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Pour des raisons indépendantes de notre volonté, le numéro 97 sortira de presse dans le courant du 1er trimestre 2021 ! Nous mettrons tout en œuvre pour que les numéros suivants paraissent à date prévue. Merci pour votre patience ainsi que pour votre fidélité à la revue Traversées.
Titre : Allons enterrer l’oisillon Auteur : Christophe Jubien Œuvres de Pierre Richir Éditeur : Donner à voir Année de parution : 2 020
Christophe Jubien, le poète du quotidien. De l’infime. De l’aperçu. Il ne conduit pas, il marche. Parfois il roule en vélo. Il va tranquillement, comme un flâneur. Un flâneur attentif cependant. L’oeil vif et pas autant dans la lune qu’on pourrait le croire. Il capte le fugitif. Le drôle. Le petit truc qui sourit aux lèvres et permet de passer cette impalpable frontière qui tient en respect l’autre monde. Celui que faute d’autre mot, on appelle imaginaire. Pas autant imaginaire qu’on pourrait le croire. Non. Bien réel, mais avec cette ombre, ce décalé. Cette intuition très vivante du provisoire. On vit ici entre permanence et impermanence, poème court et haïku, dans l’esprit d’un monde flottant. D’un monde à l’affût du réel. Lire Christophe Jubien, c’est lire en tranquillité, porter sur le monde proche un regard aussi bienveillant qu’amusé. C’est lire un peu la poussière dans les contre jours d’un espace-temps qui nous traverse et qu’on traverse en quelques pas.
Vers la fin
Nul besoin de vous décrire le paysage à ma fenêtre je l’aime bien, il m’aime bienveillant et c’est tout. Ce soir, en égouttant les pâtes je lui jette un coup d’oeil il est bien là, sous la lune, au complet à part cette feuille qui se détache d’jn érable et flotte un peu avant d’atterrir sur le sol gelé. Il y a un début à tout, même à la fin. * Du provisoire
Sept heures du matin une table en formica trois bols de café et un paquet de biscuites font de ce petit poème un riche propriétaire terrien.
Dire que dans dix minutes je vais devoir débarrasser.
* Comme tout le monde
Une cabane en bois quelques poules, un chien un corbeau perché sur le chien parler un peu sa langue c’était là tout mon rêve d’enfant au lieu de quoi j’ai eu comme tout un chacun le bac et une vie. * Synchronicité
Le vent n’a rien eu à dire il s’est contenté de souffler etl les fleurs ont dansé ces pissenlits sur le gazon qu’un air de jazz à la radio approuve mollement 11h11-la perfection. * Collection anniversaire des 40 ans de Cheyne, 2020
Titre : Pop-corn Auteur : Tania Tchénio
le livre commence ainsi : On m’a proposé d’écrire un texte sur grandir… Quand on me passe commande d’un texte… et cette commande anniversaire a précédé de peu une bonne nouvelle : Quelques heures avant de remettre ce texte, j’ai appris ton existence. Ta minuscule existence. Tu étais là depuis quelques jours, petit paquet d’atomes. Tu commençais à grandir silencieusement. évidemment, ça a tout changé. L’écho, La perspective. Ce texte, tu viens l’habiter. … Et voilà le lecteur embarqué dans cette aventure chuchotée. La fabrication d’un être humain. L’émergence d’un Tu inconnu et si présent déjà.
Je te parle. Tu es dans le cosmos. … Je suis ta chambre noire. Tu fais ce qui échappe et je te laisse faire.
Cosmonaute nu tu joues avec le temps comme on joue à l’élastique.
Un texte ici nous est donné : une perle rare sur ce thème. À mettre aux yeux et au coeur de tous les jeunes parents en gestation.
Puis on arrive à Pop-corn, le texte initial et on se retrouve à la naissance d’une étoile, en plein cosmos. Magique ! Grandir… projeter son corps dans toutes les directions
s’enraciner, grandir à l’intérieur de la terre, en soi. Grandir vers le ciel. Toucher à l’horizon. Grandir, devenir adulte. Tenter de garder l’enfance en soi. Évoluer, comme les strates du temps. Toute une méditation autour de ce mot. Une méditation qui devient expérimentation personnelle et en double. Un livre rare. Une pépite
* Titre : Allant pour aller Auteur : Jean-Marie Barnaud
Une autre pépite. Le chaud murmure de Jean-Marie Barnaud. Ça commence avec un poème sur l’origine du poème les premiers mots viennent d’un cœur absent peut-être d’une grande infortune ou d’une clarté insoupçonnée et l’on se tient fébrile au bord de soi
Forêts Mers Ciels de nuit Foules : On saisit au vol ces espaces rêvés croyant saluer l’étrangeté qu’on sent guetter aux marges
Mais très vite on est pauvre devant ce qui vient qui appelle et se dérobe
Ce matin j’entends à deux cents mètres de ma feuille la basse rumeur d’un engin de chantier….
Ici à la table le travail ne fait aucun bruit Seul le soleil qui tend la main par la fen$etre collabore
quelques mots qui ne mentiraient pas quels mots sans trafic ouverts à tous offriraient au poème un abri où déposer un temps son cœur fugace ses mains déliés
toujours cette écoute chez Barnaud, cette recherche : où se cache le poème ? Comment le dire ? Avec quels mots, pauvres outils ? Toujours cet affût à la table de travail….
Ça continue avec le tout proche et cette interrogation lancinante autour de la vieillesse Dire maintenant lassitude pour fatigue la vieillesse, non celle du monde, mais celle du poète, de l’homme et sa perception qui s’effrange comme si le monde s’éloignait de ses yeux… C’est le temps d’une vie qui se cherche encore une vie, un espace et un temps
Une brise monte maintenant d’en bas Elle apporte une voix de femme qui appelle et dit mon nom Cette voix traverse l’espace clair elle est elle-même un paysage où se rassemblent tant d’années dont elle qui demeure dénoue les fils
Barnaud et son sens de la formule : De l’instant qui vient Capter la jeunesse s’en faire une lumière et la porter plus loin
Deuxième partie du livre : jours de vertige On embarque à bord de son voilier. Jean-Marie Barnaud, capitaine au gré des vents allont pour aller sans autre fin que la mer elle-même toute mouvante et traversée d’écume Jouant à suivre ses formes à consentir à sa puissance si fort entrés en elle-même et soulevés que nous étions sa passion et sa joie
puis le vent du désert vient couvrir de sable ocre la table du jardin, les neiges du haut pays. L’homme n’est que passage et poussière. Ce sont les jours de vertige, ceux de la perte, ceux dont s’absente les partis sans retour. La vie et sa fugacité. Encore un thème qui traverse tous les livres de Jean-Marie Barnaud. Ce murmure tenace.
Troisième partie : Passages Joyeux et docile, et courant à sa perte, le sable coule par toutes les jointures entre les doigts d’un poing fermé. Puis la main s’ouvre. La paume lisse le sol, en efface les rides et palpe la chaleur.
On l’a compris, j’ai aimé ce livre et si je ne suis pas totalement objectif (j’aime tous les livres de Barnaud) je vous invite à le découvrir.
* Titre : La leçon de sourire Ûdissa Auteur : Loïc Demey
Une embuscade. Une fuite. On hésite entre fiction ou imaginaire ; dans les deux cas on est en prise avec l’actualité, avec la vie de centaines d’êtres humains, avec ce combat, ce désir d’enjamber les frontières. De vivre, tout simplement. Ziad Ferzat, fis de Sadik Ferzat et de Nadjah Shahrour… Ils savent que je dois partir si je veux grandir, partout où je passe on ne fait que vieillir au roulement des bombes…Je suis venu ici pour m’en aller… on suit ainsi le récit du voyage de Ziad. De page en page, de lieu en lieu, de rencontre en rencontre. Jusqu’à l’incroyable… En dire plus serait gâcher la lecture.
L’image la plus surprenante qui me vient à l’esprit lorsque je repense à mon frète Georges, c’est celle de cet après-midi dans l’appartement demes parents à Paris. … première phrase de ce livre. On a en main un récit qui va devenir poignant sur ce frère Georges. La narratrice a neuf ans, Georges en a 32 ; il est hospitalisé à l’hôpital St Anne. Il est malade. Le récit accompagne le temps ; la narratrice grandit, le frère vieillit. On les suit jusqu’à la fin. Un récit grave sur un thème difficile.
* Titre : L’au-delà de nos âges Auteur : Albane Gellé
Venus de loin nous choisissons de faire halte, navigation interrompue, bon gré, mal gré, pour une vie où le soleil se lève à l’Est.
Nous séjournons, droit d’asile, dans la nuit d’une femme, l’eau gargouille, un cœur trotte sans relâche nous percevons le début d’un vacarme il s’en passe dans le monde.
Une succession de courts poèmes qui évoquent l’un après l’autre les moments d’une vie. De la conception à la mort. De l’embryon à la petite enfance. De l’enfance à l’adolescence. Puis les moments d’une vie adulte… jusqu’à la vieillesse. Des étapes dit-on parfois ; une succession de jours et les temps du corps, les temps de l’âme. Les sentiments, les émotions… une vie humaine, simplement. En quelques pages.
Une réussite.
Matière quittée nous reprenons le cours de la navigation délestés de nos âges et du poids de nos corps nous sommes ici, et au-delà, nous nous souvenons : de tout.
Titre : Quelques un(e)s Auteur : Alain Boudet Editeur : éditions Henry Année de parution : 2 020
un petit livre en deux parties. Si loin, si près d’abord. Des poèmes courts. Une galerie de portraits anonymes : l’enfant, la vieille paysanne, des gens d’Oradour sur Glane le 10 juin 44, des migrants et des touristes, des gens porteurs d’étoiles… des portraits que le poète moissonne en marchant, au fil des pas, des jours, des pages.
Celui qui ose la rencontre du quotidien dans la lumière de ses secrets de ses échos peut grappiller les mots des jours les mots des gens les mots des joies pour faire moisson du poème et s’agrandir…
vingt et mille enfants, titre de la seconde partie. Cette fois-ci, les poèmes ont des prénoms pour titre. Des prénoms de différents continents. Un panorama d’enfants. Des enfants au destin singulier. On rencontre au fil des pages Baqui, l’enfant mexicain faiseur de briques; Pablo l’enfant mineur,Ghalib, l’enfant candidat à la grande traversée,John et Sia, les enfants esclaves et tant d’autres. Un panorama de vies loin de l’idée de l’enfance. Un livre à mettre dans toutes les classes du Cm au collège, histoire de garder les yeux ouverts sur les conditions d’enfance. Comme un écho de la déclaration des droits de l’enfant.
* Titre : Poésie assistance 24h/24 Auteur : Perrin Langda Éditeur : la Boucherie Littéraire Année de parution : 2 020 14€
tiens, voilà du neuf ! Du drôle et l’air de rien comme bien souvent l’humour, du questionnement genre j’dis ça j’dis rin. Prenons par exemple le poème qui donne son titre au livre
ce poème vous sera facturé 16 secondes de tmps libre pour toute question sur le sens de votre vie tapez 1 pour un bref aperçu de l’avenir de notre monde tapez 2 si vous souhaitez seulement parler à un être humain tapez… bip nous sommes désolés en raison du trop grand nombre d’usagers de la Terre nous ne pouvons donner suite à votre demande »
Au fil des pages, on rencontre ainsi des poèmes connectés, des poèmes branchés, des poèmes à liker, à jeter, à mémoriser sur son disque dur. Des textes qui explorent ce temps à écran, ces vies sur claviers, ces désirs insuflés par la pub. Des vies de super héros fantasmés. Des instants de solitude électronique. Ça fourmille d’inventions. D’humour. Ça surprend. On en rit de toutes les couleurs, y compris la jaune. Un ensemble qui mérite à être mis en voix, sur scène par des lycéens ou une troupe pro. Avec visio intégrée, son intégral et tout et tout.
* Titre : Datés du jour de ponte Auteur : Bernard Bretonnière Éditeur : Éditions Les Carnets du Dessert de Lune Année de parution : 2 020 12€
« Jeudi 26 novembre
Mon œuvre complète compte 5 898 ç cécédilles ce soir du jeudi 26 novembre : c’est mon Macintosh qui me l’a calculé. Je suis très fier de ce que je ne soupçonnais pas 5898. »
j’aime ces poèmes moqueurs. Ce regard amusé sur les travaux d’écriture ou sur le monde alentour. Est-ce qu’un poète doit être un homme sérieux ou bien peut-il rester fidèle à ses 17 ans ? Ce livre penche sur cette fidélité, cette vitalité, cette énergie. Ces poèmes datés du jour de ponte, un peu comme un journal, abordent les sujets du quotidien, la famille, la maison, les rencontres, les souvenirs etc. On y croise d’autres poètes comme Pierre Tilman « … que je continue de lire qui m’accompagne qui me touche et qui me fait marrer. »
ou Jean-Damien Chéné ou encore celui-ci « Mercredi 9 janvier
Je ne l’ai pas reconnu au bar du Pannonica avant je je l’avais jamais vu qu’en photo mais j’ai noté ceci après sa lecture : « Il y a deux catégories de poésies celle qui me gonfle et celle qui me regonfle. » merci à C.K. Williams d’honorer la seconde. »
des questions aussi, au fil des jours, genre est-ce que la poésie interesse d’autres gens que l’auteur, ses amis, son éditeur ? Ou bien est-ce que c’est bien moi, ici, dans ce tram à cette heure ?
La poésie, c’est tous les jours. À chaque instant. Poésie, la vie entière, n’est-ce pas ? « jeudi 26 septembre Décidément impossible impossible d’écrire un poème chaque jour même quotidien un poème quotidien du quotidien. J’en ai rêvé je ne l’ai pas fait je n’y arrive définitivement pas même un poème de rien du tout sans compter les jours où j’oublie d’y penser à l’écrire mon poème quotidien. … »
dans ce quotidien le poète et son éditeur ont choisi. S’ils ont gardé le jour ils ont oublié l’année. Le temps est-il nécessaire vraiment quand le « Mercredi 12 mars
Ce soir nous sommes réunis Giuseppe Jean-Baptise Jean-Claude Jean-Damien Daniellepeu importent les identités particulières mais je comprends brutalement ce soir que nous allons devenir bientôt de vieux messieurs j’en suis abasourdi. »
écrire un poème par jour, et pourquoi pas ? Peu importe que la poésie sauve ou pas ? Qu’elle ait un sens ou non ? Écrire chaque jour pour la trace, pour la mémoire, pour l’autre, pour soi.
* Titre : Ce que vient de lumière Auteur : Jacqueline Persini peintures de Matt Mahlen Editeur : rougier V Année de parution : 2 020
Chaque poème, deux strophes de quatre vers, commence par Ce qui vient On se promène ainsi de l’espace à la mort en passant par divers mots. Se déroule ainsi une méditation tranquille qui tourne autour du sens de la vie, de la présence au monde et de ce qui traverse l’humanité. Les images de Matt Mahlen, calmes et sereines, ouvrent leurs horizons au regard du lecteur. Un petit objet de la collection ficelles de cet éditeur tout en silence et simplicité. À offrir. *
Titre : Un platane Auteur : Jacqueline Persini Editeur :éditions Henry Année de parution : 2 020
Si l’air manque Accroche sur un arbre Un oiseau qui tient loin Le désastre
Cet arbre serait un platane. Un passeport pour le plus haut des nuages. Un platane joueur avec les couleurs de son écorce, comme moqueur de cette écriture poétique qui s’avance vers le vide. Un platane à grimper, à en souffler les akènes avec le vent. Légères sur les désordres du monde… un ensemble conçu ainsi un poème platane et un poème sur le monde, ceux là commence toujours par vague après vague roule… comme le rythme de la planète, jour après jour, celui de la mer ou celui de la vie : souffle après souffle. Un platane pour mieux s’enraciner à son présent, mieux vivre le cadeau de sa présence et de la sienne propre. Un ensemble à lire à au moins deux voix, voire plus pour jouer avec le texte et lui donner tous ses échos.
* Titre : a(s)ile Auteur : Christine de Camy Éditeur : la Boucherie Littéraire Année de parution : 2 020 12€
un livre qui alterne poèmes et carnet. Carnet de bord. Nous sommes en psychiatrie ado. Des poèmes qui évoquent différents patients, les difficultés, les réussites. L’émotion d’un côté, l’empathie de l’autre. Dans tous les cas, le désir d’être humain. D’accueillir l’autre dans son humanité, avec sa souffrance, dans le respect et le soin. Dans l’espoir. Un livre qui interpellera tous ceux qui s’interressent à ces unités, à ses patients et soignants. Ou pour les curieux, ceux qui cherchent. Le poème aborde tous les sujets. La poésie est sans limite. L’art non plus d’ailleurs. *
Titre : Étreintes mystérieuses Auteur : Philippe Mathy œuvres de l’artiste Sabine Lavaux-Michaëlis Éditeur : L’ail des ours Année de parution : 2 020
Nous avons ici des poèmes en prose. En deux parties : Étreintes mystérieuses puis Au bord de l’encre. La première partie, la plus longue, est une invitation à parcourir une année, d’un été à l’autre, au jardin. Le beau jardin du monde ou plutôt vivre au jardin comme dans un monde. Le jardin, l’environnement le plus proche de soi ; une extension de soi, un lieu où on se cherche, se trouve et se retrouve. À l’écoute du monde. Le jardin, un fragment de la planète qui la contient toute entière ; un fragment à l’écho de l’univers. Une invitation, une méditation aussi. Dans les pas lents du jardin, son écoute, son observation. Habiter le monde commence au jardin. Dans le tout proche. Et si parfois on en sort, pour explorer les alentours, élargir son regard, on y revient. On cherche un chemin qui mène vers un ailleurs, sans savoir que c’est celui qui conduit à se retrouver.
Jardin aux ailes apaisées. Le vent se désarme. La lumière, douce rumeur, écarte les nuages, descend s’étendre sur la terre.> jardin aux ailes apaisées. Il sourit d’être indéchiffrable. Il nous permet de voler au gré des souvenirs où s’enracinent les pasages d’instants heureux, d’étreintes mystérieuses.
Avec Au bord de l’encre, on change de décor mais pas de style. On s’interroge sur l’écriture, l’acte d’écrire, les mots. Être un guetteur sans but. En attente de rien, sans volonté de découvrir ou déchiffrer ce q’ui m’est donné d’observer. C’est un peu comme si c’était la surprise elle-même qui m’attendait, non moi qui la cherchais.
Philippe Mathy nous donne à voir un peu de son art poétique.
Avec les mots, je tente d’ouvrir un chemin, de rassembler ce que je vois, ce que je sens, aujourd’hui, dans l’instant, avec ce que hier j’ai senti ou rêvé qui nage encore ou s’enfonce dans l’eau rapide du temps. Parfois les mots courent trop vite, loin devant, je ne perçois que leur sillage.
Guetteur, rassembleur, passeur… on les connaît ces mots qui tentent de donner à peser le poète… Et toujours ce sentiment d’impuissance à rendre vraiment compte du monde. Toujours cet affût. De toutes façons, le poète ne sait pas toujours se tenir autrement.
* Titre : Partir Auteur : Flora Delalande illustrations de Sarah Voisin Editeur : Donner à Voir Année de parution : 2 020
un tango bleu. Les tango chez Donner à Voir ce sont de petits objets livres en accordéon. Celui-ci est horizontal et tout bleu. Un bel équilibre visuel entre le texte et l’image. Un long poème limpide entre deux verbes : partir, arriver. Ce désir d’ailleurs, cette envie de changer d’air, d’ouvrir la porte. Et de lancer les pas du voyage sur le chemin…
Partir
Mot qui revient, Disparaît et revient
Mot incapable de s’en aller
lui-même
en cours de route, cette réflexion entre le partant et le restant. Partir, c’est quitter mais aussi parfois être quitté ; et ça c’est pas facile. Les souvenirs qu’on emporte sont plus légers que les souvenirs que porte celui qui reste…
On s’en va On ne sait pas pourquoi Et pourtant on s’en va Avec au fond des poches L’envie de revenir
* Titre : Nature et poésie Auteur : 54 poètes Éditeur :Bacchanales 63/maison de l apoésie Rhône Alpes Année de parution : 2 020
Une superbe anthologie tant sur le fond que dans la forme. 54 voix, 54 regards qui se croisent, se répondent. Cela forme un choeur célébrant chacun dans sa tonalité un fragment de cette nature, de notre planète et du rapport Terre/Humain. Une richesse à méditer. À lire et goûter lentement. À offrir à tous ceux qui s’engagent pour la planète en particulier. Chacun œuvre à sa manière, avec son mode de vie personnel, avec ses talents. Celui des poètes, c’est de mettre des mots sur le monde. D’accompagner de mots les jours, la vie. Loin d’une contemplation béate de la nature avec les stéréotypes poétiques des petites fleurs et des gazouillis d’oiseaux, les poèmes ici sont à hauteur des enjeux actuels. Ils ouvrent des perspectives, des réflexions. Nourrissent le débat. S’interrogent et interrogent le lecteur. Dans cette ouverture on notera outre la diversité des âges des poètes, la présence d’auteurs étrangers avec leurs poèmes dans leur langue et traduits. Un beau cadeau de Noël à offrir.