Traction-Brabant n° 38

INCIPITS FINISSANTS (38)

Ah bon sang ! Qu’est-ce qu’ils étaient bath les vieux de dans le temps ! Ils ne nous faisaient pas concurrence, ils ne nous cassaient pas les pieds, à toujours vouloir être dans le coup, à vouloir rester jeunes, à toujours être dans le vent, dans la bourrasque oui, à courir à bride abattue, malgré leurs dénégations, après la jeunesse éternelle, alors qu’ils ne parviendront pas à garder la jeunesse en courant après, c’est une évidence, parce que le moteur, il est davantage foutu, malgré tout. Et puis aussi, parce que c’est inutile car la jeunesse, qu’est-ce qu’elle peut être conne des fois !

Alors, oui, moi, je regrette les vieux qui ne quittaient jamais leur maison, qui continuaient à s’habiller en bleu de travail, comme s’ils continuaient à aller au boulot, même s’ils ne travaillaient plus. Les vieux pour qui les loisirs principaux étaient la culture du potager et le canon de vin rouge au café du coin. Les vieux qui n’avaient pas honte de se coucher à sept heures du soir et qui regardaient jamais la télé, ne suivaient jamais la mode, même pour la critiquer. Bref, des vieux de vieux, des vrais vieux ! là, au moins, on n’était pas trompés sur l’emballage. Avant, les vieux revendiquaient d’être vieux, parce qu’ils n’étaient pas nombreux à pouvoir le devenir. Alors voilà, c’était plus clair pour moi.

Heureusement, je suis très content, parce que le pouvoir, merci, en reculant l’âge de départ à la retraite, va contribuer à changer cette situation, en faisant de nous des vrais vieux, comme autrefois. Pas des vieux jeunes, qui font tout le temps semblant, mais des vieux aux dos cassés et plein de rhumatismes et qui voyageront du lit au boulot et vice versa. Les vieux vont enfin pouvoir retrouver leur fonction première, celle d’être vieux et de faire vraiment tache au milieu du tableau, en nous offrant un spectacle, certes désolant, mais tellement naturel. En plus, c’est de là qu’on vient, alors autant y retourner.

Parce que, en plus, les vrais vieux, ça sera nous. Génial, car nous ne risquons pas de nous faire de l’ombre. Et pis, les jeunes nous respecteront mieux si on essaye pas de leur ressembler.

Ah vivement qu’on soit vieux ! On pourra même pas regretter notre jeunesse, notre jeunesse de vieux !

Parce que tout ça, de toute façon, pour la révolte, c’est du pareil au même !

Patrice Maltaverne

Microbe 63

Le 63ème numéro du Microbe est à l’impression.

Au sommaire :
Collages de Cathy Garcia
N
icolas Brulebois
J
ean-Marc Couvé
A
nna de Sandre
É
ric Dejaeger
P
atrick Frégonara
A
ntoine Geniaut
I
sabelle Jarlin
R
oger Lahu
P
ierre Mainguet
C
armelo Marchetta
M
urièle Modély
Jany Pineau
T
hierry Roquet
S
alvatore Sanfilippo
G
uillaume Siaudeau
M
arlene Tissot

Les abonnés le recevront début janvier. Les abonnés « + » recevront également EASY WRITER, mi(ni)crobe 27 signé Roger Lahu. Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger

Nouveaux Délits n° 38

NOUVEAUX DELITS
Revue de poésie vive et dérivés

Et cetera desunt.

Jusqu’à quand nous laisserons-nous imposer nos pensées, nos mouvements, nos goûts, nos façons d’être, d’aimer, de travailler, de vivre, nos rythmes, nos rêves ? Jusqu’à quand accepterons- nous l’inacceptable ? Face au rouleau compresseur, s’agirait-il de savoir si on va courir de plus en plus vite – et tant pis pour ceux qui tombent, ceux innombrables qui sont déjà tombés – ou si nous allons tenter un saut de côté ? Le problème c’est qu’il n’y a pas un seul rouleau compresseur, unilatéral, et peut-être évitable, mais des multitudes de rouleaux compresseurs qui partent dans tous les sens ! Alors ?

Il ne s’agit plus là de politique mais de prédation. Prédation d’humains envers d’autres humains. Prédation ou plutôt parasitisme. Le prédateur met à mort sa proie pour s’en nourrir et en nourrir sa progéniture, le parasite s’en nourrit, le pompe, le suce, l’épuise, la mort ne vient que plus tard, de façon non directe, et il est souvent difficile de déceler la vraie cause. Les véritables causes de la guerre, de la misère, de la violence, de la malnutrition, des maladies, de la folie, du fanatisme, et de la longue et atroce liste des etc. Et cetera desunt, qui signifie « et les autres choses manquent ». Oui, les autres choses manquent, comme la paix, le respect, la dignité, la clairvoyance, l’échange, le partage – ailleurs que sur ces réseaux dits « sociaux » -, la sororité et la fraternité, l’empathie pour toute forme de vie… Bref, tout ce qui donne SENS à l’existence.

Alors nous voilà en 2011, à la saison des vœux… Que dire ? Que cette nouvelle année ne soit pas pire encore que celle qui vient de s’achever.
Santé, liberté, dignité, joie et création pour toutes et tous et purgeons nos têtes et nos cœurs plutôt dix fois qu’une !

Cathy Garcia […]