En pleine rue

Elle s’écroule    deux hommes la retiennent mais elle fond jusque sur le sol

l’un appuie de sa main sur le petit trou par lequel s’enfuit la vie

et rentre la peur et rentre l’horreur

l’autre la recouvre de quelques mots

tout son corps est mou

elle vient de tourner la tête

elle regarde ce bout de ciel sans demander pourquoi elle a si mal

ses yeux s’agrippent de toute leur force

on dirait de tout petits moineaux sans ailes

les hommes ne supplient plus  ne crient plus    ne croient plus au secours

c’est alors que la mort se met à couler par la bouche par les yeux par le cœur

et au travers de tous les vêtements et sur la terre et sur ce petit bout de ciel qui attend qui regarde impuissant

la main ne tient plus il ne reste plus aucune larme plus aucun pleur plus aucun geste

elle meurt.

En Iran, au printemps 2011, une jeune-femme est abattue dans la rue. Les forces armées du pouvoir tirent sur une foule pacifiste d’étudiants. Elle est touchée en pleine poitrine, on vise pour tuer.

cc, voir son site […]

Frédéric Vitoux

Frédéric Vitoux de l’académie française – Jours inquiets dans l’ile Saint-Louis, Fayard – 299 pages- 19,50€. Frédéric Vitoux instille le mystère dès le titre. En situant l’intrigue du roman dans l’île Saint-Louis, il nous offre deux facettes du lieu aux antipodes.
D’une part le passé historique, convoquant les sommités qui ont rayonné à l’hôtel Lambert. On croise les fantômes de Chopin, d’un poète polonais. Il y ressuscite la librairie’ L’Étrave’ qui reçut de nombreux cadors de la littérature dont Roland Dubillard  ainsi que le bistrot ‘Rendez-vous des mariniers’ fréquenté par une pépinière d’ auteurs: Rémy de Gourmond, Céline,Hemingway pour qui  « Paris était une fête ».Il se remémore « l’érotisme de la lecture » et «  les extases procurées » à « écarter les pages » de ces livres non massicotés.
D’autre part on sent le pouls de cette île vibrer avec ses commerces d’où les rumeurs se propagent vite. A l’heure de Paris Plage, « la musique de bastringue » trouble « cette île inventée». Pourquoi  ce lieu à l’écart des agitations, en retrait , calme «  un luxe de silence », où les résidents se connaissent devient subitement estampillé « Dracula- sur- Seine »?

Que se trame-t-il dans l’île Saint-Louis « immuable face au fleuve » pour qu’elle perde sa quiétude ?
Frédéric Vitoux y a installé une atmosphère  automnale à la Simenon. Sous la pluie, l’île prenait des allures de décor de film « avec la mélancolie des réverbères reflétés par les pavés et l’eau noire de la Seine » «à charrier des cadavres ». Les traces de sang sur le trottoir intriguent, génèrent la psychose chez les insulaires. L’angoisse s’empare des protagonistes du roman. Qui sont -ils?

Charles, avocat, veuf  souffre de solitude, et trompe son ennui par la lecture. Sa vie va basculer quand il offre l’hospitalité à   Dorothy,  la fiancée de son neveu, venue de Londres pour un stage à Paris. Ils s’apprivoisent. Un tsunami intérieur déstabilise Charles quand celle-ci  dépose un baiser furtif sur ses lèvres. Il appert qu’un fossé de génération « un bloc d’années » et de culture les séparent. Ce qui donne une scène pétrie de tendresse paternelle, suscitée par le T.shirt qu’arbore Dorothy. Charles lui explique que le corbeau est en lien avec Edgar Poe , natif de Baltimore.
La personnalité de cette anglaise s’affirme, revendiquant sa liberté. Leurs différences peuvent-elles être  « un rempart infranchissable »? Charles va-t-il se laisser vampiriser par Dorothy « cette grande bringue au léger strabisme »?ou la renvoyer à son neveu?
On croise et suit le quotidien des  locataires de l’immeuble ( la concierge, addict aux jeux vidéo, un professeur en retraite, soucieuse de l’avenir de Toma, son protégé) où réside Charles.

La paranoïa est à son paroxysme quand Toma ( employé garagiste, logeant juste à côté de Dorothy) se retrouve témoin d’une agression. Traumatisé , il  redoute une nouvelle mauvaise rencontre.
Un  sérial-killer rôderait-il? La police va-t-elle  confondre le coupable, en recoupant tous les témoignages?
Le mystère entoure Jean Lefaur dont la visite laisse Charles perplexe. N’aurait-il pas dérobé un livre de sa bibliothèque qu’il essaye de monnayer?
Quant à Dorothy, refusant de dormir dans sa chambre de bonne, après avoir été menacée par un fou, ( s’agirait-il du même individu?), elle trouve auprès de Charles un refuge, une oreille bienveillante, une épaule réconfortante.
Frédéric Vitoux tient le lecteur en haleine jusqu’à ce que le carillon des cloches de l’église Saint-Louis annoncent le retour à la normalité, à la tranquillité d’esprit.

Les personnages de Frédéric Vitoux partagent ses propres goûts pour  Dumas, Venise, Rossini,  le fleuret, le cinéma, l’art, la beauté ainsi que son attachement à son quartier.  Charles semble le double de l’auteur quand il confesse qu’ « il existe très peu de livres qui bouleversent leurs lecteurs au point  de les transformer à jamais »., précisant que pour lui ce fut ceux de Céline. Les lieux sont mémoire, pourtant  « personne ne sait plus rien, il n’y a plus de mémoire de l’île »,déclare Pierre.
Zelda, « la petite chatte noire »,sait manifester sa présence quand la conversation s’anime.
Le questionnement sur la fugacité du temps, «  le zapping des sentiments», les réseaux sociaux sur le net qui rendent les liens avec autrui virtuels sont au coeur du roman.

Avec une plume d’épéiste , l’auteur signe une satire du monde politique et médiatique actuel: les magouilles éditoriales, les  journées spéciales , les manifestations pour la retraite, les banquiers « tous des canailles ». Il étrille la situation de la France contemporaine: « ce pays décadent qui manifeste et qui ne veut rien foutre » pour Marc.
Il dénonce ce Paris Plage qui draine des individus peu fréquentables.
Il fustige ceux qui ont une prédilection pour le gore et la presse toujours  à l’affût du sensationnel.

Si la culture va à vau-l’eau, Frédéric Vitoux témoigne d’une vaste culture cinéphile et littéraire. Il nous gratifie d’une pléthore de références et d’une lucide définition de la culture: « c’est d’abord ce qui reste quand on s’est mis à l’abri de l’écume de l’actualité, laquelle vous éclabousse et vous empêche de voir ».

Frédéric Vitoux se montre aussi habile dans l’art du portrait , du suspense que dans la peinture de Paris à deux époques. Son évocation de l’île Saint-Louis est teintée de nostalgie.
Comme Amélie Poulain a mis en exergue un arrondissement de Paris, pourquoi ne pas initier une déambulation littéraire sous la houlette de Frédéric Vitoux, arpentant les quais , les ponts de Paris?

Nadine Doyen

Rencontres poétiques de Pontiffroy

CYCLE DE RENCONTRES POETIQUES

PONTIFFROY-POESIE

Des poètes en Lorraine

Samedi 10 mars 2012, 16h-18h
Médiathèque du Pontiffroy
Place de la Bibliothèque, Metz

Dans le cadre du Printemps des Poètes Pontiffroy-Poésie propose de donner la parole à des poètes lorrains ou tout au moins qui vivent en Lorraine. Autour des animateurs de Pontiffroy-Poésie, Alain Helissen, Patrice Maltaverne et Vincent Wahl, neuf autres poètes de la région Lorraine seront invités à lire leurs textes, sur des thèmes de leur choix. Parmi ces poètes, certains liront ici pour la première fois en public.
En raison du nombre important de participants cette séance débutera exceptionnellement à 16h (précises).Entrée libre. Des ouvrages des poètes présents seront proposés à la vente en fin de séance.

Participants :
(Les lectures se feront dans cet ordre)

Alain Cressan
Né en 1971 à Loudéac, Côtes d’Armor. Vit à Maizières les Metz. A publié de la poésie et des essais critiques en revues : Action poétique, Ligne 13, CCP et Pension Victoria. Des livres : Duo de Felos, Tabouret (avec Claude Royet-Journoud) autoédition, Jeux (Contrat Main) et Sphère Volante (à paraître, éd. Amastra-n-Gallar). Il dirige la très discrète collection Ink (micro-édition).

Rodica Draghincescu
Née dans les années 60 à Buzias en Roumanie. Après des études supérieures de Lettres et une courte carrière d’universitaire à l’Académie Roumaine, son parcours est jalonné de bourses d’études et résidences d’écrivains. Elle a publié plusieurs ouvrages de poésie et des romans. Elle vit et travaille en Lorraine depuis plus de 5 ans comme assistante d’enseignement artistique. http://www.draghincescu.com et http://www.levurelitteraire.com

Jean-Louis Houchard
Né en 1947 à Dombasle, où il réside. Poète, écrivain. A publié une dizaine de livres (Le Castor Astral, Electre, Aencrages and Co, Voix éditions,) toujours avec des plasticiens. En tant que musicien improvisateur non –idiomatique (percussionniste)  a notamment collaboré avec John Cage, Akita (Merzbow), Humair, Bobillot, Parant… Initiateur de l’ouvrage collectif « Rencontrer John Cage » (Voix éditions).

Alain Jean-André
Né en 1947, vit aux pieds des Vosges saônoises. Poète, critique de littérature et d’art, animateur de la Luxiotte (www.luxiotte.net), il a publié 8 livres. Ses derniers titres en poésie, bilingues : Ulysse vagabond (2006), Entre Terre et nuages (2009), ont paru aux éditions En Forêt/Verlag Im Wald. Pour en savoir plus sur l’auteur, consulter : www.montagnesbleues.net

Thibault Marthouret
Né à Vichy en 1981. Réside à Metz. Sa poésie a été accueillie dans une vingtaine de revues dont Contre-Allées, Décharge, Arpa, Verso, Pyro,Traction-Brabant. Lauréat de la bourse André Rochedy 2009 accordée par Cheyne éditeur, il vient d’achever un recueil intitulé en perte impure et travaille actuellement à l’élaboration d’un ouvrage hybride : A quelle peau s’avouer .

Eric Noël
Né en 1963. Auteur de L’impasse infinie (autoédition), Sept millions de rivets (éditions de la maison close), Contributions à la douceur des fins (inédit). Participe à la rumeur, elle participe de lui.

Yannick Torlini
Né en 1988 à Nancy. A suivi des études de lettres modernes et rédigé un mémoire sur Ghérasim Luca. Publié dans les revues Boxon, Ouste, Dissonances, Chroniques errantes et critiques, Doc(k)s. Il est l’un des membres fondateurs du collectif Tapages : http://tapages.over-blog.fr qui s’attache à explorer les relations entre corps, voix, langue et poème.

Philippe Vallet
Né à Pontarlier, vit dans les Vosges. Anime des ateliers d’écriture et de lecture. A publié un livruscule Interstice AREDIC ; en recueils collectifs, l’Instant à Foison, Sacré-Chœur, Violence Ecrits.net. En revues : Les Citadelles, Traces, Encres Vives, Cahier de poèmes, Poésie Présente. Il est membre du comité de rédaction du site Francopolis.

Gilbert Vautrin
Poète marcheur, né en 1949 à la campagne près de Nancy. Se laisse interpeller par le Dehors. A publié trois livres, aux éditions Aencrages & Co : KWZ ; L’hiver un autre, De plain-pied. Se sent proche de la démarche du plasticien Hamish Fulton (« la marche est l’œuvre d’art ») ou du peintre Alexandre Hollan (« je suis ce que je vois »).

Patrice Maltaverne
Né en 1971 à Nevers.Vit à Metz . A publié des poèmes dans une trentaine de revues depuis 1990 ainsi que les textes suivants : Souvenirs d’une ville illégitime (Encres Vives, 2008), Faux partir (Ed.Le Manège du Cochon Seul, 2009), Prélude à un enterrement sur la lune (36° éditions, 2010). Anime le poézine Traction-brabant depuis 2004 (43 numéros parus) et co-anime Pontiffroy-Poésie.  Blog : http://www.traction-brabant.blogspot.com

Vincent Wahl
Né à Strasbourg en 1957. A habité Orléans, Paris et Metz. A publié : Communauté des parlants (Cylibris), Œil ventriloque et Tous les râteliers ! (Rhubarbe) sur nos histoires avec la bouffe, et deux livres d’artiste : à plats/asecs (avec eOle) et De nos coques les claire-voies (avec Max Partezana). Co-anime le cycle Pontiffroy-Poésie.

Alain Helissen
Né en 1954. Vit à Sarrebourg. Co-fondateur de la revue FAIX. A publié dans plus de 60 revues ainsi qu’une vingtaine d’ouvrages. Parmi les plus récents : Le rappel des titres (Les Deux-Siciles (2008), On joue tout seul (Corps Puce, 2010), Acanthes (livre d’artiste avec Claude Ballaré, 2010) et 4 livres-boîtes d’allumettes (VOIX éd.).Co-anime le cycle Pontiffroy-Poésie. http://alainhelissen.over-blog.com

David Toscana

L’armée illuminée, David TOSCANA, Zulma, 2012, 277p. Parlons-en de cette armée ! Cinq adolescents quelque peu allumés, simples d’esprit, bref des « illuminés », commandés par un marathonien désabusé, se prennent pour Don Quichotte. Pour Matus, professeur à Monterrey (Mexique), renvoyé pour ses idées anti-américaines, les Etats-Unis sont l’ennemi à abattre. Il est nécessaire de « prendre les armes pour défendre le pays contre une bande de barbares qui habitent au nord de Rio Bravo ».
A chaque page, l’humour, le désarroi et l’incompréhension se côtoient sans cesse. Leur combat n’est-il pas perdu d’avance, voué à l’échec ? David TOSCANA nous montre par son roman qu’il vaut mieux avoir un idéal, même si la lutte est inégale, même s’il faut se battre contre des moulins à vent. L’important est de croire en ses rêves, d’aller jusqu’au bout de ses illusions.
Alors que le « général » Matus s’attendait à lever une véritable armée, seuls cinq jeunes ados se rallient à sa cause. Tout peut prêter à rire mais qui s’en moque réellement : le but de leur expédition ; leur moyen de transport : une charrette tirée par une mule ; le drapeau mexicain retravaillé (l’aigle tenant en son bec un serpent est remplacé par un poussin mordant dans un ver de terre) ; le pseudo-franchissement du Rio Bravo ; l’attaque déréglée contre une armée organisée…
Ici, tout est absurde. Toutes les guerres aussi, où l’on envoie au feu des jeunes gens qui ont à peine terminé leurs études.
Chacun de nous n’a-t-il pas en lui ce désir inavoué d’atteindre des sommets inaccessibles, mais aussi de garder à tout prix sa part d’enfance ?
David TOSCANA nous livre dans L’armée illuminée un livre fort, mais dérangeant, où – à travers le ressentiment du peuple mexicain d’avoir été spolié par l’envahisseur américain – il est important de se battre pour faire émerger ses propres idées.
Un roman philosophique en somme !

Patrice BRENO – Virton, le 27 janvier 2012