Numéro Spécial Poésie/première


Ce Hors-Série 2025 de Poésie/première fête le trentième anniversaire de la revue et les vingt ans de l’association qui en est l’éditrice. En sus des trois numéros annuels, ce numéro exceptionnel nous permet de faire un bout de chemin avec les douze rédacteurs actuels de la revue qui ont déployé leur inspiration sur un terrain thématique commun : celui de l’absence, de la vulnérabilité. Ce qui n’est guère possible habituellement, puisque les quatre poètes appartiennent au Comité de lecture de la Revue et que, par modestie et déontologie, ils n’y publient pas leurs propres textes. En outre, Alain DUAULT —poète musicologue que beaucoup connaissent et qui porte une attention à la revue en participant aussi à certaines rencontres organisées par celle-ci (par exemple lors du « Mercredi du Poète » consacré à l’œuvre poétique de Monique LABIDOIRE, avec des lectures de Colette KLEIN)— offre ici un texte avec un récit poignant en lien avec les thèmes proposés. Des plasticiens (« lecteurs non moins fidèles à notre revue », précise Gérard Mottet) participent également à ce numéro Hors-Série 2025 : Laurent NOËL, Colette KLEIN, René CHABRIÈRE et Marc BERGÈRE.

Le numéro fait place aux textes des douze rédacteurs suivant un ordre logique de cohérence au vu de la thématique retenue. Ainsi la visite au musée d’Orsay de Michèle DUCLOS répond aux voyages en train de Marilyne BERTONCINI ouvrant le florilège, tandis que la marche de Claire GARNIER-TARDIEU trace d’autres passages, oniriques, sur lesquels « On croit marcher impunément / Mais les chemins sont faits de nos pas ». Francis GONNET donne la voix à la tisseuse mémoire, afin que celle-ci « donne sa voix au silence ». Le silence, note de musique qui, sans cesse, « réinvente nos battements de cœur ». « Pour que vive l’absence », écrit le poète, « je noue au présent, les mailles de notre histoire, j’attache nos paroles aux lumières d’un poème ». Telles des vrilles s’enroulant autour du cep poétique… Et sa  pluie  écrivaine, qui « raie le silence », en ce poème où « les encres se diluent au pas de l’eau » a une tonalité qui fait écho aux vers de Marie-Line JACQUET, dans lesquels la poète rêve que « Si les yeux coulent / Dans la fatigue / Ils s’ouvriront au fond /sur bien d’autres royaumes. »

La forme chantée par Jacqueline PERSINI « Entre ce qui se défait / du côté des ombres / et ce qui s’échappe / par la fenêtre » : pour conjurer la perte « Je crée la forme de / ta bouche, de tes mains / comme un soleil… » se retrouve dans les poèmes poignants de Martine MORILLON-CARREAU qui soulèvent le cœur de nos « vulnérabilités« . Nous comprenons que la poète accompagne un proche dans sa maladie renvoyée visuellement par la « cicatrice » sur le tronc d’un bouleau d’une « noire H ». 

sûrement pas de hache ici ni surtout
grande contre l’écorce
du vieux bouleau
de quoi donc alors sinon délicat le
poignard peut-être
le quel sombre silence aux aguets  

Non pas signe cabalistique d’une hache, mais « obscur tarot plutôt », accroissement d’un signe noir, funeste, sur l’arbre de la vie. L’écriture, syncopée, s’énonce dans la fragmentation de la douleur, déroulant le poème visuel du corps se morcelant « sur le fil fragile du temps ». La poète, traversée par la douleur, exprime « l’angoisse amère » présente, dès « l’absence annoncée », face à la joie incommensurable, « irréparable » vécu avec son amour ; parle de l’effacement de soi (« partir quitter la scène ») à l’heure du Grand âge, invoquant « (nos)  brèves / mémoires / espérées ». 

Le poème de Gérard MOTTET, extrait de Par les chemins de vie (éditions Unicité ; 2017) et dédié à la poète Colette GIBELIN nous parle de l’absence et de la vulnérabilité à travers « le vacillement de la lumière ». Colette GIBELIN, « voix féminine majeure de la poésie contemporaine » (Luc VIDAL), évoque en effet souvent le flamboiement de l’ombre au cœur de la lumière, parmi la ferveur de vivre. Sa poésie s’avance sur le fil d’un équilibre existentiel précaire, condensant notre fragilité et notre ferveur de vivre, maintenant le cap au-dessus du vide dans un lyrisme contenu, telle, ainsi que l’écrit Gérard MOTTET, dans une contribution musicale, par son rythme et ses références : « Le long d’une musique imaginée / sur les portées déjantées de la vie », qui ramène au premier poème du recueil, celui de Marilyne Bertoncini qui se déplie en paysage/déphasage où les « Murmurations du souvenir » s’abouchent au Fleuve de l’Écrire « sous un même ciel, (en) différents temps ». Ce leitmotiv, traduit aussi en anglais, rythme un Poème de vie à l’instar de Cendrars dont l’encre trempait aussi dans la vie. Lille-le Nord est cette  » île de mémoire  » morcelée, refaite par les mots des minutes de sable où la poétesse nous trans-porte : rue Eugène Jacquet ,

je pense aux jars du camp gitan
avant même le temps de l’enfance 
vert et vierge territoire 
la rue qui depuis Fives menait en ville 
en traversant 
le Jardin des Dondaines
rue Greuze, 

rue Greuze 
tu creuses dans mes souvenirs 
un abîme de ciel gris

… car le ciel de l’Écrire creuse, en profondeur, comme l’émotion d’un lieu plutôt que le lieu lui-même ; comme « les grands travaux allaient commencer / le creusement de nouvelles tranchées « – Lille -Europe où  » d’autres trains un même ciel » nous emportent, afin que la fumée promise du souvenir s’alchimise sur des lignes poétiques révélatrices. Nous retrouvons ici le Livre de la mémoire écrit par Marilyne BERTONCINI, d’ouvrages en ouvrages, où se feuillette le topos vivant d’une voix humaniste si singulière, qu’elle résonne et vibre au-delà des complaisances aléatoires. Le leitmotiv qui ponctue le poème tel un refrain a été inspiré à la poète par l’écoute de Different Trains de Steve REICH (Grammy Award de la meilleure composition de musique classique contemporaine), musique mixte combinant documentaire, musique et vidéo, composée à New York en 1998, nouvelle œuvre commandée pour le Kronos Quartet. L’inspiration de cette pièce rejoint celle de Marilyne BERTONCINI en revenant à l’univers de l’enfance. Œuvre autobiographique et documentaire, Different Trains navigue entre les souvenirs de son auteur et les témoignages de survivants de la Shoah.

 » Murmurations du souvenir« … un titre que renierait pas Pascal QUIGNARD, et qui nous ramènent à la thématique  de l’absence thématique de ce numéro. Des rémanences ou réminiscences -évidentes ou souterrainement balbutiées, à l’œuvre dans les strates de notre mémoire portée par la langue verbale (puisque le souvenir, et même le plus silencieux, s’écrit bien sur une partition dont les notes sont toujours en possible résurgence) se lisent ici en filigrane des vers. 

S’il n’est pas possible de citer tous les textes, tous apportent un regard singulier, tissant un fort réseau de correspondance, parmi lesquelles je vous invite à découvrir également les voix de Pascal MORA, Edouard PONS, François TEYSSANDIER et Dominique ZINENBERG, dans ce numéro offert aux abonnés et disponible sur le site de la revue.

Poètes de l’amitié – Poètes sans frontières

LES ACTIVITES BENEVOLES DE L’ASSOCIATION LES POETES DE L’AMITIE  – POETES SANS FRONTIERES DEPUIS 1974


–          Publication de 194 numéros de la revue de poésie Florilège

–          Plus de 7348 auteurs publiés gratuitement

–          5259 ouvrages critiqués ou recensés 

–          92 recueils de poètes édités gratuitement en 500 exemplaires

–          Plus d’une centaine de recueil édités dans ses collections entre 1974 et 1990

–          2589 spectacles en France, En Europe et au Québec

–          4121 lectures dans les bibliothèques, Hôpitaux, écoles, MJC, foyers, dans la rue

–          2 spectacles pour récoltés des fonds pour opérer des enfants à l’étranger

–          3 ouvrages d’auteurs édités à titre posthume aux frais de l’association

–          72 salons du livre en France

–          Plus d’une centaine d’anthologies de poésie éditées au fil des années

–          Création de 2 prix d’édition en poésie pour éditer les auteurs gratuitement

–          639 réunions de travail ou colloques autour de la poésie

–          37 expositions de poésie, peinture et divers arts contemporains

–          1 comité de lecture composé de 7 personnes pour la sélection des textes par votes

–          Commission pour aider les auteurs à ne pas éditer à compte d’auteur

–          8754 coupures de presse 

–          Les adhérents ont accès aux comptes recettes et dépenses sur rendez-vous

–          Organisation des colis de Noel pour les défavorisés de l’association

–          Création de 1980 à 1990 de SOS AMITIE EN POESIE 24 H / 24 H pour éviter le suicide

–          Agrément Ministériel pour intervenir dans les écoles

L’association a reçu en 2014 le trophée de l’association la plus dynamique de la Côte d’Or par le Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la vie Associative.

Son président Stephen BLANCHARD, a reçu la médaille d’or de ce même Ministère pour 40 ans de bénévolat ainsi que la médaille de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres du Ministère de la Culture après la parution de 25 recueils de poésie. Chaque année, un prix de poésie dont le tirage est de 500 exemplaires récompense un poète.

Prix de poésie Yolaine et Stephen BLANCHARD


le nouveau site  : http://poetesdelamitie.blog4ever.com/

Continuer Encres Vives sur les pas de Michel Cosem –  Appel à abonnement


Michel Cosem s’en est allé, et c’est pour beaucoup d’entre nous, qui avons été lancés et accompagnés par Encres Vives, une perte douloureuse. Encres Vives, avec sa revue, fondée en 1960, et ses deux collections, Lieu (poèmes liant un poète à l’un de ses lieux favoris) et Encres Blanches (plus spécialement réservée aux nouveaux poètes et aux rééditions de recueils publiés par la revue), venues plus récemment en étoffer la production de recueils de poésie, c’est près de 2000 recueils et 400 auteurs publiés, dont beaucoup ont acquis au fil du temps une vraie reconnaissance dans le milieu poétique. Nous sommes nombreux à devoir beaucoup à Encres Vives, nombreux aussi à avoir éprouvé le besoin de revenir fréquemment aux sources en confiant nos écrits à Michel Cosem, qui disait de la revue : 

« Tout en demeurant dans un format modeste Encres Vives continue d’attirer, de retenir, d’influencer des générations nouvelles, en faisant preuve à la fois d’exigence et d’ouverture. C’est là je pense une volonté affirmée qui regarde plus certainement vers l’avenir que vers le passé.

J’ai essayé de conserver l’enthousiasme du début, d’être attentif aux nouveaux, de les aider à se construire en bonne compagnie et il n’y a là rien que de très naturel. De là peut naître un rapport à la poésie avec qui il faudra compter. Cet afflux de nouveaux auteurs –et je ne saurais tous les citer – oblige à encore plus de rigueur mais aussi d’attention et de gestion. Mais aussi de demeurer en dehors des clans, des modes et des obligations que peuvent susciter les médias ou autres nouveautés. Avec comme volonté constante de demeurer à l’écoute de ce qui se passe ». 

Sans connaître bien souvent directement Michel, nous nous étions habitués à ses missives bienveillantes en retour des envois de propositions de recueils que nous lui adressions. Des mots toujours posés et encourageants, une fidélité sans faille dans le soutien aux nouveaux auteurs, passant dans certains cas, après quelques années, par un numéro spécial. Michel était la discrétion et la bienveillance même, ouvert à toutes les formes de poésie pourvu qu’elles soient authentiques, expressions sincères d’un engagement fort dans l’époque qui les porte. Il écrit ainsi dans le numéro 62-63 d’Encres Vives, daté de l’hiver 1967-1968, consacré à la civilisation occitane : « … l’écrivain, et plus spécialement le poète est situé dans sa civilisation, non d’une manière logique, mais par le fait même d’écrire : il engage tout de lui-même et en même temps tout de sa civilisation. L’époque des écrivains qui puisaient ici et là leur inspiration semble révolue, de même que celle de l’écrivain qui décidait de se consacrer à son clocher en exaltant un passé mort. L’écrivain – s’il n’est pas un faiseur – est tout entier l’homme de son époque. Et s’il ne l’est pas, il doit tendre à le devenir ». Homme d’une civilisation et d’un territoire, Michel Cosem l’était au premier chef, dans cette Occitanie tant aimée, berceau de sa famille paternelle, qu’il arpentait de ses pas et ses mots. 

La collection Lieu d’Encres Vives, que Michel définissait ainsi : « cette collection propose des poèmes liant un poète à l’un de ses lieux favoris : voyage, rêverie, méditation, quotidien, biographie, reportage », constitue précisément une ligne par laquelle de nombreux poètes, ancrés dans un terroir, ou voyageurs en quête au contraire de déracinement, ont pu exprimer leur relation, réelle ou rêvée, au monde qui les entoure. Qui, mieux que Michel Cosem, a su faire partager par sa poésie l’âme d’un lieu ? Avec près de 400 numéros, dans lesquels se sont exprimés plus de 160 auteurs, la collection Lieu d’Encres Vives, constitue un terreau d’humanité unique, tant par la diversité des lieux explorés, que par la façon de les appréhender.  Cette collection fut pour beaucoup d’entre nous, voyageurs-poètes, une bénédiction, permettant une formalisation rapide du carnet de poèmes, voyage dans le voyage, qui donne tant de relief aux lieux visités et aux personnes rencontrées. 

Dans son souci d’aider les poètes à publier, Michel créa également la collection Encres Blanches, « plus spécialement réservée aux nouveaux poètes », qui en 20 ans d’existence a révélé, ou aidé à mieux faire connaître, à travers la publication de près de 800 recueils, plus de 300 auteurs. Une entreprise considérable, regroupant une part significative de la communauté des poètes français, certains ayant ensuite fait leur chemin et acquis une vraie reconnaissance. Au total, en incluant la revue et les deux collections, c’est près de 400 poètes qu’Encres Vives a publiés, et pour une grande partie d’entre eux révélés au public. 

Nous avons, avec plusieurs membres du comité de rédaction, décidé, fidèles à l’esprit impulsé par Michel Cosem, de nous tourner vers l’avenir, ainsi qu’il le préconisait, et continuer Encres Vives, dont l’immense héritage, tant humain que littéraire, ne peut rester lettre morte. Faire vivre et fructifier la revue et les collections, dans l’esprit tracé par leur fondateur, au service d’une communauté de poètes toujours plus vivante et diverse, voilà l’objectif que nous nous sommes tracé pour les années qui viennent. La spécificité  d’Encres Vives, rappelons-le, est la publication, dans chaque numéro, d’un recueil d’un seul auteur, 16 pages au format A4, qui vont devenir 32 pages au format A5 à partir de janvier 2024. La revue restera mensuelle, avec 12 numéros par an et la possibilité, pour un surcoût modeste, de recevoir dans l’année 2 volumes de chacune des collections Lieu et Encres Blanches. L’abonnement donnera droit à un tarif préférentiel pour l’achat de n’importe quel volume de ces deux collections. 

Nous vous invitons, chers lecteurs de Traversées, à nous rejoindre dans notre démarche (bulletin d’abonnement joint), et vous remercions de transmettre l’information aux personnes de votre connaissance qui pourraient être intéressées.

Bulletin  d’abonnement à Encres Vives à télécharger sur ce lien


Nouveaux Délits N°75 – revue amie

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com


Quelle époque épuisante, collectivement et puis pour beaucoup individuellement ! Tellement qu’écrire un édito pour ce numéro semble au-dessus de mes forces et puis il y aurait tant à dire que ce n’est pas une petite page qui y suffirait. Quelques mots résonnent : colère, absurdité, injustice, paix, changement, radical, urgence, catastrophe, confusion, bêtise, mépris, inhumanité, aveuglement… Mais j’ai trop usé ma langue sur les bords amers et tranchants de ce monde modelé par quelques fous qui prennent toute l’humanité et son futur en otages. Je préfère laisser ma langue non pas aux chats mais à toutes celles et ceux qui œuvrent à alimenter le feu des consciences, à élever l’imaginaire, à semer des graines de sens là où rien ne pousse, à parler la langue du vrai, aussi noire que nécessaire mais qui ne triche pas, qui n’enrobe pas de vernis, de sucre de séduction ; à celles et ceux qui savent la langue de soin qui tend vers l’autre des mots de secours, langue bonne et belle des naïfs qui refusent de jouer dans la cour des cruels et des prétentieux, langue du sage silence aussi quand la cacophonie rend tout contact explosif. Tant de langues, tant de possibles. Car « Nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où nous devons d’urgence redéfinir le sens de la civilisation », a dit très justement Hayao Miyazaki et clairement cette langue qu’on nous assène depuis les hauteurs des palais et des étincelants buildings n’a plus rien à voir avec une quelconque idée de civilisation.                          cgc

Je sais pourquoi 

autant se taire

Ne pas crier dans le désert 

quand c’est chaque grain de sable qui souffre 

ne pas parler aux vieux murs qui radotent

Passer en silence

avec la petite escorte d’insouciance

qu’on aura un temps séduite

Lionel Mazari

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AU SOMMAIRE

Délits de poésie :

Marie-Florence Ehret, Au jardin (extrait)

Antoine Simon

Marie-Françoise Ghesquier, Le pont suspendu (extraits) 

Pierre Gondran dit Remoux, ainsi s’endort le ballast suivi de on hoche on hoche on hoche (extraits)

Marie Tavera

Danielle Querol Bonhomme, Fondrières de la parole

Délit de l’autre : Éric Cuissard, L‘autre qui était peut-être lui (extraits)

Résonance : Gîtes de Julio Cortázar, trad. de l’espagnol (Argentine) par Laure Bataillon, Gallimard, 2012.

Délits d’(in)citations ainsi font font font les petites pâquerettes. Vous trouverez le bulletin de complicité fort désolé : la disparition du tarif éco, entre autres, force à l’augmentation du prix de l’abonnement (par voie postale) donc à prendre en compte pour tout renouvellement à partir du 1er avril 2023. 

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Illustratrice :  Anouk Rugueux

« Ancienne libraire, j’ai toujours aimé lire, écrire et dessiner. Ayant eu la chance de travailler de nombreuses années à la librairie d’un musée, j’ai pu fusionner mes centres d’intérêt dans le plaisir quotidien de feuilleter des livres d’art, de discuter de création et de livres avec les clients et visiteurs. Je dessine aujourd’hui surtout sur des pages de livres anciens et des matériaux de récup. »                                              

Son site : https://rugueu.com/

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Pour qui sait se ménager du loisir, une journée s’étend sur mille ans. 

Pour qui a le cœur vaste, une cabane est aussi spacieuse que l’univers. 

 Zicheng Hong

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Revue et association Nouveaux Délits – St Cirq-Lapopie (Lot)

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Un entretien de Patrice Breno par Daniel Brochard- Dans les Brumes-Résurgence.

Cet entretien provient du site: DANS LES BRUMES – RÉSURGENCE

https://www.danslesbrumes.fr/patrice-breno/

Naturellement vous pouvez aussi lire l’entretien ici et profitez de découvrir ce que propose le site


Entretien avec Patrice Breno, directeur de publication de la revue Traversées :

Daniel Brochard : La Belgique est un pays de poésie. La langue française y occupe une place importante. La revue « Traversées » est devenue incontournable de générosité. Vous avez su vous diversifier en devenant éditeur et créateur d’un marché de la poésie à Virton. Votre travail est exemplaire. « Traversées » pourrait influencer de multiples actions. Comment voyez-vous l’avenir de la poésie dans notre quotidien pour les années à venir ? Peut-on passer du rêve à la réalité ?

Patrice Breno : La poésie ne bousculera sûrement  pas l’ordre établi ! L’important, c’est qu’elle se manifeste dans les esprits, dans les lectures, les rapports aux femmes, aux hommes et aux enfants, qu’elle aide à ce que le monde ne tourne pas plus mal… La poésie permettra toujours de rêver et de s’évader mais aussi de s’extraire des folies, du mercantilisme et du libéralisme, du monde politique qui nous mène souvent en bateau … et de défendre ses propres idées…

C’est certain qu’avoir les pieds sur terre est une nécessité et la poésie n’est pas qu’un rêve, elle est aussi un combat : les mots sont tellement importants et le poète les projette afin que ceux qui les reçoivent les perçoivent comme une manne, une ouverture, un défi permanent contre les injustices inutiles et dévastatrices…

A mon sens, il n’y a pas de fatalisme. Tout peut-être réalisé avec la volonté. J’ai créé Mot à Maux dans la solitude parmi d’autres revues qui n’ont pas toutes survécu. Et pourtant de petites structures s’organisent qui survivent grâce à la générosité des lecteurs. La vie poétique fonctionne ainsi en France, à coups de débrouillardises. La Bibliothèque Nationale de France en charge du Dépôt légal est la plus grande collection de poésie de ce pays. Ses murs sont inaccessibles, forteresse de béton ! Pourquoi ne pas rêver de bibliothèques à l’échelle nationale dédiées à la poésie ?

Rêver c’est bien ! Construire c’est mieux ! Comme vous/comme toi, je me sens comme le colibri qui apporte sa goutte d’eau pour éteindre le feu… Chaque action, aussi minime soit-elle, a du sens, a sa raison d’exister…

La poésie a un coût. Publier un recueil, une revue est un engagement financier. Les frais de fonctionnement sont énormes. La poésie a besoin de se vendre pour survivre. Aussi, ne faudrait-il pas créer partout des librairies dédiées à la  poésie afin que les auteurs et ceux qui les éditent puissent vendre leur travail de façon libre et pérenne ? Comment selon vous instaurer un tel système ?

La poésie ne se vendra jamais comme un roman ! Quand j’ai accompagné Abdellatif Laâbi à Albi voici quelques années, un auditeur lui a demandé pourquoi il s’obstinait à écrire de la poésie, alors qu’il écrivait aussi des romans. Il a répondu : « La poésie, c’est tout ! ». Pour moi, c’est l’alpha et l’oméga. Sans poésie, le monde n’est rien. Alors, que chacun et chacune frappe aux portes s’ils le veulent. Moi, je n’en ai pas/plus l’énergie, d’autant plus que la Culture n’est pas la principale préoccupation de nos politiques, qui tiennent les cordons de la bourse. Je me dévoue corps et âme (comme le titre d’un des recueils publiés aux éditions Traversées) depuis plus de 28 ans. Après moi, qui reprendra le flambeau ? Certainement personne, car il s’agit d’une vocation et pas d’un métier… donc, si ce n’est pas rémunérateur, qui voudrait user une grosse partie de son existence… Pour ma part, je n’ai éprouvé que du plaisir, même si certains moments étaient très durs, rien que les nombreux contacts oraux et écrits que j’ai eus. Plus de 1200 auteur(e)s publiés, je pense que ce n’est pas trop mal. Plus l’universalité !

J’ai un rêve : celui d’une révolution poétique. Nous poètes, éditeurs… sommes tous pleins d’énergie. Et pourtant la poésie survit sporadiquement au rouleau compresseur d’une culture imposée par des médias en quête de pouvoir. Ce culte de la culture « unique » se vérifie partout dans notre quotidien, dictant nos choix de consommateurs serviles. Le rêve pour la poésie, serait qu’elle devienne une force novatrice et influente. Comment et faut-il réunir les acteurs du livre pour espérer un jour changer les choses ?

Il est vrai que nous agissons chacun dans notre coin. Cependant, je me suis rendu compte qu’il y a tellement de personnes qui écrivent de la poésie surtout. Je me dis souvent : il y a autant de poètes que de lecteurs ! Et c’est là que se trouve le dynamisme de la création. Quand j’ai créé la revue Traversées en 1993, j’ai voulu publier surtout des auteur(e)s qui avaient des textes de qualité (selon nos critères et nos choix) même s’ils étaient totalement inconnus. Des poètes de renom ont fait confiance à la revue, mais quel plaisir quand un auteur sélectionné revient vers moi en disant que je lui ai ouvert des voies. Nous sommes, en tant que revuistes, des passeurs, des diffuseurs, des transmetteurs et c’est là que réside notre force. Pour le reste, tenons le coup et serrons-nous les coudes, oui, certainement… Je n’ai pas vraiment l’énergie et le temps d’aller dans tous les salons. Qu’ils existent, c’est bien. Aussi, que chacun fasse de son mieux !

Pouvez-vous nous parler du marché de la poésie que vous avez créé à Virton ? Quel bilan faites-vous de cet événement ?

J’ai déjà organisé des rencontres avec des auteurs, des marchés de la poésie, le dernier en 2019. Ce qui demande une sacrée préparation ! D’autant plus que pour le plus gros de l’organisation je suis désespérément seul. Le bilan de l’édition 2022, je le ferai après, bien évidemment. Pour les rencontres antérieures, le plus important, c’est le retour, ce que les personnes qui sont venues en pensent et jusqu’à présent, tout le monde semble content. Et moi aussi ! Ne fut-ce que pour les rencontres fabuleuses, les interventions tellement suivies que – même si Virton est loin d’être Paris – je réédite l’exploit cette année.

Ce 19 mars, 20 auteurs, 10 femmes, 10 hommes, 2 parcours littéraires dans 5 lieux emblématiques de la ville, des respirations poético-musicales aussi, un marché auteurs-éditeurs, une table ronde auteurs-éditeurs, des écoles secondaires  et les commerces de la ville qui participent… Ce doit être une journée d’enfer et – même si c’est un sacré boulot pour moi – que du bonheur ! J’espère qu’on se précipitera de BELGIQUE, FRANCE, NAVARRE et qui sait, du monde entier…