Nicole Hardouin, Prométhée, nuits et chimères

  • Nicole Hardouin, Prométhée, nuits et chimères, Editions de l’Atlantique (tirage de luxe). (Collection Phoibos) 67 pages.

Nicole Hardouin déplace l’ordre du temps, elle détient cette éclectique prévoyance d’ériger une passerelle reliant le mythologique au mystique.

Elle livre ici un recueil né d’une larme d’argile et d’une pincée de sable où l’âme assoiffée se désaltère au nombre d’or de l’Amour.

Nous nous laissons envelopper, en nuances transparentes, par des brumes aux ambiances singulières : chats des chemins creux, vigies errant entre tours de cristal et clairières sacrées, nous partageons de fugitives apparitions inquiétantes : en larmes, les chrysanthèmes écoutent la conférence des squelettes, voire sulfureuses : des caresses s’inventent dans l’échancrure des patenôtres.

Les jeux charnels qui sommeillent en nos cavernes se réveillent : Eros et Thanatos rôdent autour des racines du ciel.

Nicole Hardouin nous invite à ouvrir les portes du songe, à franchir l’épreuve des ténèbres en compagnie de Prométhée.

Ce recueil, don d’absolu, est une oraison où le verbe, parfaitement maîtrisé, se charge d’atomes mémoriels.

Il s’avère donc nécessaire d’avancer sur la pointe des pieds pour ne pas trahir les confidences.

◊Michel Bénard

Henry Meillant, Dits et non-dits de l’Amour

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  • Henry Meillant, Dits et non-dits de l’Amour, éditions Regards 92 pages. Illustrations de Bernadette Gossein.

Ce recueil « Dits et non-dits de l’Amour » vient se déposer sur l’œuvre variée et importante d’Henry Meillant avec la légèreté d’un papillon, d’un souffle renaissant.

Rendre ici hommage à Henry Meillant au travers de ces quelques lignes est un bonheur, mais également un réel honneur, car j’ai ce sentiment de l’élève qui reconnaît le maître.

Ainsi c’est avec une immense humilité que je parcours ce nouveau recueil du père fondateur de la SPAF (Société des Poètes & Artistes de France) et de sa revue Art & Poésie.

C’est un chant résurgent que nous offre aujourd’hui Henry Meillant, une voix toute couronnée des fleurs sélectionnées pour rendre hommage à la femme. Chaque texte contient une émouvante beauté, une extrême sensibilité.

Femme réelle ou virtuelle, femme charnelle ou intemporelle, mirage ou réalité, reconstitution d’un mythe inaccessible ou tangible embrasé d’une ultime passion ?

Ce recueil où son langage se veut simple, libre, transporté dans l’élan de l’âme et du cœur est l’un des plus authentiques, des plus vrais ouvrages d’Henry Meillant.

Notre poète n’a plus rien à prouver, sinon qu’il a toujours mille brassées d’amour à dispenser. Il se fait peintre et sculpteur pour soudain devenir le musicien de l’intime, tout en proximité avec l’âme et le corps de la femme.

Henry Meillant retrouve ici des plans d’éternité et d’espérance.

« Nos cris et nos silences

seront vivants

pour un éternel instant… »

Cet ouvrage est une petite « révolution », véritable retour sur soi même au sens étymologique du terme.

L’auteur réinvente l’amour, redécouvre l’étonnement, le partage avec l’âme sœur. Il érige un nouvel embrasement dans les feux d’un soleil couchant.

Mais cette âme sœur est-elle présente ou absente, peu importe elle devient presque respirable, palpable.

Quel plaisir de parcourir ces poèmes rayonnants qui portent une sorte de fraicheur juvénile, le chant de l’expérience de vie en plus.

Henry Meillant aurait-il changé d’école ? A priori je ne le pense pas !

Il use simplement de l’interrogation, de la spontanéité, de la liberté d’écrire ce qu’il est dans cet instant bien précis. Il a brisé ses barrières traditionnelles, afin de mieux glorifier l’amour tel qu’il est, tel qu’il le ressent dans l’instant présent.

Le poète se met à l’écoute de celle qu’il retrouve qu’il idéalise et reconstruit. Par son verbe, ses intentions, il restitue la vie.

« …t’étreindre jusqu’aux limites

d’une commune petite mort

où tu renaîtras.

L’amour ou le sentiment de l’amour, reconstruisent les âmes et les corps stigmatisés, il offre une possibilité de renouveau, combien même les fondations seraient fragiles.

Tout est fugitif, alors où peut bien conduire cet amour, vers l’impasse de l’illusion où sur le chemin de la résurrection.

L’amour offre toutes les possibilités, décuple les forces de l’imaginaire, tout se transforme, l’amadou devient volcan, arbre, fleuve, galaxie, il identifie à tout.

« Alors naîtra si tu le veux

l’éternel possible

de nos complicités. »

Le verbe même est magnifié !

Henry Meillant parvient à la fusion d’un langage d’une extrême modernité qui se fait révélation.

Aucun mur ne résiste à cet Amour !

Mais notre poète n’en reste pas moins dans la conscience, ainsi se pose t’il la question, n’y aurait-il pas dans l’amour une parcelle d’aliénation mal maîtrisée, une cécité incompréhensible.

Nous parcourons le jardin des magiciens, nous découvrons l’anatomie de l’amour au travers de chaque partie du corps.

« pour des mots à ne plus écrire

des mots à cultiver

au jardin des secrets. »

Tout se transforme, c’est l’absolue métamorphose. Nous touchons aux incantations, aux fulgurances d’une prière profane, aux vibrations d’une révélation sacrée.

Le temps n’inquiète plus, au contraire il rassure presque, nous y croisons les fréquences d’une surprenante candeur, d’une merveilleuse innocence qui naissent et se développent à la fois, dans un élan réel et une nécessité imaginaire !

L’amour est sans âge, il transcende les saisons, l’hiver redevient printemps, il renverse la raison pour mieux semer sa passion.

La main de poète devient celle du sculpteur, du potier, il tourne les mots et donne à son verbe de l’ampleur, des volumes par de subtiles métamorphoses.

« Je te découvre et je te sculpte !

j’apprends tes secrets

j’apprends l’extase d’une minute

éternelle. »

Le temps d’une envolée et le poète se fait aussi musicien, il remplace ses partitions, et le voici qui écrit sur des portées blanches, assoiffé d’envol et de nouveauté.

Il vient de composer l’hymne à la femme de son imaginaire, à moins que ce ne soit le rêve de la réalité.

« Et soudain musicien

je jouerai sur le violon de ton corps

cette sonate pour nos deux voix unies. »

Par la seule vibration de quelques notes nouvelles échappées des doigts virtuoses, et déjà le linceul du monde s’efface, laissant place à un miracle.

◊Michel Bénard

Frédérique Sternberg-Ramos, Le Livre des Triptyques

 

  • Frédérique Sternberg-Ramos, Le Livre des Triptyques, éditions Les Poètes français-Paris. 120 pages. Illustration de Roselyne Malbranque.

A chacune de ses parutions le fil conducteur de Frédérique Sternberg-Ramos demeure immuablement le critère de qualité, du sujet et du verbe.

Dans ce dernier ouvrage qu’elle nous propose, nous sommes transportées au cœur d’une sorte de vision prémonitoire.

A l’aune de sa poésie, Frédérique Sternberg-Ramos témoigne du drame de la terre victime de l’inconscience et de l’agitation de ses locataires, les plus irresponsables de tous les prédateurs, l’homme, cet effroyable fossoyeur.

« Ton monde tout entier peu à peu va s’éteindre. »

« Hommes, je vous accuse de meurtre avec préméditation… »

Bien pertinente vision prémonitoire.

Mieux vaut laisser le vent tourner les pages, judicieuse prudence, sage réserve !

Cette poésie contient les reflets d’une intense sagesse, ainsi que d’une expérience profonde, toujours soulignée d’une pointe d’ésotérisme, afin peut-être de mieux tendre vers l’ineffable. Frédérique Sternberg-Ramos joue merveilleusement bien avec les formules et les images poétiques, chez elle tout devient lucide transcendance.

Alors ouvrez ce Livre des Triptyques comme un viatique, un recueil de transmission porteur de toute une gamme de nuances d’humanisme et d’amour pour les générations à venir. Un chant où l’homme doit très vite se ressaisir.

« La force du destin est-elle vaincue par l’homme

Quand il se lève enfin, l’âme remplie d’audace

Prêt à livrer bataille pour transformer son monde ?… »

La poésie délivre ce cri qui peut-être interrogera l’humanité, c’est pour cela que notre fidèle amie écrit, tout simplement pour retrouver le vrai regard d’un Homme !

◊Michel Bénard

Luce Péclard, Pars si tu peux

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  • Luce Péclard, Pars si tu peux, préface & illustrations de Jacques Herman. Editions du Madrier, Suisse, 2012 (100 pages ; format 15×20).

Au survol du dernier ouvrage de Luce Péclard Pars si tu peux, la première impression est le ressenti du souffle essentiel d’un doux vent de liberté, tout imprégné d’une belle lucidité.

Pénétrons à pas retenus ces espaces de l’inconnu, ces champs hors du temps, loin des voies jalonnées.

« Quitte tes quatre murs,

Verrouille à triple tour,

Jette la clé

Avec tes peurs. »

Ici tout est dédoublement, alternance, tant de l’intérieur que de l’extérieur.

Luce Péclard nous démontre par ce recueil son besoin d’intemporalisation, cette soif d’évasion, au risque même de se perdre dans les méandres de l’infini, de plonger avec Pégase et Icare dans l’aventure du vide. Patiemment elle sculpte son œuvre mot après mot y révélant les formes qui sommeillent en elle, elle élague jusqu’à la révélation.

Luce Péclard éprouve parfois ce besoin du regard de l’autre, ce qui est très légitime, sorte de sécurisation existentielle nécessaire.

Elle joue sur les fragments de vie, les parcelles édifiant l’existence, tout en continuant à s’étonner de l’ordinaire, à s’éblouir de la simplicité.

« Une journée aussi légère

Que la bulle au ciel, éphémère. »

Peu de choses suffisent au poète, une lueur d’étoile est suffisante pour améliorer la progression de son chemin terrestre, pour modifier l’angle de vision, pour mieux se rapprocher d’une perspective différente, aller vers une lumière nouvelle.

Comme dans la majeure partie de ses œuvres Luce Péclard tend vers le bon sens du cœur, à l’offrande de l’âme qui voudrait contenir la clé de l’univers : «  Sens & essence du monde. »

Elle considère que trop de questionnements demeurent en suspension, au travers de « l’homme » oscillant toujours du meilleur au pire, de la joie à la douleur, de l’espoir à la torpeur !

« C’est sans nous que se fait l’histoire.

J’entends : l’effrayante machine

…………………………………….

Qui produit des tyrans

Et décime des peuples. »

Surprise parfois par le réflexe de l’enfance, elle conserve toujours ce besoin instinctif de se protéger dans les jupes de la mère, de retrouver les parfums lointains et les odeurs de poussière de la craie sur le tableau noir.

Telle est son errance au fil des images sans but précis, au hasard du chemin. Prendre conscience de notre état de sursis, du miracle de l’instant.

Luce Péclard, vit la poésie un peu comme une prière, une incantation, mais non pas dirigées vers un « Dieu » innommable et innomé, mais plutôt vers le Divin, le sacré, l’universalité.

S’éblouir, s’éblouir, sans cesse s’étonner, oser prendre l’inconnu par la main.

En effet, pourquoi vouloir à tout prix partir à l’autre bout du monde, alors que tout est contenu dans l’informel du poème.

Le poète prend des risques, il lance des défis avec toutes les chances de s’échouer misérablement. Rude constat de notre impuissance face aux rouages broyeurs de l’histoire, terrifiantes mécaniques animées des hommes ignorants et cupides, folie usant la corde jusqu’à la rupture !

« Qui construit ses rouages

Au-dessus de nos têtes,…/… »

Comment ne pas cautionner la saisissante clairvoyance des poèmes de Luce Péclard, comment ne pas surligner ses cris de vérité, mais qui saura vraiment comprendre, qui pourra réellement entendre.

Si un seul lecteur en est convaincu, alors Luce Péclard a gagné son pari !

Indéniablement Luce Péclard demeure dans l’attention, la réflexion, à l’écoute de la petite voix de son espace intime en communion avec le monde et l’eau limpide du torrent qui décrypte les secrets de la pierre.

« J’essaie d’imiter Michel-Ange

A grands coups de burin

Dans le roc quotidien. »

Sorte de militante discrète Luce Péclard formule les plus beaux espoirs sur l’éventuelle reconstruction du monde par l’acte de la poésie, germe porteur de tous les possibles.

S’ouvrir à l’essentiel en se reliant à l’univers !

« Mais le Poète sait d’instinct

Comment tomber dans l’infini ! »

Luce Péclard jongle avec les mots qui s’échappent parfois dans un vol désorienté, indompté et puis peu à peu elle restitue ordre et cohérence dans cette frénésie sauvage.

Il arrive aussi que les vers s’égrènent au rythme de quelques fêtes grégoriennes tout en se confondant aux variations pastorales.

Tout est signe qui ensemence la mémoire.

Alors, partez si vous le pouvez, mais ne le faites pas sans placer dans votre viatique ce beau recueil de Luce Péclard : «  Pars si tu peux.» magnifiquement illustré des subtiles et délicates aquarelles du peintre et préfacier Jacques Herman. Judicieuse osmose du texte à l’image.

◊Michel Bénard

Claude Luezior, Flagrant délire

Flagrant délire

Claude Luezior

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  • Claude Luezior, Flagrant délire, Editions de l’Atlantique, Collection Phoibos, 2011, 70 pages.

Claude Luezior, nous revient avec ce dernier ouvrage sur des voies parallèles, de traverses, autant dire sur le chemin des écoliers du verbe et du Flagrant délire où l’auteur nous étonne, nous interroge, mais s’étonne et s’interroge également lui-même aux propres jeux de ses mots.

« Tu m’as dit d’écrire en plein cintre pour exorciser les arcatures de l’oubli. »

Claude Luezior, porte haut l’étendard des mots, il n’est d’ailleurs pas sans nous faire songer par certains aspects de son écriture au travers de ce recueil, aux jeux déconcertants et déroutants des oulipiens.

« Ecailler l’inconscient par successives incandescences. »

Le chemin du poète se veut chaotique, incertain, il est souvent considéré comme un marginal, un fantaisiste, quelque peu en marge de la société.

Mais le poète résiste ici au souffle et à la clameur populaire, il poursuit obstinément son rêve dans les châteaux et tourelles du ciel. Parfois le couperet tombe, jusqu’à décapiter ce rêve !

Claude Luezior se fait ludique, un tantinet moqueur et agrémente sa poésie de délicates senteurs de confitures, de caramels, de belles couleurs qui nous donne l’envie de plonger le doigt furtivement jusqu’au Flagrant délire.

Ce qui ne l’empêche pas de jouer avec la magie de la lumière, il se fait passeur de miroir, pêcheur de brume, il plie et déplie ses poèmes jusqu’à se donner lui-même le vertige.

Claude Luezior restitue à son verbe une connotation sacrée, une signification liturgique au-delà du dogme, car seul le cœur prend la parole et la transcende.

« …/…une eucharistie où sédimente la tendresse en singulière liturgie. »

Son temple en poésie se situe bien au dessus de la simple célébration ordinaire.

Claude Luezior dit ses grands-messes aux cris des hommes, il en fait son épiphanie !

Son acte poétique contient les senteurs panthéistes et la force des bâtisseurs de citadelles.

Sa plume sait se faire légère, pour ne devenir plus qu’un souffle ténu se déposant comme une buée diaphane toute auréolée d’un silence dialoguant avec les anges.

Il a conscience de la force et de la vulnérabilité de l’écriture qui n’est qu’un feu follet.

Le poète est toujours prêt à donner l’impossible, l’inaccessible, il corrige les asymétries de nos folies.

Il se fait funambule sur les points d’intersections des mondes, il maraude aujourd’hui ses paysages de lumière pour demain !

« Puis viendra le redoux. Pour chercheurs de lumière. »

Vision admirable, forte, mais singulière qui préserve ses mystères, qui enchâsse ses énigmes, par des formules clés et magiques.

Claude Luezior synthétise le texte, il élague, ne retient que l’essentiel, afin d’imprégner à son texte la force équilibrée et filiforme, d’une œuvre « giacometticienne ».

Certains de ses textes portent des ombres d’arches perdues, de fin de civilisation où quelques aphorismes troublants provoquent l’interrogation.

Au travers de ce Flagrant délire, nous croisons de belles parades imaginaires qui nous reviennent de loin par des chemins détournés et jouant à la marelle sur le mystère influent de l’image, sur l’énigme de la toile.

« …/…il a cloué sur sa toile une brassée de cris adossés au désespoir. »

Il ne vous reste plus qu’à embarquer sur la nef poétique, « improbable esquif » de Claude Luezior en laissant le paroxysme de son Flagrant délire vous emporter vers d’autres rives et à vous étonner !

◊Michel Bénard