Témoins de fortune, Gilles LADES

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  • Témoins de fortune, Gilles LADES, L’arrière-pays.

« comme toujours la mort menace

tel le nœud coulant de l’éleveur sauvage »

41ème recueil de poésie de Gilles Lades depuis Lames de fond (1977) avec quelques titres évocateurs : Vers la source murée (1986), Le pays scellé (1998), De poussière et d’attente (2002), Le temps désuni (2005). Ce recueil se divise en deux parties : Perpétuelle fondation, Chemin à l’épreuve. Entre vie et mort, l’homme dissident, portant la marque d’une écorchure n’a pour seuls viatiques que le frémissement de tout et le souffle donné et se trouve face à un dilemme : l’exil ou la présence. De l’attente à la splendeur, du tranchant de lumière au glissement de l’ombre tout s’unit dans l’absence et se défait dans les bleus replis de l’inconnu :

« l’heure emporte avec elle

le miroir de tourbillons de vie

et la trace infinie de chacun »

Entre silence humilié et l’attente au milieu du vide, l’homme inassouvi d’espace (le poète) laisse aller son œil sur son propre destin, entre pas et regard. Entre la hâte du souffle et le déchirement salutaire de l’ascension, Gilles Lades crée son espace intérieur :

« nul ne se fuit

devant l’haleine de l’espace

le visage intérieur se redresse »

Ne reste alors plus qu’au poète, amoureux de la nature et des hommes, à suivre l’oiseau de la liberté ou à fonder le monde dans l’angle perpétuel.

Gérard PARIS

 

Blood Hollow de William Kent Krueger

 

 

  • Blood Hollow de William Kent Krueger, à paraître le 13 septembre 2012 au Cherche-Midi, collection Thriller. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides. 480 pages – 20 €

 

Troisième volet de ce qui semble être une trilogie, après « Aurora. Minnesota » et «  Les neiges de la mort », les amateurs d’enquête policière ne pourront qu’adorer Blood Hollow, mais même ceux qui ne sont pas particulièrement attirés par le genre, auront du mal à ne pas se laisser happer par ce roman dense, riche et captivant. L’évènement qui a secoué la petite et tranquille ville d’Aurora dans le Minnesota, va prendre rapidement l’allure d’un séisme. L’enquête est minutieusement menée par Corcoran « Cork » O’Connor, conjointement avec sa femme. Cork est un ex-flic de Chicago et l’ex-shérif de la petite ville. Mi Irlandais, mi Anishinaabeg, c’est un personnage très attachant, épris de vérité et de justice, reconverti un peu malgré lui dans la vente d’hamburgers, au bord du lac d’Iron Lake. Une sorte de retraite suite à un conflit dramatique. Sa femme Jo est l’avocate qui va prendre en charge la défense du présumé coupable. Coupable de meurtre, celui de la jeune Charlotte Kane, fille d’une des familles les plus riches de la ville. Le suspect est un ex-petit ami, Solemn Winter Moon, un Ojibwe vivant sur la réserve, déjà connu des services de la police pour diverses infractions et son impulsivité notoire. Cork et Jo O’Connor le connaissent bien et sont tous deux quasi persuadés de son innocence, malgré les preuves qui l’accablent. L’enquête démarre de façon assez classique pour ne cesser de rebondir, basculant parfois dans le roman fantastique noir, et au fur et à mesure de plus en plus dans ce qu’on pourrait appeler un polar spirituel. Car en effet, ce qui transparaît dans ce roman dont l’intrigue est maîtrisée à la perfection par l’auteur, c’est un questionnement spirituel. Un questionnement sur la foi, le manque de foi, la perte de foi, les excès de la foi quand elle tourne au fanatisme délirant et assassin et plus largement à la quête du sens de la vie, où la spiritualité d’une forme ou d’une autre, quelles que soient nos croyances, peut s’avérer essentielle pour savoir qui nous sommes.

« Chaque être humain, lui semblait-il, était un assemblage d’impulsions conflictuelles enserrées dans un seul corps, essayant tant bien que mal de trouver la paix. »

Le problème de l’identité est un autre sujet largement prédominant dans ce livre. Nombre de personnages s’avèreront être bien différents de ce qu’ils ont l’air d’être, et par là, il est question aussi des problématiques de préjugés et d’intolérance.

« Il aimait Aurora et comprenait pourquoi c’était le genre d’endroit où venaient les gens qui voulaient échapper à des problèmes – au monde, à une grande ville, à un passé trouble. Mais il n’existait pas d’endroit assez éloigné qui permettait d’échapper à ce qu’on était. Même si les gens gardaient des secrets pour les autres, ils devaient malgré tout vivre avec eux-mêmes. C’était exactement ce que Cordelia Diller lui avait dit sur cette colline dans l’Iowa. Pour recommencer à zéro, le meilleur point de départ, c’était de regarder la vérité en face. »

Dans tout ce micmac, un personnage deviendra central bien qu’il n’apparaîtra qu’à deux ou trois reprises. C’est Henry Meloux, un grand-père Ojibwe, qui vit avec son chien dans une cabane à l’écart des hommes, au sein de cette nature grandiose et sauvage du Minnesota. Détenteur d’une spiritualité ancestrale solidement reliée à la Terre, le vieil Ojibwe sera un guide précieux pour montrer la voie de la paix et de la sagesse.

« Chaque fois que Cork entrait dans la forêt profonde, il savait qu’il pénétrait dans un endroit sacré. C’était proche de ce qu’il ressentait, lorsque, enfant, il entrait dans l’église. (…) Il y avait ici un esprit si grand qu’il rendait le cœur de l’homme tout petit. Le sang anishinaabeg qui coulait dans ses veines était peut-être la raison pour laquelle il ressentait cela, mais il ne le croyait pas. Il pensait que tout homme ou toute femme qui venait ici sans méchanceté ressentirait la même chose. »

Blood Hollow est un roman passionnant, facile à lire, ce qui n’exclue pas la profondeur. L’auteur à l’art des petits détails anodins qui donnent à son écriture un ton extrêmement vivant et si réaliste, qu’on s’y croirait, comme disent les enfants. Le genre de livre qu’on a vraiment du mal à poser, une fois qu’on l’a commencé.


William Kent Krueger est né le 16 novembre 1950 dans le Wyoming (États-Unis). Père de deux enfants, il habite à Tangletown. Après avoir fréquenté l’université de Stanford, dont il est renvoyé pour ses positions radicales sur la guerre du Vietnam, il travaille dans la construction, s’essaye au journalisme puis se consacre à l’écriture. Il publie plusieurs nouvelles, puis à 40 ans son premier roman : Iron Lake. Il reçoit trois prix, dont deux du premier roman : le Barry Award et le Anthony Award. Surnommé le Michael Connelly du Midwest, Il a écrit une dizaine d’ouvrages, dont beaucoup pas traduits en français, qui ont tous remporté un véritable succès et ont reçu de nombreuses distinctions.

 ◊Cathy GARCIA

Zhang, le peintre magicien de Pascal Vatinel, illustrations nb de Peggy Adam.

  • Zhang, le peintre magicien de Pascal Vatinel, illustrations nb de Peggy Adam. Actes Sud Junior, août 2012. 112 pages, 7,70 €

 

Dans la veine des contes traditionnels chinois, comme celui du pinceau magique, voici une très belle histoire tissée de la série « Fleur de Printemps », du même auteur, cette fois autour de l’art de la peinture sur soie. L’histoire est racontée par le grand-père Lao Cheng, à sa petite-fille Fleur de Printemps, alors qu’elle s’exerce à la calligraphie sous sa conduite.

«  – Peur, dis-tu ? Quel mot dois-tu tracer ?

Paix ”.

– Alors, le seul moyen de bien l’écrire est que tu te sentes toi-même paisible. Si tu as peur, ton cœur ne pourra guider correctement ta main. Penses-y. »

Une belle histoire vaut souvent mieux qu’un grand discours, aussi pour lui faire comprendre la base essentielle de cet art, il se met donc à lui raconter l’histoire de Zhang, le peintre magicien. Comment un jeune homme, après avoir fui la ville, poursuivi par des gardes royaux, finit par tomber sur une vieille cabane délabrée au fond d’une forêt et y demander asile au vieil ermite qui y demeure. Peu enclin à laisser ainsi troubler sa solitude, le vieil homme cependant se ravise quand Zhang lui montre ses dessins, et tout particulièrement une esquisse de magnifiques mûriers que ce dernier avait rencontrés sur son chemin. L’ermite alors lui propose un marché. Il lui offre le gîte et le couvert, en échange, le garçon continuera à dessiner, s’occupera du potager, des repas, du ménage, de la mule Xiaoma et aussi, l’essentiel, il se chargera des sacs de feuilles…

C’est ainsi que Fleur de Printemps va découvrir comment on fabrique la soie en pratiquant l’élevage de vers à soie, et « le vieux maître Lin en connaissait tous les secrets. Celle qu’il fabriquait était extraordinaire, la plus belle de Chine. »

Zhang séjournera trois ans dans la cabane de l’ermite, qui était en réalité un peintre de grand talent. Celui-ci l’initiera à ses secrets, d’abord la fabrication de la soie et des encres, puis de son art, quand il jugera Zhang suffisamment doué.

« Cent fois déjà je te l’ai dit : Savoir regarder pour voir et bien voir pour bien interpréter. »

Puis un jour, maître Lin raconte son passé de peintre célèbre à Zhang et comment il était arrivé dans cette cabane. Il invite ensuite le jeune garçon à retourner dans le monde, où bien des choses l’attendent.

« De merveilleux paysages t’attendent dans le vaste monde : des lacs, des pics sacrés, des rivages d’une infinie beauté, qui enrichiront ton âme et ton regard. »

C’est ainsi que Zhang quittera son maître, non sans tristesse, qui lui offrira pour l’accompagner, sa vieille mule Xiaoma. Effectivement, de nombreuses aventures attendent Zhang et pas toutes agréables, mais chacune d’elle lui permettra de confirmer et peaufiner son art. Sa peinture deviendra véritablement magique. Sur son chemin, il rencontrera la méchanceté et la convoitise, mais aussi la générosité et l’amour. Puis, lui aussi deviendra un peintre très célèbre, jusqu’au jour où il sera prêt pour l’ultime leçon de son vieux maître.

Quant à la petite Fleur de Printemps, la voilà prête à reprendre son pinceau pour une nouvelle leçon de calligraphie.

Pascal Vatinel est né à Paris en 1957. Il commence tôt des études de sinologie et se spécialise sur le symbolisme et les nombres dans les principaux Classiques. Après la publication d’articles dans des revues spécialisées, il écrit son essai sur La Symbolique du Yi Jing et du Jeu d’Échecs, édité en 2000 chez L’Harmattan, sous la supervision du Père Claude Larre† de l’Institut Ricci à Paris. Passionné par les mutations qui marquent l’histoire de la Chine, Pascal Vatinel s’y rend régulièrement depuis plus de vingt ans. Il y perfectionne aussi sa pratique du Taijiquan, en compagnie de son épouse qui enseigne cet art interne à Paris. Sa passion pour les voyages, en Asie et en Australie, mais aussi aux États-Unis et en Europe est une invitation à l’écriture. Son premier roman, L’Affaire du Cuisinier Chinois, est édité par le Rouergue fin 2007. Ce polar reliant Chine contemporaine et Chine ancestrale fait la part belle au suspense mais aussi à la gastronomie de l’Empire du Milieu, ce qui lui vaut son succès. Le livre est d’ailleurs sélectionné par le centre de documentation du Lycée International de Pékin. Son deuxième roman, Les Larmes du Phénix, paraît en 2010 chez Rouergue Noir. Ce thriller, qui s’inspire de faits réels, conduit le lecteur entre Corée du Nord, Chine et États-Unis, et expose, à travers le récit des évadés de Corée, les enjeux politiques qui renvoient face à face la Chine et les États-Unis. Le personnage de Thomas Kessler, un reporter free-lance spécialiste de l’Asie, est repris dans Parce que le Sang n’oublie pas, paru en 2011, où il traque un criminel de guerre japonais impliqué dans le Massacre de Nankin. L’ouvrage fera l’objet d’une conférence au sein du Mémorial de Caen en octobre 2011. Les lecteurs des prisons de Charente ayant sélectionné ce thriller comme l’un des cinq finalistes du Prix Intramuros Cognac 2011, Pascal Vatinel a accepté de collaborer avec l’Association Intramuros en rendant visite à des maisons d’arrêt comme celles de Saintes, Rochefort, Angoulême… Quant à « Thomas Kessler », il mène à nouveau l’enquête dans Environnement mortel, présent en librairie dès janvier 2012. À la même date, Parce que le Sang n’oublie pas est édité en poche par Actes Sud dans sa collection Babel Noir. Pascal Vatinel aime également écrire pour les enfants. La série « Fleur de Printemps », qu’il débute en 2007 avec les éditions Bleu de Chine, a pour vocation d’introduire les bases et les charmes de la pensée chinoise aux enfants français. Niao et le roi qui aimait les Oiseaux, superbement illustré par Gaëlle Duhazé, évoque à travers des thèmes de la tradition, le concept de liberté. Bleu de Chine ayant cessé son activité, le deuxième récit de « Fleur de Printemps », Bao et le Dragon de Jade, est édité par Actes Sud Junior. Le format retenu est celui du livre jeunesse de poche, propre à la collection « Roman cadet » et les illustrations, noir et blanc, bénéficient du talent de Peggy Adam, pour s’adresser aux jeunes dès 8 ans. Bao et le Dragon de Jade est sélectionné pour une dizaine de prix, dont celui des Incorruptibles. Dans la même série, Le jeune archer du roi de Chine paraît en octobre 2011 (toujours chez Actes Sud). Enthousiasmé par l’accueil des jeunes lecteurs français, Pascal Vatinel essaie de leur consacrer le plus de temps possible, lors de rencontres, pour échanger avec eux sur la Chine, ses traditions et coutumes, mais aussi jouer entre le monde réel et celui des légendes.

Cathy GARCIA

Les enfants invisibles – Histoires d’enfants des rues – Marie-José Lallart et Olivier Villepreux

 

 

  • Les enfants invisibles – Histoires d’enfants des rues – Marie-José Lallart et Olivier Villepreux. Illustrations de Guillaume Reynard. Actes Sud Junior, septembre 2012. 96 pages, 17 €.

 

Dans ce livre, Marie-José Lallart, ex-fonctionnaire internationale à l’Unesco, prête sa voix aux enfants des rues de différents pays. Elle explique la démarche dans une préface inaugurée par un proverbe du Burkina Faso, qui en dit bien plus qu’un grand discours.

« Le contenu d’une cacahuète est suffisant pour que deux amis puissent le partager. »

« Les Écoles de l’espoir », est une association créé à l’initiative du footballeur professionnel international Mikaël Silvestre, qui souhaitait aider les enfants à accéder à l’alphabétisation au Niger, et puis dans d’autres pays d’Afrique et d’ailleurs, grâce au lien avec d’autres associations et le soutien d’autres sportifs célèbres. C’est par cette association que Marie-José Lallart a pu rencontrer ces enfants des rues : les bui doi au Viêtnam (« poussière de vie »), los desechables en Colombie (« les jetables »), bana imbia (« les chiens ») en république du Congo, les shégués, ou phaseurs « celui qui passe » de Kinshasa, considérés parfois pour leur plus grand malheur, comme des « enfants sorciers ».

« Le seul fait d’aller à l’école permettrait sûrement que l’on nous regarde différemment, car c’est bien le regard des autres qui est le pire ennemi des « shégués ».

Et puis encore, les enfant sans nom du Niger qu’on appelle asimekpe au Togo (« le caillou du marché »), les katmis à Madagascar « en référence aux « quatre misères » : drogue, prostitution, alcoolisme, vol » et aussi les enfants de Gaza, les jeunes handicapés et les talibés du Sahara, les enfants de Nyamey dont les parents sont handicapés et ne peuvent subvenir à leurs besoins, les enfants d’Haïti après le goudou goudou, le terrible tremblement de terre de 2010, les enfants du fleuve Maroni en Guyane, les meninos da rua de Luancia en Angola qui vivent et mangent sur les décharges, souvent recrutés comme enfants soldats et qui servent entre autre de « bouclier humain » pour déminer leur pays, un des plus minés au monde… Sept pays plus une région et la liste est loin d’être exhaustive, car des enfants des rues, il y en a un peu partout dans le monde et ce sont les premières et plus vulnérables victimes de la misère et de la violence qui en résulte.

Le fait que l’auteur prête ici sa voix aux enfants rencontrés, plutôt que de les raconter, donnent bien plus de force à ces témoignages, car il est rare en réalité que l’on entende, y compris dans le domaine humanitaire, la parole des oubliés du monde. D’entendre ce qu’ils ont à dire, leur questionnements, leurs peurs, leurs problèmes, leurs besoins, leurs désirs… Bien-sûr, le plus évident, c’est qu’ils voudraient et devraient être des enfants comme les autres, protégés par la société si leurs parents ne sont plus en mesure de le faire, protégés par des lois qui sont écrites et signées par tous les pays du monde, dans la Convention des droits de l’Enfant. Ils voudraient aller à l’école, dormir sous un toit, manger à leur faim, ils voudraient rester en vie, ne plus se cacher, ne plus vivre dans la peur d’être battus, violés, volés, assassinés, enrôlés de force par des milices ou des sectes, ils voudraient ne plus avoir à se droguer à l’essence ou à la colle pour dormir, oublier leur peur, leur faim, ils voudraient jouer au foot avec un vrai ballon, avoir des vêtements, des chaussures, apprendre des métiers, ils voudraient réapprendre à rêver, être aimés et respectés.

Ce livre est donc salutaire pour que les jeunes lecteurs, mais aussi leurs parents, puissent prendre conscience de réalités trop souvent ignorées, occultées, car on ne peut se targuer de vouloir faire découvrir le monde à nos enfants, sans leur dire la vérité de ce monde. Et ces témoignages ne sont pas simplement un étalage de faits tragiques, mais aussi de très belles histoires, de solidarité, d’entraide, de projets réussis, de bonheurs partagés, une leçon contre l’indifférence et l’égoïsme. Elles permettent de prendre conscience que même un tout petit geste compte, lorsqu’il est fait pour aider l’autre.

Une double-page à la fin de chaque récit – des récits datés qui s’étalent entre 1996 et 2011 – est consacrée au pays concerné, permettant ainsi au lecteur d’en savoir plus sur sa situation, son emplacement géographique et sa culture. Cela renforce la pertinence de cet ouvrage, égayé aussi par de chouettes illustrations de Guillaume Reynard, façon croquis de carnets de voyage. Bref, un livre à mettre dans toutes les mains et qui pourrait servir de solide support pour un travail en milieu scolaire.

Marie-José Lallart est directrice de la collection Exclamationniste aux éditions de L’Harmattan et s’intéresse particulièrement aux œuvres pluridisciplinaires. Elle-même auteur aux goûts éclectiques, elle aime mélanger les genres. Elle a étudié la psychologie et la philosophie avant de travailler pour l’UNESCO. Elle publie des recueils de poésie et de nouvelles en collaboration avec des photographes et des illustrateurs.

Bibliographie :

Ombres de femmes (avec Nelly Roushdi et Gaël Toutain), Éd. Du Cygne, 2006.
• Petit fil de soi, L’Harmattan, 2006.

Il suffit de…, L’Harmattan, 2009.

Olivier Villepreux a été journaliste au sein du journal L’Équipe et rédacteur en chef du magazine Attitude rugby. Il est aussi l’auteur de L’Histoire passionnée du rugby (éd. Hugo & Cie) et anime le Blog Contre-Pied http://contre-pied.blog.lemonde.fr/

 

◊Cathy GARCIA

Tom HENGEN, Explorations in C

 

  • Tom HENGEN, Explorations in C, Phi, 2012; 64 pages, 15 €

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Une première chez Phi: un recueil de poèmes entièrement écrit en anglais par le poète luxembourgeois Tom Hengen, par ailleurs professeur à Esch-sur-Alzette.

Depuis longtemps, les éditions Phi ont développé une collection en langue allemande. Cette fois, c’est en anglais pourtant que Tom Hengen donne un recueil. Il est vrai qu’il a étudié cette langue à l’université d’Aberystwyth, au Pays de Galles. En l’espèce, ses Explorations en C (Explorations en do) font allusion à la notation musicale en vogue en Angleterre et en Allemagne : « The dusky blues is played in C in the desolate kingdom » (le sombre blues interprété en do dans le royaume désolé).

Scènes nocturnes, personnages masqués, transfigurations parfois…, le poète lui-même ne se compare-t-il pas à une tortue? Une tortue qui aurait passé ses meilleures heures au milieu de l’océan en compagnie des dauphins et des baleines et qui reviendrait maintenant pondre ses œufs sur la plage. Une forme d’espoir qui, hélas, tourne court en fin de compte : « but I found my birthplace / had been stolen » (mais j’ai constaté que mon lieu de naissance avait été saccagé)

Parfois, l’écriture s’amuse, se transforme en calligramme, use de tous les arcanes de la poésie poétique, tangue de l’allitération à la paronomase, en passant par le slam ou le « spoken-word ». C’est qu’il s’agit de dire la difficulté à parler, à trouver ses mots dans une langue parfois heurtée, parfois construite sur des répétitions qui confinent à la glossolalie, un peu comme si elle ne pouvait échapper à certaines réalités échafaudées avec prégnance quand on n’explore pas aussi avec délectations les sons – celui du tambour, par exemple : « tickle dipple / dinner for a nickel / du drum daladum » (guili-guili / dîner pour un sou / boum boum badaboum).

A l’occasion, des visions plus extraordinaires (« I beg you / take me aboard / and jump from one star / to the next » – je demande que tu mes prennes à ton bord et que je saute d’une étoile à l’autre) ramènent vers la nature qui s’impose à ce qui est presque déjà considéré comme une civilisation disparue. En ce sens, on ne s’étonnera pas d’entendre dans une sorte de chambre d’écho des récits anciens ni d’entendre des textes reliés aux rêves qui mesurent « the gapes between / life and death » (les fossés entre la vie et la mort) ou aux masques qui tombent pour, finalement, mieux se remettre en place quand le chasseur devient le chassé. Est-ce un hasard aussi si l’auteur s’adresse un moment à la folie, aux chants de chaman ou s’il joue sur les symboles et les correspondances ?

Un beau champ à explorer et à parcourir en tous sens.

◊Paul MATHIEU