Isabelle Kauffmann, Les corps fragiles – Le Passage (138 pages – 15€)

Chronique de Nadine Doyen 

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Isabelle Kauffmann, Les corps fragiles – Le Passage (138 pages – 15€) 


La couverture mérite un arrêt sur image. Un titre qui renvoie à la  fragilité de notre ossature/notre charpente. On peut se casser un bras, une jambe, se broyer une main, se tordre un pied, se luxer une épaule. Dans tous ces cas, on appréciera les mains expertes qui soigneront nos maux.

Les deux silhouettes aériennes, pleines de grâce, de délicatesse, de légèreté, de souplesse, sculptures de l’artiste Roseline Granet rappellent la nouvelle d’Isabelle Kauffmann dans Cabaret sauvage « Trapèze-moi », à la chute dramatique.

L’auteur autopsie, dissèque le corps et consacre chacun des chapitres à un organe, un membre précis : mains, coeur, tête, jambes, yeux.

Isabelle Kauffmann a l’art d ‘introduire son motif. Du gros plan du dessin de la main d’une enfant de six ans ( en  1935)  l’oeil glisse, coulisse vers les  mains de madame Masson, aux doigts difformes, « aux articulations boursouflées ». La vocation de la « petite Antoinette » était née, trouvant « injuste » cette inégalité, consciente des difficultés rencontrées par cette voisine dans la gestion de son quotidien, elle veut aider, soulager, être utile. Le rendez-vous matinal avec sa patiente devient un rituel.

L’auteure nous plonge dans la campagne que son héroïne traversait pour se rendre à   l’école. La narratrice confesse y avoir puisé « plénitude et harmonie », son « équilibre fondateur », indispensable quand on embrasse la vocation de soignante.

Mais  avoir la vocation ne suffit pas, suivre le cursus d’infirmière nécessite volonté et  travail. De la ténacité aussi, surtout quand on se retrouve orpheline à 19 ans avec une soeur cadette à prendre sous son aile.

Marie-Antoinette revisite ses débuts à l’hôpital Saint Joseph, pointe le fossé entre les cours et la réalité. Certains gestes n’étaient pas enseignés, comme le massage cardiaque. Certains sujets restaient tabous comme le sexe, obligeant le personnel à se former sur le tas. Elle se remémore les traversées nocturnes en solitaire », pas encore préparée à côtoyer la mort, qui la laisse « démunie et impuissante» .

Elle travailla aussi à La Croix rouge, en 1954, période où elle doit venir en aide à  « une population indigente ». Elle n’hésite pas à sacrifier son salaire pour permettre à une mère de nourrir son jeune enfant.

Elle souligne aussi la pénurie de personnel, qui est toujours d’actualité et qui conduit  à l’épuisement physique et parfois au burn out, même si ce terme est plus récent. Elle se revoit effectuant comme un travail à la chaîne, épuisée.

On croise des auxiliaires de santé plus anciennes :les religieuses aux « cornettes blanches », « comme des grands oiseaux battant des ailes » à qui Marie-Antoinette reproche leur « Manque d’humanité ».

Être infirmière, c’est se dévouer corps et âme, alors peut-on concilier vie privée et professionnelle quand on décide de s’installer infirmière libérale ?

La narratrice confie comment elle géra les deux, mettant en exergue les qualités de son mari : «  il me soutiendra, m’attendra, m’écoutera avec une infinie patience. »

Une impressionnante galerie de patients aux pathologies diverses, passées dans les mains délicates de Marie-Antoinette défilent. Des jeunes, des plus âgés, des gens modestes, des artistes illustres, émirs, des fous, tous sont soignés, écoutés avec la même attention. « Quel miracle quand la vie jaillit de la maladie ! ». Sa présence apaise. Elle est la confidente, la conseillère, la mère qui offre du réconfort par sa voix lénifiante. « La voix éclaire celui qui l’écoute ».

Mais Marie-Antoinette se fait un honneur de refuser toute invitation.

La tuberculose sévit encore, faute d’antibiotiques, la polio (obligation du BGC en 1950), l’alcool fait ses ravages. Un miracle quand elle réussit à contrer une tentative de suicide. Des situations de détresse pour des jeunes filles accouchant seules (déni  de grossesse), la contraception étant à ses balbutiements «  au seuil des années 70 ».

Puis, dans les années 80, l’infirmière dévouée sera confrontée à ce « tsunami planétaire », le sida, dont Philippe Besson retrace l’origine dans Le patient zéro ( Incipit). De ses parents Marie-Antoinette a hérité les valeurs de la tolérance et le respect, pas d’homophobie chez eux, ce qui explique sa consternation de constater le rejet de la société, mais aussi des parents qui n’acceptent pas cette déviance.

Si exercer le métier d’infirmière, on le sait demande « dévouement,empathie, rigueur, dextérité, vivacité, connaissances », on ignore souvent qu’il leur faut aussi « des jambes » pour parcourir « une quarantaine de kilomètres par jour » à pied, les ascenseurs sont réservés aux « immeubles bourgeois ».

Elles savent offrir « cette seconde bénie », « cette fraction intime de bonheur » par un sourire, un geste, une parole. Vient à la mémoire le témoignage de Sylvain Tesson, plein de gratitude pour celles, ceux qui l’ont remis sur pied.

Dans le touchant chapitre final L’âme, Marie-Antoinette, « l’infirmière chantante », à « l’âme de Saint- Bernard », converse avec Françoise, la soignante à trottinette, à qui elle a ouvert la voie, chacune d’elle comparant leur carrière après 40 ans de pratique. Ne sont-elles pas devenues la figure respectable du quartier après tant d’années dans le même secteur, avec qui on reste en lien ?

Elles ont vu les miracles opérés par les vaccins, les antibiotiques, plus d’hygiène, du matériel jetable. Mais constatent un manque de solidarité, une solitude plus grande de nos jours pour les personnes âgées, parfois un sentiment d’abandon.

Et de reprendre l’injonction de Louis Chedid : « On ne dit pas assez aux gens qu’on aime qu’on les aime », pour conjurer l’inéluctable, la finitude de la vie.

Toutefois, si l’avenir est à la robotique, « aucune machine ne pourra remplacer l’ attention », l’oeil de l’infirmière qui, lors de ses visites à domicile, soignent le corps et l’âme, la vie pouvant être d’une brutalité insensée. Un travail prenant, épuisant » un combat » selon les cas, comparé à la journée « d’un paysan tôt dans ses champs, qui fait le tour de ses terres et revient à la tombée de la nuit ».

La genèse du roman, Isabelle Kauffmann nous la révèle dans l’appendice.

Isabelle Kauffmann à travers ses personnages explore la relation patients/soignants.

Sa formation de médecin est là en filigrane ainsi que ce dévouement envers les autres, les patients. Le vibrant hommage qu’elle rend à Marie-Antoinette est pétri de déférence, d’admiration pour avoir été pionnière dans cette profession. Elle rappelle la britannique Florence Nightingale, infirmière et féministe, exemplaire pour sa compassion et dévouement aux soins des malades.

L’auteure insiste sur le rôle que les infirmières ont auprès des personnes isolées.

N’est-ce -pas un des métiers qui  a toujours forcé l’admiration ? D’autant plus de nos jours où les conditions de travail semblent s’être dégradées.

A travers ce parcours d’une vie se déroulent les progrès de la médecine, des soins plus adaptés, des vaccins qui épargnent des vies, contrairement aux hécatombes, aux pandémies du passé. Sauf que les années 80 voient l’émergence du sida.

Isabelle Kauffmann tresse des louanges à Marie-Antoinette qui a su soigner le corps et l’esprit, avec abnégation et patience et réaliser admirablement son rêve d’enfance.

Elle signe un remarquable éloge de la profession d’infirmière dans lequel elle entrelace un panorama de la médecine, son évolution et les conditions de travail du  personnel soignant, autrefois et de nos jours. Un roman qui met au centre le corps,qui  « n’est pas un havre de paix, mais un monde frémissant en perpétuel remaniement ».  Une note positive éclaire le roman : « l’ optimisme », dont Marie-Antoinette est habitée. Un récit mâtiné d’humanité.

©Nadine Doyen 

Amélie Nothomb, Riquet à la houppe, Albin Michel (188 pages 16,90€)

Chronique de Nadine Doyen

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Amélie Nothomb, Riquet à la houppe, Albin Michel (188 pages 16,90€)


Amélie Nothomb réitère avec les contes de Perrault, et après Barbe bleue, choisit de nouveau un titre éponyme. On le sait, l’auteure accouche d’un roman chaque année, cette fois ce sont ses figures féminines qui donnent vie. Naître peut s’avérer « un atterrissage brutal ».

Nous voilà propulsés dans la vie de deux couples, tout jeunes parents, pas encore aguerris aux besoins des bébés. On connaît l’art d’Amélie Nothomb pour le choix des noms : Dédodat, « cadeau de Dieu », est le premier né, un bébé « sur mesure », un prodige, très mature. Mais pourquoi ses parents sont-ils si « pétrifiés » au point de songer à se cloîtrer ? Quant à la kinésithérapeute dont Déodat tombe amoureux, elle a pour nom : Leyde et pour prénom Saskia comme la femme de Rembrandt.

Vient ensuite Trémière, « l ‘enfançonne, irréelle de beauté », aux « traits de poupée de porcelaine ». Un prénom qui surprend l’infirmière. Mais quand « Lierre », le père, féconde « Rose », la rose grimpante ne pouvait que s’appeler Trémière.

La romancière entrelace les trajectoires de ces deux familles et de leurs progénitures.

Elle s’essaye à décrypter les circonvolutions de leur cerveau et à percer le mystère de ces « énigmes lumineuses » que sont les enfants comme l’affirme Daniel Pennac. Le cas Déodat est effectivement peu commun, les rôles sont comme inversés, c’est Déodat qui jauge « cette espèce qui s’extasie pour rien ». Il les cerne si bien qu’il modèle son comportement en fonction de leurs réactions.

Ne sont-ils pas ridicules les parents qui baragouinent leur jargon personnel étoffé de mimiques, leur parler « mamanais » ?

Pour la narratrice « L’enfance est un miracle ». Elle ausculte la relation filiale et montre qu’un enfant peut s’adapter, s’attacher à une autre personne que la mère.

Mais elle -même n’a-t-elle pas tissé un lien intense avec sa nounou japonaise ?

Elle analyse la fibre maternelle de Rose et d’Énide.

Que penser de Rose qui confie sa fille Trémière à sa grand-mère Passerose ?

Quand on sait que celle-ci chiromancienne, personnage récurrent chez Amélie Nothomb, vit dans « une ruine somptueuse » qui se délabre comme le château du

Comte Neuville, on peut craindre pour l’enfançonne.

Si Déodat aime son parc, Trémière y végète et accuse du retard pour marcher et parler. Pourtant c’est bien en compagnie de sa grand-mère qu’elle veut rester, tant leur fusion est intense. Un secret les relie, celui du coffre à bijoux.

Nous suivons la croissance, les premiers pas et l’acquisition du langage, leur éducation, leurs résultats scolaires. Les problèmes surgissent quant aux relations avec les autres, surtout dans la cour de récré, une mini jungle. Déodat découvre la cruauté, la méchanceté, « le sadisme de ses congénères », les moqueries à l’école (comparé à un « troll », surnommé « Déodorant ») et l’ostracisme. Comment aider les plus vulnérables à se défendre ? En leur apprenant à surprendre par le « judo verbal ».

Pour exemple, les réparties de Déodat, pleines d’esprit : son corset « un système de surveillance relié à une cellule de sécurité ».

De même, il ne peut pas comprendre qu’un canari soit en cage. Son éveil aux oiseaux est né quand il reçut « une substance blanchâtre » et devint « L’Enfienté ». Il y vit « un message divin » et reçut ce signe comme « une illumination ». En autodidacte, Déodat cultive sa passion dévorante avec les planches oiseaux des dictionnaires tout émerveillé par la « profusion de couleurs et de grâce ». Puis, le cadeau de Noël de sa mère : « Les oiseaux du monde » devient sa bible. A six ans seulement, il décida de calquer sur les oiseaux « leur noble indifférence à l’homme », au risque de devenir autiste. Un moyen de mettre à distance « la bassesse des hommes » et leur violence. Mais Déodat Eider, n’est-ce pas un nom prédestiné ?

Son QI exceptionnel soulève la question de l’intelligence. Est-elle innée ?

Mais l’environnement social n’a-t-il pas aussi un impact dans la construction d’un être, l’acquisition du langage ?

Trémière n’est pas épargnée, elle aussi martyrisée par ses camarades, humiliée, affublée d’un sobriquet « Trémière la crémière ». A l’ère des réseaux sociaux, les propos délétères circulent vite et fragilisent la victime.

En résumant leur scolarité, Amélie Nothomb soulève la question de l’orientation des enfants après le Bac. Ne pas leur imposer le choix de l’adulte, mais les laisser libres.

Les parents de Déo ne conçoivent pas de contrecarrer le souhait de leur fils, mais ne

sont pas compris par l’école. Son intérêt pour les oiseaux se confirme et le conduit à « une thèse de doctorat sur la huppe fasciée ». Cette passion rappelle « la femme oiseau » d’Isabelle Kauffmann, qui sous « ses vêtements amples, portait deux petites aîles qui bruissaient imperceptiblement quand elle montait ou descendait des escaliers ». La notoriété de Déodat est à associer à Alain Bougrain-Dubourg.

Pour finir l’écrivaine déroule le fil de la vie sentimentale, des premiers émois des deux protagonistes. Tous deux vont connaître des déceptions (divorce) et les affres de la rupture : « En amour, il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie ».

Amélie Nothomb met en exergue la résilience de Déodat, qui s’adapte à son handicap, sa différence et sait trouver « un modus vivendi » pour le surmonter.

Si Pétronille avait des affinités avec le chat, Amélie Nothomb semble s’être exhaussée pour rejoindre son héros métamorphosé par les oiseaux. D’ailleurs dans une interview,

elle confie avoir avec eux beaucoup de points en commun : « diurne, nocturne », allant jusqu’à s’ identifier à un oiseau de proie : « une buse ».

La romancière oppose la télévision aux livres. Peut-on grandir sans télé ? Vivre sans télé ? Déodat, le seul à ignorer ce loisir que ses parents considèrent comme « l’invention du Diable » veut en juger par lui-même. Le deal passé avec Axel lui permet de combler cette carence. Son enchantement fait vite place à l’ennui.

Ce roman est un hymne aux livres. Si pour Charlie Chaplin, « Une journée sans sourire est une journée perdue », pour tous les dévoreurs de livres comme Déodat, des heures sans livres sont « des heures perdues ».

Amélie Nothomb montre comment un livre peut bouleverser une vie.

La romancière, en habituée des plateaux, nous plonge dans les coulisses d’une émission de télé réalité et dénonce les pratiques de certains animateurs qui abusent de leur invitée, sous prétexte qu’elle a une tête de linotte. Sous les traits de Trémière, on devine d’autres stars de la réalité dont les paroles font le tour des réseaux !

Quand Amélie Nothomb est invitée, le champagne de luxe va de pair.

Mais le boire sans « compagnon de beuverie » n’est pas envisageable pour les deux protagonistes à moins que la sérendipité joue en leur faveur.

Le récit se termine par une réflexion autour de l’épilogue dans les romans d’amour.

Que privilégier ? Une « Happy end » ou pas ? Un fin ouverte ou pas ?

Amélie Nothomb rend compte de ses observations après avoir lu tout Balzac, à savoir que « Le pont aux ânes de la littérature, c’est évidemment l’amour » !

Alors au lecteur d’être perspicace ? Pour quelle solution aura-t-elle opté ?

Les aficionados d ‘Amélie Nothomb pourront débusquer le mot récurrent de quatre lettres qu’elle se plaît à distiller avec malice dans ses romans.

L’auteure dénonce également ce diktat de la transparence (sujet abordé par Mazarine Pingeot dans son essai) qui conduit les paparazzis à traquer leur proies. Toutes deux refusant de voir l’espace privé violé.

Amélie Nothomb ponctue son récit de réflexions pertinentes, voire philosophiques sur l’intelligence et la bêtise, le beau et le laid, soulignant le rayonnement de la beauté intérieure. Puis, comme l’a constaté Arthur Dreyfus : « Le grand bonheur reste que les très beaux ne recherchent pas (uniquement) des très beaux ! Si l’on en croit Monica Belluci, la beauté peut faire souffrir. Pour Charles Dantzig, « La beauté est un malheur. Elle engendre la haine. L’être beau a bientôt le sentiment d’avoir usurpé quelque chose. Elle est belle, et n’y peut rien ». « Il est entendu par les autres, pour se la rendre supportable, qu’elle est signe de bêtise. »

Par son ode aux oiseaux, à la pratique du « birdwatching », nul doute que la romancière va recueillir l’adhésion des militants de la ligue des oiseaux.

Saluons sa belle inventivité langagière, son humour, ses jeux de mots (huppe, gens huppés) et ses dialogues enlevés.

Si « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire », le talent de la romancière réside dans son imagination imparable et ses univers singuliers.

Amélie Nothomb, toujours aussi pétulante, signe un vingt-cinquième roman allègre, jouissif, aérien et aviaire, qui dévoile les subtils entrelacs qui forgent le destin.

Amour, humour et champagne, des ingrédients qui donnent des ailes à l’auteure.

De quoi ne pas être distancée par son roman qui vole déjà de ses propres ailes !

©Nadine Doyen

Benoît Duteurtre, Livre pour adultes, nrf Gallimard (243 pages – 19,50€)

RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2016




Chronique de Nadine Doyen

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Benoît Duteurtre, Livre pour adultes, nrf Gallimard (243 pages – 19,50€)


C’est un plaisir de retrouver les lieux de prédilection de Benoît Duteurtre, l’admirateur de Marcel Aymé, « l’optimiste désenchanté », qui possède le talent de passer l’époque au scalpel et de capturer l’extinction d’un monde de manière subtile.

Benoît Duteurtre consacre ce récit à sa mère, et égrène une mosaïque de souvenirs.

L’auteur reprend le chemin de son enfance et dresse un portrait touchant de la figure maternelle. Il évoque avec délicatesse la période de la maladie et témoigne de son admiration devant l’abnégation et le dévouement du personnel soignant. Cette mère, à « l’optimisme résolu » lui a inculqué ce précepte, « aux vertus apaisantes » : « Ne regrette jamais les choses auxquelles tu ne peux plus rien ».

Qui se souvient de la famille Coty ? Question qui taraude Benoît Duteurtre, faisant le triste constat qu’« en deux générations, cette famille avait retrouvé l’anonymat ».

Il reste la littérature pour combler cette béance : parler d’eux pour les faire durer.

N’est-ce donc pas à lui de la ressusciter ?

Évoquer ses grands-parents, oncle, c’est aborder la vieillesse avec son lot de souffrances, la déliquescence des corps, les maisons de retraites et thanatos, thème déjà abordé dans L’ordinateur du paradis, mais aussi revivre des moments forts.

Il dresse, avec nostalgie, l’inventaire de tout ce qui a disparu : le moulin, la scierie, une maison de repos, le bar épicerie qu’il a tenté de sauver, les fermes (qui ne répondent plus aux normes à cause des directives draconiennes de Bruxelles, des contraintes d’hygiène en vigueur qui génèrent des suicides), les ponts de pierre.

Il pourfend « l’agriculture industrielle, l’élevage intensif », cause de « pandémies ».

Et il dépeint une galerie de portraits des villageois, des sagards, honore la mémoire de certains, égrenant un émouvant chapelet de nécrologies.

Dans le chapitre III, on retrouve L’auteur de Polémiques, « mamanphobe, bébéphobe, familophobe, poussettophobe » ! C’est le même ton satirique qu’il adopte. Installé sur une plage d’ Etretat, son fief estival, l’auteur des Pieds dans l’eau croque, tel un dessin de Sempé, ses contemporains d’un ton satirique.

Il devise même sur leurs destinées. Il ne cache pas ses opinions sur ces parents désireux de « fonder une famille », de quoi s’attirer leurs foudres. Son esprit malicieux suggère même un « examen » préalable afin qu’ils pèsent bien la charge qui leur incombera. Il se plaît à rappeler que donner la vie, c’est aussi donner la mort.

Il n’est donc pas surprenant que ses amis « constituent sa véritable famille », suivant l’exemple de sa mère qui « affirmait cette primauté des amis sur la famille ».

L’auteur confie son attachement irrémédiable à Victor, cet ami comédien surnommé « le chat », car il aime « ronronner » devant « le feu qui crépite ».

Il confesse éprouver à son égard un « besoin vital ». Ensemble jusqu’à l’au-delà.

Les mélomanes retrouveront tout au long du roman l’animateur de France Musique, Benoît, qui a « cette obsession des destins perdus » et nous étonne à débusquer des artistes oubliés. Les airs se déroulent : Stravinsky, Mozart, Schubert, Roussel.

Benoît Duteurtre n’est pas un sédentaire même si les Vosges sont son refuge et la côte normande sa destination immuable d’août. Étretat, « bonheur de l’été »,à contempler le soleil qui « commence à dorer la falaise » ou les vagues qui « déroulent leurs torsades, dans un bouillonnement d’écume où passent les goélands argentés ».

C’est en tant que conférencier qu’il nous embarque à bord de l’Amadeus, pour une croisière musicale sur « le beau Danube bleu » qu’il voit plutôt vert. Benoît Duteurtre,qui excelle dans la satire de la modernité, compare dans ce chapitre les croisières de luxe du temps du Normandie à celles à bas prix où « le service fait défaut ». Pour le critique musical de renom, Vienne évoque le Concert du Nouvel An, qu’il présente en direct à la télévision.Mais pour les « tour-operators », c’est un autre orchestre, « spécialisé pour les groupes » qui a exaspéré Victor au point de partir à

l’entracte. « Le style d’interprétation » ressemblait trop aux « danses du balai » « dans les mariages ». Il souligne avec ironie la frénésie de ceux qui ne regardent qu’à travers le prisme de leurs iPhones les fresques du plafond!

Avec autodérision, il relate sa galère pour trouver des chaussures en Slovaquie.

Et de constater la suprématie de l’anglais, lui, dont les parents avaient « eu la fâcheuse idée de lui faire étudier l’allemand », aussi bien à Bratislava qu’à Prague.

Il pointe le fossé des classes (rentier germain/ seniors) selon le luxe du bateau.

Il voit avec amertume la fin des croisières autour de la musique classique faute d’une clientèle aisée et mélomane.Il décline ce qui l’insupporte dans ces voyages : « rester groupés », préférant arpenter les ruelles à son gré.

Benoît Duteurtre nous déboussole en relatant la découverte inouïe d’une tribu, ce qui a enflammé les réseaux. La deuxième expédition constituée de l’équipe de scientifiques, de la journaliste et du stagiaire (dont le professeur conférencier occulte le nom, bien que le premier à avoir établi le contact) nous conduit dans un territoire hostile (ronces, cascade à traverser avant d’arriver à la caverne). Dès la parution du premier volet du feuilleton, les médias s’emballent, les réactions fusent sur la toile,des idées se concrétisent par une charte pour protéger cette civilisation, une sénatrice écologiste, féministe, « militante du droit des minorités » outrée, choquée, démissionne du « comité d’éthique ».Le narrateur a réussi son coup, le lecteur tenu en haleine, devant ce déchaînement, guette l ‘épisode suivant, mais il est privilégié, il n’a pas à attendre une semaine ! Si l’escale viennoise s’achève en apothéose avec le concert, le feuilleton La tribu atteint un climax à couper le souffle ! A travers l’épilogue surprenant et incroyable, amené comme la chute dans une nouvelle, l’auteur souligne les travers de notre société corsetée par les interdictions et pointe comment une information relayée à grande échelle peut berner une large audience.

Le retentissant succès de la journaliste Daisy Bruno pour le reportage ci-dessus lui facilite l’accès à l’île grecque de Michael Works. Que penser de ce milliardaire qui a

imposé la vidéosurveillance, l’absence de voitures ? Est-il un gourou ou un prophète ?

Ne dévoilons rien de son projet pilote pour mieux savourer cette truculente sotie !

Benoît Duteurtre, parisien depuis 1988, passe en revue toutes les transformations de son quartier, s’adaptant « aux normes du pittoresque organisé ». Il ironise sur le Paris plage et « la pollution renforcée ».

Même si le narrateur a dû dire adieu au rituel de la fenaison, au royaume enchanté du grenier à foin, au pot de lait tiède, il a conservé des plaisirs enfantins : « mettre les pieds dans l’eau », s’allonger « parmi les fougères odorantes » ou « plus rustres » : couper son bois , ramasser du petit bois pour cette maison, « surplombée par la cime dentelée des sapins », que les lecteurs de Chemins de fer reconnaîtront.

Si le temps est assassin, la mémoire est la seule revanche, pour faire durer. L’auteur rend hommage à tous ces disparus qu’il a connus, dédie son roman à David Rochline.

Benoît Duteurtre livre un roman plus intimiste, à la veine autobiographique, plein de larmes rentrées, hanté par la mort, la fuite du temps, notre finitude, où se côtoient un cortège d’émotions, d’anecdotes et fables. Le ton grave du début laisse place à une plume roborative, poétique : « grelots de la rivière » et pétrie d’humour.

Le roman se clôt par une liste des « enchantements » de l’écrivain, un hymne poétique et nostalgique aux Vosges, à cette chère vallée, son « paradis » où il vient se ressourcer et écrire. Savoir s’émerveiller devant les beautés de la nature, la splendeur des paysages, n’est-ce pas un viatique de jouvence ?

Sachons gré à Benoît Duteurtre qui, lui, ne « garde pas ses souvenirs » mais les partage et nous réjouit d’étincelles de bonheur. On prendrait volontiers un verre de gentiane en compagnie de l’auteur pour prolonger la conversation.

© Nadine Doyen

Repose-toi sur moi, Serge Joncour ; Flammarion (427 pages ; 21€)

Chronique de Nadine Doyen

Rentrée littéraire 2016

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Repose-toi sur moi, Serge Joncour ; Flammarion (427 pages ; 21€)

Parution le 17 août


 

Quel plaisir de retrouver un auteur que l’on affectionne !

Le douzième roman de Serge Joncour s’inscrit dans la lignée de L’amour sans le faire.

Une femme, un homme, des voisins qui s’ignorent, habitant le même bâtiment.

Pour Aurore Dessage, femme hyperactive, qui jongle avec les aléas du quotidien et son triple rôle de mère, épouse et businesswoman, faire une pause, le soir, dans la cour arborée de son immeuble parisien, est vital.Cet îlot de verdure qu’elle se plaît à cultiver reste son havre de paix, sa « bouffée d’air », « un vrai sas », son refuge jusqu’au jour où des « croassements glaçants » ont supplanté les « gazouillis épars, les sifflotements des merles ». Traverser la cour de nuit devient sa hantise. Mauvais présage que ces oiseaux de malheur qui semblent la défier, « se jouer d’elle ».

L’auteur focalise notre attention sur Aurore et Ludovic depuis leur rencontre fortuite dans cette cour, cette « petite campagne ». Scène incroyablement hallucinante, digne d’un film d’Hitckock : croassements, hystérie des « bêtes affolées ». Suspense.

Mais qui est ce parfait inconnu, qui sait si bien la deviner ? Un oxymore vivant, déraciné, qui a dû s’approprier les codes du monde urbain.Ludovic, avec son « mètre quatre-vingt-quinze pour cent deux kilos » en impose. C’est préférable pour son métier de recouvreur de dettes. Souvent confronté aux difficultés des ménages qu’il visite, il restitue le pouls de la France des banlieues.

Des vies minuscules en voie de paupérisation.

Avec beaucoup de finesse, Serge Joncour décrit l’évolution des sentiments d’Aurore et de Ludovic, ce voisin qui exacerba sa peur. Aucun attrait immédiat entre eux. Ils se croisent, se jaugent, s’épient. Il la toise. Échanges secs. Son « ton faussement jovial », son humour l’insupportent. Elle le trouve « plouc ». Pourtant elle a envie de le revoir ce « colosse » aux « mains de matamore » qui a compris sa phobie. Comment interpréter ce « petit cadeau » du « plumeau », trouvé dans sa boîte ? Une façon d’apprivoiser l’autre ? La fascination opère insidieusement.

Après avoir été source de frayeur, la cour retrouve sa quiétude et revêt un rôle majeur. L’« infime forêt » devient leur jardin secret, leur cocon, le théâtre des balbutiements de leur idylle (un instant d’abandon), le berceau de leurs ébats (étreinte totale) et le témoin d’ instants volés entre les deux amants. Leurs fêlures les rassemblent mais ralentissent leur fusion amoureuse. Ces deux-là s’accrochent l’un à l’autre comme à une bouée de sauvetage. Les liens se nouent, les mains se frôlent, se caressent, les corps se fondent. Aurore trouve en Ludovic une écoute, « un rempart », un soutien et vit chaque rencontre comme « une pure parenthèse, un dépaysement ».

Voici Aurore, en plein maelström, écartelée entre la raison et le coeur, taraudée par la culpabilité, cédant à la panique, plongée dans ses atermoiements : revoir Ludovic ou l’éviter et « effacer ce moment » de sa mémoire.

L’ironie du destin : Aurore, revenue en catastrophe, découvre que celui qu’elle a pris pour « un prédateur, un nuisible » n’ est autre que Ludovic, l’homme providentiel, envers qui elle ne peut être que doublement reconnaissante ! Comment le remercier d’avoir limité les dégâts ? Pour les mômes, admiratifs, le « doux géant », qui « se sent d’ailleurs », devient le « superplumber », leur héros.

Serge Joncour se révèle un subtil entomologiste des coeurs, traquant les méandres du désir charnel, vertigineux, pour ces deux amants au désert affectif. Il offre des pages « ardentes », sulfureuses, du 37°2 et habille son écriture de tendresse, de douceur et mieux encore de sensualité. Il met en exergue l’emprise que peut avoir un être sur un autre. Ludovic reconnaît que « jamais personne ne l’avait ensorcelé à ce point ». Il est prisonnier de cette dépendance amoureuse, « dangereusement attaché », possédé. Puis se retrouve impliqué dans un sac de noeuds invraisemblable propice à alimenter le suspense. Que fait le fusil dans son coffre ? Que fomente-t-il ? Comment expliquer ses accès de rage, son impulsivité, ses coups de sang ? N’a-t-il pas « tout envenimé » ?

En fin de compte, Aurore est-elle pour Ludovic une bénédiction ou sa plus grande malédiction ?

Au lecteur d’en juger à travers leurs portraits très fouillés que Serge Joncour brosse, avec maestria, les suivant en parallèle dans leur vie professionnelle. Des destins protéiformes pour ces deux êtres, happés par une succession d’imprévus, d’embûches, d’embrouillaminis, au bord du précipice, à la dérive. L’incursion dans le monde du travail montre la loi implacable de la concurrence.

Aurore Dessage, styliste, conjugue innovation et le savoir faire « made in France ».

Elle sait que « le business, c’est soit tu bouffes les autres, soit tu te fais bouffer », « c’est comme monter sur un ring, il faut donner des coups, sans quoi c’est toi qui en prends ». L’auteur livre un vif témoignage de notre époque où le profit l’emporte sur la qualité et glisse un clin d’oeil indirect à la ville de Troyes et son passé de la bonneterie si florissant.

Un différend oppose « la patronne » à son associé, Fabien, qui mise lui sur le profit, et privilégie le commerce avec la Turquie, la Chine. Les tensions dues à leurs objectifs divergents gangrènent leur relation et menace l’avenir de leur petite entreprise en pleine tempête, alors que son mari, « leader de l’hébergement de start-up », « contaminant de succès » déborde de projets depuis qu’il a fusionné avec un groupe américain. Comment tout assumer seule quand on se retrouve en butte aux problèmes économiques ? Sur qui compter ? Son mari?

Aurore voit son couple se déliter par manque de disponibilité à l’autre. Difficile de communiquer avec un époux distant, avachi devant la télé, de plus en plus sollicité, hyper connecté, souvent à l’étranger, avec qui l’échange se réduit parfois à « un geste d’un condescendance glaciale ».

Aurore n’est-elle pas au bord du découragement et du burn out, rendue à sa déréliction, quand elle croise Ludo,du genre altruiste, prêt à l’aider, à l’accompagner à un rendez-vous d’affaire ?

Nouveau dilemme cornélien : sauvegarder son couple, ses enfants ou refaire sa vie.

Si Serge Joncour a opté pour un ton plus grave, il ne se départit pas de son humour, et nous offre des intermèdes plaisants (la « chorégraphie parfaite des serveurs ») ou hilarants comme l’essayage de pantalons. Comment ne pas rire de concert avec les vendeuses à la vue de « la cabine prise de spasmes » !

En filigrane, Serge Joncour renoue avec la dualité ville/campagne. Pour Ludovic, que Paris « tend comme un ressort », le retour aux sources dans la vallée de Célé lui offre ce « bol d’air » salvateur. Dans cette nature, « l’environnement se foutait pas mal de son gabarit », de sa stature si imposante. Il pose un regard poétique sur la capitale aux multiples perspectives, sur la Seine. Avec tact et pudeur il évoque le désarroi de ceux qui voient leurs aînés se dégrader, ainsi que la maladie,le deuil. Il soulève la délicate question d’aimer de nouveau tout en restant fidèle à celui qui est parti.

Serge Joncour signe un très beau roman complexe, ambitieux, ample, captivant, foisonnant de personnages, en prise avec l’actualité.Le talent de l’auteur est de toujours se raccrocher à l’humain. Il nourrit une généreuse empathie , profondément sincère, pour ses protagonistes (des faibles, des fragiles) devant leurs turbulences intérieures. Chez Serge Joncour, l’histoire, avec ses luttes et violences sociales, n’est jamais absente de son esprit ou indifférente à sa plume. On retrouve avec

délectation le style Joncourien:puissant, écorché vif, cinématographique suscitant tout de suite des images fortes ( corbeaux « jaillissant comme des assiettes au ball-trap », geyser, chute dans l’étang, métaphore du buffle…).

Cette love story entre voisins,une passion adultère improbable, « tellurique » teintée de culpabilité, d’autant plus inattendue que tout les oppose, saura tatouer le lecteur de façon indélébile.En quittant ce roman prégnant, le lecteur va, lui aussi, rêver d’entendre une voix bienveillante, lénifiante qui l’apaisera par son invite : « Repose-toi sur moi ». « Double sens quand tu nous tiens », déclare Serge Joncour, en écho au titre magnifique. Un livre, tour à tour, touchant, drôle, inquiétant, violent, poétique, poignant, tendre,nostalgique, hypnotique à ne pas laisser au repos et qui ne vous laisse pas au repos ! Il enflamme et séduit .On souscrit.

Serge Joncour trace son sillon , sans tapage, et s’impose parmi les cadors de sa génération.

Stylissime.

©Nadine Doyen

Décapage # 54 ; Flammarion, Hiver Printemps 2016

Chronique de Nadine Doyen

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Décapage # 54 ; Flammarion, Hiver Printemps 2016


Plongez dans l’univers de Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012 pour Le sermon sur la chute de Rome, en attendant son roman de septembre 2016.

Voyageur infatigable, il évoque les circonstances qui l’ont conduit dans de multiples villes, pays (Alger, Abu Dhabi, Paris, Ajaccio…). Il relate la genèse de ses romans, sa rencontre avec son éditrice, Marie-Catherine Vacher, à qui il redit sa confiance, si heureux qu’elle ne soit pas « interventionniste ». Il rend compte de l’atelier d’écriture qu’il a mené au lycée français d’Alger. Et nous parle de ses lectures et influences : Olivier Rohe, Ernst Jünger, romans russes (Boulgakov, Chalamov).

Les fidèles de La Pause de Jean-Baptiste Gendarme retrouveront Jean Giono, l’écrivain de Manosque, le chantre de la nature.

Décapage a voulu savoir à quoi les écrivains consacrent leur temps quand ils n’écrivent pas. Dominique Noguez fut le plus succinct. L’écrivain malicieux choisit pour « jour où il n’a rien foutu » celui « où il devait rendre un texte » pour Décapage.

Serge Joncour décline une variation de la page blanche, qui attend d’être comblée, d’y voir « courir mille voix ». Elle est son « alliée permissive », son « refuge », même

« une piscine » comme l’illustre Emilie Alenda.

Pour l’auteur, « un roman, c’est une vie qu’on peaufine, une vie que pour le moins on essaie de réussir ». C’est « le seul domaine tentant », « un décor ajouté au réel ».

Serge Joncour nous offre, le 17 août 2016, son douzième roman Repose-toi sur moi prouvant qu’il en a noirci des pages blanches, en réponse à leur défi.

François Bégaudeau consent à du baby-sitting bien singulier pour rendre service à sa voisine. Iegor Gran repasse, trouvant une similitude dans « le polissage d’un texte et le défroissage d’un vêtement » ! Héléna Marienské a conjuré une panne littéraire en rejoignant la confrérie des scrabbleurs jusqu’à ce qu’elle retrouve la niaque et déloge la championne en titre grâce aux « Zeugmas », figure de style devenue si célèbre au Masque et la Plume (1). Arthur Dreyfus se disperse, préfère répondre à la cascade d’e.mails, et se voit contraint de procrastiner, la bibliothèque fermant.

Vous découvrirez Arthur Pauly qui se rêvait occuper le fauteuil vacant numéro 2, à L’Académie française.

On croise Alice Zeniter, une habituée des Prix, dont le prix Renaudot des lycéens pour Juste avant l’oubli couronné en juin 2016 du Prix de Trouville. Ici, elle déclare sa flamme à Sherlock Holmes, « ce détective privé imaginaire » de Conan Doyle.

Pierre Chazal fut soumis à une salve de questions, lors d’une « rencontre express ».

Julien Blanc-Gras revient sur « une sacrée descente », celle de ses amis … avec qui il

fréquente les bars de Ménilmontant. Moment évoqué par son « compère de beuverie » Philippe Jaenada dans le no 50.

En dernière partie, des nouvelles, « Des phrases en gueule de jour » de Thomas Vinau, des tweets, des petites annonces.

Notez la page ludique 44, qui offre des autocollants à découper, avec le mode d’emploi. Une condition : se munir de La petite femelle, dernier roman de Philippe Jaenada pour faire office de presse. On aimerait voir d’autres auteurs.

Un numéro éclectique, enrichissant, comme à son habitude, à grappiller par petite dose, comme un fortifiant.

©Nadine Doyen

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