Frédérique Sternberg-Ramos, Le Livre des Triptyques

 

  • Frédérique Sternberg-Ramos, Le Livre des Triptyques, éditions Les Poètes français-Paris. 120 pages. Illustration de Roselyne Malbranque.

A chacune de ses parutions le fil conducteur de Frédérique Sternberg-Ramos demeure immuablement le critère de qualité, du sujet et du verbe.

Dans ce dernier ouvrage qu’elle nous propose, nous sommes transportées au cœur d’une sorte de vision prémonitoire.

A l’aune de sa poésie, Frédérique Sternberg-Ramos témoigne du drame de la terre victime de l’inconscience et de l’agitation de ses locataires, les plus irresponsables de tous les prédateurs, l’homme, cet effroyable fossoyeur.

« Ton monde tout entier peu à peu va s’éteindre. »

« Hommes, je vous accuse de meurtre avec préméditation… »

Bien pertinente vision prémonitoire.

Mieux vaut laisser le vent tourner les pages, judicieuse prudence, sage réserve !

Cette poésie contient les reflets d’une intense sagesse, ainsi que d’une expérience profonde, toujours soulignée d’une pointe d’ésotérisme, afin peut-être de mieux tendre vers l’ineffable. Frédérique Sternberg-Ramos joue merveilleusement bien avec les formules et les images poétiques, chez elle tout devient lucide transcendance.

Alors ouvrez ce Livre des Triptyques comme un viatique, un recueil de transmission porteur de toute une gamme de nuances d’humanisme et d’amour pour les générations à venir. Un chant où l’homme doit très vite se ressaisir.

« La force du destin est-elle vaincue par l’homme

Quand il se lève enfin, l’âme remplie d’audace

Prêt à livrer bataille pour transformer son monde ?… »

La poésie délivre ce cri qui peut-être interrogera l’humanité, c’est pour cela que notre fidèle amie écrit, tout simplement pour retrouver le vrai regard d’un Homme !

◊Michel Bénard

Eclats de rêves n°51

 

  • Eclats de rêves n°51, deux parutions annuelles, 18 pages A4 ; 4,50€ le numéro ; 10€ l’abonnement annuel ; éditions Le temps de rêver, Rebecca Lorand, 14, rue de la Glacière à F-81600 GAILLAC.

« Vos pères ont-ils torturé en Algérie ?

Vos grands-pères ont-ils dénoncé

Leurs voisins dans les années 40 ? »

demande Rebecca Lorand à tous ceux qui, par désespoir devant la misère qui s’étend et l’impuissance des politiques à arrêter une crise qui en réalité dure depuis plus de trente ans, se laissent convaincre par des idées qui, lorsqu’on prend le temps de les analyser, sont tout à fait indignes.

Revuiste, Rebecca Lorand a choisi La Tolérance comme thème dominant de ce numéro préparé et paru pendant la campagne française de la présidentielle, puis celle des législatives. Il n’aurait pu être plus approprié ! Pour sa part, il prend le parti universel de la Vie.

Parmi les auteurs marquants de ce numéro 51, que leurs poèmes appartiennent ou non à cette veine militante :

  • Ferruccio Brugnaro avec notamment un remarquable Rifiuto delle privatizzazioni – Refus des privatisations,
  • Didier Ober dont les poèmes pleins de conviction se remarquent régulièrement dans La Cigogne,
  • Teresinka Pereira qui mène une carrière poétique internationale, et qui s’investit aussi beaucoup en faveur des Indiens et peuples aborigènes intégrés dans les USA,
  • Michelle Caussat, poétesse et artiste dans le père fut un Résistant de la première heure,
  • Jean-Pierre Hanniet,
  • Ursula Henschel par un conte poétique,

le tout d’une belle diversité thématique et stylistique et accompagné des dessins de Chantal Cros et d’une peinture de Michelle Caussat reproduite en quadrichromie.

Modeste par ses moyens financiers mais grande par sa poésie et son éthique, cette revue est vraiment à découvrir.

◊Béatrice Gaudy

 

Falaises de l’éclair, Jean Dumortier 

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  • Falaises de l’éclair, Jean Dumortier ; Bruxelles : Le Non-Dit, 2011.

Chaque poème de ce recueil semble avoir été acheminé par la marée d’un cœur qui se donne sans condition. En effet, au détour de chaque page, Jean Dumortier vise à transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde, célèbre l’infinité de l’être tout en proposant une vision qui veut encore croire en un monde meilleur.

Véritable cri d’amour adressé aussi bien à la femme aimée qu’à l’univers tout entier, ce livre tend à mettre en avant les forces actives de la vie, s’oppose aux violences du temps et approche le secret perdu d’un bonheur apte à conjurer la mort. En ce sens, la poésie de Dumortier nous incite à effectuer un pas vers la lumière d’une pensée s’ouvrant aux clartés de la terre ; en ce sens, la poésie de Dumortier cherche à nous donner l’amour de la vie…

En conclusion, on peut affirmer que Dumortier est moins un auteur qu’une vie qui respire ; poète engagé dans son temps, il médite sur la condition humaine et ouvre en nous les rideaux d’un éveil susceptible de nous aider(à qui jamais ne s’éveille rien ne sert de rêver) à retrouver le goût de l’essentiel ; à savoir, la simple joie d’exister et d’aimer…

Je vais comme l’éléphant de mes forêts

Cœur battant dans le silence du bonheur

Poème de joie, poisson volant de mes hémisphères

tu t’élances au-delà du temps qui passe

Faon dans sa course vers sa mère

et si tôt conscient de la fragilité des choses

Tu t’ébats en abordant mes cieux multiples

Poème de joie, je t’embrasse au couchant de la vie

En lianes de promesses, fais vœu

pour que l’éphémère n’ait raison de nous

et que la solitude, dans son manteau noir

ne nous maintienne au friselis des eaux

◊Pierre Schroven

Ossature du silence, Isabelle Lévesque

 

  • Ossature du silence, Isabelle Lévesque ; préface de Pierre Dhainaut ; encres de Claude Lévesque ; Edition Les Deux-Siciles,2012.

Ce recueil ne « se donne pas » au premier coup d’œil. En effet, le lieu de la poésie d’Isabelle Lévesque est « hors vue » (libérée du déjà vu !). ici, chaque mot opère une rupture avec la réalité donnée et semble installé dans la mouvance que cache le sensible ; ici, chaque mot semble chargé d’un silence volant vers l’infini ouvert…

Feu rivé

canal d’hommes autour

la danse un tour

une lueur

les cailloux frottés sont devenus

la carcasse limée

feu passé

de main en main

serrer le ciel

Au détour de chaque page, Isabelle Lévesque montre le côté incertain de tout ce qui est visible, doute du caractère définitif de la réalité, met de l’infini dans le fini et montre qu’à l’intérieur de tout ce qui est, il reste de l’inconnu, de l’invisible voire des forces qui résistent à tout ce qui nous présuppose.

Déconcertée

l’allumette a crépité de l’ombre

quel bruit tendu au silence

n’est plus la nuit

son tissu ment

l’étoile

ne crépite et cesse

atonie

le soir apaise

Bref dans ce recueil, Lévesque bat en brèche l’apparence des choses, dévoile le réel dans sa dimension mouvante et sauvage tout en développant une force d’énigme à même de déborder le seul individu dans ses identifications. Cependant, malgré l’énigme qui le porte sur les récifs d’un monde sans espace ni durée, Ossature du silence distille une poésie qui, non contente de sauter les barrières d’un temps sans aiguilles, ose un chant qu’on devine au bras de tout ce qui s’envole avant d’être à portée de mains.

Deux roues tracées chemin

repris le pas de l’aubépine

fines aiguilles

sans printemps

comme cœur trébuche

◊Pierrre Schroven

La poésie pour étendard, Anthologie de la poésie humaniste, tome 12

 

  • La poésie pour étendard, Anthologie de la poésie humaniste, tome 12 ; 98 pages ; Les Amis de Thalie, La Valade à F-87520 VEYRAC.

Originellement, La poésie pour étendard fut conçue comme un ouvrage de poésie citoyenne. Mais les poèmes de vie plus personnels n’y manquent pas. Même, il advient, comme dans le tome 12, qu’ils soient largement majoritaires.

Parmi la petite quarantaine des écrivains qui ont participé à ce tome s’apprécient plus particulièrement

  • Christian Hartweg qui restitue merveilleusement l’un de ces moments où, comme si le temps s’abolissait, nous percevons sur les lieux où ils vécurent, des disparus et leur quotidien,

  • Adrien Cannamela, exaspéré que l’ONU barguignât tant à voler au secours du peuple lybien,

  • Josette Frigiotti dont la poésie est allègre communion avec la nature et philosophie de vie,

  • Danielle Drab et Pascale Gruet qui mettent en évidence des aspects cauchemardesques de notre société,

  • Rayad Haïchour qui souligne combien l’étendue de nos choix de vie demeure relative,

  • Alfred Herman qui s’oppose à la peine de mort, encore en vigueur dans trop de pays et d’états, parce qu’elle tue souvent des innocents,

  • et Jules Masson Mourey qui évoque l’adieu plein de nostalgie d’un Vagabond.

Üzeyir Lokman çayci dont on regrette de ne plus voir les splendides encres de Chine en revue, Chantal Cros, Lena Rodrigues, Isa et Christian Boeswillwald par une photographie reproduite en quadrichromie qui est forte mais qui intrigue, enchantent quant à eux le regard de leurs œuvres.

◊Béatrice GAUDY