Sans fin, le mystère…/ Jacques Demaude ; avec quatre vignettes de Jeanne-Marie Zele ; Dinant : Bleu d’Encre, 2015.

Chronique de Pierre Schroven

10300697_939593796102984_6086816653496552938_nSans fin, le mystère…/ Jacques Demaude ; avec quatre vignettes de Jeanne-Marie Zele ; Dinant : Bleu d’Encre, 2015.

Pour Jacques Demaude, la poésie est expérience de soi et du monde, engagement de l’être tout entier (la poésie est en nous à cause de ce que nous ne sommes pas/Pierre Reverdy), pas effectué vers la lumière du mystère qui nous traverse ; pour lui, le fait d’être poète relève davantage d’un savoir être que d’un savoir faire…

Dans ce recueil, chaque poème questionne notre « être au monde », arrache les masques d’un réel en perpétuelle représentation, permet  à notre regard de « voir à nouveau » et de multiplier les bonds dans les abîmes d’une transparence sans fond. Lucide par rapport aux illusions que véhiculent le langage et les conventions de l’ordre social, Demaude pose ici le mystère comme étant la clé de notre devenir autre tout en nous invitant subtilement à croire encore en un monde meilleur.

Sans fin, le mystère… nous met en présence d’une poésie qui remet sans cesse en question le caractère définitif de la réalité, « touche » les joies simples d’ici, écrase sur son passage tout ce qui est convenu et congédie en nous tout ce qui fait dormir la vie.

Espiègleries

Ton aile, pigeon,

n’a pu qu’effleurer mon front

et blêmir l’asphalte.

Tu m’interpellais,

corneille, et je célébrais

ta joie inspirée.

Quittant les sureaux,

frivoles, des étourneaux

essaiment leurs transes

 ©Pierre Schroven

Méandres/Salvatore Gucciardo ; préface de Joseph Bodson ; traduction italienne de Maria Teresa Epifani Furno ; illustrations de l’auteur ; Barry : Chloé des Lys, 2015

Chronique de Pierre SCHROVEN

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Méandres/Salvatore Gucciardo ; préface de Joseph Bodson ; traduction italienne de Maria Teresa Epifani Furno ; illustrations de l’auteur ;  Barry : Chloé des Lys, 2015

Rythmés par le souffle du cosmos, ces poèmes insolites voire mystérieux tentent de transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde ; mieux, ils fondent l’espoir dans le désespoir ambiant et mettent en joue une réalité dont le destin n’est écrit nulle part.

Au détour de chaque page, Gucciardo se risque aux frontières de l’inconnu, dissipe les certitudes du quotidien, traque ce que la vie dissimule et considère celle-ci dans son infinité ; bref, il cherche à percevoir le chant originel de l’univers pour renouveler sa vision du monde et dépasser l’ombre d’une vie sans cœur.

Méandres est une ode à la vie dans ce qu’elle a de merveilleux mais aussi de plus sauvage, mouvant et mystérieux …

 » L’image se détacha du miroir pour se ficher sur la statue d’opale. La mémoire venait de s’emmurer dans la texture du songe. Le regard se figea sur la masse immobile. Le frisson retentit. Les raisins de la colère éclaboussèrent la toile. La rupture était évidente et l’idéal fragilisé. La flamme était vivante malgré les rigueurs de l’hiver. La fée était là, au sommet de son trône. Elle me regarda de ses yeux protecteurs.

Vision féerique

Inspiration dorée

Tous les rêveurs

Sont des îles flottantes

L       Les arbres suspendus

Entre ciel et terre

Sont des poètes

En quête

D’absolu  »

©Pierre SCHROVEN

FRESQUE baroque de mon désir, Pierre-Jean Foulon , Thuin, Editions du Spantole, 2015

Chronique de Pierre SCHROVEN

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FRESQUE baroque de mon désir, Pierre-Jean Foulon , Thuin, Editions du Spantole, 2015

Expert et enseignant dans les domaines de l’art contemporain et de la muséologie (il est, entre autres, Conservateur honoraire de la Réserve précieuse du Musée royal de Mariemont), Pierre-Jean Foulon a publié à ce jour une vingtaine de recueils poétiques.

Dans ce livre, le poète s’emploie  à « fouiller la joie de naître » et tente de   restituer au monde toute sa présence mystérieuse. Ainsi, s’il ne se prive pas, au détour de chaque page, d’interroger les limites de la visibilité et du langage, il fait surtout ici  l’éloge du vivant, de l’instinct, de la perception immédiate voire du corps propriétaire d’une langue inaliénable.

Ici, chaque poème exprime moins qu’il n’écoute le bruit obstiné de la vie en marche ; ici, chaque poème oscille de l’ombre à la lumière, interroge notre présence et en ce sens ouvre des voies  sur la compréhension du monde, de soi et des autres…

 Rivières ni pluies ne rivalisent de puissance avec les flammes du soleil, seule étoile capable d’irriguer l’absence d’être. Insensible au poids du vide, l’astre bouillant se projette en maître du monde. Anges rebelles, les hommes traquent sa venue saisonnière et défient sa présence. La vague solaire répond en éclatante souveraine des chairs. Face aux limiers de la création, l’astre brandit l’arme du feu et du silence. Son énergie s’impose à la force des eaux, à la rage des hommes.

©Pierre SCHROVEN

Rouge résiduel/André Doms(textes), Pierre Tréfois(dessins) ; Postface de Jean-Louis Rambour ; Eranthis Editions, 2015

Chronique de Pierre Schroven

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Rouge résiduel/André Doms(textes), Pierre Tréfois(dessins) ; Postface de Jean-Louis Rambour ; Eranthis Editions, 2015

Dans ce livre, André Doms et Pierre Tréfois remettent insidieusement en question le rapport à soi, à la langue et au monde ; en effet, au détour de chaque page, les mots comme les dessins semblent s’unir rien que pour enfanter un langage autonome, créateur de mystère et d’inconnu.

Ainsi, en créant des concepts de vie non représentables, les deux artistes tentent de « décrocher » avec le fil rouge des apparences qui traversent le creux de nos vies et portent haut le réflexe de vivre à tout rompre dans un pays où les chemins s’effacent…

Dans ce livre jubilatoire, le mot comme le trait oscillent vers le vide du sens, ouvrent le champ des possibles et tentent de résister aux forces de corrosion qui sont celles du temps, de la norme et de la représentation. Bref, il est question dans Rouge résiduel de rechercher la source d’un devenir autre et de mettre en joue une pensée qui ne croit qu’à la coïncidence. D’amour.

La boule rouge, là-haut, ce n’est pas une géante qui sidère, et sous l’œil du voyeur, pas d’arrêt sur scène. Ici, les aimants se touchent à travers nuits, se soudent malgré l’intempérie. La lumière émane des chairs subtiles, leurs combes bleues se répondent, vertiges qui pénètrent, s’enlacent au comble mouvant du désir, l’enchevêtre.

Visages envisagés, corps incorporés, la valse où deux se fondent, hors lieu, têtes et sexes aux « retrouvailles » de l’eau-mère, l’énigme indicative sous le signe du sang qui cavale, où suffit notre fusion d’amour.

©Pierre Schroven

De blancs oiseaux boivent la lumière suivi de Nuit de Grand Vent : Poèmes-Réédition(Et sept œuvres plastiques)/ Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2015

Chronique de Pierre Schroven

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De blancs oiseaux boivent la lumière suivi de Nuit de Grand Vent : Poèmes-Réédition(Et sept œuvres plastiques)/ Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2015

Ce recueil, publié une première fois sans les œuvres plastiques en 1994 au Non-Dit, apporte une fois de plus la preuve éclatante que Monique Thomassettie est peintre dans son écriture et écrivain dans sa peinture ; chez elle, poèmes et peintures s’unissent d’une même voix pour interroger les limites de la visibilité et nous faire découvrir que le monde dans sa forme donnée n’est pas le seul possible.

Ose mon encre

Couler en prières

Afin que de mon cœur déborde

Un lait d’étoiles

Au détour de chaque page, l’auteure nous montre qu’elle n’a rien oublié de l’amour, de ses danses et de ses chants d’oiseaux ; par ailleurs, elle pose le mystère comme étant le fondement de notre être et la clé de notre devenir. En effet, ici chaque poème semble être une lueur à vivre voire une main tendue vers son désir d’appréhender la source du monde en son visage brouillé.

D’une manière générale, ce recueil vient nous rappeler que la poésie de Monique Thomassettie n’a ni lieux ni frontières et n’a de cesse de parcourir l’infini à heures fixes afin d’une part, de traquer ce que la vie dissimule et d’autre part, de remettre la beauté et l’amour au goût du jour…

Hauts plateaux

Vaste miroir

Pays d’absence où le livre bourgeonne

Le livre fleurit dans la montagne

En grappes ruisselantes

Voici le point de fuite

Où se niche l’oiseau

©Pierre Schroven