Jean-Marie Corbusier, Printemps pour un autre rivage, encres de Dominique Neuforge, Châtelineau : Le Taillis Pré, 2024 , collection « Livres d’artistes »
Dans « Printemps pour un autre rivage », Jean-Marie Corbusier évoque certes la disparition d’animaux familiers (les yeux ouverts ou fermés/ tu es là mon chien /dansnotre éternité) mais vient aussi et surtout nous dire subtilement qu’on ne dispose pas assez de mots (nous tenons le fil des mots /cassé) pour exprimer nos émotions profondes, qu’il n’y a pas de soleil sans ombre, que les moments de bonheur nous restent acquis pour l’éternité et que, pour avoir pris part à l’infinie aventure de la vie, on en fait partie à jamais. En effet, tout en « célébrant » Pirou (Guetteurde l’impossible /Pirou /si noir /l’éclat de tes yeux verts / te voilà un grand chat / au bord de la nuit /que la lumière repousse / il ne reste que l’appel / nous appellerons )et Mila (Mila /en chaussons blancs /petite candeur vêtue de gris /ce vaste chant / palpable dans les espaces /où les yeux se perdent / humides /contre ce mur / et ta présence), le poète vient nous enseigner ici l’état transitoire de tout état, l’invisible réalité sensible, l’essence secrète des choses (Nous veillons l’impalpable) voire la fragilité de ce qui est ; mieux, il met au jour une poésie qui « plonge » vers l’inconnu du monde, vers ce qui ne se voit pas, ne se dit pas. En bref, à travers ce livre d’artiste rehaussé de trois encres de Dominique Neuforge, Corbusier nous aide d’une certaine manière à voir ce qu’il y a d’éternel dans ce que nous vivons et prouve qu’il est bien ce poète à l’écoute des rumeurs multiples de ce qui est et devient sans cesse.
Dana Shishmanian, Ragnarök, L’Harmattan, 2024, 96 p., 13 €.
L’envol commence dans la gorge
tel un cri déployé
telle une giclée de sang
Ragnarök de Dana Shishmanian – poésie de la révolte
Dana Shishmanian est un poète important, tant par l’ampleur de son œuvre, la diversité de l’inspiration, le goût des mots rares que l’art d’agencer les mots. Elle nous offre aujourd’hui son huitième recueil, Ragnarök, où s’exprime avant tout la révolte contre une humanité responsable de tous ses malheurs. Puisque les dieux sont morts – Ragnarök (ou Ragnarøkkr) signifie le crépuscule des dieux en vieux norois – les hommes sont seuls à répondre de leurs méfaits.
Le recueil s’ouvre sur une litanie de six pages, et il faut bien ça pour rappeler tout ce dont nous nous montrons collectivement coupables :
Je ne vous supporte plus car vous vous nourrissez
de la haine – je ne supporte plus vos mensonges
Je devrais vous maudire – car vous tuez la vérité et
l’espoir
(« Chant de la terre »)
Bien qu’une divinité s’exprime parfois – Le doigt de Dieu creuse au sommet de ton crâne / un puits sans fond / son pied au cul te pousse sans relâche (« Dieu ? ») – il vaut mieux l’entendre au sens du destin, car, c’est clair, les dieux n’existent que dans notre pensée malade :
Les seuls démiurges, c’est vous, à tout avoir fait
à votre image, monde, vous-mêmes, et moi compris
pantin inventé pour vous dédouaner.
Le personnage rejette son rôle : c’en est fini.
Jugez-vous vous-mêmes à l’heure que vous voulez.
(« Prière de pardon et de démission de Dieu »)
Si l’homme est donc appelé à se juger lui-même et à son heure, cela ne remet pas pour autant en question la parole du Christ, « Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure » (Matthieu 24:36). Plusieurs poèmes du recueil sont en forme de memento mori.
voici son corps
nu
qui en ressort
tel une coque de bateau
ressurgie de la mer
après le naufrage
masque de souffrance contenue
dans une interrogation qui n’attend aucune réponse
perplexité vide
(« Seul dans sa mort »)
La mort n’est pas toujours brutale, on peut la voir venir sans pour autant la prévoir exactement : La grande anamorphose a commencé peut-être déjà (« Narcissisme tardif »). Tu te retrouves vidée amorphe atone / l’envie te manque / de continuer l’en-train-de-faire / de poursuivre l’en-vie (« Une espèce de mort »).
La conscience n’est qu’une brève anamnèse (« Initiation »), la vie n’est pas faite pour durer mais pour s’interrompre avant de recommencer ailleurs :
La vie est éternelle
elle ne s’étend pas
elle migre
en discontinu
(« Conscience-1 »)
Exister c’est souffrir, la maladie de l’être ne cesse jamais (« Où commence la maladie »). Si elle n’est rien d’autre pour certains croyants que la punition des âmes déjà condamnées – Judicium jam factum est (« Pourquoi ») –, il y a heureusement sinon quelques éclairs d’espoir, du moins des moments de bonheur fugitifs et Dana Shishmanian renouvelle dans plusieurs poèmes une foi dans la musique déjà magnifiquement évoquée dans son précédent recueil, Le Sens magnétique : Je crois dans la musique qui retravaille l’âme et le corps / telle une matière première pour en libérer l’esprit (« La foi cathare »). Il faut compter aussi avec la beauté de certains paysages : Pourtant il y avait / de la beauté / de la grâce / des regrets de ne pas avoir su / les retenir (« Pourtant »), sans oublier la (modeste) grâce du thé (« La tasse »).
Mais rien ne vaudrait sans l’amour, une soie qu’on tire de soi sans cesse (« L’amour est une soie »), plus vaste que la vie, la seule vie éternelle (« Qu’amour est conscience »), une larme d’amour toujours brûlante (« Une larme d’amour »).
À quoi sert la poésie ? Chaque poète, chaque lecteur aura, là-dessus, son opinion. La réponse de Dana Shishmanian, en conclusion du recueil, apparaîtra sans doute bien pessimiste.
Longtemps que je ne crois plus
à l’efficacité de la parole
dans ce monde
J’écris uniquement
pour en sortir
(« Exfiltration »)
Sortir de la parole, sortir du monde ? La poésie serait-elle simplement, comme pour Montaigne, « apprendre à mourir » ?
Traversées, N°107, 2024, II 232 pages, 1numéro: 15€, abonnement à 3 numéros: 30€.
Comme le rappelle Xavier Bordes, dans l’édito, la revue Traversées se consacre régulièrement à mettre en valeur la tâche difficile de la traduction en poésie. On ne saurait se satisfaire d’une traduction automatique car « les connotations sont la saveur du mot, ce à quoi il fait penser dans la culture d’un peuple. Et c’est de ce tissu allusif que jouent les poètes pour inventer la réalité (le ton poétique) de leurs univers et faire ressentir cela à leur collectivité, lecteurs et lectrices .» Il serait dommage de voir « se dissiper l’essence proprement humaine des langages » à cause d’une traduction inadéquate ou robotisée.
Ce qui importe, nous explique Xavier Bordes, « c’est l’ambiance, le climat psychologique, la façon de sentir, de voir, de comprendre, de ne pas comprendre que propose un écrit ou une oeuvre. » Pour le poète et traducteur qu’il est, poésie et traduction sont des activités complémentaires, songeant en cela à l’oeuvre de Joë Bousquet « Traduit du silence ». On ne pourrait trouver meilleure formule pour résumer l’essentiel de l’activité poétique. On traduit le silence, on traduit depuis lui.
Avant d’entreprendre la lecture des poèmes, j’ai songé à mon désarroi face à des textes en latin qu’il me fallait traduire pour un examen, sentant bien que le sens de la phrase pouvait basculer à cause d’une allusion propre à l’univers de l’auteur ou à la nature même de la langue et qu’une traduction trop littérale ou au contraire trop éloignée risquait de faire disparaître. Sur ce fil tendu, il fallait donc avancer avec précaution comme si la vie en dépendait.
De ces années d’études, je garde un goût pour la justesse, la précision dans le choix des mots et des images mais aussi, j’apprécie l’exercice mental de lire le texte dans une langue et puis de découvrir ce qu’il est devenu dans une autre. Même dans le cas où je ne dispose d’aucune compétence. L’exercice révèle toujours la beauté du geste de traduire. Cela correspond à l’émouvant vertige que l’on ressent en regardant du haut de la colline que l’on vient d’escalader, tous les écueils et dangers que l’on a réussis à éviter. Cet instant précis d’une traduction aboutie nous révèle les profondeurs du langage.Traduire, c’est de la haute voltige.
Sans la traduction, aurais-je pu sentir ce sentiment de révolte, cette blessure qui me force à regarder la solitude, la détresse, le désespoir presque chronique qui frappe l’homme dans « Dead End Street » « La rue sans issue » de Ray Davis, ou dans « Caroline says » « Caroline dit » de Lou Reed ?
Existe-t-il donc autant de blessures qu’on ne peut soigner car on ne veut surtout pas en entendre parler?
« Prenez garde citoyens! » « ! Cuidense ciudadanos! « nous crie Indran Airthanayagam dénonçant les conditions de vie de ceux à qui l’on arrache la langue, la culture et la dignité en même temps. Il y a ce très beau texte « La fête des fantômes » au quel on ne peut répondre car ce serait se résoudre à accepter l’inacceptable, s’acclimater à une situation de souffrance de l’autre.
Ton nom effacé surgit sur le bord de la route, une route sans chemin ni véritable but, sans le gaspillage de ce que tant de gens convoitent.
quelque chose de vide que l’on croit plein.
Je reviens d’une fête de fantômes, et aucun d’entre eux ne te ressemblait, ils étaient tout de vengeance, de tristesse, d’incompréhension, mais toi, tu es différente, Il n’y a qu’une seule chose entre eux et entre toi, qui n’ont qu’une seule chose en commun et où ils se confondent par instant. Et ce n’est pas vraiment une chose
C’est une molécule d’ardeur et d’attention affable, la chose vraiment commune entre les fantômes et toi: c’est moi »
La légèreté, la brièveté des courts poèmes de la poétesse Pirkko-Inkeri Tammen nous titillent avec délicatesse. On ne peut se satisfaire de l’ordinaire, la traduction transmet un désir de qualifier le quotidien, d’épurer le regard, la vision. Le message à transmettre est celui d’apprendre à regarder.
« Fine couche nuageuse qui ne contenait pas une goutte de pluie ne fait que passer. »
La poésie des autochtones d’Amérique ravive chez moi le désir de prendre le parti de tous les humains, là, ici et partout ailleurs sur la planète qui prônent une manière de vivre ne se basant pas sur le profit, le dépouillement de l’autre. Ils sont comme les témoins vivants d’un rêve, ils font exister l’espoir de sortir de l’impasse dans laquelle le monde capitaliste nous a plongé.
Les poèmes dénoncent mais aussi proclament haut et fort qu’un autre monde existe, est possible. La traduction efface certaines frontières.
Et puis l’on revient aux poèmes qui aiment, qui proposent un quotidien. Parfois, le poème énonce ce à quoi la vie jamais ne nous prépare pas. Les mots nous tiennent debout, fixent un horizon.
« La maison, les choses du quotidien, le salon paisible sous la lumière d’été l’homme assis à table qui parle joyeusement le vêtement sur la chaise mes mains sur la feuille de papier le mot décédé à côté du nom de mon fils.
(Francesca Del Moro, traduit de l’italien par Irène Duboeuf)
On découvre comment le monde las disparaît dans le brouillard, Il est des poètes qui passent d’une langue à l’autre, comme les oiseaux sautillent d’une branche à l’autre.
Il est des langues qui me font prendre conscience de ce qui se perd dans les limbes lorsqu’on essaye de traduire. Une langue qu’il ne me faut pas traduire pour la comprendre, la sentir: la langue néerlandaise. Sa complexité raisonne comme une évidence. Il n’existe pas d’équivalence qui reprenne toutes les connotations, les sous-entendus de celle qui est ma langue paternelle.
Ce numéro invite son lecteur à mesurer, apprécier sous bien des aspects le travail de traduction. Il suppose bien des qualités aux traducteurs et poètes qui ne se limitent pas à de simples connaissances techniques, il suppose une vision humaniste du monde, une éthique, un savoir aimer. Il rappelle à qui veut l’entendre que l’on ne traduit pas du silence en passant forcément par les mots. Monique Voz et Pauline Le Roy choisissent parfois la peinture comme d’autres choisissent la musique. Tous les auteurs de ce numéro pointe un abîme, un seuil, un ciel, une franche, un horizon et il est merveilleux de pouvoir s’en émouvoir dans une langue, la langue poétique.
Marilyne Berrtoncini, L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018, réédition 2024, à l’occasion du centenaire d’Eduardo Chillida dont une oeuvre imaginaire initie l’écriture du recueil.
Lilas, Leyla…
“Nous ne sommes pas guéris du jardin.” (Yves Bonnefoy, Dans le leurre du seuil)
C’est ce jardin, refuge de l’enfance fort de notre conscience de la mort, que livre et reconquiert, en chaque poème, Marilyne Bertoncini, écrivant, comme sous la “finesse de paupière(s) en transparence”, cette suite de récits en rêve, entre la nuit, le jour, ou dans l’éclatante lumière de midi, dans le tremblement de tout ça qui passe s’efface, nous dit vivants.
Les fragiles coquelicots, le “tilleul / tout vert et blond de miel”, les “effluves mauves” des jacinthes… “là où tremblent encore des ombres d’un vert tendre”, “dans l’éclaboussement parfumé du mimosa de (son) enfance”…
Là où souffle, un instant nous étreint, la présence de “(nos) beaux absents”.
Jardins aussi, la chambre du “phalène”, dans l’été brûlant, “derrière la paupière des persiennes”, et le “dôme” “déplo(yant) ses voiles de lumière”, “vibrant navire” porté par “le souffle” de la musique…
Jardins, refuges, la “grotte de jade” du “mûrier-platane” et la “Thébaïde minuscule” sous “l’aile estropiée d’un ange / mordue de rouille”, “se prépar(ant) à l’hiver”…
Jardin, jardin… les “Lilas / Lumineux noyau / de la nuit”, “labyrinthe secret où se perd la mémoire en quête de soi-même”, et de l’absence visiteuse, douce autant que douloureuse, de Leyla.
Lilas, Leyla… ainsi la main de la poète, “inlassable noueuse”, “tiss(e-t-elle) les merveilles / du jardin perdu”.
“Nageur inconscient”, “poète-cueilleur d’ombre”… elle “aborde aux grèves du silence” et “ourdi(t) les mots” pour “dévoiler” le monde, le sentir “palpiter”.
Un chant de fleurs et de lumière, tour à tour précieux et nu, qui se souvient, toujours, du rythme de l’alexandrin et en tisse d’infimes et infinies variations.
“Crépuscule inversé / la nuit s’évanouit / dans l’éclat du poème.”
Francine HAMELIN, LA MAISON DES OISEAUX, Poèsie, Préface de Barbara AUZOU, Z4-éditions
La préface de Barbara AUZOU, précieux et délicat message de bienvenue, est comme un sésame que l’on nous offre à l’entrée de ce temple élevé par Francine HAMELIN
»La maison des oiseaux » c’est vraiment un très beau livre que l’on reçoit comme une parole avant tout d’une élégante douceur à l’oeil comme au toucher. On caresse ce gris bleuté au sein duquel naissent des arbres que l’on dirait de tendre albâtre rose pâle, ce merveilleux matériau où l’auteur sculpte comme elle respire la légèreté multiple toujours ascensionnelle du rêve.
Sur l’illustration de couverture s’élèvent non pas des arbres aux oiseaux mais des arborescences d’oiseaux. On se croit devant les luxuriantes et immobiles stalagmites des grottes préhistoriques qui s’élèvent en silence, de toute beauté et pureté depuis des millions d’années. Souvenons-nous que l’auteur, à la fois peintre, poète et sculptrice sur albâtre, fait corps depuis toujours, en son beau pays le Canada, avec la beauté naturelle millénaire du monde.
Il y a la profondeur du vrai et du vivant dans l’art de Francine HAMELIN, une harmonie du microscopique comme du gigantesque ; cette artiste créative très originale côtoie l’infiniment secret de la roche d’albâtre, et de ce médium immortel elle fait surgir la vie qui s’y loge, et la transmet à son oeuvre …ad vitam aeternam.
Pas de divagation désordonnée mais au contraire une élégance mathématique, une presque géométrie de la beauté, de celle que l’on retrouve au microscope et qui nous irradie. Chacune de ses œuvres peintes offre un kaléidoscope d’où l’imagination diffracte vers l’infini. Chez Francine Hamelin tout est pure, silencieuse et puissante ascension. Tout est vivante murmuration.Tout est reflet, regard, silence, caresse et harmonie. Un baume inattendu, une énergie, et à la fois un paisible partage : un miracle en ce monde agité !
« La maison des oiseaux » a une présence d’arbre en croissante harmonie ‘‘qui porte sur sa peau desvoyages d’oiseaux’…loin du théâtre d’ombre, où s’agitent les fous »( p 17)
« La maison des oiseaux » c’est la vie au jour le jour, la vie en création, la vie toute entière en poésie…
« qu’elle soit de mots qu’elle soit de pierre qu’elle soit d’écorce ou bien de peau qu’elle soit de plume ou de pinceaux chant du fleuve…couleur du vent (p 61)
« La maison des oiseaux » c’est toute la vie ouverte et créative de Francine Hamelin, une vie où rien n’est cloué au sol, puisque même
»des arbres voyagent sur la tête des caribous ( p 70)
Francine Hamelin n’a rien d’une mystique isolée dans la contemplation solitaire, »le monde a lespieds pesants », elle nous invite donc à goûter à, l »infinie fractale de la poésie »(p 70)
Se plonger dans la contemplation des œuvres silencieuses de Francine Hamelin, lire ses mots, c’est goûter non pas à la communion religieuse, mais » à la table du matin, la tendresse de l’âme quotidienne …où s’apaise l’oiseau au cœur battant ( 20)
« La maison des oiseaux » c’est aussi l’amour vivant !
Clandestine J’ai entendu la mer qui chantait dans ta voix mon cœur a pris le large et depuis passagère de la belle éternité je clandestine loin des horloges de l’éphémère je clandestine sous l’aile d’un albatros jusqu’aux îles de ton nom ( p 25)
…. »un jour nous serons comme des arbres au bord de la rivière où l’amour danse bleu nos mains l’une à l’autre enracinées nous écouterons les voix de la pierre et de l’eau …et la vie à perte de vue… » et nous serons des arbres heureux »
C’est tout cela et bien plus encore « La maison des oiseaux » de Francine HAMELIN…Il suffit d’en franchir le seuil et voilà que la vie retrouve ses ailes…