
Ne vacille pas! Sous ta clarté Marchent encore Quelques promeneurs errants »
Hiba Abu Nada, poétesse et romancière de Gaza née en 1991 dans une famille de réfugiés, tuée par un bombardement le 20 octobre 2023
À travers les yeux de trois enfants – – Fidad Ziyad
« Je vis ce génocide à travers l’imaginaire de trois enfants Le premier se cachait sous les draps En disant je voudrais être un fantôme Pour que les avions ne me voient pas Le deuxième disait, du fracas des navires de guerre C’est la voix de la pieuvre dans la mer Et le troisième, une petite fille: je voudrais être une tortue Pour cacher tout le monde Sous ma carapace
Ô toi la main de l’imaginaire Berce le sommeil de ces petits Préserve pour eux tous ces rêves Ô toi la main de l’imaginaire Ne va pas plus loin que l’horreur du réel »
La guerre ne s’était pas endormie — Othman Hussein
« Elle était tranquillement assise, la guerre Puis elle s’est levée timide les premiers jours Dissimulant son visage et son souffle Le premier mort aura un nom et un numéro Et peut-être se rappellera-t-on jusqu’à la couleur de ses chaussures, fera-t-on résonner trompettes et tambours Il aura de la chance « Le martyr » dira-t-on de lui … Puis les nombres se multiplient Sans numéros et sans récits La guerre s’est enfin dressée, grande discorde funeste Elle ne s’était point assoupie, comme elle l’avait prétendu »
Un pays oublié dans les valises des migrants — Hachem Chaloula
« Chaque centimètre que je foule est désormais une tombe »
« Un enfant tombe tel une feuille du figuier de la vie Et tombe avec lui la pluie du coeur d’une femme-rivière Telle est l’histoire de notre automne, abattu dans un carnage Qui s’étend du Nil à l’Euphrate »
« Nous sommes nés du cri Nous y avons vécu mille ans Sans nous demander de quelle gorge nous étions sortis Et soudain tout s’est tu Plus de gorge pour le cri Alors quelqu’un a dit Qu’une épopée avait dissous nos traces »
Pour ouvrir cette édition bilingue français-arabe figure un poème de Mahmoud Darwich, poème écrit en 2000 et intitulé « Mohammad » en hommage à Mohammad Al Durra, cet enfant de Gaza froidement abattu par un sniper israélien, alors qu’il se blottissait contre son père, lequel tentait désespérément de le protéger. J’en reprends ici quelques morceaux.
« Mohammad Il se niche dans le giron de son père, Oisillon affolé Par l’enfer qui tombe du ciel, retiens-moi père De m’envoler là-haut Mes ailes Sont encore trop frêles Pour ce vent fort Et la lumière est si noire
Mohammad Il veut juste rentrer à la maison Sans bicyclette sans chemise neuve Retrouver les bancs de l’école Le cahier de grammaire et de conjugaison »
Lorsque j’ai entamé la lecture de ce livre, je venais de finir « Chaque jour, est un arbre qui tombe ». La merveilleuse écriture de Gabrielle Wittkop et l’intelligente structure du roman m’ont fait comprendre que chaque jour, chaque instant de vie disparaît de manière irrévocable et s’éloigne de nous pour ne jamais revenir que sous la forme d’un souvenir que la mémoire ne cesse de réécrire. Un arbre tombe, un univers s’écroule avec lui à jamais. Mais au lieu de se satisfaire de cette prise de conscience, il y a chez Wittkop le refus de se résigner. Elle fait face, elle fait front.
Les poèmes de Gaza résonnent aussi de cette fatalité de la mort qui révulse, qu’on refuse en tout état de cause. Pour survivre, il faut se familiariser avec la mort sans jamais s’avouer vaincu. Quand elle est omniprésente et s’impose à nous avec la constance, la violence et la brutalité d’une guerre qui ne finit pas, quelle doit être notre réponse? Qu’est-ce qui pousse un être humain à en détruire un autre? Une haine profonde, une discorde aveuglée? Comment empêcher l’anéantissement? La dérive suffisante qui veut nous faire croire que l’autre n’est qu’un ennemi, un monstre, un terroriste, un animal, un vulgaire chiffon, un déchet.
Il est des saisons terribles où les oiseaux se taisent, où les insectes ne bourdonnent plus, où les sèves végètent, où les arbres meurent. Le silence devient absence. Le monde s’effondre. Quand un arbre tombe, quand un être humain disparaît, on comprend ce qui s’écroule avec lui. Une vie, un réseau de vies, une architecture complexe, un temps long, infiniment long. Un univers. Une peuplade, des civilisations. Une culture.
Ce livre n’a évidemment pas l’ambition de répondre à ces questions mais il interpelle ses lecteurs, écoutons ces voix multiples avant qu’il ne soit trop tard. Définitivement trop tard.
Jenny NÉEL, Au hasard comme on peut, illustrations de Jean Naudin, Les Belles Lettres, janvier 2025, 48 pages, 11€
Ce très court texte – publié sous résolument féminisé pseudonyme ! – est un étonnant chef d’oeuvre (une chose lyriquement très rude, d’une constante et magnifique profondeur), qui fait se succéder quelques « routes » qui s’ouvrent, diverses voies d’existence ( nommées : malheur, urgences, petits riens, tendresse, menace …) où l’auteur fut engagé, qu’il rapporte avec rares franchise et justesse. Voies tragiques pour l’essentiel, chemins donnant les uns sur les autres et sur leur exclusif rescapé, qui dit d’eux tous ceci : d’abord, « l’errance » est « la seule voie certaine puisqu’elle conduit là où l’on ne s’attend à rien » (p.7). Ensuite : on aura pu, à chaque fois, « aller jusqu’au bout sans crainte puisque le chemin fut l’essentiel » (p. 31). Enfin, le souci s’est imposé, toujours, d’y être délicatement seul, de n’importuner ni les personnes ni les choses d’explications à exiger ou fournir. Ce dernier point est particulièrement celui de la « route de la main tendue » …
« de celle qui s’ouvre mais ne se referme jamais totalement, refusant de posséder, de tenir, de com-prendre. J’ai refusé de comprendre, me laissant guider par une fatalité douce, laïque, sans signification et qui fait que ce qui arrive arrive et que l’hôte d’abord étranger vous devient familier, n’exigeant aucun pourquoi, aucune raison d’être là. Comme le disait l’ami-poète, l’essentiel est de laisser l’univers en l’état, quoi qu’on fasse. Se glisser dans les draps de la vie en les froissant le moins possible … » (p.39)
Voici donc, en clair, notre auteur caché : une sorte d’hygiène cosmique, et portant l’aléatoire en discrète bannière plutôt qu’en spirituelle armure !
Oui, l’aléatoire, en version « pas de vague », désabusée et laborieuse, comme la célèbre réplique de Jocaste, conseillant à son fils – craignant de se découvrir bientôt son mari – de retenir sa curiosité au seuil de l’invivable (dans l’Oedipe-roi de Sophocle), dont est tiré le titre de ce livre :
Oedipe : « Et comment ne pas craindre la couche de ma mère ? »
Jocaste : « Et qu’aurait donc à craindre un mortel, jouet du destin, qui ne peut rien prévoir de sûr ? Vivre au hasard, comme on peut, c’est de beaucoup le mieux encore. Ne redoute pas l’hymen d’une mère : bien des mortels ont déjà dans leur rêve partagé le lit maternel. Celui qui attache le moins d’importance à de telles choses est aussi celui qui supporte le plus aisément la vie » (trad. Paul Mazon)
C’est que la différence entre pessimisme et optimisme n’est toujours qu’une nuance sur même fond de hasard. « Ce que le hasard t’a offert, il te le reprendra » (p.28), voilà la défiante mélancolie. Mais la confiante disponibilité, que se dit-elle sinon : « ce que le hasard t’a pris, il te le ré-offrira » ? Hasards de disparaître et d’apparaître ne font alors qu’un, qui s’équilibrent indéfiniment, sans visée ni plan !
La chance, la « fortune », c’est tomber sur quelque chose de désirable en poursuivant un objectif tout différent (une pièce d’or, par exemple, en jardinant) – ou comme une mutation « favorable » (= plus adaptative) que l’organisme enregistre et ne se cherchait pas. C’est comme une utilité qui tombe du ciel, et un but atteint sans l’intention de le poursuivre : une issue inconstructible, et dont l’occasion s’offre. Si le réel est le tout qui est, il est donc capable de tout, mais à ses propres conditions (qu’il ignore, ou plutôt : qu’il ne peut connaître parfaitement en aucun endroit de lui-même) : la fréquence d’advenue de ce qui peut arriver dépend, non de Providence (à laquelle rien du réel ne pourrait échapper), mais d’une complexité telle du réel qu’elle ne peut en retour que lui échapper ! C’est cette richesse d’éventualités même (comme la prodigalité d’un aveugle) qui fait qu’on ne sait celle qui, au cas par cas, sera retenue. Il n’y a que par et pour un Dieu (que notre auteur écarte) que le réel pourrait connaître (et donc peaufiner) ses propres détails. Puisque la vie est réelle, elle doit donc toujours aussi, incompressiblement, aller au hasard. La seule chance directionnelle du réel serait donc qu’il n’oublie, à mesure, rien de ses propres états; mais l’amnésie des « conditions initiales » est la loi d’un devenir qui ne poursuit sa course qu’en se devenant autre. « L’oubli est roi : la mémoire n’en est qu’un accident, provisoire » (p.21). Et la vérité même (qui est l’apparition continuée de ce qui rend les choses réelles) n’est ici que fortuite et temporaire.
Vérité que s’interdit d’esquiver l’auteur, y compris quand il avoue, dans la troisième route qui suit ici, « avoir esquivé et non vaincu la mort« (p.21)
Les trois premières « routes » du livre disent, d’ailleurs, le tout de notre auteur.
« Route d’Emmaüs », d’abord, où deux pélerins, « courbés sous le poids de l’absence« , qui peinent à reconnaître leur Sauveur dans le vagabond qui s’était joint à eux, en partageant le pain qu’il rompt, submergés par « l’espoir, ce cancer de l’existence » (p.7), sont soudain à nouveau égarés, déçus, abandonnés – car l’Apparition leur paraît d’un coup « se nourrir de leur faiblesse« , et les tenir par leur illusoire voeu même de se changer. Dans une version clairement non-évangélique de l’anecdote, il ne faut donc pas moins, à ces errants d’Emmaüs, que se guérir du Christ pour considérer et assumer l’exclusive vérité de l’absence. La reconversion est ici de complète désillusion. L’auteur suggère ceci : nous sommes faits d’atomes, et qu’est-ce qui serait plus dérisoire que des atomes confiants en leur sort, et s’imaginant sauvables ?
« Route du malheur », ensuite : c’est un nourrisson dont le « lit n’eut pas le temps de garder la trace du froissement des draps » (p.9) – la même image sera reprise, on l’a vu plus haut, page 39 – parce qu’il lui arrive (« la nuit a eu lieu« ) bientôt de mourir – « pause alchimique inversée qui change l’or en rien« . Cette enfant « ne fut qu’un frisson de l’existence, que nous ne sûmes réanimer » (p.9). L’auteur sait dire comme personne ce retour vers rien :
« Il y avait. Il n’y a plus. On ne peut que pleurer, sa vie durant, ce qui a quitté la cage, fleurie, pourtant pleine de petites alvéoles d’aérations pour que circule librement ce qui doit se passer sans raison, que rien ne tenait enfermé. Elle n’est pas revenue. Son aura hante jour et nuit, mais ce n’est qu’une aura » (p. 9-10)
Troisième chemin enfin, ici : l’auteur lui-même qui, terrassé par une attaque, part mourir aux « urgences ». Le bref récit dit la dégringolade de réalité, « l’impossibilité de retenir; l’arrivée sur une place vide, est-ce bien une place ? » (p.13). Il se sait mourir, dans la sereine évidence suivante : larguant son dernier souffle, il sort l’accompagner, voilà tout. Et quand l’improbable remontée se fait, quand un infime souffle vient reprendre du service, quand l’attirail minimum de la présence se reforme « au hasard » (puisqu’il n’y a et n’y aura jamais « d’absent de l’indicatif à conjuguer »), et « comme on peut » (car le silence même qu’on saisit revenir atteste qu’on est soi-même revenu), alors …
« la surprise passée, il est temps d’apprendre à nouveau à se tenir vivant. Gestes, attitudes, réactions, bref faire en sorte que personne ne se doute qu’on est ressuscité. Évitons les visites au temple et les vérifications des trous, mains et côtés, de peur de se sentir ridicule » (p. 17)
Ce livre désespéré (rien de plus sursitaire, lit-on ici, qu’un miraculé !…) n’est pourtant en rien désespérant. Comme chez Nietzsche, la conscience tue mal, mais n’est au fond que conventionnelle et « tardive » : nous « reste alors la sensation si sur elle nous acceptons d’être en prise, si nous sommes avec elle en consonance : battre à l’unisson de ce métronome jusqu’à l’épuisement » (p.32). Comme chez Marcel Conche, la mort gagnera, mais sans pouvoir nous priver de ce que nous aurons vécu (qui saurait donc dévaliser un fantôme ?). Comme chez Clément Rosset, la joie peut « plonger dans la fissure (angor) » même « qui s’ouvre et que seul le rien pourrait combler« . Mais notre auteur est à part : il a la légèreté d’un Bobin dans … l’opaque vertige d’un Schopenhauer. Et, lui, sans jamais attendre de la pensée ce qu’elle ne peut fournir :
« Route des petits riens, de ceux qui laissent un goût d’inachevé et pourtant sont l’essentiel de l’existence, parce qu’accomplis. Se protéger du vent ou fermer les yeux sur ce que l’on ne veut voir, continuer à vivre en marge de l’insupportable, se calfeutrant dans ce cocon d’existence qu’on appelle la pensée avec cette lucidité de se dire que le vécu est bien au-delà du pensé et que vivre est ce qu’il y a de plus difficile; c’est là que tout se joue : ne jamais être totalement à la hauteur, s’apparaître dans sa lâcheté constitutive qui vous fait fuir ce qu’il faudrait regarder en face; et on le sait bien … » (p.35)
Un ton de grave fraternité (tous les chemins sont ouverts, mais c’est le Tout qui s’arrête à chacun de leurs bouts) et de sereine compassion (c’est un devoir, pour toute évanescence, de pardonner à celle des autres) fait enfin la force d’un prodigieux livre d’oubli – que l’on n’oublie plus :
« Je me souviens du personnage de Joyce, dans Ulysse, à qui l’on demande qui est Dieu ? Sa seule réponse : un cri dans la nuit. Cri certainement d’épouvante de celui qui soudain comprend qu’en dérangeant la nuit, il inventa la mort » (p.23)
Cinq sobres et intrigantes illustrations (de Jean Naudin, le célèbre psychiatre- phénoménologue de Marseille) viennent moins orner le texte qu’accompagner les efforts de son auteur, et nous rendre plus clair non ce qu’il dit, mais ce qu’il approche et tente. Et cet accompagnement empathique est aussi soutien, et comme compensation : là où ce texte dit quelqu’un qui va s’absenter, qui n’est pour ainsi dire plus là, chaque trait de ces images paraît, lui, venir dire : je suis là, je viens pour prendre part à la présence. Et là où Néel affronte souvent la décomposition (de l’espoir, de la disponibilité, de la sauvegarde), la « composition » des images de Naudin (ici, un visage né de justesse, là une sorte de porte de terre ou d’écorce suspendue, là encore une eau remontant sa chute et l’ingénieux contournement d’un brouillard) vient rappeler que même la décomposition suivait un ordre, et que les tensions de la solitude, parce qu’elles-mêmes viennent du monde, pourraient y ramener. Ici, la création picturale, comme la littéraire, rappelle, avec douceur – et peut-être même joie – que si, comme on dit, elle vient « de rien » (de rien de connu ou d’équivalent en tout cas), précisément parce qu’elle ouvre ce rien jusqu’à nous (comme disait Maldiney), elle n’y retourne pas (et nous l’épargne au moment même où elle nous y expose). L’irradiation de l’art, c’est vrai, va elle-même « au hasard, comme elle peut », mais ne fait jamais machine arrière : ce qu’on en surprend avance !
Philippe Bouret, L’art en bar, préface de Jacques Cauda, Tarmac Édition, décembre 2024, 52 pages, 15€
Le titre est un jeu de mots sur l’expression « l’or en barre » qui désigne une sacré fortune, une belle promesse de gagner beaucoup d’argent. Faut-il y voir une dénonciation du pouvoir toujours grandissant de l’argent, du capital sur la production artistique? L’art n’est-il pas toujours étroitement lié au pouvoir de par le fait qu’il dépend pour être vu, valorisé, d’institutions comme le musée ou les diverses fondations largement subsidiées ou sponsorisées?
Le trésor de Philippe Bouret est ailleurs, car l’artiste sent qu’il a trouvé quelque chose de beau, de noble, de simple. Il s’interroge sur ce qu’il regarde et s’émerveille d’autant plus qu’il nous révèle subtilement par bribes ce qui nous rapproche les uns des autres .
Tous les portraits repris dans ce livre ont été croqués sur le vif, de la manière la plus spontanée et sans doute à l’insu des personnes. Ils font références aux nombreuses études qui s’imposent aux artistes avant de procéder à la réalisation d’une « grande » oeuvre, peinture ou sculpture. Philippe Bouret étudie et de manière pointilleuse le regard. Qui regarde qui ? Que regarde-t-on? Il interroge tout en respectant l’anonymat des personnes.
Hommes, femmes, adolescents, enfants vus de dos ou de profil. Leur particularité commune première est de se trouver à un moment précis de la journée (que le dessinateur note soigneusement) attablé au bar du musée.
On devine que ce qui rassemble ces anonymes et notre dessinateur, ce sont les oeuvres d’art du musée et celles plus naturelles que la poésie éclaire au quotidien et que note soigneusement Philippe Bouret. Notre dessinateur est un assidu au vu des notations qui accompagnent les dessins. (encre de chine et terre de sienne)
Un des portraits précise « elle se blottit face à la vague ». (la Grande Vague de Kanagawa de Hokusai?La vague de Gustave Courbet? Les marines sont des thèmes courant dans l’histoire de l’art.) L’art du poète-artiste est dans son regard, sa découverte toute simple et quotidienne comme coulant de source. Instants choisis, parcelles de vies.
D’autres références rappellent une oeuvre peinte ou écrite: P12 et P33 on retrouve le même portrait « Elle pense: « je m’ancre dans la lettre du poète comme un galion sans gouvernail il est 18H34 ». P7, il y a « le jeune homme à la cigarette au bar du musée à 7H31 ». Page 13, « il a dit au barman: « c‘est l’ombre qui éclaire ma vie » il est 8H03.
Tous ces portraits révèlent autant d’instants furtifs apparemment sans importance et sans liens directs. Tous comme s’ils n’étaient qu’un seul portrait cachant avec pudeur les multiples facettes de l’être humain. Tous ces autres comme le reflet d’un seul, une multiplicité et une individualité que tente de saisir l’artiste. L’observateur se sait aussi observé car il ne diffère en rien de ceux dont il dresse le portrait.
Enfin, le support choisi par l’artiste fait référence aux nombreux projets artistiques, littéraires qui sont nés lors d’une réunion ou d’une rencontre dans un café, dans un bar. On fixe ou note l’idée, le projet, la phrase rapidement dans un geste plein d’espoir et de ferveur avec ce que l’on trouve ou ce que l’on a dans la poche ou à portée de la main sur un coin de nappe (parfois tachée), sur un bout de papier sur lequel on a déjà écrit quelque chose, sur un ticket, une serviette de table. Ces croquis, ces tentatives préservent toujours l’effervescence du moment. C’est aussi ce qui demeure dans les dessins repris pour cette publication.
Après l’on se demandera si ces projets prometteurs trouveront d’autres supports ou au contraire continueront de hanter à la manière d’un rêve, d’un souvenir le temps. Quoi qu’il en soit, ils sont rassemblés ici comme autant de strophes qui composent un ensemble harmonieux, mystérieux, magique et interrogateur que l’on peut nommer poème.