Jérôme Carbillet, Les Vaches, Tarmac Éditions, format 148X210, papier vergé, 54p, 15€, juin 2025.

Jérôme Carbillet, Les Vaches, Tarmac Éditions, format 148X210, papier vergé, 54p, 15€, juin 2025.


« Il me semble parfois que le monde est réel. » Peut-on lire sur le dos de ce livre écrit par Jérôme Carbillet comme si on voulait souligner que le poète passe la plupart de son temps à rêver et que le texte poétique ne serait que le fruit d’un songe.  

Pourtant cette phrase surprenante parce qu’elle nous signifie un réveil, un sursaut ne prend de l’ampleur que grâce au contexte. Elle survient, seule face à la blancheur du papier de la page 41, après le poème de la page 40 intitulé « Fait divers ». 

Quelque chose d’ordinaire survient parmi tellement d’autres faits, un homme meurt. Marc. Marc est « ce type hirsute et rachitique qui jouait, tous les après-midi, à la poupée dans le bac-à-sable du square Jean Monnet.(11 )» « Tout le monde le connaissait et sa présence n’avait posé de problème à personne. » Pourtant : « Et hier, donc, les agents de la police municipale ont découvert son corps, sacrément malmené. Quelqu’un lui avait fourré une de ses Barbies dans la bouche. »

« Il me semble parfois que le monde est réel » formule donc un constat. Ce qui est réel, ce qui le devient et que cherche à montrer ce puissant recueil est que l’intolérance gagne du terrain et que ses conséquences marquent les esprits, tuent les consciences et passent justement sous silence cette odieuse réalité. « Personne ne sait exactement ce qui s’est passé » mais on parle de « gestes déplacés » de « comportement inadaptés ». 

L’ensemble des textes semblent nous mettre en garde et nous montrer que la société capitaliste marginalise de plus en plus d’individus en classant sous les termes de « troubles de l’humeur », « troubles psychiatriques » , « burn-out ». Elle culpabilise les individus, vous et moi, (tous les textes ou presque sont écrits à la première personne du singulier) qui subissent et souffrent à tous les niveaux, des cadences imposées. Les normes gomment les différences et imposent un modèle type de bonheur. La liberté devient un concept vague qui confère de moins en moins le droit de ne pas être d’accord, de vouloir vivre autrement, autre chose. L’expression est limitée et repose en général sur un consensus qu’il ne faut plus questionner.

Or, la poésie est justement l’enfant sauvage de la littérature. Elle choisit volontiers les chemins de traverses, les pentes ardues, les précipices violents. Il est difficile de dompter ses voix, d’éteindre ses incendies. On ne lui impose ni mode, ni coutumes. 

Les vaches, ces paisibles ruminants qui regardaient passer les train subissent massivement en meuglant les mauvais traitements que leur font subir les industries avides de rendements et qui placent le bien-être animal, le bien-être tout court derrière leurs profits directs. Leur sort comme en miroir du nôtre, de celui qui nous attend?

« Un été

18 ans. Plein été. Job étudiant dans une banque du triangle d’or. Chemise froissée trop large. La gueule de bois. Et le rêve pour seul horizon. Wagon bondé. Je lâche un meuglement. Un long. très long meuglement de vache blessée. Personne ne se retourne. » P32

De nombreux textes parlent « d’une brûlure intense et pulsatile qui donne un sentiment de mort imminente. Il est alors impossible de se concentrer sur autre chose que la douleur et l’anxiété. » « Pendant quelques instants, la conscience mesure la valeur réelle de l’existence, et puis, bien souvent, elle s’en retourne à son inconséquence ordinaire. » P33

La première chose que nous révèle Gregory Rateau, dès les premières lignes de sa préface et comme si c’était important est qu’il avait trouvé une similitude de rage entre sa poésie et celle de Carbillet mais la poésie de ce très puissant présent recueil, c’est tout sauf de la vache enragée. La colère dépasse l’impuissance de la simple rage, parce qu’elle témoigne d’une douleur qui n’est en rien individuelle dans le sens où elle touche l’ego et trouve ses racines dans un malaise personnel. La meurtrissure est ordinaire, commune, partagée par tous et nous souffrons parce que quelques personnages toxiques nous imposent leurs vacheries et autres cruautés. À mes yeux, il ne s’agit pas d’une posture artistique comme on peut la rencontrer chez certains auteurs qui se servent de l’humour ou de la dérision. 

Projet de vie

Mettre un jeton dans le caddy
Consommer
des morceaux
de vache
Pratiquer le tri sélectif
Passer un scanner cérébral
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral 
un scanner cérébral    P34

Comme le signale l’auteur dans son avant-propos, il fait un constat après avoir entendu pendant une dizaine d’années des personnes en souffrance au travail. Ces textes de fictions sont son compte rendu clinique. Autrement dit, son analyse raisonnée et lucide des mondes auxquels il a été confronté en tant que psychologue et aussi naturellement en tant qu’être humain, humaniste.

« Quant au magasin Intersport, il exposait des dizaines de modèles de runnings comme des oeuvres d’art, et, en voyant tout ça, je me suis senti bizarre, et je me suis dit que l’enfer devait ressembler à ça. » p 22

« les rues ressemblaient à des rues
mais à rien d’autres
les arbres étaient des arbres
la route la route
et rien que ça
le monde en somme
était vidé de ses symboles »

Il s’agit bien de cela: interroger un monde en perte de sens. Est-ce que ma vie vaut encore la peine dans un tel contexte? On est en droit de se poser la question. 

« Le ciel dégoulinait comme un oeuf frais sur ma tête, et je le sentais couler, très lentement, visqueux et froid, le long de mon crâne. »

« C’était le soir quand la mer s’est levée, agitée comme la nuit.
Du haut de la falaise. Des grondements. Un écran noir. J’ai
reculé. Et j’ai fait demi-tour. Mon coeur battait trop fort »

Seuils
Je me tiens à présent dans un monde où n’existent ni l’ombre
ni la lumière; où la possibilité même du silence est abolie,
comme celles du commencement et de la fin » P47

____________________________________

  1. Jean Monnet est un haut fonctionnaire français et un banquier international, promoteur de l’atlantisme et du libre-échange. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Monnet. ↩︎

Claude Favre, rage et ravage de la parole poétique

Claude Favre, rage et ravage 

de la parole poétique  



Claude Favre est poète et performeuse. Elle publie ses textes dans des revues papier et numériques (Nioques, Pli, Hector, Attaque, Remue.net, La vie manifeste...). Elle a également publié une dizaine de livres parmi lesquels Métiers de bouche, Ink,Vrac conversations, Éditions de l’Attente, A.R.N._voyou, éd. Revue des Ressources, Crever les toits, etc. – suivi de Déplacements, éd. Presses du réel. Elle a publié Sur l’échelle danser éditions Série discrète. Et récemment, Ceux qui vont par les étranges terres les étranges aventures quérant et Membres fantômes, Temps mêlés, recueils aux éditions Lanskine.

Ce qui frappe dans l’écriture de Claude Favre, c’est son corps à corps avec la violence de l’Histoire et ses ravages que la poète s’emploie à mettre en lumière avec obstination.  Elle dédie le recueil Thermos fêlé  « À ceux qui, sans nom, sans toit, sans paix, sans soins, sous les coups de la douleur, du froid, de la faim, du mépris, des oublis, de la haine, du feu, la lâcheté des pierres, des bombes, […] à ceux qui regardent le monde, entendent les cris du monde et la peur, […] recueillent violence sans nom se recroquevillent, et meurent ». C’est dire que l’écriture poétique fait (poiein), crée, suscite. Qu’elle opère une prise de conscience. Autrement dit, elle est de l’ordre de la « praxis ». Pas tant au sens de Marx de transformer le monde, mais au sens d’une « praxis du nuage », selon la belle formule de Bernard Chambaz. 

Le chant de refus, de rébellion, de colère qui caractérise ses recueils s’accompagne d’un travail puissant, audacieux d’innovation de l’écriture. Il y a d’abord un effet de ressassement, de saturation élocutoire de la langue, comme en produisent par exemple les anaphores « Imagine », « N’imagine ». Il s’agit aussi de revisiter des formes anciennes, de rechercher des synthèses insolites. Dans le recueil Membres fantômes, l’écriture associe des tournures grammaticales de la « belle langue », « c’est la vie doncques », à la langue parlée des réseaux sociaux avec ses « smileys rigolards ». Le recueil Ceux qui vont par les étranges terres les étranges aventures quérant peut se lire comme une longue chanson de geste, forme de la poésie médiévale. La formule du titre emprunté à Chrétien de Troyes, revient au fil des pages, à plusieurs reprises, faisant effet de scansion proche de l’oralité. La poète s’empare ainsi de cette forme pour l’appliquer au plus extrême contemporain : la tragédie des migrants, des Roms, des clandestins. La reliant, entre autres, à l’errance tragique et mortelle de Mandelstam sur ordre de Staline, le poète dissident dont les poèmes purent être sauvés grâce à Nadejda Mandelstam :

Dire son nom de poète russe, à plus d’âge à mendier avec les paysans. Le corps qui lâche.

Dire, te souviens-tu de ses mots, précis, de sa voix, son phrasé, de celle qui apprit ses poèmes par cœur, lucide.

Ses mots à Voronej, le ciel sans nuances.

Il me semble que son écriture se rattache à la longue liste des écritures transgressives. Telles celles de Marguerite Duras dans La Douleur, de Hugo dans Les Châtiments, de Beckett et de son usage récurrent de l’infinitif, pour n’en citer que quelques-unes. Ce qui tisse des affinités et des connivences en littérature.

On pourrait dire que  chez Claude Favre l’on a affaire à un poème-salve. Avec ses dissonances, ses relances, ses suspens, ses « bonds », dirait René Char. Comme si la voix avait le pouvoir de hurler sans bruit. Ou à voix haute, c’est selon. Ainsi de ces vers de Membres fantômes : 

alors qu’une frappe sur un immeuble à Dnipro, voilà pour vous chiens n’êtes que, bons souvenirs du Donbass, tant pis pour les civils, et smileys rigolards, et en écho, pouces levés sur les vidéos de cadavres russes à terre

alors que les fleurs sont belles comme est beau l’espoir de rouge majestueux dans les jardins de la si charmante petite ville normale d’Auschwitz

L’on ressent vivement, à lire Claude Favre, la portée du rythme, du souffle, de la respiration percutante de l’écriture. Autant dire, son rapport puissamment sensoriel à la gorge, au corps en mouvement, à ses fibres les plus profondes. Il y a là manifestement un lien avec sa pratique de performeuse. Avec des formes de diction et de scansion poétiques qui lui sont familières dans ses expérimentations.

Claude Favre utilise à plusieurs reprises l’expression « de guingois ». C’est dire s’il existe chez elle un lien entre la parole poétique heurtée, désarticulée et la claudication, la boiterie du langage. Ainsi, dans son recueil Sur l’échelle danser : 

Je m’entête affreusement

à adorer la liberté libre

Dans plusieurs mondes à la fois.

Monde des risques, monde des marges, monde des cerfs-volant, monde des mots, monde des désirs fous, monde des larmes, monde des haches, monde des nombres et des virgules flottantes.

Chauffer l’eau. Deux bassines. Les souvenirs plongés dedans. Ou la mémoire. »

Et l’on serait tenté de dire, à jouer les correspondances, que ses poèmes de guingois font penser à la danse désarticulée de Pina Bausch

Claude Favre conjugue la plus grande attention à l’actualité et à l’Histoire à une vaste érudition. Dans l’incipit de Membres fantômes, elle peut faire référence à Kafka et à son célèbre cancrelat.  Aussi bien qu’à Virginia Woolf, Aristote, Walter Benjamin, Montaigne ou Maurice Olender dans Ceux qui vont par les étranges terres. La puissance critique de la nomination a quelque chose de pressant : 

Alep est un autre nom de l’Europe, moments d’altérité, après un bombardement miraculeusement, sauvé, 5 ans, tout est possible, après un mois, après un an, après l’effet Aylan, on dit. 

La poète fait référence ailleurs aux Tragiques d’Agrippa d’Aubigné. Ce tressage de l’ancien et de l’actuel faisant partie d’une conception poétique plus large de la radicalité qui sous-tend son écriture. 

Il est intéressant de voir comment la poète évoque Erri De Luca, l’écrivain originaire de Naples qui n’a jamais renié ses engagements de jeunesse à Lotta continua et qui, dans ses écrits, traque tout ce qui défigure l’humain, en faisant de lui ce subtil portrait : 

des mots d’ancien hébreu avec l’aide d’un bon café napolitain, pour lui, Erri de Luca, entretenir le sourire, il dit tu. 

Une évocation heureuse de l’écrivain italien et de ce qui a de la valeur à ses yeux : les livres sacrés qu’il lit quotidiennement et son accueil chaleureux de l’autre. 

C’est dans cet esprit que la parole poétique de Claude Favre capte par moments de rares éclats de clarté qui font une trouée dans le tissu sombre de son œuvre : Ce matin, bonjour à la vie. Ce vers du recueil Sur l’échelle danser vient faire contre-point au poème initial :

Il y a un jour après l’enfer

c’est un ami qui me l’a dit

en soulevant le couvercle

il faut danser

avec les rats dans la cuisine

jusqu’à l’épuisement des rats.

De quelle nature est cette étrange danse qui est caractéristique plus largement de sa poétique ? Il me semble que, chez Claude Favre, la danse et la parodie de danse ont partie liée avec le tourbillon carnavalesque, digne de la danse des rats de Hamelin, diffracté au regard des images noires associant les rats et le fascisme. Ce qui reste pour le lecteur c’est, plus généralement, la remarquable puissance d’ironie de sa poésie capable de figurer, avec une sorte de rage, le mal politique, ce que l’homme fait à l’homme. 

Murièle Modély, Des figures et des corps, Tarmac Éditions, 99 pages, 20€, Image de couverture: Sylvie Coupé Thouron, préface de Christine Saint Geours.

Murièle Modély, Des figures et des corps, Tarmac Éditions, 99 pages, 20€, Image de couverture: Sylvie Coupé Thouron, préface de Christine Saint Geours.


Sur la couverture, un personnage marche en nous tournant le dos et se retourne une dernière fois pour regarder ce qu’il quitte avant de regagner quelques troncs encerclés par la nuit. Cette forêt étrange, cette étendue de terre ocre, les quelques traits de crayon pour signifier des herbes, des ombres me font penser à l’épiderme, surface sensible et dernière frontière matérielle du corps. Le personnage n’a pas de visage et pourtant on sent qu’il est plus qu’une figure. 

Est-il question de limites? De seuils de tolérances ? D’ultime frontière ?

Tout au long de ce livre, il est fait référence à un carnet blog. L’auteur questionne, analyse sa propre écriture en devenir. Les figures deviennent alors la forme qui s’impose à l’écriture: le style ou ce qui forge le style et qu’on applique au corps du texte. Afin qu’il ne se résume pas à une structure vide, l’écriture a à chercher ses racines dans la vie quotidienne. Ce que tente de révéler Murièle Modély est l’ étroit et invisible lien entre l’oeuvre écrite et l’oeuvre de la vie. Ce qui touche, se rapporte à ses pensées, touche immanquablement son corps. Et ce qui blesse le corps, blesse l’écriture. 

Dans la première partie de ce livre dédié à son père, la figure est la répétition. La répétition en miroir. L’utilisation d’images qui se font écho. Les crabes pour une maladie qui ronge l’intérieur. La sensation, le sentiment, l’expérience intime de la maladie se heurtent à la cécité du docteur. Comme s’il devait exister et perdurer une imperméabilité entre les deux couches de vie. Comme s’il fallait ainsi conjurer la maladie, la mort.

le docteur persiste et signe: tout est dans votre tête
d’accord, mais que veulent ces bêtes, poète? P12

la bête ne se cache-t-elle pas depuis toujours
sous les quatre lettres de la peur?P15

Dans cette histoire de bêtes
chaque patient vient
avec son monstre
qui son crabe
qui sa méduse
qui sa raie mantra P24

Pour vivre, il nous faut nos figures, trouver une parade à ce qui ne se contente pas toujours d’une réponse claire et unique, à ce qu’on refuse d’accepter, à ce que l’on peine à digérer. C’est donc avec une infinie pudeur, guidée par une écriture venue des profondeurs de la vie émotionnelle que le livre s’écrit et ne cesse de s’ouvrir à l’autre. 

Le reste du livre à travers diverses figures (énonciation, paratexte, palimpseste, points de vue) cherche à exprimer le plus lucidement, avec une réserve respectueuse, la mort. Pas n’importe quelle mort. Celle qui survient après s’être annoncée par la maladie. La mort qu’on refuse et qui pourtant frappe l’être que l’on aime. Un père, son père. 

« Quand papa est mort
je n’ai pas touché sa joue
je n’ai pas mouillé son visage
je me suis juste tenue
tout au fond de la salle
comme lui raide
et froide
moi debout
lui couché » P45

À partir de cette expérience, énoncer la vie, écrire, fait  partie d’un processus jalonné d’efforts personnels, intimement liés à ce que nous sommes et que la maladie, la mort nous enlèvent malgré nous. Ce lent et difficile parcourt traduit celui d’écrire un livre. À moins que ce soit l’inverse, l’exigence de l’écriture rend la vie invivable parce qu’elle n’est souvent pas capable de contourner les écueils. Dans ce qu’elle montre de nos structures sociétales, corps parfaits, bonheurs lisses, la vie ne fait plus de place pour la mort. On est invité à faire son deuil en silence, à gommer la maladie, à ne pas voir la souffrance, à ne pas reconnaître les états de faiblesse comme autant de moments indispensables.  

« le temps est un élastique tendu
une droite où un point 

ne rejoint jamais l’autre
où hier est aujourd’hui
le jour d’après »

« la mort pourtant c’est toujours
prendre une profonde inspiration

et tout relâcher » P49

Ce parcourt nous interroge sur ce qui s’impose à nos corps. Les figures ne sont plus les phares éclairant une possible route mais au contraire des structures imposées, loin de permettre une liberté et la place nécessaire pour être soi et non pas une figure de plus dans un corps anonyme. 

« Des figures et des corps » me pose aussi la question de ce qui est supportable, acceptable. La perte d’un être cher ne l’est pas. Malgré ce qu’on veut nous faire croire, on n’oublie pas, jamais. Que la mort soit brutale, suite à un accident, paisible ou violente, conséquence dictée par une longue maladie, agonie ou suicide. Cela ne veut pas dire qu’il faille s’enfermer dans le chagrin, refuser la vie. Au contraire, Il faut se surpasser. 

L’écriture poétique pose les mêmes exigences: elle demande à ce qu’on se surpasse, qu’on aille au-delà de certaines limites. Cela implique parfois de ne pas tenir compte des injonctions, des gentils conseils, des habitudes sociales. 

Au delà des mots, entre les lignes, j’ai cru lire une injonction qui prône un puissant respect et je me suis sentie l’envie d écrire en bas dans la marge « au delà de ce que disent les faiseurs de poèmes, tu te laisses à être toi-même » et c’est ce que fait cette poète avec infiniment de dignité et d’élégance. 

«  tu songes que tout tient dans la paume
chiffonnés en boule

le mouchoir
la douleur
ton recueil
le corps rigidifié » P63

« la réalité nous sidère
si souvent
que les mots échouent
à dire nos désordres »P70

À la page 66, on peut lire:

« Dans le carnet blog, j’avais relevé ces mots d’un autre blog: « L’interprétation de la poésie est semblable à celle du rêve. Elle se fait à partir du texte du poème. Elle vise bien à y comprendre quelque chose. Mais ce quelque chose n’est pas ce que dit le poème. » Ces mots que je comprends à peine, dont je ne connais ni l’auteur, ni la source, dont le sens s’approche dans sa dérobade même.

Tout dans ce livre est subtil, élégant, puissamment pensé et écrit. La préface de Christine Saint Geours et l’illustration de couverture de Sylvie Coupé Thouron nous en donnent un parfait avant-goût.


Janine MODLINGER, Ce Bruit d’Univers, en frontispice, une photographie par l’auteure, Le Taillis Pré, 90 pages, 2025, 16€.

Janine MODLINGER, Ce Bruit d’Univers, en frontispice, une photographie par l’auteure, Le Taillis Pré, 90 pages, 2025, 16€


 « Contre l’insensé du monde, la mer et ses coulées de nacre.

À la terrasse, même parmi les bavardages, elle demeure immobile, elle écoute le silence et la mer, retirée au loin, délaissée parmi les sables.

  Cet horizon de lumière lui suffit. Elle rencontre la plénitude. Revenue là, sur ces sables, entre mer et ciel, dans la présence » (p.45)

©Jeanine Modlinger

De ce « bruit d’univers » qu’évoque, en son titre, cette poète presque octogénaire, on la sent convaincue de deux choses : d’abord qu’il l’appelle à lui répondre sans qu’elle sache bien de quoi il est fait (et sans du tout qu’elle souffre de l’ignorer), ensuite qu’elle y discerne une sorte d’indication de beauté et d’apparition de bonté que son écriture peut transcrire et veut partager. Les quatre parties de ce petit livre sont autant de lieux de réception, des sortes de studios naturels d’enregistrement de cette rumeur de la Présence (successivement : Essaouira, la Turquie, Trouville et l’Eiger suisse), mais notre voyageuse est d’une saisissante et délibérée lenteur (« Quand on voit des choses en courant, elles se ressemblent beaucoup« , disait le jeune Alain), et, malgré l’acuité des notations, le carnet touristique reste vierge (plutôt que penser en voyageant, elle paraît préférer voyager en pensant – même si elle profite de l’univers accessible pour s’aérer, justement, la pensée). Elle ne regarde si bien les choses que pour en être prise et portée, elle dit exactement : traversée. C’est du monde même qu’elle attend ses idées, soucieuse seulement de se placer à l’endroit où l’apparition du monde à lui-même (car dès qu’il fait jour, les choses s’apparaissent mutuellement comme vous et moi, fidèles usagères et interprètes du bain de lumière générale) peut s’intercepter. Un bref avant-propos de l’auteure le dit nettement et suffisamment :

 « Il ne s’agit pas de voyager, encore moins de faire du tourisme. Il s’agit d’aller dans le monde en se laissant traverser par lui. Le dehors rejoint le plus intime.
Ainsi sera suscitée la rencontre, car on rencontre un lieu comme on rencontre un être humain.
Il y a un éclair, une re-connaissance immédiate.
Ici et là aura lieu pour nous un jaillissement, une parole secrète, venue du profond. Une révélation.
Ces pages en sont la trace » (p.11) 

Ce qui ne pourrait être ici que des mots (rencontre, révélation, monde, ou reconnaissance …), un simple dépliant d’âme, atteint pourtant tout de suite l’essentiel : d’abord, oui, l’espèce humaine seule rencontre le monde (ou les lieux comme autant de visages du monde), parce qu’elle prête à ce monde l’unité de style et l’inépuisabilité d’horizons qu’elle sent être celles mêmes de son esprit. Et une rencontre est une sorte d’affrontement sélectif, d’expérience de visitation, d’entrevue qui isole l’intéressant (une intonation éclatante, une boucle graphique propre, un geste de présence du monde même) et abstrait le significatif (rencontrer n’est pas nécessairement affronter quelqu’un ou quelque chose, mais quelque chose de leur présence à déterminer mieux, oui !). Ainsi est révélation toute rencontre qui change la présence particulière qu’elle dispense en quelque chose du Tout, comme une annonce précise et pertinente de « plénitude » (p.45). Enfin, « rencontre » dit très bien à la fois la fortuité (tout lieu du monde n’est qu’un partenaire de rencontre, comme l’évolution des choses partout en dispose) et la nécessité (le lieu nous traverse, avec un sillage d’immensité incomparablement laissé en nous, qui devient irremplaçable car il nous offre sa similitude, qui fait grandir. Un trait de présence imparable vaut nécessité pour la cible qu’il trouve en nous). Ce « bruit d’univers la grandit » (p.55) en l’assimilant à lui.

 « Peu à peu, nous ressemblons au lieu. Il nous sculpte, nous élargit, découvre notre vrai visage » (p.48) 

   Ces exercices de présence émeuvent, et instruisent, quand ainsi rapportés, ils offrent leur expérience même d’un séjour, d’une stèle naturelle, d’une liberté d’aller et venir dans les allées et venues mêmes du monde : celle d’abord d’un séjour réussi, qui n’est pas subsistance oisive dans un englobant confortable, mais plutôt maintien du pouvoir contemplatif de son propre corps, qui est, si l’on peut dire, son unique pièce possible de vie, le seul moyen (monoplace, et mortel) de séjour réel dans le monde, insubstituable jusque dans une téléportation ! Et, dans le monde même, sur un rivage normand, cette autre expérience d’une stèle d’eau et d’air dressée, à la Rothko (cité p.56) comme le monolithe doublement  bleu et vertical des éléments, immuable malgré leurs fluidités, puisque tout semble, dans l’onde comme dans le ciel, recommencer pareil, ce qui arrive effaçant toujours la particularité de ce qui venait d’arriver (les nuages se dissipent indéfiniment les uns les autres, les vagues n’ont pas le temps d’avoir un âge, la marée dispose de ce que l’homme aurait changé au sable). Janine Modlinger bouleverse par la simple indication que « le ciel et la mer, on dirait un Rothko« , parce que Rothko savait transcrire infailliblement ce quelque chose dans la présence qui lui fait, en retour, mériter de durer, mais aussi parce qu’il en est mort, s’est lamentablement un jour ouvert les veines : il avait, on le sait, confiance en les besoins de l’esprit – mais c’est justement parce qu’il avait perdu la force de les évoquer et de les satisfaire qu’il a arrêté de pouvoir vivre et tailladé l’exclusif outil de son séjour. Enfin, une troisième expérience, celle du créneau de pure (particulière, risquée, libre !) initiative humaine, est relatée, face à l’inertie des choses installées comme face à la normativité des appareillages collectifs, à l’immense agenda ou diagramme de la vie des machines :

 « Rien n’est plus bouleversant que l’arrivée ou le départ d’un bateau. Elle ne sait dire pourquoi. À l’horizon, les navires immenses attendent. Un peu plus loin, la falaise, les phares, puis le port du Havre … » (p.55)

  Ce qui bouleverse, en effet, dans l’initiative locale, artisanale, jamais complètement justifiable, de quitter un port ou d’y rentrer par exemple, c’est l’aller et le retour, l’un et l’autre insaisissables, de chaque entreprise, la naissance et la mort particulières d’un risque humain. 

  « Se laisser traverser, c’est cela vivre. Côtoyer l’abîme tout en regardant la beauté. Ce sont les deux bords de toute vie« , écrit-elle p.52. C’est que se donner à traverser quelque chose, se faire soi-même accéder à la présence – ce serait ne côtoyer que l’abîme (capricieux, auto-confirmé) de son propre vouloir, et ne pas se laisser traverser serait éviter ou refuser d’être changé par la beauté (qui n’est elle-même, disait Simone Weil, que ce qu’on ne peut pas vouloir changer !).  Seules des mains féminines, on le sait, peuvent accueillir en laissant l’hôte continuer à disposer de lui-même (« J’ai choisi/ ces mains de femme/ Pour m’unir/ à l’univers« , p.23), et savent reconnaître en toute présence finie qu’elles soulagent et remodèlent son « voyage unique entre deux portes » (p.20). La nature est ainsi assez grande fille pour, là où, dans l’invivable pour nous, elle sait subsister où nous mourrions de résider, être sa propre suffisante hôtesse, et loyalement célébrer, par et pour elle-même, son caractéristique écho d’univers :

 « Déserts, hautes montagnes, steppes, nappes polaires.

  Mais ces terres sont-elles vraiment à l’abandon, comme j’aurais tendance à le croire, ont-elles vraiment besoin d’être saluées par l’homme pour s’ouvrir à leur plénitude ? » (p.41)

   Saluer un être est en effet, dans ce si sensible petit livre, lui ouvrir et rendre son bruit d’univers. Et, s’il y a « un au-delà du temps, un au-delà de notre vision limitée, partielle, quelque chose d’apaisé, de tranquille, qui dépasse la frontière de la vie et de la mort« , c’est que, à l’ami Héraclite assurant, comme on sait, que « Conflit guerrier est le père ou le roi de tous les êtres », sa mère, son épouse ou sa fille (?) pourraient rétorquer, ici, que l’Infini est en paix, puisque toutes les guerres sont choses finies. La guerre fait certes aussi son bruit, mais c’est celui, socio-historique, du pet de nos s’entre-dévorant ignares d’Univers

                                                       

François JACQMIN, Le ciel unique, suivi de Le livre du moi, Édition et préface de Gérald Purnelle, Le Taillis Pré, 146 pages, mars 2025, 18€ .

François JACQMIN, Le ciel unique, suivi de Le livre du moi, Édition et préface de Gérald Purnelle, Le Taillis Pré, 146 pages, mars 2025, 18€ 


    Il y a dans ce titre de François Jacqmin (« Un ciel unique ») une manière de prière provocatrice, un mélange rare et terrible de colère et de nostalgie, qu’on peut résumer ainsi : sans ciel unique ( = sans vision unitaire rassemblant tous les mondes réels et possibles en un Univers saisi dans sa Totalité), aucune vie humaine ne peut valablement s’orienter et juger objectivement de sa propre importance : s’il n’y a, pour une existence, que des horizons épars, et des enveloppants locaux, alors cette existence ne pourra pleinement saisir ni son sens ni sa valeur. Mais voilà : par quels moyens peut-on saisir l’unicité du « Ciel » ? Par les seuls moyens humains du langage articulé et de la conscience (pour leurs capacités exclusives de formulation partageable des rapports et d’attention à la présence propre de leurs objets, sans lesquelles aucun Tout ne peut être objectivement présent); or ces « moyens » prestigieux sont (telle est l’intuition farouche et désespérée de l’auteur) falsifications mêmes du sens et de la valeur de ce à quoi ils font accéder. Le langage (le « verbe » chez Jacmin), qui croit pouvoir percer le mur de l’existant (p.48), n’est que « fou de sa misère » propre ! (p.52) : « Le mot est partout » écrit-il radicalement, mais « l’expression nulle part » (p.53); quant à la conscience humaine, elle est comme une curiosité maladroite et partiale, ne cessant de « s’affairer en d’insondables soins » (p.34), ignorant de quelle présence lui vient son expérience même de la présence (n’est-ce pas « une poussée d’être jusqu’ici inconnue » qui aura dressé le « mât de la conscience », et le « dépasse » donc toujours déjà ? p.39), conscience sublime et dérisoire comme le serait un trou de réalité prétendant en saisir la plénitude et complétude même ! 

  Ainsi, tout ce que la pensée logique et consciente vise à pénétrer et réduire du « Ciel unique » des choses échouera sur un « visage clos de l’univers », qu’elle ne peut pas du tout « crever » (p.51). C’est que l’ordre qui « participe à la constitution des choses » est lui-même impensable (id.). L’homme n’y peut qu' »infecter » (douloureusement ou grotesquement) les facultés mêmes qu’il met en oeuvre pour y parvenir; Jacqmin le dit extraordinairement :

« o réel impensable
et intenable !
la lucidité
et l’ivresse même
sont des catastrophes
de l’être :
o rien
n’est censé être pensé :
lorsque la nuit
de l’inertie
s’abat sur l’homme,
une énorme infection
de toutes les facultés
guette
et s’empare de l’homme » (p.50)

  C’est l’activité même de contemplation, de méditation de l’ordre universel, qui est ainsi faussée, empoisonnée, disqualifiée par principe : si « rien n’est » en vérité « censé être pensé » – comme dit si énergiquement l’auteur -, c’est d’abord que tout est pensé, à tort, être sensé ! C’est que, pour être animal parlant et réfléchi, un homme doit avoir d’abord existence – et l’existence est toujours, pour Jacqmin, énigmatique et particulière : elle est insondable (pour elle-même) comme un « infini privé » – « l’infini privé est la règle », écrit-il ! – et surtout l’existence est fragment fini et dépendant, simple rouage local et transitoire, enraciné dans le sol même qu’il prétend quitter, ou pas infinitésimal d’un grand Devenir qu’il prétend pourtant arpenter (alors que « la personne est intégrée au chemin » !!).

   En termes philosophiques, une telle existence monadique (Leibniz : une substance particulière quelconque, qui dispose de sa propre force d’action et de perception au sein des choses, et pourrait miroiter, de son seul point de vue, l’unité du Tout du réel auquel elle appartient) est ici devant une alternative ruineuse : ou bien elle est microcosme réussi, reflet concentré (et expression représentative) de l’Univers, mais alors elle est aussi illisible que lui; ou bien elle n’est, dans ce même Univers, qu’une miette égarée, et elle ne pourra lire alors du Tout que l’absurdité propre qu’elle y projette. C’est le Charybde et Scylla de toute position d’un ciel unique, et la colère métaphysique ou l’agité désespoir de François Jacmin peut ainsi, peut-être, s’y fonder.

    C’est que, pour lui, l’ordre universel – s’il y en a un – est muet et ne se dévoile ni se découvre (il ne s’offre pas aux êtres parlants) : qu’il puisse se « révéler » est l’espoir le plus illusoire. La vie pensante est donc toujours d’abord existence particulière, ne se détachant jamais assez du Tout qu’elle prétend surplomber : on ne peut pas devancer ce dans quoi se trouve notre origine même. Et, dit-il, le retard pris par l’existence logicienne et méditante de l’homme sur « l’huile insipide et lourde des choses » (p.54) est incomblable. Il faudrait pouvoir, dit son ironie amère, pas moins que « contourner l’univers » (p.32) pour saisir l’Unité dans son jus ! Et le moi humain n’est « pas instruit de sa mission » (une porte locale, de fait, née de gonds inconnus), comme la Mission (éventuelle) du Tout pour lui-même échappe au verbe humain (qui ne sait que dénuder ce qu’il prétend décrire, écorcher ce qu’il veut saisir) : « la race/ est pleine de cette absence / les mots/ ont enlevé la robe/ de matière/ qui faisait les choses » (p.27)

        La seconde partie (« Le livre du moi ») de ce recueil paraît tirer la conséquence de cet échec métaphysique sans appel : comment conserver l’unité du moi humain malgré l’absence (ou le caractère illusoire) de l’unicité de son Ciel ? Quels affects authentiques peut-il encore y avoir pour un moi ainsi orphelin de l’Un ? C’est en quelque sorte le délabrement psycho-pathologique qui suit de la faillite cosmologique (le vocabulaire de Jacqmin est beaucoup plus libre, ironique et virtuose, mais il semble bien que c’est ça) : si l’idée d’Univers échoue (puisque sa formation en nous est impossible, ou contradictoire), quel monde valable  reste-t-il à nos idées mêmes ? L’insistance exceptionnelle de Jaqmin sur le rôle et le statut de l’idée (les poètes se méfient ordinairement du terme, lui préférant image et sentiment, comme seuls états pertinents du rapport à soi) alerte : (« tout, dans le moi,/ est contraire à la source / l’instant est dénaturé, / réduit à la multitude / des idées / o quel hiver est semblable ! » (p.83). Sans l’idée du Monde, le moi perd ses propres lignes d’unité : allusions à la dépression (par glaciation de la puissance de figuration, p.63), à la paranoïa (par l’impression qu’une pensée observe Jacqmin pour le défaire, qu’il ne peut circonscrire ni parer, p.66), à la schizophrénie (il perd sa pensée comme Artaud, il la sent se diviser dans une indistincte neige d’idées, p.68, p.71) et la dépersonnalisation y semble proportionnelle à l’intensité des idées qui le traversent (« la pensée/ est le combat d’autrui/ la fêlure d’autrui !« , p.72). Voilà : l’homme n’a plus que ses idées pour se rebâtir un monde, mais l’idée n’est qu’un « refus du monde » (p.81). L’anodine et sympathique idée (qui se propose modestement en essai mental de rapprochement éclairant, et avançait en débrouilleuse fiable de rapports cachés) s’avère bien plutôt soudain « une altération du mal intense, une soif de l’improbable que le temps même avale sans joie ! » (p.81). La résolution des énigmes du monde par l’idée n’était donc qu’un piège. On passe alors de Leibniz à Plotin – mais un Plotin geignard et aux ailes coupées : l’unité sans substance tournait court, voici que la diversité sans maître tourne mal. Une chute dans le temps, dans le mal, dans le délire accompagne la « procession » indéfinie vers l’émiettement de la réalité. Aucun retour, aucune « conversion » vers l’Être et l’Un n’est plus possible, ni même souhaitable : rien dans l’univers ne peut plus protéger notre exploration même de lui :

« quelle est cette disposition
d’être,
ce mal qui évite
la protection de l’univers,
cette propension médiocre
pour le péril 
et le secret :
l’infamie se développe
autour de ce feu :
l’aube d’hiver
lui ressemble … » (p.85) 

   Il faut lire ce livre : l’admirable travail de présentation et restitution de Gérald Purnelle nous met devant les yeux le parcours hors-normes d’une pensée utilement tragique. 

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  On rappelle ici le remarquable « Traité de la poussière », publié en 2017 par les éditions du Cadran ligné.