Lieven Callant, Initiale, Préface de Xavier Bordes, Editions Traversées.

Une lecture de Barbara Auzou

Lieven Callant, Initiale, Préface de Xavier Bordes, Editions Traversées.


Dans ce recueil Initiale, chaque poème est une respiration qui se tente, qui s’essaie, qui s’apprivoise, une zone fauve toujours entre « intérieur » et « extérieur ».

L’auteure en témoigne dans son introduction :

« à l’intérieur de moi parfois tout s’éteint, les vaisseaux s’égarent, les ruisseaux tournent sur eux-mêmes et combattent les rivières »

« à l’extérieur de moi, on ne voit rien de tout cela, des jeux de la lumière avec l’ombre »

La poésie semble alors un cheminement essentiel mais le poème a ses limites, celles de l’Ego sum :

« Mais que fait ce je parmi tous les mots

Le poème n’est pas un cœur et encore moins un rocher qui bat

Jusque dans chacune de ses rides

Jusqu’aux rives d’une âme

Le pronom est trop lourd »

Et le je reste souvent dans son « vestibule » :

« Je serais dans cette bulle qu’on appelle cœur qui a trouvé sa place dans l’aquarium qui me sert de tête. Les limites de mon corps ne vont donc pas très loin, pas au-delà d’un point »

Pourtant, parfois, ce Je, comme le souligne Xavier Bordes dans la préface du recueil, trouve bonheur à  «  habiter aussi bien les plantes, les animaux, les minéraux. Se glisse dans les intentions des éléments, ou le « regard » des objets :

« Par-dessus mon épaule pousse

La main caressante d’un arbre ancien »

Ou plus loin :

« Il pleut. Je suis un cheval »

Lire Lieven Callant c’est écouter le chant fugace de l’oiseau sur la tuile du toit se prolonger au tambour que bat la membrane du jour.

C’est écouter à la dentelle de l’ancienne table battre le pouls dans son bois.

On entend s’éloigner et revenir les anciennes menaces et le tremblement du jeune rameau battu par la calomnie des saisons.

On voit défiler l’ultime dédicace et ses fictions affolées parfois tiennent lieu d’horizon.

Et on accroche au cintre du jour, et au milieu du chaos, son nom véritable.

Fût-il une Initiale.

©Barbara Auzou.

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