
Annonces
Carnet d’inspirations, le fil, le trait, le dessin.
Par Marc Wetzel

Une exposition dans la garrigue (Carnet d’inspirations – le fil, le trait, le dessin) languedocienne. Lisa CRESPY, commissaire d’exposition (06 avril-27 novembre 2022)
Aux Matelles, beau petit village médiéval du Nord de Montpellier, plus précisément à la Maison des Consuls (dont l’expo permanente propose une collection archéologique remarquable du Néolithique local), huit plasticiens réunis, avec bonheur, dans une exposition accueillante et accessible (la 9eme pièce est un confortable atelier pour enfants, pouvant y croquer et placarder tout ce que leur aura inspiré la visite !). Ici, l’art se montre paisiblement (sans provocation ni surenchère, mais avec d’autant plus d’ardeur) et humblement (chaque artiste se contente de ses propres quatre murs, et présente – sans garde-fous ni mode d’emploi autoritaire – quelques oeuvres au jugement des regards).
« Exposition » garde ici son sens littéraire ou musical de partie introductive d’un texte ou d’un morceau : à elle l’initiative de la présence graphique, à nous – spectateurs – la suite (pensante) à lui donner ! Et puis, présenter huit artistes ensemble, c’est égaliser leurs chances (de nous enchanter, instruire et interpeller), et rendre chacun d’eux garant (sans s’en prétendre juge) d’un sérieux partagé, d’une noblesse de cohabitation, comme huit petits laboratoires, à la fois distincts et s’ouvrant les uns sur les autres, proposant leurs sortes d’étals de contemplation, dans un marché (couvert) de rêveries bien agencées.
Il y a un véritable air de famille entre ces artistes, pas nécessairement rêveurs eux-mêmes, mais tous induisant, permettant, forgeant des rêveries, des mondes justement « pour voir », des désirs à librement essayer comme des gants ou des souliers spectraux, d’irréelles retraites proposant mues possibles, gratuites, gracieuses – et cela réussit parce que, huit fois, ces somnolentes cachettes, d’espace en espace, nous mobilisent et nous réveillent. Parce que l’unité de l’exposition (telle que son sous-titre général « le fil, le trait, le dessin » l’indique) est effective, proposant comme autant de versions, de tentatives cousines de transcription d’une même question, qui serait : un tel travail sur les formes nous rend-il, ainsi assemblé, capables de nous parler plus librement à nous-même et de nous penser plus généreusement les uns les autres ? Et la réponse a tout l’air d’être oui.

Les trois mots du sous-titre, bien sûr, sont choisis pour se compléter (le dessin est d’abord l’art du trait, et le fil de la main), et chaque artiste, à sa façon, confirme que tout dessin est concret (même épuré ou schématique, un dessin est pris dans la présence, il est fait des marques mêmes qu’il donne), tout dessin est délibéré ( tout contour trace le but de mieux voir, et une forme par hasard entrevue dans un nuage, une tache ou une fissure n’y est « dessinée » que selon nous), et, enfin, tout dessin est intelligent (il donne à lire ses lignes, mais surtout à comprendre et saisir entre les lignes, faisant discerner ce à quoi il fait prendre tournure). Ce dernier aspect est essentiel : la netteté de ses traits de présence justifie qu’en « se dessinant », la chose représentée vienne par là-même se préciser : l’indistinction complète d’un dessin le supprime, comme noyant dans l’objet-fouillis qu’il devient le projet de présence qu’il vient articuler. Même une caricature doit donner l’intelligence de la bêtise qu’elle signale.
Et ce monde dessiné se montre, presque exclusivement, par « fils » et par « traits ». Le fil qui ici sert à étirer, grandir, faire croître; là à guider, orienter ou conduire; là encore à nouer; à tirer; à faire se succéder des états, ou des idées.
Et le trait surtout, merveilleusement illustré, incarné par ces oeuvres variées, mais toutes montrant qu’il n’y a pas de trait neutre, pas de trait isolé, pas de trait anonyme : tous les traits, apprend-on comme physiquement en ce lieu, sont des marques à la fois motrices et sensitives, qui dosent les espaces dont il y a besoin, qui caractérisent les formes qu’ils brossent, qui lancent les aspects qu’ils soulignent ou accentuent (et même ceux qu’ils effacent ou annulent !); traits qui sont simultanément traits du visage, du caractère, de plume, d’esprit, d’union ! Traits qui sont la gymnastique de l’expressivité, la logistique de la solidarité, l’hygiène de la vivacité : même les artistes ici semblant plus coloristes que traceurs dessinent littéralement des gestes de vie !

Abdelkader Benchamma, qui est comme secrétaire, sténographe-sismographe des gestes d’organisation de la nature, ou qui, pertinent lecteur d’elle, gribouillerait rythmiquement dans les marges de son livre. Tout en noir et blanc, trait par trait, faisant ainsi ressortir exclusivement la manière dont se tissent et établissent les choses naturelles (la couleur est extérieure à ça, elle est seulement la manière dont pour les yeux la lumière vient chimiquement habiter la surface des choses une fois faites)

Ainsi Laure Boin, dont le dessin semble montrer la manière même dont la Nature nous voit : son oeil voit tout, surtout ce qui tente de se cacher d’elle. Et, justement, quand on se cache en retour trop, on ne peut plus rien voir. Le fil de la présence est ténu, et il y a comme une maturité alternée des regards et des choses, et un devoir de muer en elles pour durer. De très énigmatiques mues de cigales en effet, suspendues en lustre, semblent nous encourager à nous éclairer enfin à nos propres métamorphoses. Il faut comme mourir à soi pour en comprendre quelque chose, comme la cigale peut attendre quinze ans sous terre de pouvoir vivre quelques semaines à la lumière; c’est comme si elle voulait bien mourir d’abord pour advenir ensuite, brièvement et authentiquement, à la juste lumière.

Ainsi Chloé Dugit-Gros qui enfile ses traits de laine dans son canevas de fils de coton avec une sorte de pistolet à bourres. Ce geste de « tufter » la laine inscrit sur son tapis des images de bribes archéologiques (aiguilles d’os, grattoirs, lamelles) avec, ici, un trait … d’humour : prendre au sérieux des vestiges ne fait pas oublier la banalité de tout ce qui aura vécu !

Ainsi Pablo Garcia, qui, lui, ne garde des lieux que les flashes de couleurs qui l’ont attiré en eux, et les leur renvoie, comme si un volcan crachait directement des nuages. Mais là encore, fils veillent et traits travaillent : l’oeuvre d’art fait s’envoler ton regard, mais attention qu’il ne reste pas collé au plafond !

Ainsi Chourouk Hriech, qui semble chercher les fils du marionnettiste des choses et des événements : y a-t-il des endroits d’elle où la nature se concentre pour de là se construire ailleurs et s’étaler partout ? Archive-t-elle quelque part ses propres plans de construction, la mémoire de son tracé ?

Ganaëlle Maury, comme Benchamma et Boin, montre la Nature en noir et blanc, pour mettre en lignes sa croissance, qu’une fois lancées on ne peut pas plus effacer qu’elle ! Il n’y a pas de remords possible d’un buissonnement : pas de gomme à cheveux ou à lianes ! On entre ici dans une pure forêt de traits, que Tarzan casserait en s’y agrippant, et se dissoudrait de traverser.

Floriane Saint-Sébastien est à part, car elle paraît ne raconter que des couleurs et jouer à l’enfance de son art propre. Mais des traits courent (jusque sur les murs, mais dans les images mêmes), très adultes et équivoques comme de la nostalgie barbelée, et des sortes de marges de régression, ou de fils d’Ariane qu’on dirait offerts au Minotaure …

Charles Serruya enfin, dont l’oeuvre accueille à l’entrée le visiteur, et qui, avec son fil de fer, semble dessiner, directement en trois dimensions, un globe là-haut, ballon transparent ou planète vidée : vivrions-nous en apesanteur à la surface de nous-mêmes ? Avons-nous fait de Gaïa un jouet géant et surmené sur lequel, comme dirait Bruno Latour, nous ne sommes même plus fichus d’atterrir ?
Et puis ce titre d’exposition, « Carnet d’inspirations », qui tient ce qu’il promet. On imagine un unique souffle créateur, se laissant plier (et comme couper, puis numéroter) en huit, et feuilletable à loisir et bénévolement, de pièce en pièce, permettant de repartir avec, en poche, quelques possibles et nouveaux éléments de destin qui nous feront, si l’on a bien observé, carnet inspirant, oui, doux et durable.
© Marc Wetzel
Les lectures d’été de Patrick Joquel
Voici les notes de lectures de l’été de Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

plusieurs livres poésie, et en fin de dossier deux romans chroniqués.
poésie
Titre : Paradis
Auteur : Maxime Koulitz Thomas
Éditeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 022
10,50€
Une première partie intitulée tourbe présente en une douzaine de petits pavés de prose un monde inédit ; rêve ou bien création en marche… On traverse avec l’auteur ce jardin pour finalement passer une porte qui pourrait bien se nommer Éden. C’est enjouée, drôle et mystérieux à la fois. Rimbaldien dans le ton et plein de surprises comme celle-ci :
...Seul un démon mesquin aurait pu vouloir leur mettre des bâtons dans les roues, ou verser un laxatif dans la bassine de sangria.
Une seconde partie vers tendre joue avec le sentiment amoureux. Un printemps enchanté, enchanteur où la personne aimée entre enfin dans la vie de l’auteur de ces poèmes. Les textes explorent les terres du désir et du manque avec force, humour et sensualité. Le lecteur se laisse emporter dans cette fougue et cet enthousiasme.
10
Christ immense
et pleine d’amour
accepte-moi
au creux de toi
qu’il me soit permis
de croire en toi
Aborder ainsi le thème de la Foi aujourd’hui en poésie est difficile, l’auteur y réussit avec une belle économie de moyens ; sans jamais tomber dans la mièvrerie mais au contraire en ouvrant des perspectives à méditer. Une Foi tournée vers l’Autre et vers les autres. L’écriture ici témoigne d’une dynamique de vie au quotidien. Cette dynamique rejoint le lecteur et l’entraîne vers un au-delà de soi-même.
Les deux dernières parties de ce recueil : la cuirasse craquée et infiniment merci présentent de courts poèmes en prose. On y navigue à vue, de l’un à l’autre, comme on traverserait un torrent de montagne en sautant d’une pierre à l’autre. En prenant le temps d’observer sur chaque caillou le paysage (visuel, sonore, tactile…).
Toujours faire chemin seul, mais laisser ce fantôme rosâtre souffler dans votre cou. Constater que cela est bon.
Vivre nu parmi les Adamistes et les grenouilles qui bondissent. S’endormir dans un fossé comme un ivrogne ou un bienheureux de l’âge d’or, gavé de contentement. Oh ! Qu’il en soit ainsi !
Un livre à lire et à relire dès seize ans et jusqu’à l’infini pour les questionnements qu’il porte, les jubilations qu’il offre et les surprises qu’il ouvre au lecteur.
*********
Titre : Forêt(s)
Auteur : Anthologie
Éditeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 022
9€
Une anthologie en format petit carré, la collection phare de Donner à Voir. Papier recyclé et 365 exemplaires. Premier livre édité depuis le décès du fondateur Alain Boudet. Cela marque le désir de poursuivre l’aventure de la part de l’association.
46 poètes ou artistes et presqu’autant de poèmes sur le thème de la forêt. Un thème cher à Donner à Voir : arbre, forêt, papier recyclé et autres titres en témoignent.
Des poèmes courts. Lisibles par tous. Bien terrestres. À mettre dans les mains de tout lecteur à partir de 6 ans.
https://www.donner-a-voir.net/
*********
Titre : Aussi les gens
Auteur : Jean-Louis Massot
Éditeur : éditions du Centre de Créations poru l’Enfance de Tinqueux
Année de parution : 2 022
5€
Où est la poésie ? Qui est-elle ? D’où vient-elle et où va-t-elle ? Dans ces petits pavés de prose Jean-Louis Massot s’interroge autant qu’il nous interroge. Cette indéfinissable poésie. Ce moment où elle passe dans notre vie. Bref instant. Dont on se souvient ensuite. Longtemps.
Elle n’est jamais là où on le croit. Toujours ailleurs. Toujours différente. Toujours en décalage. Une invitation à l’autrement.
C’est aussi un jeu. Celui de l’humour façon il court il court le furet… et cet esprit d’enfance que j’appelle dans un de mes livres (Vivre m’étonne, marcher m’interpelle) le petit surpris que tout étonne et amuse.
La poésie, c’est aussi les gens. Ce sont les trois derniers mots de ce petit ouvrage et ils témoignent de toute l’humanité bienveillante de Jean-Louis Massot.
Un livre pour l’école et bien sûr bien au-delà.
https://business.facebook.com/centre.detinqueux/
*********
Titre : La mesure des murs
Auteur : Colette Daviles-Estinès
Éditeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 022
6€
Je laisse ma mémoire aux mouettes
Je ne garde pas la mer
seulement l’hiver de son rivage
Je prends l’ocre et la falaise
où j’ai suspendu deux volets
Je laisse les rues sous la pluie
et leurs lueurs diffractées
Je garde le miel de la lumière
Je prends la lune sur le palier
Je laisse la colère
aux colporteurs de nuit
Je garde le lait de l’aube
et les étoiles perdues
Je prends tout ce qui fulgure
un livre comme un itinéraire, peut-être. On part. De loin. En fait non, on part de chez soi et on va loin. On laisse beaucoup derrière soi. Il y a la mémoire, certes, mais elle aussi s’efface… on arrive quelque part. On s’y installe et on commence un jardin. Comme ceux qui ont vécu là avant nous, autour du même puits ; sur le même plateau… On vit. Un enfant. La vie. Une maison. Ses aubes. Une vie comme une carte postale : toujours en mouvement.
Un livre silencieux. Contemplatif. À l’image de ce territoire du Sud de la France : aride et rocailleux.
Un livre à emporter avec soi pour les journées d’extérieur et de solitude.
À partir du collège et bien au-delà ; car la poésie échappe aux cases lecteurs.
*********
Titre : Sur le radeau des muses
Auteur : Jacques Ferlay
Éditeur : éditions Maïa
Année de parution : 2 022
20€
220 pages. Autant de poèmes, autant de poètes. Jacques Ferlay a rencontré des dizaines de poètes au cours de sa vie. Chez eux. Lors de salons du livre ou de rencontres poétiques, de lectures. Chaque rencontre donne lieu à un poème. Un souvenir de la rencontre. Un portrait du poète rencontré. Ou de la poète. Il nous offre ici un panorama de la poésie des années cinquante jusqu’au années 2015. C’est l’œuvre d’une vie. Un parcours. Une amitié en mouvement.
En toute simplicité, il nous la partage.
Un livre que toute bibliothèque spécialisée en poésie se doit de mettre en rayon et en valeur.
https://www.editions-maia.com/?s=sur+le+radeau+des+muses
*********
Titre : Comme une neige d’avril
Auteur : Jean-Marie Corbusier
Éditeur : La lettre volée
Année de parution : 2 022
17€
la neige sur la terre. Les traces de la vie qui passe. Le blanc du papier. Les traces de la vie qui écrit. On écrit sur la neige ; ça disparaît. On écrit sur le papier ; ça dure un peu plus.
La neige. Le poème. Dans les deux cas : le silence à perte de vue ; à perte d’oreille. Ça éblouit tout ce silence ; toute cette lumière.
Ça reste mystérieux :
Sur la neige
le pas
sous la neige
Poème
comme une neige d’avril
comme la surprise au matin devant ce paysage nouveau, immaculé, lumineux. Le poème place le lecteur dans cet état de contemplation. Pas forcément tous les poèmes, bien sûr (il y a tant de voies et de voix dans la poésie) mais certains poèmes portent un silence ébloui. Comme une neige d’avril.
Neige sans nom
à heurter l’infini
deux vers qui parlent au skieur que je suis et qui dans les longues randonnées hivernales vers un col ou une crête du Mercantour monte ainsi vers le bleu pur de l’hiver.
Bleu une brûlure cet absolu
Un livre à lire en tournant les pages face aux flocons dehors. Ou bien en contemplant le paysage immaculé à l’aurore et au petit matin. Ou bien aussi au crépuscule. À chaque heure la couleur de la neige évolue.
*********
Autrices : Samantha Barendson / Estelle Fenzy
Éditeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 022
14€
De toutes façons
après 50 ans
si au réveil
tu n’as mal nulle part
c’est que tu es morte
Voilà pour donner le ton de ce livre. 50, c’est donc les années. La cinquantaine, pour les femmes, c’est une étape que nous ne connaissons pas, nous les hommes. On est comme ici le lecteur : présent.
Une étape traitée ici en poésie. C’est rare et tendre. Osé aussi. Mais nécessaire. C’est surtout traité avec humour. L’humour cette élégance qui permet de dire, y compris ses douleurs, ses doutes, ses peurs, comme ça, l’air de rien et sans y toucher. Avec le sourire. Se moquer de soi et du monde, pour continuer à tourner les pages des jours. Tenir. Aller vers. L’objectif n’est pas de s’arrêter au mitan de sa vie (ou à peu près) mais d’aller plus loin bon pied bon œil.
C’est ainsi qu’on suit les deux autrices de ce petit bijou : d’étincelle en étincelle et avec cette bienveillance de ceux qui partagent ce « tu sais, c’est pas toujours si facile… ».
un livre à offrir à toutes les femmes bien sûr, mais aussi à leurs compagnons.
http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/
*********
Photographe : Yvon Kervinio
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Éditeur : L’Aventure Carto
Année de parution : 2 022
14€
Des photos prises il y a une quarantaine d’années en Bretagne. En argentique. Si la photographie a évolué depuis, la rivière coule toujours et les fougères continuent à pousser. Des paysages tranquilles, paisibles. On feuillette ces photos avec une fraîcheur « elfique ».
Jean-Claude Touzeil les accompagne de courts poèmes, en écho. Il mêle son imaginaire et ses émotions aux regards d’Yvon Kervinio. Son humour pétillant aussi. La rumeur du monde est présente également, comment l’ignorer ?
Cela donne un livre lumineux. Tout simplement. À offrir à Noël, pour un moment de paix (ou à une autre occasion). À offrir et à s’offrir aussi.
Colombe
Il en coulera
de l’eau
sous les ponts
avant que la colombe
ne revienne
entre deux missiles
nous apporter
son brin d’olivier
Parfois j’ai peur
qu’à son retour
on la retrouve
le bec dans l’eau
*
ronds
Il te faudra
prendre un bel élan
à partir de la berge
pour sauter franco
au milieu de la rivière
et traverser
les flaques du soleil
Aller à la rencontre
de l’enfant
que tu fus
assis sur la rive
à la pêche aux images
De l’enfant
que tu es encore
celui qui lance
des cailloux
histoire de faire
des ricochets
trois ronds
dans l’eau
*********
Titre :Brisées
Auteur : Gérard Le Goff
Éditeur : Encres Vives 516e
Année de parution : 2 022
6,20€
On ouvre ce 516e cahier d’Encres Vives sur 64 quatrains en vers octosyllabiques. Et on se retrouve à un rendez-vous : en fin de nuit, direction l’aube. Ce moment souvent paisible où la lumière revient de l’Est jusqu’à l’aurore et le nouveau jour. D’abord le silence, celui de la hulotte et des chauve-souris… puis l’envol des oiseaux, de tous les oiseaux du matin. On entre dans le jour, direction midi. Les aventures du jour, jusqu’au crépuscule. Jusqu’à la nuit.
Puisque jamais ne dort le monde
Ecoute les bois de la maison
Craquer leur rêverie de forêt
Au jour ignore les fausses nouvelles
La seconde partie de ce cahier nous emmène en voyage : Londres, Inverness, Rome, Florence, Venise, Bruges, Barcelone… Europe, Méditerranée… Des quatrains de voyage… à contempler comme autant de souvenirs.
Troisième partie a pour titre : Nul dit jamais ne restitue. Le poème comme vecteur de la perte. Il fixe et perd en même temps son objet. Les mots ne sont jamais à la hauteur du réel ; juste un miroir voilé.
L’offrande des hautes fleurs des fossés
invisible aux yeux des nomades
pour qui passer est art de vivre
laissez-moi au bord du chemin
et pour finir une 4e partie : la vie secrète.
Que sais-tu de ma vie secrète
as-tu jamais croisé cette ombre
blessée entre les bras d’une hantise
valsant sous la lune de jadis
https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite
*********
Titre : Leçon de ténèbres
Auteur : Jean-Louis Rambour
Éditeur : L’herbe qui tremble
Année de parution : 2 022
17€
Un long poème coupé en strophes de dix vers. Une strophe par page. Un personnage : Line (que chacun peut nommer à son goût) ; un paysage : le Nord Ouest de la France, baie d’Authie, la Somme. Une mélancolie. Une rivière. Les bains dans la rivière l’Avre. Une vie. Une vie de femme. Avec ses fils à linge dans le vent, comme un clavier. Ses parties de cache-cache, ses marches funambules sur la margelle du trottoir. Ses moments de cuisine, de bals etc. Tout le quotidien de chacun. Une vie. Une vie de mère. Un enfant, un garçon. Qui grandit, qui échappe, qui s’échappe définitivement emporté par la mort. Reste le silence. Les souvenirs. Tous les morts de ce territoire qui a connu multiples guerres. Tous ces squelettes, ceux des morts qui ont dansé un jour et ceux des vivants qui dansent aujourd’hui. Les mûres de la fin d’été que tous ont goûté, les uns après les autres. Les moments de faim, de peur, d’amour, de désespoir. Toutes ses vies. Une seule vie humaine.
Nous portons les mêmes interrogations, les mêmes souvenirs, les mêmes désirs. Chacun à son degré, nos vies ne sont pas toutes exactement pareilles. Chacun selon sa différence. Chacun unique et tous pareils.
Un livre comme une méditation sur le vivre et mourir. Sur ce mystère de la vie. Un livre comme une petite voix amie, à lire à petites gorgées.
Un livre plutôt pour des lecteurs d’après 18 ans.
https://lherbequitremble.fr/livres/lecon-de-tenebres.html
*********
revue poésie
Titre : Traversées 101
Année de parution : 2 022
Un numéro consacré en grande partie à Anne-Lise Blanchard. Un panorama de son écriture via différents regards, de ses engagements poétiques et bénévoles en Irak en particulier. L’écriture poétique est en soi un engagement humain et politique, Anne-Lise Blanchard en est un exemple.
Nos cœurs
peuvent-ils trembler du poids
de l’hiver
en même temps que
ceux qui dorment
sous le vent
*
Le jour pousse la fenêtre
m’accordant la grâce
de sa splendeur et demain
me visitera
singulier aussi
un autre jour qui suppliera
plus grande présence
entre la mésange du matin
et la résonance de la nuit
*
parmi les regards portés sur le travail d’Anne-Lise Blanchard, on trouve parmi d’autres, Florence Noël, Angèle Paoli, Jacqueline Persini qui lui consacre un long et bel entretien, au plus près du quotidien.
*
Parmi les autres poètes que ce numéro 101 de Traversées invite j’ai eu plaisir à retrouver Nadine Travacca, Chantal Couliou que nous avons publiées dans Cairns. J’ai découvert à travers quelques poèmes Fidèle Mabanza :
mot du voyage
une brume émerge de la terre
comme une île au milieu des eaux
la nuit enflée dissémine ses ténèbres
la tristesse demeure en moi
comme la pluie du ciel demeure dans la terre
traversant les couches de mes accablements
mes souvenirs chargés de supplices et d’angoisses
ressemblent à la nuit de dunes géantes
où le vent vient effacer les sillages du voyage
entre le rêve d’enfant et la nuit du voyage
comme un passé recouvert dans un linceul
s’interpose le vélum des nuages ombreux
*
la guerre est un jeu
il était là,
parmi les feuilles
accrochées au corps des branches
parmi ceux combattaient.
Il torturait la brume et les ténèbres
entre les formes et le silence des mers
entre la chair et l’os
sous l’effroyable
l’incroyable tempête des cris à mi-vois.
C’était un enfant de mon quartier
il était devenu le soldat
dont l’arme avait un visage,
un langage et un pouvoir.
Lui, l’enfant soldat du peuple,
n’avait pas de drapeau à défendre
ses jours étaient sans regard
son ennemi n’avait pas de visage.
Ses nuits inutiles
se passaient sur des corps mutilés.
Du fond de la vacuité
la guerre était un jeu,
le jet de grenade
était un jeu d’enfant.
Titre : Portulan 38
Auteur : revue
Éditeur : Voix tissées
Année de parution : mai 2 022
En couverture une œuvre de Danielle Le Bricquir. Le thème de ce numéro : l’éphémère. Thème traité par plusieurs poètes, vers libres ou bien classiques ; c’est varié. Quelques haïkus aussi, un entretien avec Catherine Andrieu, quelques notes de lecture. Un numéro bien plaisant à lire. On y retrouve entr’autres Chantal Couliou, Jean-Claude Touzeil, Nadine Travacca.
On peut s’abonner. Contact :
romans
Titre : Le bazar du zèbre à pois
Auteur : Raphaëlle Giordano
Éditeur : PLon
Année de parution : 2 020
Voilà un roman que j’ai lu d’une traite un après-midi d’été. Le début déroute un peu : je me demandais où Raphaëlle Giordano allait m’emmener. Et puis j’y suis allé. Un bien joli bazar !
Dans ce roman vous allez trouver outre ce zèbre à pois, improbable magasin qui va déranger la ville où il s’est installé, des termes inventés comme l’audacité, un audaciel (ils seront plusieurs dans le livre, mais chacun est unique), des amateurs de rencontres silex. Des empêcheurs de rêver en liberté aussi.
Je ne dirai rien de l’histoire : ce serait gâcher la surprise.
Un livre à lire dès seize ans, et pendant les vacances, celles d’été ou les prochaines- histoire de se mettre en pause et comme on dit de prendre de bonnes résolutions pour vivre plus haut que possible.
https://www.lisez.com/?q=le+bazar+du+z%C3%A8bre+%C3%A0+pois&neuf=1&s =
****
Titre : Louve
Auteur : Pascal Brissy
Éditeur : Auzou
Année de parution : 2 022
14,95€
Ambre, une adolescente, a un souci héréditaire : elle est une louve garou. À chaque pleine lune, elle va voir son grand-père qui l’enferme le temps de la transformation ; pour sa sécurité et celle des autres. Un secret bien gardé. Personne au collège ni en ville n’est au courant.
Problème : un loup garou entre en scène. Un autre. Qui ?
Autre problème : un nouvel élève dans sa classe. Un magnifique jeune homme. Entre l’ami historique et ce nouveau que va devenir le coeur d’Ambre ?
Une histoire comme on les aime : qui prend le lecteur par la main et le suit des yeux, page après page. Un univers incroyable et pourtant si proche de la réalité. Des sentiments. Des adultes pas toujours très clairs, ni très responsables. La vie. Comme quoi l’imaginaire vient vite confronter le réel et incite à la réflexion. Un livre dès le collège.
https://www.auzou.fr/bd-et-romans/2010-louve.html
le début du roman
***
Titre : Louve
Auteur : Pascal Brissy
Éditeur : Auzou
Le froid.
Cette sensation s’installe toujours au réveil.
Ambre est recroquevillée sur le sol. Elle vérifie si elle peut bouger sans risque. Les chaînes de ses poignets glissent sur son flanc et lle faufile ses mains au travers des anneaux pour se libérer de leur étreinte. La jeune fille s’agneouille. Elle passe les doigts dans le collier de fer qui lui enserre le cou et griamce. L’odeur qui flotte dans la pièce lui donne un haut-le-cœur. Puanteur animale…
*
Patrick Joquel
prochains voyages/livres :
samedi 10 septembre : salon du livre de Breil/Roya (06)
Mercredi 21 septembre matinée INSPE de Nice (06) : formation 1 d’un groupe d’étudiants à la poésie
- découverte de l’édition poésie contemporaine (jeunesse).
- présence du poème dans la classe, éléments de regards…
- ateliers d’écriture
dimanche 25 septembre : Cipières (06) fête du Parc Naturel Régional des Préalpes de Grasse, exposition photos/haïkus avec Laurent Del Fabbro et signatures.
Châteauroux les Alpes (05) : mercredi 28 septembre lecture à l’épicerie littraire à 18 h 30 pour la publication de Page Control aux éditions de la Pointe Sarène, ainsi que du cairns 31, et imprimés tous les deux sur les presses de Rions de Soleilpar Yves Artufel.
vendredi 7 au dimanche 9 octobre : salon du livre de Mouans-Sartoux (06) « être humain ? ». signatures avec la librairie Papiers Collés. Interventions dans les classes et
mercredi 7 décembre : matinée INSPE de Nice (06) : formation 2 d’un groupe d’étudiants à la poésie
- retour sur les premières semaines de classes
- lecture suivie d’un livre de poèmes
- ateliers d’écriture
janvier/février 2023 : cap G (Grasse haut pays) : Cette année, nous travaillerons avec 3 classes de primaire (Thorenc, Briançonnet et Escragnolles). Ainsi, chaque classe aura sur l’année 2 rencontres « atelier d’écriture avec un auteur ».
Les ateliers seront programmés sur les mois de janvier et de février (date à définir) et déclinés autour du thème « Le monde en mouvement d’hier, d’aujourd’hui et de demain » qui fait notamment référence au pastoralisme (berger, pâturage, transhumance…)
Printemps des poètes : Frontières
23 au 25 mars, ateliers d’écriture à la Médiathèque d’Antibes (06)
Les recueils des Éditions Traversées
- Paul MATHIEU, Auteurs autour (2015)
- Xavier BORDES, L’Astragalizonte (2016)
- Anne LÉGER & Jacques CORNEROTTE, Le Guetteur de matins (2016)
- Paul MATHIEU, Le temps d’un souffle (2017)
- Rome DEGUERGUE, Girondine (2017)
- Frédéric CHEF, Poèmeries (2018)
- Remy CORNEROTTE, Seul (2018)
- Alain TRONCHOT, Où va ce train qui meurt au loin ? (2018)
- Gérard LE GOFF, L’orée du monde (2020)
- Ivan DE MONBRISON, La cicatrice nue (2020)
- Demosthenes DAVVETAS, Dans le miroir d’Orphée (2020)
- Barbara AUZOU – NIALA, L’époque 2018 – Les mots peints (2020)
- Christine HERVÉ, De l’autre côté de l’eau (2020)
- Paul MATHIEU, Labyrinthe du seul (2021)
- Caroline CALLANT, Initiale (2021)
- Eric DARGENTON, La fleur des pois (2021)
- Guy DENIS, Corps et âme (2022)
- Claude LUEZIOR, Sur les franges de l’essentiel, suivi d’Ecritures (2022)
- Jamila ABITAR, Chemin d’errance (2022)
- Claude LE MANCHEC, Effusions (à paraître, 2022)
- Albert GATEZ, Poèmes (à paraître, 2022)
- Barbara AUZOU, Epoque 2019 (à paraître, 2023)
- Christine HERVÉ, Dernier émoi (à paraître, 2023)
- Pierre HELLIN, Terres levées (à paraître, 2023)
- Blandy MATHIEU, Poèmes (à paraître, 2023)
- Nathalie ROUMANÈS, Trevor cordis (à paraître, 2023)
- Michèle GARANT, Traversière (à paraître, 2024)
- Francis CHENOT, Un coquelicot sous les décombres (à paraître, 2024)
Pour commander nos livres envoyer un mail à
Patrice Breno
Directeur de publication
43, Faubourg d’Arival
6760 VIRTON (Belgique)
traversees@hotmail.com



